Si tous les épuisés professionnels ne sont pas addicts à leur travail, beaucoup de personnes dépendantes au travail glissent progressivement vers le burn-out…
Nous dressions, il y a quelques mois, le portrait-robot des personnes les plus exposées au burn-out et mettions en avant quelques caractéristiques souvent communes aux épuisé(e)s : rigueur (voire perfectionnisme), valeur travail très forte (notamment dans la construction identitaire), endurance, forte implication au travail, difficultés à dire non ou à déléguer et, parfois, une tendance à la dépendance… au travail. On constate en effet bien souvent un attachement extrêmement fort au travail, pour ne pas dire une forme d’obsession pouvant aller jusqu’à la dépendance.
Qu’est-ce que la dépendance au travail ? Comme toutes les autres addictions, l’addiction au travail est définie par une perte de contrôle sur le comportement (de travail) et sa poursuite en dépit des dommages occasionnés, avec une origine multifactorielle faisant intervenir la triade « objet addictif — individu — environnement », décrite par Claude Olievenstein.
Les “workaholics” présentent des pulsions à travailler devenues difficilement contrôlables, des envies et des “craving”, constate le psychiatre Laurent Karila. Le professeur M. Lejoyeux définit le workaholic comme « une personne qui a un besoin de travailler en permanence et une sensation de manque lors des interruptions de travail », ce qui traduit une forte centration du sujet autour de l’objet addictif. Le travail finit alors par dicter la durée et la fréquence des périodes de repos, de détente ou d’intimité. Il prévaut progressivement sur tout le reste.
Selon J.T. Spence et A.S. Robbins, le workaholic se sent dans la contrainte et se montre très impliqué dans son travail, sans forcément y trouver de satisfaction. Son rapport au travail induit alors des conséquences négatives. Pour autant, lorsqu’il ne travaille pas, “l’accro” se sent mal : il est en manque, en situation de sevrage.
Le travail devient alors l’équivalent d’une substance addictive (nicotine, cocaïne, etc.) pour d’autres profils dépendants. Au quotidien :
Autant de comportements susceptibles de mener au burn-out, autrement dit à l’épuisement professionnel. En effet, les conséquences de cette dépendance induisent des dommages de tout ordre : addictologiques, thymiques, somatiques, socio-familiaux, professionnels et financiers.
On retrouve notamment :
Afin de ne pas sombrer dans l’épuisement, une prise en charge peut s’avérer nécessaire, notamment par le biais de thérapies comportementales.
Au-delà de l’accompagnement médical ou thérapeutique, la prise de conscience du rapport au travail constitue souvent une étape clé. Apprendre à réintroduire des limites, à restaurer des espaces de récupération et à redonner une place à la vie personnelle est essentiel pour sortir de la spirale de surinvestissement.