Les signaux comportementaux du burn-out

Article
Surchauffe professionnelle et burn-out
4 minutes de lecture
Marina Bourgeois
Publié le
August 28, 2026

Introduction

Si les signaux physiques et les signaux psychiques de l'épuisement professionnel sont souvent décrits, les signaux comportementaux le sont beaucoup moins. Or, il n'est pas possible de bien comprendre le burn-out sans en observer toutes ses dimensions et impacts. De même, il n'est pas possible de le prévenir ou de le détecter s'il n'est pas appréhender dans toutes ses facettes.

Nous abordons, dans cet article, ce troisième pan de l'épuisement que sont les signaux comportementaux (en rappelant, comme toujours, que le burn-out ne repose pas sur un autodiagnostic et que seul un professionnel de santé est compétent pour poser un tel diagnostic).

Voici donc la liste des symptômes comportementaux récurrents chez celles et ceux qui - un jour - ont le malheur de chuter suite à une longue période de surchauffe professionnelle :

1. Multiplication des erreurs

La multiplication des erreurs peut être un signe indiquant que vous êtes arrivé à un niveau de fatigue trop important. Lorsque le stress, la charge mentale et la fatigue s’accumulent, les capacités de concentration, d’attention et de mémorisation peuvent être altérées. Il n'est alors pas rare que  des erreurs inhabituelles apparaissent : oublis, fautes d’inattention (étourderies), informations mal comprises, tâches réalisées trop rapidement ou difficultés à retrouver une information pourtant familière. Pour une personne habituellement consciencieuse, performante, et souvent perfectionniste, cette perte de fiabilité peut être particulièrement déstabilisante et renforcer le désagréable sentiment de ne plus être à la hauteur. Ces étourderies ou erreurs peuvent de surcroît aller jusqu'à l'accident sur site, durant le trajet du travail ou encore à la maison. Il s'agit donc d'un signal à ne pas balayer lorsqu'il se manifeste et se répète.

2. Courts arrêts maladie à répétition

Les arrêts maladie à répétition peuvent également être le signe que le corps et l’esprit ne parviennent plus à récupérer face à une situation professionnelle devenue trop exigeante et délétère. En dehors des personnes refusant systématiquement la préconisation d'arrêt du médecin (cf signal 9), beaucoup acceptent l'arrêt de travail pour quelques petits jours, pensant qu'ils suffiront à reprendre du poil de la bête et à se retaper. Or, la plupart du temps, ces micros temps d'arrêt se révèlent nettement insuffisants pour récupérer, et s'éviter la chute. Très vite, ces personnes se  retrouvent encore plus épuisées, anxieuses ou submergées. Ces arrêts successifs traduisent la majeure partie du temps un épuisement qui persiste malgré les périodes de récupération. Ils doivent par conséquent être considérés comme véritable un signal d’alerte, invitant à s’interroger sur les conditions de travail et sur ce qui, dans la situation professionnelle, empêche une véritable récupération. Il faut également prendre conscience du fait que ces personnes en surchauffe, parce que endurantes et très loyales, redoutent l'arrêt de travail. En fonctionnant par "micro arrêt", elles ne se rendent pas compte qu'au final et si elles n'acceptent pas un vrai temps de récupération (jaugé par le médecin), elles n'auront pas d'autres choix - à un moment donné - que de rester très longtemps en arrêt puisque l'épuisement sera tel qu'elles n'auront aucune idée de combien de temps il leur faudra pour reprendre...

3. Hyperconnexion aux outils de travail

L’hyperconnexion aux outils de travail peut être un signe de surchauffe professionnelle, notamment lorsque la personne éprouve une difficulté à couper avec son activité. Elle continue à consulter ses mails ou son téléphone professionnel le soir, le week-end ou en vacances, parfois même sans qu’une urgence ne le justifie. Cette habitude peut traduire une forme d’hypervigilance : la personne ressent le besoin de rester disponible, de vérifier qu’elle ne « rate » rien ou d’anticiper les demandes à venir. Elle peut alors progressivement s’éloigner des recommandations et bonnes pratiques en matière de déconnexion, pourtant essentielles pour préserver les temps de repos et de récupération. Ce fonctionnement entretient un état de tension permanent et laisse peu de place à une véritable coupure avec le travail.

4. Amplitude horaire de travail de plus en plus importante

L’augmentation progressive de l’amplitude horaire de travail est un signe de surchauffe professionnelle. La personne commence à arriver plus tôt le matin, partir plus tard le soir, et finit par rapporter constamment du travail à la maison. Elle travaille le soir et le week-end, voire va jusqu’à « profiter » de ses vacances pour avancer dans sa to-do list professionnelle. Progressivement, l’impossibilité de ne plus penser au travail et/ou de se détendre à la maison s’installe.

Ce phénomène peut sembler paradoxal : la personne travaille davantage, mais a pourtant le sentiment de ne jamais en faire assez. La fatigue et l’épuisement ne lui permettent plus de « fonctionner et travailler normalement » : les tâches prennent davantage de temps, la concentration est moins efficace et les missions qui étaient auparavant réalisées rapidement nécessitent désormais beaucoup plus d’énergie. Elle se sent alors dans l’obligation de terminer à la maison ou de rester plus tard au travail, alimentant ainsi un cercle vicieux dans lequel la fatigue augmente et, par ricochet, les horaires de travail aussi.

5. Repli sur soi et isolement social

Le repli sur soi et l’isolement professionnel apparaissent lorsque la personne n’a plus l’énergie nécessaire pour entretenir les relations sociales au travail. Elle peut progressivement éviter les moments d’échange et de convivialité, avec une désertion des lieux de convivialité de l’entreprise : réunions informelles, machine à café, self, cantine, pots de départ, cocktails, etc. Les interactions, autrefois spontanées, deviennent une source de fatigue supplémentaire et la personne peut chercher à les limiter au strict nécessaire (autrement dit, à ce qui est obligatoire). En télétravail, cela peut notamment se traduire par l’extinction de la caméra lors des visios, voire par une tendance à participer de moins en moins aux échanges. Ce retrait progressif peut être une manière de se protéger lorsqu’on se sent épuisé, mais il peut aussi renforcer le sentiment d’isolement et de déconnexion vis-à-vis du collectif de travail.

6. Conduites addictives ou consommation accrue de produits pour "tenir"

Les conduites addictives ou la consommation accrue de certains produits pour « tenir » apparaissent, quant à elles, lorsque la personne cherche, par tous les moyens, à compenser son épuisement. Elle peut alors rentrer dans une spirale non vertueuse : consommer des vitamines à gogo le matin pour avoir l’impression d’être en forme, puis recourir le soir à des produits censés favoriser le sommeil (ex : mélatonine, produits à base de plantes, anxiolytiques, somnifères, etc). Pour décompresser après une journée de travail, l’alcool peut également prendre une place croissante au fil du temps : un verre, puis deux, puis trois. Certaines personnes peuvent aussi augmenter leur consommation de tabac ou avoir recours à des substances stimulantes, comme la cocaïne, pour tenir, rester éveillées et boucler un dossier. Ces comportements ne sont pas anodins : ils peuvent donner l’illusion de permettre de continuer à fonctionner malgré l’épuisement, tout en fragilisant davantage l’équilibre physique et psychologique. Le risque est alors de s’installer dans un cercle vicieux où l’on utilise des produits pour compenser les effets de la fatigue, puis d’autres pour tenter de récupérer, sans jamais traiter ce qui est à l’origine de l’épuisement. Sans oublier le risque de faire encore plus mal à sa santé via ces consommations à répétition toxiques pour l'organisme.

7. Abandon des activités extra-professionnelles et diminution des interactions sociales

Quand les activités qui faisaient du bien deviennent trop coûteuses en énergie, c'est qu'il y a surchauffe avancée. Une personne en situation de surchauffe professionnelle ou de burn-out peut progressivement refuser de voir ses proches (famille, ami(e)s, etc.) car elle est trop fatiguée, préférant rester seule chez elle pour tenter de récupérer. Les loisirs ne sont pas épargnés : sport, cours de photo, activités manuelles, sorties… peuvent être progressivement abandonnés ou faire l’objet d’un renoncement, non par manque d’envie, mais parce que la personne n’a plus les ressources nécessaires pour les pratiquer. Peu à peu, le quotidien peut se résumer au travail et au repos, jusqu’à donner le sentiment de ne plus avoir de vie en dehors du travail. C'est le fameux "métro-boulot-dodo" poussé à l'extrême...

8. Négligence du corps et de la santé

« Je m’en occuperai plus tard ». À force de repousser ses propres besoins, la personne en situation de surchauffe professionnelle finit par négliger sa santé. Elle peut annuler des rendez-vous médicaux car elle a trop de travail, ou ne plus planifier les rendez-vous médicaux fondamentaux (gynécologue pour les femmes, dermatologue, psychologue, etc). Elle peut même poser ses rendez-vous sur Doctolib… puis ne pas y aller parce qu’une urgence professionnelle ou un dossier à terminer lui semble finalement prioritaire. Dans certains cas, cela peut aller jusqu’au non-respect des prescriptions médicales ou des examens recommandés par le professionnel de santé. Peu à peu, prendre soin de sa santé devient une contrainte que l’on repousse, comme si l’on devait d’abord « finir tout le reste » avant de pouvoir s’occuper de soi.

9. Refus total de s'arrêter

Pour certaines personnes, s’arrêter est impensable. Même lorsqu’un médecin recommande un arrêt de travail, elles peuvent continuer à se rendre au travail, parfois même avec l’arrêt prescrit dans le sac à main ou la sacoche. Derrière ce refus de s’arrêter, on retrouve souvent une forte culpabilité à l’idée de « lâcher » ses équipes, un sentiment de loyauté très (trop) important ou encore la peur de quitter le navire au moment où l’entreprise, les collègues ou un projet ont besoin d’elles. La personne peut avoir conscience qu’elle est épuisée, mais se convaincre qu’elle doit malgré tout « tenir encore un peu ». Jusqu’à ce que le corps et l’esprit finissent par imposer un arrêt que l’on n’avait pas réussi à s’autoriser soi-même.

10. Faire de la maison le lieu exutoire de la souffrance professionnelle

À force de se retenir au travail, de prendre sur soi et de contenir ses émotions toute la journée, la maison peut devenir l’endroit où tout finit par sortir. La personne peut alors déverser son stress et/ou sa colère à la maison plutôt qu’au travail, parfois sans même en avoir conscience. Elle se contient face à ses collègues, à sa hiérarchie ou à ses clients, puis se « lâche » une fois rentrée chez elle, auprès de son conjoint, de sa conjointe ou de ses enfants. Une remarque anodine peut provoquer une réaction disproportionnée, une contrariété peut déclencher des pleurs ou de l’irritabilité. La sphère familiale devient ainsi, malgré elle, le lieu où la souffrance professionnelle trouve un exutoire, avec le risque de fragiliser les relations avec ceux qui sont pourtant censés constituer un espace de soutien et de récupération.

Pour aller plus loin sur les signes de l'épuisement (également appelés "signaux faibles" dans le jargon de l'entreprise), vous pouvez écouter la capsule 49 de notre podcast Cheminement justement dédiée aux signaux physiques du burn-out.

Vous pouvez également découvrir les signaux psychiques de l'épuisement dans la capsule 50, ainsi que les signaux comportementaux dans la capsule 51.

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Ca m'intéresse
Rédigé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.