Introduction
Comme nous vous l'avons déjà indiqué dans nos colonnes, l'épuisement professionnel est un mécanisme de glissement insidieux, qui n'arrive jamais d'un coup d'un seul. Si l'effondrement, lui, peut-être brutal (et parfois entraîner un effet de sidération chez celle ou celui qui le vit), il est systématiquement précédé de signaux d'alerte hélas rarement écoutés, et parfois niés.
Ces signaux ou symptômes du burn-out sont de trois ordres (raison pour laquelle nous parlons souvent de trilogie des symptômes de l'épuisement professionnel) :
Dans cet article, nous abordons exclusivement les signaux psychiques (en rappelant bien sûr, et comme toujours, que le burn-out ne repose pas sur un autodiagnostic et que seul un professionnel de santé est compétent pour poser un tel diagnostic).
Voici donc la liste des symptômes psychiques fréquemment évoqués par celles et ceux qui - un jour - tombent en épuisement professionnel.
1. Des troubles cognitifs inhabituels et persistants
Parmi les symptômes du burn-out, les troubles cognitifs sont sans doute les plus déstabilisants à vivre lorsqu'ils apparaissent. , erreurs inhabituelles, maladresses, difficultés à réfléchir ou à prendre des décisions... Ces signaux doivent alerter. Concrètement, cela peut se traduire par des situations aussi surprenantes qu'inquiétantes :
- Se retrouver devant son écran d'ordinateur sans parvenir à comprendre ce que l'on lit ni à rédiger un simple e-mail ;
- Retirer de l'argent au distributeur et ne plus se souvenir de son code bancaire ;
- Ne plus être capable de suivre une réunion du début à la fin ;
- Ne plus parvenir à lire un livre ou à suivre une série ou un film à la télévision. Une de nos accompagnées a ainsi pu nous dire un jour qu'elle ne parvenait plus à comprendre les dessins animés visionnés par ses enfants...
Cette perte de capacités cognitives est extrêmement perturbante. Ne plus parvenir à faire ce que l'on réalisait auparavant de manière automatique, perdre ses réflexes, le fil de ses pensées ou avoir des trous de mémoire récurrents peut rapidement devenir source d'angoisse (pour aller plus loin sur ces troubles cognitifs, cliquez ici).
2. Une humeur changeante (labilité émotionnelle)
L'irritabilité persistante est un signal fort chez les personnes en surchauffe sur le point de glisser. Elle se traduit souvent par des réactions disproportionnées pour l'entourage : susceptibilité accrue, agacements récurrents, froideur, colère, tristesse, cynisme, versatilité nouvelle, humeur dépressive" souvent décrite, etc. Le yoyo émotionnel et d'humeur n'est pas rare avec des crises de larme intempestives, une intolérance aux humeurs des autres, et une hypersensibilité exacerbée : "je ne supportais plus le bruit à la maison", "je me mettais en colère si les enfants n'étaient pas déjà dans le bain quand je rentrais du travail", "je ne tolérais plus que l'on toque à ma porte au bureau".
3. Appréhension excessive, anxiété, angoisse
Angoisse dès 16h le dimanche à l'idée de la semaine qui arrive, boule au ventre sur le chemin du travail, spasmophilie, crise d'angoisse dans les transports... ces manifestations sont fréquentes avant l'effondrement. Elles doivent particulièrement inquiéter lorsqu'elles se produisent de plus en plus fréquemment et qu'elles s'amplifient dans le temps : passer de l'appréhension, à l'anxiété puis à l'angoisse paralysante doit faire réagir et vous pousser à consulter.
4. Détachement émotionnel
Après avoir longtemps fonctionné dans l’hyper-engagement, l’épuisement peut conduire à une forme de mise à distance émotionnelle : on ne ressent plus grand-chose, on se sent indifférent à son travail, à ses collègues ou à des situations qui nous touchaient auparavant. Ce n’est pas un réel manque d’intérêt ou de motivation mais une façon pour le cerveau de se protéger face à une sollicitation devenue trop importante. On peut alors avoir l’impression de fonctionner « en pilote automatique », de faire les choses mécaniquement, sans plaisir ni émotion. Ce ressenti de détachement émotionnel survient souvent lors des interactions familiales ou sociales : sentiment d'être présent sans vraiment l'être, sensation de distanciation, parfois même de désamour vis-à-vis de ses proches. Beaucoup disent qu'ils ont l'impression "de ne plus être habité", "d'être vide", "ne plus rien ressentir" ou de ne plus avoir suffisamment de "batterie émotionnelle disponible".
5. Stress aigu face à toute nouvelle demande professionnelle ou extra-professionnelle
Chez une personne en surchauffe professionnelle ou en burn-out, une nouvelle demande, même anodine, peut provoquer une réaction de stress disproportionnée. Un simple mail, un rendez-vous à organiser, une tâche supplémentaire ou même une sollicitation dans la vie personnelle peut être vécu comme « la goutte de trop ». Celle qui pourrait faire déborder un vase déjà bien trop rempli. Le cerveau, déjà fortement sollicité, semble ne plus disposer de ressources suffisantes pour absorber une demande supplémentaire. Cela peut se traduire par les réactions sur-mentionnées : une montée d’angoisse, de l’irritabilité, un sentiment de panique ou une envie immédiate de fuir et de s’isoler.
6. Sensation permanente de surchauffe
La sensation permanente de surchauffe peut être ressentie lorsque la personne a le sentiment que son cerveau ne s’arrête jamais. Même en dehors du travail, les pensées continuent de tourner : anticiper, organiser, résoudre les problèmes, penser à ce qui reste à faire… Il devient de plus en plus difficile de déconnecter et de récupérer. La personne peut avoir l’impression d’être constamment sous tension, avec le sentiment de fonctionner « à plein régime » en permanence, jusqu’à ne plus parvenir à retrouver un véritable état de calme, même dans les moments de repos. Bien souvent, le sommeil est parasité par ce mental fonctionnant à plein régime.
7. Sentiment de baisse de la performance
Ce ressenti est fréquent lorsque la personne est en situation de surchauffe avancée : alors qu’elle avait souvent l’habitude d’être efficace, investie et de pouvoir compter sur ses capacités, elle peut commencer à avoir l’impression de ne plus être à la hauteur. Les mêmes tâches qu'auparavant prennent plus de temps, la to do list se coche de moins en moins vite, la concentration devient plus difficile, les oublis se multiplient et les décisions peuvent sembler plus compliquées à prendre. Cette impression de perdre en efficacité peut être particulièrement déstabilisante, voire culpabilisante, notamment pour les personnes qui ont toujours eu l’habitude de beaucoup donner dans leur travail, et d'avoir des retours positifs quant à leur efficacité au quotidien.
8. Déni du surmenage et de l'anormalité de la situation
Le déni du surmenage peut jouer un rôle important dans l’installation progressive du burn-out. La personne minimise ce qu’elle ressent, se convainc qu’elle est simplement fatiguée, qu’elle doit « tenir encore un peu", qu'elle se reposera plus tard... Ce faisant, elle banalise une situation qui, pourtant, n’est plus normale (et qui devrait être l'exception et non la règle) : journées interminables, charge de travail excessive, travail le soir et/ou le week-end, sommeil perturbé, irritabilité, perte de plaisir, voire de sens… Parce qu’elle a souvent été habituée à fonctionner dans l’engagement, la grande loyauté et la performance, elle peut avoir du mal à reconnaître qu’elle a dépassé ses limites et qu'elle est en réalité éreintée. Si ce déni permet certes de continuer à avancer temporairement, il retarde considérablement la prise de conscience, la mise en place de changements nécessaires, conduisant ainsi hélas de nombreuses personnes en surchauffe à l'épuisement...
Pour aller plus loin sur les signes de l'épuisement, vous pouvez écouter la capsule 49 de notre podcast Cheminement justement dédiée aux signaux physiques du burn-out.
Vous pouvez également découvrir les signaux psychiques de l'épuisement dans la capsule 50, ainsi que les signaux comportementaux dans la capsule 51.