Bilan de compétences sur-mesure
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Élodie était contrôleuse de gestion dans une grande entreprise. Suite à une réorganisation, deux de ses collègues ont été licenciés. La crainte de l’être à son tour s’est inconsciemment nichée en elle, la poussant à travailler plus. Toujours plus. Jusqu’à l’épuisement professionnel.
Élodie décide alors de se poser, de prendre du temps pour elle et de réfléchir à la suite de sa vie. C’est dans ce cadre que nous l’avons accompagnée via un outplacement. Nous avons passé six mois ensemble, durant lesquels Élodie a cheminé à son rythme. Elle a depuis changé de v(o)ie et vous raconte son histoire.
Élodie, nous te connaissons bien puisque nous avons passé une demi-année ensemble. Peux-tu expliquer à nos lecteurs comment et dans quel cadre tu nous as sollicités ?
C’est vrai que nous nous connaissons bien maintenant ! J’étais cadre dans une grosse boîte depuis neuf ans. Plus précisément, j’étais contrôleuse de gestion. J’aimais profondément mon métier.
Quand je suis sortie de mon école de commerce, j’ai obtenu un CDD dans cette entreprise (dans laquelle j’avais fait un stage en dernière année d’école), qui s’est transformé en CDI. J’étais ravie.
J’ai donc ensuite évolué dans cette structure et m’y suis fait une place tout à fait confortable. Mes collègues étaient très sympas. On a tissé de vrais liens, au-delà du cadre strictement professionnel. Certains sont devenus des amis et l’une de mes collègues est la marraine de ma fille.
Tout cela pour dire que mon environnement de travail me plaisait et que j’aimais mon métier. Je n’avais pas non plus à me plaindre de mon salaire, qui progressait presque tous les ans (et sans que je le demande !). Je n’aurais donc jamais imaginé un jour arriver à une situation de « rupture ».
Qu’entends-tu par situation de « rupture » ?
Il y a trois ans, une grosse réorganisation a eu lieu. S’en est suivi un « resserrage » du budget alloué à mon service. Deux collègues ont été licenciés.
J’ai commencé à ressentir une forme d’insécurité. C’est idiot, mais moi qui étais là depuis six ans, je me croyais presque « indéboulonnable ». Alors que mon poste n’était absolument pas menacé, j’ai commencé à envisager ce qui se passerait si moi aussi, j’étais à mon tour licenciée.
Le doute s’est installé (« Finalement, suis-je vraiment importante dans cette boîte ? », « Suis-je performante ? », etc.). Je me suis mise à travailler plus, sans vraiment m’en rendre compte.
Je travaillais déjà beaucoup, étant naturellement une grosse bosseuse, mais là, je suis rentrée dans un schéma où il fallait que je fasse plus afin de m’assurer de ne pas être licenciée. A posteriori et expliqué ainsi, cela paraît un peu bête, mais à l’époque, je ne me rendais pas du tout compte de ce qui se tramait en moi.
Mes deux collègues n’ayant pas été remplacés, il fallait de toute façon faire plus. Pas le choix (enfin… je croyais à l’époque ne pas avoir le choix !).
Je me suis donc dit que, pour ne pas prendre de retard et parvenir aux résultats qui m’étaient impartis, il fallait mettre les bouchées doubles, au moins pendant un temps.
Et j’ai finalement mis les bouchées triples…
C’est-à-dire, Élodie ?
Me disant que j’allais mettre le paquet sur quelques petits mois, j’ai finalement mis le paquet sans deadline. Autrement dit, mon nouveau rythme s’est installé dans le temps et est devenu ma norme.
Cela a vraiment été insidieux. Je ne me suis pas rendu compte que je rentrais dans une spirale de surchauffe professionnelle.
Je tiens à préciser que je suis rentrée toute seule — comme une grande ! — dans cette spirale. Mon entreprise ne m’a pas expressément demandé de faire plus. Mais leur décision de licencier deux personnes et de ne pas les remplacer a évidemment joué dans mon comportement.
Nous avons, l’entreprise comme moi, une part de responsabilité dans ce qui s’est passé ensuite.
Que s’est-il passé ?
Petit à petit, je me suis complètement oubliée. J’arrivais de plus en plus tôt au bureau et partais de plus en plus tard. Comme je m’étais dit que cela serait passager, je ne me suis pas vue glisser vers un « travail à outrance ».
Je rentrais tard à la maison. Ma fille était couchée. Je dînais rapidement et me remettais souvent à travailler.
Mon compagnon, à qui j’avais expliqué que j’aurais une surcharge de quelques mois, m’a fait quelques remarques au bout de plusieurs semaines. Un soir, il m’a proposé de faire garder notre fille le lendemain et d’aller au restaurant tous les deux. Je me réjouissais à l’idée de ce moment passé tous les deux.
Mais le lendemain, j’ai eu une « urgence » en fin de journée et j’ai annulé notre restaurant. Lorsque je suis rentrée, il était fâché. Et la situation s’est reproduite dans les semaines qui ont suivi.
Je ne voyais plus beaucoup ma fille et, lorsque nous étions en famille, j’étais là sans être là. J’ai un peu honte de dire cela aujourd’hui, mais j’expédiais les moments passés ensemble pour me remettre au travail.
Que craignais-je ? Je n’en sais rien. Tout est devenu urgent. Il fallait « abattre » le travail, ne pas prendre de retard. C’était une sorte de course contre la montre : j’avais l’impression que prendre du retard était grave.
Avec du recul : un grand n’importe quoi !
Évidemment, ma direction était ravie : je fournissais un boulot monstrueux. J’étais un peu la « Terminator » du travail. Il m’arrivait même de prendre de l’avance tellement j’abattais de travail.
À lire également : travailler de plus en plus, arriver toujours plus tôt, repartir toujours plus tard, ramener du travail chez soi et ne plus réussir à décrocher font partie des signaux comportementaux du burn-out.
Cette place prise progressivement par le travail au détriment de tout le reste peut également interroger notre rapport à l’activité professionnelle et le risque de dépendance au travail et d’épuisement professionnel.
Jusqu’au jour où… Terminator n’a plus pu.
J’ai eu un lumbago. Rien de méchant, mais évidemment, je suis quand même allée au travail en me blindant pendant trois jours d’ibuprofène.
Le troisième jour, j’ai fait un malaise sur le chemin du retour, dans les transports. Je me suis assise sur le quai du métro en attendant que cela passe, mais ce n’est pas passé.
J’ai appelé mon mari, qui est venu me chercher, et j’ai fondu en larmes. Deux jours à pleurer non-stop, avec évidemment la culpabilité de pleurer devant ma fille, qui ne comprenait pas ce qui se passait, et la culpabilité de ne pas pouvoir travailler pendant ce temps-là.
À lire également : le corps envoie souvent des alertes bien avant l’effondrement. Fatigue persistante, douleurs, troubles du sommeil ou manifestations somatiques peuvent faire partie des symptômes physiques du burn-out. Les bouleversements émotionnels et cognitifs peuvent quant à eux faire partie des signaux psychiques de l’épuisement professionnel.
Le dimanche soir qui a suivi, je redoutais d’aller au travail le lendemain. Mon mari l’a senti et ne m’a pas laissé le choix : il a appelé SOS Médecins et a demandé au docteur de m’arrêter.
À partir de là, je ne rentrerai pas dans les détails que tu connais, Marina, mais ça a été compliqué. Physiquement et psychologiquement.
L’issue de cette période trouble a été une prise de conscience : je m’étais complètement noyée pour contrecarrer ma crainte d’être licenciée et de perdre mon travail.
Ma peur d’être licenciée m’a poussée… au licenciement… Quelle ironie… L’inconscient nous fait faire de drôles de choses parfois…
Après quelques arrêts maladie pour burn-out renouvelés, j’ai ressenti le besoin de prendre soin de moi, de m’accorder du temps pour relire ce qui s’était passé et, quelque part, de me protéger de moi-même.
Je sentais qu’il ne fallait pas que je retourne au travail. Que je « repartirais comme en 40 », comme tu le dis si bien, d’autant qu’aucun recrutement n’était envisagé à moyen terme. Je n’aurais donc pas pu être soulagée en déléguant ma charge de travail.
Si je ne savais pas ce qui se passerait ensuite, je savais ce dont je ne voulais plus : faire le travail de trois personnes. Je n’en avais plus la force ni l’envie.
J’en ai parlé à ma direction, qui a été très compréhensive et qui, au départ, a tout fait pour me retenir. Si mon ego en a été flatté, je savais qu’il ne fallait pas que je me laisse séduire par les différentes propositions, notamment celle de m’augmenter (ce qui m’aurait conduite, par « conscience professionnelle », à travailler encore plus).
Je ne voulais pas rester en arrêt maladie des mois et des mois, comme j’ai pu le lire ici ou là. J’ai préféré négocier une rupture conventionnelle, qui a été acceptée.
Je n’avais pas grand-chose à reprocher à mon entreprise, si ce n’est de m’avoir laissé prendre en charge le travail de trois personnes. Certes, j’étais responsable, mais l’entreprise l’était aussi : il appartient, à mon sens, à l’organisation de prévenir ces situations et de veiller aux bonnes conditions de travail des salariés.
Ils ont vu mon surinvestissement, mais ils ne m’ont pas alertée. Je ne leur en veux pas du tout, mais j’ai avancé ce constat lors des négociations pour obtenir une sorte de « réparation » : j’ai demandé à être accompagnée dans le cadre d’un outplacement.
Là encore, cela m’a été accordé sans difficulté.
C’est à ce moment-là que tu nous as contactés !
Oui, mon entreprise travaillait déjà avec vous et m’a laissé choisir entre Oser Rêver Sa Carrière et un autre cabinet plus « traditionnel » avec lequel les RH travaillaient également.
Une de mes anciennes collègues ayant fait un bilan de carrière avec vous, je t’ai contactée. L’expertise « burn-out » a été importante dans mon choix. J’avais besoin d’être comprise et de ne pas être jugée.
Et j’ai bien fait !
Merci Élodie ! Que t’a apporté ton accompagnement ?
La liste est longue ! Mais pour résumer, il m’a permis de relire ce qui s’était passé et de comprendre pourquoi je m’étais jetée corps et âme dans le travail. C’était essentiel.
La psychologue que je suis allée voir m’a également beaucoup aidée dans ce processus.
J’ai également pu parler librement, ce qui m’a fait un bien fou et m’a permis de me déculpabiliser, notamment de la négligence dont j’avais fait preuve envers ma famille.
Cette place laissée progressivement au travail au détriment de sa famille, de ses loisirs et de tout ce qui nourrit en dehors de la sphère professionnelle est justement l’une des raisons pour lesquelles il est important, après un épuisement, de réinvestir sa vie extra-professionnelle.
Le schéma de l’épuisement que tu m’as longuement expliqué a été particulièrement aidant.
J’ai ensuite pu faire le point sur ma carrière, sur ma vie et sur ce dont je ne voulais plus. Quand cela a été plus clair, j’ai pu me tourner vers ce que je voulais, vers mes envies et mes aspirations profondes (bien profondes, car tu as dû les déterrer !).
Le format outplacement, en ce sens qu’il s’inscrit dans le temps, était adapté à ma situation : il ne fallait pas que je me précipite. Il me fallait du temps et tu n’as eu de cesse de me le répéter lorsque je voulais appuyer sur l’accélérateur.
Tout ce travail d’introspection m’a permis de faire émerger des choses qui ne se seraient jamais révélées si je n’avais pas pris le temps de m’y consacrer ! Et puis surtout, je n’étais pas seule. Je crois que si cela avait été le cas, j’aurais complètement paniqué 😅. Le fait de savoir que tu étais là pour m’écouter, m’aider et me faire avancer a été extrêmement rassurant. Je serais sans doute partie dans tous les sens si j’avais été seule face à moi-même.
Lorsque l’on a eu terminé ce travail de réflexion et que des chemins se sont dessinés, j’ai pu passer à l’action grâce à votre réseau, et ça a été précieux. Même si parfois impressionnant d'avoir l'audace de contacter des inconnu(e)s. J’ai rencontré des professionnels des secteurs qui m’intéressaient potentiellement. Là, pour moi il y a eu un vrai virage : j’hésitais encore entre rester dans le domaine du contrôle de gestion ou changer de voie.
Qu’as-tu décidé ?
De changer !
J’avais peur, mais je me suis dit que cet événement ne s’était pas produit pour rien et qu’il fallait que je m’essaye ailleurs. Et cette peur est loin d’être inhabituelle comme vous le dites souvent dans vos articles : avoir peur de changer de voie signifie aussi accepter de quitter ce qui est connu et sécurisant pour avancer vers quelque chose dont on ne maîtrise pas encore tous les contours. Et ça ça peut être super anxiogène !!!
Tes mots quant au fait que j’aurais toujours mon bagage de contrôleuse de gestion et que je pourrais toujours y revenir si tel était mon souhait m’ont permis de passer outre mes craintes et de m’autoriser à aller voir ailleurs.
J’ai fait une immersion dans le secteur du chocolat, que j’affectionne particulièrement. L’expérience a été plus que concluante. A A partir de là, nous avons travaillé autour de cette piste pour construire mon projet de reconversion professionnelle.
Parce qu’en fait et contrairement à la vision que j'en avais, un changement ce n'est pas forcément un énorme saut dans le vide : pour moi ça a été progressif, et c'est beaucoup passé par l’exploration, les rencontres et l’expérimentation.
Que fais-tu aujourd’hui, Élodie ?
Je suis franchisée dans le chocolat ! L’enseigne est facile à deviner ;-). Et, sans jeu de mots, je me régale au quotidien.
Tu es à ta place ?
Oui. Je l’étais également lorsque j’étais contrôleuse de gestion, mais j’avais besoin d’autre chose.
Je me dis aujourd’hui que j’ai quelque part créé ma propre chute pour oser me lancer dans autre chose. Je ne pense pas que j’aurais fait ce virage sans cet épuisement. Ou peut-être plus tard dans ma vie.
Avec des « si »…
Parfois, un événement agit justement comme le déclic qui conduit à changer de voie. La transition professionnelle demande ensuite une forme d’audace pour passer de la réflexion au mouvement.
Tu ne regrettes rien ?
Non. Évidemment que j’aurais préféré m’épargner cette épreuve qu’est le burn-out, mais il m’a permis de me poser, de prendre le temps de me demander ce à quoi je servais vraiment, ce que je voulais faire, à quoi je voulais que ressemble ma vie.
Ce sont des questions importantes si on ne veut pas passer à côté de sa vie.
La seule chose que je regrette parfois, ou tout du moins dont je suis nostalgique, ce sont les moments partagés avec les collègues.
Changer de métier ou de secteur ne signifie d’ailleurs pas uniquement aller vers quelque chose de nouveau. Une transition implique aussi de faire le deuil de certains éléments de son ancienne vie professionnelle : collègues, habitudes, statut, environnement ou sentiment d’appartenance. Une dimension souvent oubliée lorsque l’on parle de ce que l’on quitte lorsque l’on change de voie professionnelle. Mais aujourd’hui, j’ai une petite équipe avec laquelle tout se passe vraiment très bien, donc cela compense, et j’essaie de revoir mes anciens collègues (qui sont ravis que je leur apporte des chocolats !).
Si tu devais résumer ton accompagnement en quelques mots, Élodie ?
Je dirais : bienveillance, retour à soi, action et congruence. Aujourd’hui, je travaille toujours beaucoup, mais différemment : avec la conscience qu’il faut que mon investissement ait du sens et ne desserve ni ma santé ni ma famille. Et j'ai appris à faire autre chose que travailler, ça aide ! La méthode du testing a été efficace pour moi. 😁
Une jolie conclusion ;-). Merci Élodie pour ton témoignage !
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Pour aller plus loin :
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