Je ressens, donc je dis. Fanny Marais, auteure & coach

Podcast
Saison 5
Ep 131
44 min
Marina Bourgeois
Publié le
April 27, 2026
Écoutez cet épisode SUR

À quoi s'attendre ?

Dans cet épisode de Cheminement, je retrouve avec joie Fanny Marais, déjà venue à mon micro en 2021 pour parler d’hypersensibilité au travail. Cinq ans plus tard, elle revient avec un nouveau regard, et un nouveau livre : Je ressens donc je dis, publié aux éditions Leduc. Un titre qui fait évidemment écho à René Descartes… et qui nous invite à remettre les émotions au centre du jeu.

Ensemble, nous plongeons dans un sujet aussi intime qu’universel :
👉 les émotions refoulées ;
👉 les somatisations ;
👉 la CNV (communication non violente)
👉 le neuroatypisme ;
👉 la difficulté… et la nécessité de verbaliser.

Parce que non, nos émotions ne sont pas un problème à régler. Elles sont une information à écouter. Et parfois même... la solution !

Avec Fanny, nous décortiquons :

  • ce qu’est vraiment une émotion ;
  • pourquoi certaines nous abîment quand on les tait ;
  • comment trouver l’équilibre entre retenue et débordement ;
  • et surtout, comment avancer vers la maturité émotionnelle.

Et si vous avez aimé Vice-Versa 1 et 2, vous devriez adorer cet épisode !

Bonne écoute !

Podcast animé par Marina Bourgeois.
Avec les interventions ponctuelles et précieuses de Caroline Averty & Valérie Pouliquen.

Transcription

[00:00] Introduction et retrouvailles

[Marina Bourgois] Je reçois aujourd'hui Fanny Marais qui était déjà venue à mon micro en 2021 pour vous parler à l'époque d'hypersensibilité au travail. C'était l'épisode 121, et je vous mettrai le lien de l'épisode en dessous du podcast sur les réseaux. Aujourd'hui, Fanny revient pour nous parler cette fois notamment de son 3ème ouvrage qui s'intitule Je ressens donc je dis, publié aux éditions Leduc. Nous allons donc aujourd'hui parler émotion et décortiquer ensemble tout cela, puisque c'est sa spécialité. Nous verrons les émotions, leurs impacts positifs comme négatifs, comment trouver l'équilibre entre retenue et débordement émotionnel, et comment se rapprocher de ce qu'elle appelle la maturité émotionnelle. On va parler aussi des émotions des profils neuroatypiques, bref de tout un tas de choses liées aux émotions. Avis aux adeptes de Vice-Versa 1 et 2, vous allez vous régaler. Hello Fanny, ravie de te retrouver 5 ans après sur Cheminement.

[Fanny Marais] Bonjour Marina. 5 ans après, mon dieu que le temps passe ! J'ai vraiment l'impression que c'était hier. Mais oui, c'est vrai, tu as raison, c'est aussi un ressenti qu'on peut avoir en fonction de l'intensité de sa vie, n'est-ce pas ? Donc ça nous met déjà sur la voie de l'intensité et des ressentis. Pour me présenter, j'accompagne depuis 2018 au niveau professionnel, en tant que coach, essentiellement ou je peux même dire exclusivement des profils neuroatypiques. En tout cas dans mon activité auprès des profils individuels, et puis quand ça passe par l'entreprise, le profil n'est pas forcément neuroatypique, mais j'accompagne toujours sur la notion d'émotion. C'est aussi une des raisons qui a fait que j'ai voulu écrire ce livre.

[03:15] La genèse du livre et l'inventaire d'intelligence émotionnelle

[Marina Bourgois] C'était ma deuxième question, figure-toi, parce que dans tes deux premiers livres, tu as exploré l'impact de l'hypersensibilité sur le travail et la question de l'hyperpotentialité chez les femmes. Du coup, pour Je ressens donc je dis, quelle est la genèse du livre exactement ?

[Fanny Marais] La genèse, c'est le fait que je me sois certifiée à l'inventaire d'intelligence émotionnelle en 2020 pendant le Covid, parce que je m'étais dit que c'était l'occasion de pouvoir prendre du temps pour se former. J'ai eu la joie de me former à cet outil que j'utilise énormément depuis 2020 pour faire passer des inventaires. Le mot a l'air très grand, "inventaire d'intelligence émotionnelle", mais c'est vraiment de pouvoir définir à l'instant T le profil d'intelligence émotionnelle d'une personne dans son cadre de travail. Ça peut aussi s'adapter à la vie privée, mais c'est vrai que souvent moi, je l'utilise pour le cadre professionnel. Quel est l'impact de mes émotions sur moi en tant que manager ? Comment j'intègre mes émotions dans ma façon de prendre des décisions ou de gérer mon stress ? Comment mes émotions interviennent dans mes relations avec autrui ? Est-ce que j'en ai conscience et comment est-ce que je les verbalise ? C'est sur cette verbalisation des émotions que j'ai souhaité mettre le focus pour rédiger mon dernier ouvrage.

[05:45] Qu'est-ce qu'une émotion ? Information et besoins

[Marina Bourgois] On va peut-être reprendre les choses à la toute base du sujet, à savoir la notion d'émotion. Toi, tu la définirais comment ? C'est quoi en fait une émotion pour toi ?

[Fanny Marais] Pour moi, une émotion c'est une information. C'est une information qui passe par un ressenti corporel et qui nous indique un besoin qu'on aurait ou pas respecté. Si j'ai une émotion qui est dite plutôt agréable, elle va m'informer d'un besoin que j'ai respecté : ça va être une émotion de joie, de surprise positive ou de plaisir. Ça me dit que j'ai respecté tel ou tel besoin, par exemple un besoin de reconnaissance ou d'accomplissement personnel, et donc je me sens bien dans la situation présente.

[Fanny Marais] Si à l'inverse, je ressens une émotion plutôt désagréable comme de la frustration ou de l'agacement, ça m'indique qu'a priori, j'ai un besoin que je n'ai pas respecté et cela m'a été traduit par un ressenti corporel. Par exemple, je n'ai pas mis ma limite avec quelqu'un au travail. J'étais en train de travailler, cette personne m'a interrompue et je n'ai pas osé lui dire qu'elle me dérangeait. J'ai pris le temps de répondre à ses questions, mais une fois qu'elle a tourné les talons, je suis très agacée parce que j'ai perdu mon temps et que je n'ai pas eu le temps de déjeuner. Au final, je suis presque plus agacée contre moi-même de ne pas avoir réussi à lui dire qu'elle me dérangeait plutôt que contre cette personne qui n'a été que le déclencheur finalement de mon émotion.

[Fanny Marais] Et puis parfois on distingue aussi émotion et sentiment. L'émotion est quand même plus fugace. Le sentiment, il s'installe. S'il y a un sentiment désagréable qui fait que ça fait une semaine que je ne suis pas bien, cela peut signifier aussi que je n'ai pas fait ma "petite toilette émotionnelle" de façon régulière et que je ne me suis pas interrogée sur comment je me sens et qu'est-ce qui fait que je me sens mal ou bien.

[08:30] L'intensité émotionnelle, le stress et la somatisation

[Marina Bourgois] J'allais te demander quelles sont les émotions les plus délétères sur la santé, mais je me rends compte en t'écoutant que j'ai sans doute pas pris le problème par le bon bout. Peut-être que finalement ça n'est pas la couleur de l'émotion, sa nature, mais peut-être plutôt son intensité qui peut être délétère.

[Fanny Marais] C'est très intéressant ce que tu dis. Si on prend l'exemple du stress, on dit toujours "Oh là là je dois apprendre à gérer mon stress". On a l'impression que c'est un Everest à franchir et qu'on en a pour des siècles. Le stress peut être bon à petite dose : il me met en mouvement, m'oblige à me dépêcher, ça donne de l'enjeu et de l'importance à ce que je fais. Le stress est mauvais quand il devient par exemple de l'anxiété par anticipation de scénarios qui peuvent d'ailleurs ne pas se produire. Tu as raison de dire que l'intensité joue son rôle parce que c'est l'intensité de cette émotion qui peut nous poser difficulté. Si mon anxiété est durable, ça a un impact sur mon corps et donc forcément des conséquences sur moi.

[Fanny Marais] En fait, ce qui compte dans la gestion du stress, c'est de pouvoir revisiter mon expérience émotionnelle. J'ai interprété tel événement sous tel angle et donc ça m'a généré du stress. Il est peut-être important que je revisite cet événement sous un autre angle. C'est un peu ce que nous apprend la systémie : on peut aller regarder un événement avec un œil neuf pour revisiter notre interprétation et faire que la réaction émotionnelle soit différente.

[Marina Bourgois] Parce qu'une émotion trop intense qui se chroniciserait, on sait qu'à la longue ça peut déboucher sur de vrais troubles, comme le TAG, le trouble anxieux généralisé. On le voit chez certains de nos accompagnés : quand le stress, la grande irritabilité et la fatigue ne sont pas freinés, la transformation en pathologie n'est pas rare. Est-ce qu'on peut dire qu'elles sont somatisées par le corps ? Je parlais avec une accompagnée ce matin qui me parlait par exemple de crises d'eczéma, ce genre de manifestations dermatologiques qu'on associe souvent à de la somatisation.

[Fanny Marais] Ah complètement. Tu parles d'eczéma, mais j'ai aussi l'exemple du psoriasis qui est typique. C'est une manifestation corporelle, c'est le corps qui crie pour expliquer qu'il y a quelque chose qu'on n'a pas écouté ou pas réussi à intégrer, à digérer. On le traîne un peu comme un boulet et on a du mal à passer à autre chose. Par rapport à l'épuisement, c'est aussi parfois le résultat d'une perte d'identité dans un changement professionnel. Le fait de se connecter à ses ressentis, d'écouter ses émotions, c'est là qu'on se raccroche à nos repères et qu'on a une conscience de soi accrue qui nous permet de reprendre la main sur notre vie et notre parcours.

[14:00] Apprendre l'introspection : Préserver sa famille du stress professionnel

[Marina Bourgois] Une question qu'on nous pose souvent dans l'accompagnement du burnout, c'est : "quelle est la notice pour faire ça ?". Comment on apprend à écouter son corps dans des vies aux rythmes si intenses ? Est-ce que tu aurais des techniques Fanny ou des préconisations ?

[Fanny Marais] C'est une très bonne question. Pour le côté professionnel, ça nécessite qu'à un moment dans la journée, ou avant de rentrer chez soi, on se pose la question de comment on s'est senti. "En sortant de cette réunion, j'étais pas bien. J'ai pas eu le temps de me poser la question parce que j'ai enchaîné. Qu'est-ce qui s'est passé dans cette réunion ? Ah oui, je crois que c'est quand Marie a eu l'air de dire que c'était un peu de ma faute si le dossier n'avait pas avancé". Qu'est-ce qui m'a contrariée ? Est-ce que c'est moi qui interprète ça ou est-ce que factuellement Marie a dit que je n'avais pas fait mon travail ?

[Fanny Marais] Là je commence à faire mon introspection : est-ce que c'est moi qui interprète ou est-ce qu'elle a appuyé sur un bouton qui fait mal parce que je sais que je suis à la bourre en ce moment ? Faire ce travail avant de rentrer chez soi évite qu'on se lâche en rentrant à la maison. Beaucoup me disent : "au travail je contrôle bien mon impulsivité, à la maison beaucoup moins". C'est dommage de faire payer sa famille. On a le droit au travail de partager ses ressentis. On est des êtres humains, sinon on serait des robots. On s'est interdit pendant des années de le faire comme si on pouvait déposer sa tête le matin sur le porte-manteau. C'est absolument pas possible. Parfois, le travail est justement d'arrêter de vouloir contrôler des choses qu'on ne peut pas contrôler, car c'est là où on perd les pédales.

[17:00] Réhabiliter le binôme Raison-Émotion : Authenticité et Feedback

[Marina Bourgois] C'est rigolo ce que tu dis parce que sur des personnes en grande surchauffe, on les entend souvent nous dire que la maison devient finalement le lieu exutoire. On serre les dents toute la journée et à la maison ça se relâche et toute la nervosité se reporte dans la cellule familiale.

[Fanny Marais] Oui, et tu dis "serrer les dents", on en revient toujours au corps. On a eu tendance, sous l'impulsion de Descartes, à favoriser le cognitif versus le corps. Or, comme le dit Albert Moukheiber, c'est une diade : la raison et les émotions. Elles n'ont pas à être séparées. On croit toujours qu'on sera plus berné par ses émotions que par sa raison, mais on a autant de biais cognitifs que de biais émotionnels. La raison n'a pas besoin des émotions pour se tromper. Il est donc important de réhabiliter le binôme raison-émotion.

[Marina Bourgois] Tu dis d'ailleurs dans ton ouvrage : "Nos émotions ne sont pas des faiblesses à dissimuler mais des messages à écouter et à partager. Les exprimer avec justesse, c'est ouvrir la voix à des relations plus vraies". Pour toi, ce lien entre verbalisation et authenticité est direct ?

[Fanny Marais] Complètement. Les personnes hypersensibles sont souvent très connectées à ce qu'elles ressentent, mais certaines hésitent à partager par peur de provoquer un conflit. En voulant éviter le conflit, elles le provoquent, parce que ne pas dire les choses génère des non-dits et des quiproquos. Dire les choses permet de sortir les émotions de son corps et d'être en relation de façon authentique. Bien sûr, il faut le faire avec tact. Si on a que la transparence sans le tact, on est trop "cash", et si on a trop de tact, on tombe dans la langue de bois et ça manque de clarté pour nos équipes si on est manager.

[Fanny Marais] Pour le feedback en entreprise, il ne faut pas le faire à chaud, surtout sous l'agacement. Un feedback positif, c'est pas juste dire "c'est top", ça c'est une félicitation. Un feedback est nourri, contextualisé et factuel. Il explique ce que la personne a bien fait pour qu'elle puisse le refaire. Tout ça demande un entraînement, une gymnastique. On va se planter, on va mal dire les choses, mais c'est pas grave. Lire des livres ou regarder des films apporte aussi du vocabulaire émotionnel pour s'entraîner à l'expression émotionnelle.

[26:45] De l'enfance à la maturité émotionnelle : Responsabilité et Outils

[Marina Bourgois] Je repense à un exercice de théâtre il y a vingt ans où je me suis rendu compte que sur certaines émotions, je ne savais pas mettre la bonne étiquette. Est-ce qu'il existe des profils plus à même de ressentir certaines émotions plutôt que d'autres ?

[Fanny Marais] Tout dépend du travail fait sur soi et des valises qu'on trimballe. Si la colère était interdite dans votre famille, vous pourriez pleurer à la place de vous mettre en colère, ce qui est aussi dysfonctionnel car vous n'osez pas mettre vos limites. Même si on n'est pas responsable de la façon dont on a été élevé, à l'âge adulte on est responsable de la façon dont on utilise cette matière. Les émotions sont la solution. L'intelligence émotionnelle comprend 15 compétences. La maturité émotionnelle, c'est quand on a suffisamment de recul pour ne plus être victime de ses conditionnements du passé.

[Fanny Marais] Pour bien communiquer, la CNV et la méthode DESC visent à rester factuel sans jugement tout en partageant son ressenti. C'est chercher un compromis pour que chacun se sente bien. Mais cela n'empêche pas de poser un "stop" clair si quelqu'un outrepasse notre sécurité psychologique. Avant de parler, demandez-vous quel est votre objectif et votre besoin. Sinon, on parle pour ne rien dire, comme une réunion sans ordre du jour. En entreprise, il ne faut pas attendre l'entretien annuel pour se dire les choses, c'est trop anxiogène. Il faut solliciter du feedback tout au long de l'année.

[37:30] Neuroatypie et spécificités émotionnelles : HPI, TDAH et Autisme

[Marina Bourgois] Quel est le lien entre émotions qui débordent et conduites addictives ou effet "cocotte-minute" ?

[Fanny Marais] À force de ne pas dire, on accumule et cela finit par sortir mal et endommager nos relations. Pour les profils neuroatypiques, ce trop-plein peut pousser à vouloir "étouffer" l'émotion, par exemple via des troubles alimentaires. Il est crucial que ces profils prennent conscience de qui ils sont pour arrêter de se flageller par rapport à une norme. À force de tout masquer et de tout contrôler, on finit par perdre le contrôle.

[Fanny Marais] Chaque profil a ses défis : les hypersensibles ressentent fort mais n'expriment pas toujours. Les profils autistes peuvent souffrir d'alexithymie (difficulté à nommer l'émotion). Les TDAH peuvent être impulsifs et doivent apprendre à mettre les formes. Certains HPI peuvent avoir une logorrhée émotionnelle sans être forcément connectés à ce qu'ils ressentent vraiment.

[Fanny Marais] Personnellement, j'ai longtemps obéi au driver "sois parfaite", ce qui m'interdisait la colère. Le jour où j'ai compris que j'avais le droit d'être en colère, je l'ai mieux verbalisée. C'était s'autoriser à ressentir pour mieux dire.

[Marina Bourgois] C'est une excellente conclusion. Merci Fanny pour ta clarté. Chers auditeurs, n'hésitez pas à laisser des étoiles sur le podcast pour nous aider à le faire connaître.

[Fanny Marais] Merci Marina, au plaisir d'accueillir ceux qui veulent en savoir plus via ma formation avec Oser sa carrière.

Animé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.

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