Burn-out et loyauté : si je m’arrête, je trahis mon équipe

Article
Surchauffe professionnelle et burn-out
3 min de lecture
Marina Bourgeois
Publié le
October 6, 2026

Introduction

Combien de salariés continuent à aller travailler avec parfois un, voire plusieurs arrêts maladie déjà préconisés par leur médecin, pour ne pas « lâcher » leur équipe, malgré un état de surchauffe ou de pré-épuisement avancé ?

Combien repoussent l’arrêt d’une semaine, puis d’une autre, parce que « ce n’est vraiment pas le moment » ?

La loyauté envers les collègues, aussi louable soit-elle, n’a pas que de bons côtés.

‍La loyauté professionnelle pousse parfois les salariés et les managers à s’épuiser par peur de pénaliser leurs collègues ou de surcharger davantage une équipe déjà sous tension.

Et c’est là que se referme le piège de la loyauté mal placée : continuer à protéger le collectif jusqu’à ne plus parvenir à se protéger soi-même.

La culpabilité s’installe alors :

  • « Si je m’arrête maintenant, ils vont devoir tout gérer. On a trop de travail… déjà qu’on est en sous-effectif. »
  • « Ils vont devoir compenser mon absence en bossant plus. »
  • « Je ne peux pas leur en rajouter, l’équipe est déjà bien crevée. »
  • « Ils vont m’en vouloir. »
  • « Ça ne se fait pas, on est une équipe. »
  • « Ce n’est vraiment pas le bon moment, on est en surcharge et on a des deadlines hyper serrées. »
  • « Ça mettra une sale ambiance à mon retour. »
  • « Ce n’est pas mon style de quitter le navire. »

Culpabilité, et parfois même honte : s’arrêter est alors perçu, à tort, comme le fait de « quitter le navire », de lâcher le collectif au pire moment, voire de faire preuve d’égoïsme.

Alors on continue.On tient. On serre les dents. On se persuade que cela va passer.

On accepte encore une deadline intenable. On travaille un peu le soir, parfois le week-end. On rogne sur les pauses. On répond à ce dernier mail. On termine « juste » ce dossier pour ne pas le laisser aux collègues.

Et surtout, on banalise l'anormalité de sa propre fatigue. C'est le fameux "ça va passer ». Sauf que parfois, ça ne passe pas...

Quand la loyauté nourrit le déni de la fatigue

La conscience professionnelle et la loyauté qui en découle sont évidemment précieuses.

Mais à quel prix lorsqu’elles conduisent à faire passer la santé du collectif ou les besoins de l’entreprise avant sa propre santé ?

A A force de repousser ses limites, de travailler sur son temps libre « pour aider », d’accepter des délais intenables par solidarité ou de compenser continuellement un sous-effectif, on finit parfois par considérer comme normal ce qui ne l’est plus.

Et le corps, lui, ne négocie pas éternellement.

À force de tirer sur la corde, l’épuisement devient physique, émotionnel et mental. Jusqu’au moment où continuer n’est tout simplement plus possible.

Et c’est là tout le paradoxe : la personne qui voulait absolument rester debout pour ne pas pénaliser son équipe peut finir par s’effondrer complètement et devenir, malgré elle, incapable d’aider ce collectif qu’elle cherchait précisément à protéger.

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Le dangereux effet d’entraînement

Il y a aussi une autre question à se poser : quel message envoie-t-on aux collègues lorsque l’on ne s’autorise jamais à s’extraire d’une situation de surcharge et que l’on tire sur la corde jusqu’à l’épuisement ?

Un message de « travail à tout prix », un message d’oubli de soi et, qui dit implicitement : ici, même lorsque l’on ne va pas (plus) bien, on continue. Or, ce message peut avoir un puissant effet d’entraînement toxique. Par capillarité. Parce que les comportements se diffusent dans une équipe. Parce que si personne n’ose dire stop, celui ou celle qui commence à flancher peut se demander de quel droit il ou elle le ferait. Alors, par mimétisme, d’autres taisent leur fatigue. D’autres repoussent leur arrêt. D’autres serrent les dents à leur tour. Ils tiennent. Autrement dit, ils subissent. Et la loyauté, qui devait protéger le collectif, peut paradoxalement contribuer à fabriquer de l’épuisement collectif.

Peut-être faut-il alors renverser complètement la question initiale de notre billet : et si s’arrêter lorsqu’on est épuisé n’était pas montrer l'exemple à son équipe ? Et si reconnaître ses limites était aussi une manière de montrer aux autres qu’ils ont, eux aussi, le droit d’en avoir ? Et si la véritable loyauté consistait également à refuser qu’un collectif de travail repose sur l’épuisement silencieux de celles et ceux qui le composent ? On ne protège pas durablement les autres en se détruisant soi-même.

Pour terminer ce billet, nous semons en vous la petite graine d'introspection suivante: à quoi/à qui doit-on finalement être loyal en priorité ? Aux autres, à l'organisation ou à santé physique et mentale ?

À méditer… 🧘

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Ca m'intéresse
Rédigé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.