Valérie Pouliquen. Ecouter sa petite voix... (redif)

Podcast
Saison 2
Ep 61
37 min
Marina Bourgeois
Publié le
August 16, 2024
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À quoi s'attendre ?

Quand une ex-avocate devenue coach et comédienne vous invite à écouter votre petite voie...

C'est un épisode un peu spécial que je vous propose aujourd'hui puisque je reçois Valérie Pouliquen qui intervient pour Oser Rêver Sa Carrière.

Valérie a un parcours totalement atypique.

En 2015, après plus de treize ans d'avocature, Valérie ressent le besoin d'avoir du temps pour elle en dehors de son cabinet. Elle décide alors de s'inscrire à un cours de théâtre. Coup de foudre immédiat qui a changé sa vie : quelques années plus tard et suite à cette rencontre avec elle-même et un épuisement, Valérie raccroche la robe.

Aujourd'hui, Valérie a 55 ans. Elle est comédienne et coach en transition de carrière et souffrance au travail. Slasheuse, elle cumule deux activités pour le plaisir. Son loisir est devenu une passion, puis un métier.

Bonne écoute !

Transcription

00:00 Introduction : Le parcours atypique de Valérie

[Marina] Bonjour à tous, ici Marina Bourgeois, fondatrice d'Oser Rêver sa Carrière. Je suis ravie de vous accueillir pour ce nouvel épisode. Comme vous le savez, le podcast Oser Rêver sa Carrière, ce sont notamment des interviews d'hommes et de femmes au parcours de vie inspirant et qui, je l'espère, vous plairont et vous aideront dans vos questionnements de vie et de carrière. Très bonne écoute.

[Marina] Bonjour à tous. C'est un épisode un peu spécial aujourd'hui puisque je reçois Valérie Pouliquen qui travaille avec nous chez Oser Rêver sa Carrière. Valérie a un parcours totalement atypique de formation juridique. Elle a d'abord travaillé en entreprise avant de devenir avocate fiscaliste, métier qu'elle a exercé pendant plus de 10 ans. En 2015, Valérie ressent le besoin d'avoir un petit peu de temps pour elle en dehors du cabinet et décide de s'inscrire à un cours de théâtre. Au début, pour souffler et avoir son moment à elle, une fois par semaine. Une inscription qui a changé sa vie puisque quelques années plus tard, et suite à cette rencontre avec elle-même et un épuisement, Valérie quitte l'avocature. Aujourd'hui, elle a 55 ans. Elle est comédienne et coach en transition de carrière et souffrance au travail. Slasheuse, elle cumule deux activités pour le plaisir. Son loisir est devenu une passion puis un métier. Un parcours assez dingue qu'elle nous raconte aujourd'hui. Bonjour Valérie.

[Valérie] Bonjour Marina. Merci de me recevoir.

01:30 Pourquoi l'avocature ? Défendre "David contre Goliath"

[Marina] Je suis très contente, tu t'en doutes, de t'avoir à mon micro. Valérie, j'ai une première question pour toi. Qu'est-ce qui t'a amenée initialement vers le métier d'avocate ?

[Valérie] Alors, initialement, j'ai choisi le métier d'avocat parce que j'avais envie de défendre un peu le faible contre le plus fort. J'ai travaillé pendant 8 ans dans l'administration. Donc j'étais du côté des puissants entre guillemets et j'ai eu envie après de faire quelque chose de beaucoup plus concret, de beaucoup plus proche des personnes et j'avais envie de défendre un peu David contre Goliath. Donc voilà, j'ai choisi ce métier-là avant tout pour défendre.

[Marina] D'accord. Et alors tu as créé ton cabinet et tu l'as même géré pendant plus de 10 ans si je ne me trompe pas.

[Valérie] Oui, tout à fait. En fait, j'ai rejoint un ancien collaborateur qui avait monté son cabinet. Donc, j'ai été sa collaboratrice pendant 2 ans et ensuite je me suis associée et donc on a développé le cabinet pendant 13 ans et demi ensemble. C'était une super aventure. Euh, j'ai énormément travaillé, je me suis énormément investie et c'est quelque chose dont je suis très fière, que je ne regrette absolument pas mais j'ai eu envie de changer à un moment donné, de tourner la page.

04:00 L'aventure du cabinet, la fiscalité et la maternité

[Marina] Et tu étais spécialisée dans quelle discipline exactement à ce moment-là, Valérie ?

[Valérie] Alors, j'étais fiscaliste, voilà, avocat fiscaliste et je travaillais beaucoup avec des artistes.

[Marina] Ah, déjà peut-être que ça va nous mettre sur la piste pour ce que l'on va se dire juste après. Valérie, on se connaît puisque tu travailles notamment aussi avec nous chez Oser Rêver sa Carrière. À ce moment-là de ta vie, enfin d'ailleurs depuis un bon moment, tu avais des jumeaux quand tu avais le cabinet. Est-ce que ça a été compliqué ou pas pour toi de gérer ta vie d'avocate et de gérante aussi, d'associée du cabinet, et d'être double maman finalement ?

[Valérie] Oui, c'était compliqué mais c'était tellement merveilleux. Moi, j'étais super heureuse d'avoir mes petits jumeaux. C'est la plus belle chose qui me soit arrivée dans la vie. Mais c'est vrai que c'était sport parce que j'ai toujours continué de travailler en même temps. Donc il y a des jours où c'était effectivement du jonglage permanent entre la vie professionnelle, la vie privée, aucun temps pour moi. Mais voilà, j'étais heureuse, j'étais dans le feu de l'action. Il y a des jours où je me disais "Mais là, ça va passer, il y a un truc qui va exploser en plein vol." Et puis finalement, j'arrivais à gérer mes journées et à tout faire plus ou moins bien. Je pense plutôt bien.

07:30 Le besoin de respirer : l'inscription au théâtre

[Marina] Et voilà. Donc, c'est c'était une expérience merveilleuse mais à un moment donné, il fallait redescendre un petit peu et puis prendre du temps pour soi. Alors justement, qu'est-ce qui se passe à un moment donné quand tu te dis qu'il y a effectivement un trop-plein qui a besoin d'avoir un petit peu de temps pour toi ?

[Valérie] Alors à un moment donné, je me suis quand même rendu compte que je passais mes journées à travailler, à faire beaucoup de déplacements en transport ou en voiture, à m'occuper de mes enfants et je ne faisais quasiment plus rien pour moi. Donc j'ai eu besoin de retrouver un petit moment dans la semaine rien qu'à moi et j'ai décidé à ce moment-là de trouver une activité, un loisir. J'ai réfléchi sur ce qui me plairait. Moi j'ai fait du piano, j'ai fait de la danse quand j'étais jeune. Et on m'avait proposé à un moment donné d'entrer dans une troupe de théâtre amateur, où j'avais refusé à l'époque. Et puis cette idée a dû cheminer dans mon cerveau et c'est revenu à ce moment-là. Je me suis dit : "Tiens, pourquoi je ne m'inscrirais pas dans un cours de théâtre ?". J'ai cherché autour de mon bureau, j'ai pas trouvé. Et puis 2 ans plus tard, j'ai refait un tour sur internet et j'ai trouvé un cours de théâtre à 2 minutes à pied de mon bureau.

[Valérie] Donc là, je me suis dit c'est un signe, il faut absolument que j'y aille. Donc j'ai fait un stage d'une journée découverte. J'étais morte de trouille de me retrouver sur une scène devant plusieurs personnes à devoir faire des choses que je n'avais jamais faites, de l'impro notamment.

[Marina] Pourtant, pardon de t'interrompre Valérie, en tant qu'avocate, on pourrait se dire que finalement le fait d'être exposée, de parler devant le public, ça pouvait être un terrain connu ou une zone de confort pour toi ?

[Valérie] Pas forcément parce que moi, en tant que fiscaliste, je ne plaidais pas. Toute la procédure était écrite. Donc j'avais des relations avec les clients, mais de parler devant beaucoup de personnes, pas forcément justement. Donc j'étais pas très à l'aise avec tout ça. Et mais voilà, ça m'a attiré. J'ai trouvé ça super intéressant et j'ai décidé de m'inscrire pour avoir juste une petite respiration, faire quelque chose à moi. Donc à ce moment-là, je coupais mon téléphone, je disais à mes clients, je disais à ma famille qu'il ne fallait pas me déranger pendant les 2 heures où j'étais en cours de théâtre.

12:00 Retrouver son âme d'enfant et le crash de 2017

[Valérie] Et là j'étais moi-même, c'est-à-dire que je n'étais plus avocate, je n'étais plus maman, j'étais Valérie et je retrouvais mon âme d'enfant et ça c'est extraordinaire. Je pouvais jouer des personnages, je pouvais vraiment me laisser aller. On plaisantait beaucoup, enfin voilà, c'est quelque chose qui m'a énormément aidée, qui était vraiment une respiration, quelque chose que je découvrais en fait. Je me découvrais moi-même et la capacité que j'avais à faire rire, à me mettre en colère, enfin à jouer des personnages différents qui sont un peu des facettes de soi-même.

[Marina] Un exutoire à ce moment-là. Est-ce que tu as pressenti tout ce qui allait se passer derrière ?

[Valérie] Alors, j'ai rien pressenti du tout. Au début, c'était vraiment qu'une respiration, un loisir. Et c'est au fur et à mesure qu'en travaillant sur les émotions, l'écoute du partenaire et en faisant des rencontres que je me suis beaucoup intéressée au développement personnel, à l'être humain, aux émotions, à l'intelligence émotionnelle. Mais pour moi, ma carrière, j'allais être avocate jusqu'à la fin de ma vie, c'était évident. Je savais que je travaillais trop mais je ne me voyais pas faire autre chose. Et puis, à force de travailler comme je faisais énormément, mon corps a lâché. Donc en 2017, je suis tombée malade.

[Valérie] Épuisement. Cette maladie était liée au fait que j'avais demandé beaucoup trop à mon corps pendant beaucoup trop d'années. Je me suis retrouvée clouée dans mon lit pendant 2 mois. Donc moi qui étais hyperactive, ça a été vraiment un choc pour moi parce que j'étais complètement en souffrance, avec beaucoup de douleur et puis complètement perdue, abrutie de médicaments.

18:00 La reconstruction : Humanité contre Finance

[Valérie] J'ai compris un peu plus tard qu'il fallait vraiment que je change ma vie parce que sinon je pouvais aller jusqu'à laisser ma peau. Je me suis dit : "Mais pourquoi tu travailles autant ?". J'étais comme un train lancé à toute vitesse et je ne savais pas comment arrêter tout ça. Là ça s'est arrêté brusquement. J'ai repris : qu'est-ce que j'aime faire ? Et j'avais envie de me tourner vers tout ce qui était beaucoup plus humain. J'en avais marre de la finance, de l'argent, tout ça, ça me semblait pas être mes valeurs finalement.

[Marina] On se replie socialement dans ces cas-là. Tu t'es fait accompagner ?

[Valérie] Oui, j'ai été coachée aussi et ça m'a beaucoup aidée. J'ai changé petit à petit. J'ai continué à travailler mais un peu moins, différemment. Je savais que j'allais continuer le théâtre, c'était une évidence. Je faisais aussi du yoga, de la méditation. Sûrement parce que j'ai été entourée d'infirmiers pendant quelques temps, j'avais envie d'aller vers le paramédical.

[Valérie] Et puis je me suis aperçue que j'étais pas faite forcément pour ça. Je suis allée à des portes ouvertes sur le métier de psychomotricien et je me suis aperçue que le travail avec des personnes qui souffraient dans leur corps était quelque chose qui me dérangeait, qui me mettait mal à l'aise. Donc je me suis dit : "Si tu n'aimes pas trop soigner les corps, par contre soigner l'âme des gens entre guillemets, ça t'anime. Donc c'est vers cela que tu dois aller".

21:00 La révélation du coaching et l'état de "Flow"

[Valérie] Du coup, je me forme au coaching. J'aime écrire, j'aime parler, j'aime lire, j'aime aider les autres, j'aime travailler sur les émotions. J'ai énormément d'énergie et d'optimisme en moi. Au début de la formation, je me suis dit : "Oulala qu'est-ce que c'est que ce truc-là ? Dans quoi me suis-je engagée ?". Comme beaucoup. Et puis au bout de quelques temps, c'est devenu quelque chose qui m'a passionnée. Quand j'ai commencé à pratiquer, j'ai senti que j'étais vraiment à ma place. Je me sentais utile. C'était fluide, j'étais dans le flow. Je considère que quand je coache, je ne travaille pas.

[Valérie] J'ai tellement envie de transmettre, j'ai tellement envie de dire : "Mais allez-y, si vous n'êtes pas bien dans votre travail, changez parce que c'est possible." Revenez à ce que vous aimez faire vraiment sans le regard des autres.

25:00 Le poids du statut social et la perte de l'étiquette

[Marina] J'allais y venir Valérie, parce qu'en plus dans ton cas particulier, tu passes d'une profession qui a un statut social prestigieux, avec la responsabilité d'un cabinet. Comment ton entourage a réagi quand tu as commencé à dire que tu allais raccrocher la robe ?

[Valérie] C'est pas forcément bien compris. Beaucoup m'ont dit : "Mais enfin, tu as un statut, tu as un métier que tu as exercé pendant très longtemps. Tu vas perdre ce statut." Et c'est vrai que j'ai perdu mon statut social. On me regarde différemment aujourd'hui, mais moi je suis tellement plus heureuse et ça ne m'a pas du tout posé de problème de changer de statut. Moi je suis beaucoup plus riche aujourd'hui que je ne l'étais à l'époque.

[Marina] C'est important ce que tu dis car le poste du moment peut ne plus convenir alors qu'il a très bien convenu pendant un moment. Tu en es un bon exemple, ta première carrière t'a éclatée pendant un certain nombre d'années.

[Valérie] Tout à fait. J'ai été fonctionnaire au début de ma carrière, j'ai abandonné un emploi à vie pour être avocate. C'était déjà un premier virage important. Donc ça m'a pas posé énormément de problèmes de changer à nouveau parce que dans ma tête, je savais que c'était possible. J'ai perdu évidemment énormément en train de vie, hein.

30:00 Vaincre les peurs financières : le cauchemar du caddy

[Marina] Tu as eu de la peur au passage ? Car on a souvent peur de l'inconnu ou de ne pas joindre les deux bouts.

[Valérie] Bien sûr que j'ai eu peur. Il y a eu des moments de doute. À un moment donné, quand je me suis dit : "Mais financièrement comment tu vas faire ?", je faisais des cauchemars où j'étais dans la rue avec mon caddy de course Monoprix. Je me voyais SDF avec mon petit caddy, dans la rue avec plus aucun soutien, plus d'argent. À l'époque, j'étais terriblement angoissée parce que c'est le nerf de la guerre.

[Valérie] Mais on trouve toujours des solutions parce qu'on va faire un plan A, un plan B, un plan C. On s'aperçoit qu'on peut vivre avec moins en trouvant des solutions sur le chemin. On s'adapte. À l'époque j'étais séparée. J'ai la chance d'avoir des enfants merveilleux qui m'ont toujours soutenue. Ils ne m'ont jamais dit : "Mais maman, comment on va faire pour manger ?". Ils voulaient que leur maman soit heureuse. Mes parents aussi m'ont soutenue. J'avais mis de l'argent de côté. Et j'ai appris surtout à vivre avec beaucoup moins parce que la vraie richesse est dans les rencontres, l'amitié, l'amour, la famille.

33:00 Une vie de "slasheuse" équilibrée et créative

[Marina] Tu as trouvé ta nourriture ailleurs. Aujourd'hui, tu as une double casquette : coach et comédienne.

[Valérie] Les deux sont liés. Le travail de comédien est un travail sur les émotions, ce qu'on va transmettre. Et le coaching, c'est aussi transmettre beaucoup d'énergie, d'espoir, débloquer les peurs. J'ai besoin des deux. Aujourd'hui, je prends du temps pour moi. J'ai compris qu'on n'était pas obligé de travailler de 9h à 20h tous les jours. On peut travailler moins, être plus efficace et surtout plus créatif. Le vide est une inspiration.

[Valérie] Je ne pars pas dans tous les sens. J'ai besoin de faire du coaching, de jouer la comédie et je travaille aussi dans un théâtre en tant qu'ouvreuse. Pour moi, il y a une cohérence et ça me nourrit chaque jour. Il y a 15 ans, j'aurais eu très peur de faire ce virage car j'étais dans la volonté de "réussir" socialement : le statut, la maison, la voiture. Quand j'ai franchi le cap, j'ai culpabilisé par rapport à mes enfants car je leur enlevais un confort de vie, mais ils me voyaient heureuse et c'est tout ce qui comptait.

35:30 Conclusion et conseil final : Écouter son corps

[Marina] Tu ne pouvais pas mieux conclure Valérie. Mille mercis pour ces confidences. Si tu devais donner un petit conseil à quelqu'un actuellement en questionnement, qu'est-ce que tu lui dirais ?

[Valérie] Je lui dirais : écoute ton corps, ce que tu ressens dans ton corps. Écoute ton cœur. Tout passe par le ressenti. On est beaucoup trop dans le mental à réfléchir, à rationaliser. Il faut suivre son instinct. Si on se sent bien dans ce qu'on fait, ça veut dire qu'on est forcément sur la bonne voie.

[Marina] Écoutons notre petite voix. Merci Valérie. L'épisode est terminé. J'espère que cette interview vous a plu. N'hésitez pas à la partager et à nous soutenir en mettant des petites étoiles sur Apple Podcast, Deezer ou Spotify. À très bientôt et surtout, prenez soin de vous.

Animé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.