Introduction
Les personnes qui font un burn-out ne sont ni paresseuses, ni désengagées, ni incompétentes. Loin de là, et bien au contraire. Les victimes de l'épuisement professionnel figurent souvent parmi les collaborateurs les plus investis, les plus consciencieux et bien souvent les plus appréciés de leur entourage professionnel pour leur sérieux et leur fiabilité. Pourquoi ceux qui semblent les plus solides finissent-ils parfois par s'effondrer ?
Lorsqu'un salarié est arrêté pour burn-out, la réaction des tiers (collègues, hiérarchie, etc) est souvent la même : "je n'aurais jamais imaginé que ça lui arrive à lui", "elle semblait si costaud", "on n'avait pas l'impression qu'il était en difficulté", "je n'ai rien vu venir'... C'est justement là l'un des plus grands paradoxes de l'épuisement professionnel.
Le burn-out touche rarement les personnes qui font le strict minimum. Il concerne plus fréquemment celles qui donnent beaucoup. Et même beaucoup trop.
Le burn-out n'est pas un problème de fragilité
Une idée reçue persiste encore : le burn-out toucherait les personnes les moins résistantes au stress. Les plus vulnérables. Celles qui ne tiennent pas le choc dans la durée. Autrement dit, les "maillons faibles" de l'entreprise. Or, c'est tout l'inverse. Les personnes concernées sont quasi toujours des femmes et des hommes très investi(e)s dans leur travail, endurantes, travailleurs(ses), extrêmement fiables, animées par un fort sens des responsabilités, consciencieuses et attaché(e)s à la qualité du travail bien fait. Adeptes du "parfait", voire du "plus que parfait", elles ont tendance à accepter davantage de missions que les autres, à rendre service spontanément et à placer la barre très haut. Le problème n'a donc rien à voir avec un manque d'implication. Au contraire, il vient souvent d'un excès d'implication.
Quand l'engagement devient une prison
L'investissement professionnel, tout comme la loyauté, sont à l'évidence des qualités. Mais jusqu'à un certain point... Lorsqu'il devient excessif, l'engagement au travail peut progressivement se transformer en piège avec des difficultés à dire non, à poser des limites (aux autres comme à soi-même), à déléguer, à demander de l'aide et à reconnaître ses propres limites. Les plus travailleurs finissent par absorber toujours plus de charge mentale et émotionnelle. Lorsque les autres parviennent à lever le pied, ils continuent. Lorsque les autres décrochent le soir et le week-end, ils restent connectés. Lorsque les autres alertent sur leurs difficultés, ils serrent les dents. Jusqu'au jour où le système craque.
Le syndrome du (de la) bon(ne) élève : un terrain clairement favorable au burn-out
Parmi les profils régulièrement rencontrés dans les situations d'épuisement professionnel, on retrouve ce que certains appellent le "syndrome du (de la) bon(ne) élève", souvent enraciné dans l'enfance. Très jeunes, ces personnes ont appris à être performantes, à répondre aux attentes, à faire plaisir, à ne pas faire de vague et à être irréprochables. Leur valeur personnelle s'est parfois construite autour de leurs résultats et de leur capacité à réussir. Au travail, cela se traduit par un souci d'exemplarité, un perfectionnisme important, une grande peur de décevoir, des difficultés à accepter l'erreur, un grand besoin de reconnaissance, et une tendance à surinvestir chaque mission. Si ces comportements sont bien souvent appréciés et récompensés, ils deviennent progressivement coûteux et risqués.
Les personnes en quête de sens sont particulièrement exposées
Le burn-out touche majoritairement celles et ceux qui aiment leur travail. Or, bien souvent et selon l'adage bien connu, "quand on aime, on ne compte pas"... Et lorsque l'on accorde beaucoup d'importance à son métier, on accepte plus facilement certains sacrifices : on travaille davantage, on accepte le rush permanent (jusqu'à le banaliser complètement...), on ferme les yeux sur certains dysfonctionnements énergivores, et on se retrouve en sur-adaptation permanente en repoussant chaque jour ses limites. Parce que l'on croit à la mission. Parce que l'on tient à bien faire, et/ou parce que l'on veut être utile. Mais lorsque les valeurs personnelles entrent en conflit avec la réalité du terrain, la souffrance devient souvent particulièrement intense.
La suradaptation : ce mécanisme invisible qui épuise
L'un des phénomènes les plus fréquents dans les parcours de burn-out est la suradaptation précitée. La personne s'adapte constamment à son environnement. Elle encaisse, compose, fait des compromis, supporte des situations qui ne lui conviennent pourtant pas (plus). Parfois pendant des semaines, des mois, voire des années. Petit à petit, elle s'éloigne de ses besoins, de ses envies, de ses limites et se retrouve en sur-effort au quotidien. Vue de l'extérieur, tout semble fonctionner. À l'intérieur, l'usure progresse silencieusement. Cette déconnexion de soi constitue souvent l'une des premières briques de l'épuisement professionnel.
Quand la cage dorée complique tout
Certaines personnes restent également enfermées dans ce que l'on appelle une « cage dorée » ou encore un "confort inconfortable" : le poste est confortable, le salaire attractif, le statut valorisant. Mais "ça ne vibre pas " : le travail ne nourrit plus. La motivation s'étiole, le plaisir s'estompe au fil des mois. Le sens n'est plus au rendez-vous. Mais on reste. Parce que partir ne semble pas raisonnable. Trop risqué. On s'habitue à s'adapter à une situation qui ne nous correspond plus et qui peut être délétère. Cette tension permanente entre sécurité et aspiration profonde génère une fatigue psychologique considérable sur le long terme.
Le burn-out est souvent précédé de nombreux signaux d'alerte
Contrairement à l'image de l'effondrement soudain, le burn-out s'installe généralement progressivement. Il est précédé d'une phase de surchauffe, dite de "burn-in" et plus ou moins longue selon les individus, durant laquelle les premiers signes apparaissent : fatigue persistante, dérèglement du sommeil, troubles de l'appétit, irritabilité inhabituelles, patience amoindrie, somatisation du corps, difficultés de concentration, perte de motivation, isolement social, sensation de fonctionner en pilote automatique, envies récurrentes de tout plaquer, perte de sens... Ces signaux hélas sont souvent minimisés, voire complètement niés. Les personnes concernées pensent qu'elles traversent simplement une période difficile, que ça passera, qu'elles se reposeront "une fois que le dossier Dupont sera terminé"... Bref, elles continuent à avancer et à tirer sur la corde... jusqu'à ce que leur corps ou leur mental impose finalement l'arrêt.
Comment prévenir le burn-out lorsque l'on est très investi ?
La prévention ne consiste pas à devenir moins engagé. Elle consiste à apprendre à s'engager autrement. Cela implique notamment de reconnaître ses limites, d'oser demander de l'aide, d'accepter de ne pas être parfait tout le temps, de préserver (pour ne pas dire sanctuariser) des espaces de récupération, de revoir son rapport au travail, de questionner régulièrement son degré d'alignement avec son travail et - surtout - de connaître les signaux avant-coureurs du burn-out et ne pas attendre l'épuisement pour (ré)agir. Être impliqué dans son métier est une richesse. Mais s'oublier au nom de son travail est clairement un risque...