
Après la pluie vient le beau temps...
Mon invitée du jour s’appelle Stéphanie. Elle est notaire. Nous avons eu le plaisir de l'accompagner il y a déjà un moment dans le cadre d’un bilan de carrière .
Stéphanie est une super nana. Une battante. Une résiliante.
Une maman de 3 enfants, une épouse, une femme qui s’est battue pour renaître.
Après avoir traversé des épreuves difficiles sur le plan personnel, Stéphanie essuie un terrible épuisement professionnel.
Un contexte professionnel compliqué. Toxique. Elle nous raconte aujourd’hui son parcours - sa traversée du désert et les montagnes russes de la reconstruction.
Bonne écoute !
Marina Bourgeois
[Marina] Avancer, douter, reculer, hésiter, choisir, réussir, chuter, rebondir. Ce sont ces mouvements de la vie que nous traversons toutes et tous que je questionne dans ce podcast. Je suis Marina Bourgeois et reçois à mon micro des invités au parcours de vie singulier, mouvant, parfois fracturé, mais surtout inspirant et qui, je l'espère, vous aideront dans vos questionnements de vie et de carrière. Bienvenue dans le podcast Cheminement. Bonne écoute.
[Marina] Mon invitée du jour s'appelle Stéphanie. Nous l'avons accompagnée il y a déjà un bon moment dans le cadre d'un bilan de carrière. Alors Stéphanie, c'est une super nana, une battante, une résiliente, une maman de trois enfants, une épouse, une femme qui s'est battue pour renaître. Après avoir traversé des épreuves difficiles sur le plan personnel, Stéphanie a essuyé un terrible épuisement professionnel à 42 ans, dans un contexte professionnel compliqué, toxique. Elle nous raconte aujourd'hui son parcours, sa traversée du désert et les montagnes russes de la reconstruction. Hello Stéphanie.
[Stéphanie] Hello Marina.
[Marina] Je suis très contente Stéphanie de t'avoir à mon micro aujourd'hui et puis je dois te l'avouer aussi un peu émue parce que je t'ai accompagnée et en préparant ce podcast, je me souvenais de nos séances, de tes confidences et surtout de cette montagne que tu as gravie et que tu vas nous raconter. Alors Step, parce que je t'appelle Steph et je ne vais pas réussir, je pense, à t'appeler Stéphanie, j'ai une première petite question pour toi. Est-ce que tu pourrais me donner toi ta définition de ce qu'a été pour toi le burnout ? Si tu devais en dire quelques mots.
[Stéphanie] Alors déjà Marina, merci de m'accueillir sur ton podcast. Je suis ravie de participer. Le burnout, ma définition... ma définition qui est très personnelle, ça a été un tsunami, une descente aux enfers, ça a été l'explosion de tout quoi. J'aurais jamais cru qu'on pouvait tomber aussi loin, aussi bas physiquement, psychologiquement. Voilà, c'est une épreuve difficile, compliquée, que je ne souhaite même pas à mon meilleur ennemi, tu vois, en tant que tel.
[Marina] Je comprends bien. Stef, tu avais 42 ans à ce moment-là, tu étais déjà maman, est-ce que tu as vu la chute venir ou pas du tout ?
[Stéphanie] Ah non. Ah non non non. Je n'ai rien vu venir. Je n'ai rien vu venir. Et c'est bien ça la problématique, c'est que j'ai tellement rien vu venir que j'ai été après pendant longtemps dans le déni. Je ne voyais pas la problématique. Je ne voyais pas pourquoi je tomberais. J'en avais connaissance quand même du burnout, j'avais entendu parler de ça, mais jamais j'aurais pu penser que ça puisse m'arriver. Alors non pas parce que j'étais au-dessus de tout mais parce que ça faisait pas partie de ma définition et de ce que je pouvais donner quoi.
[Marina] Rétrospectivement, est-ce que tu arrives à identifier les premiers signaux d'alerte ?
[Stéphanie] Alors oui. Justement ça fait partie des points sur lesquels on revient après coup avec ma psychologue. C'est des choses qu'on ne voit pas sur le moment. Les signaux ça a été des problèmes de santé assez récurrents. Notamment j'avais des problèmes au cœur, j'avais des palpitations. Je me réveillais la nuit en sursaut comme si mon cœur allait exploser. J'ai fait les pompiers plusieurs fois parce que j'étais pas bien. Je suis allée chez le cardiologue qui m'a dit : "Ah bah c'est le stress". J'ai eu des problèmes de peau, je suis allée voir un dermatologue, j'avais des plaques partout, je me grattais en permanence. On a cru que j'avais du psoriasis... le dermato a fini par me dire : "Bah non, c'est le stress". J'ai eu un lumbago, chose que je n'avais jamais vécu. Voilà, ça ça a été les signaux physiques.
[Stéphanie] Et puis il y a eu les signaux mais ça je m'en suis rendu compte après coup, les signaux plus au niveau cognitif, tu vois le côté mémoire. Il y a des choses dont je ne me souvenais plus. Je posais la question plusieurs fois sur les mêmes sujets à mes collaborateurs. Il y a des trucs que je n'arrivais pas à intégrer. On me disait : "Mais pourquoi vous me reposez la question ?".
[Marina] On va rappeler Stef que tu étais notaire à ce moment-là. Est-ce que tu peux expliquer un petit peu quel était ton contexte professionnel ?
[Stéphanie] J'étais donc notaire associée avec plusieurs autres associés. J'étais la plus jeune arrivée. Je me suis retrouvée assez vite dans un système où il fallait que je rende des comptes. C'était pas une relation d'association mais plutôt une relation presque de patron à salarié. Ça a été pour moi difficile à vivre parce que moi je voulais tout donner, je m'investissais du mieux que je pouvais, et ça ne leur allait jamais. J'étais dans une spirale où il fallait toujours que je donne plus pour pouvoir prouver que j'avais ma place. Alors en tant que jeune, en tant que femme, on ne va pas se cacher aussi de se dire les mots... ça a été un des facteurs de mon burnout, de ma chute.
[Marina] Cette période de surchauffe, la période d'alerte, on l'appelle dans notre jargon la période de burn-in. Rétrospectivement, tu dirais que cette période qui t'a menée à la chute, elle a duré combien de temps ?
[Stéphanie] Je dirais que ça remonte à peu près un an et demi avant. C'est moi-même qui me suis mis une pression de dingue.
[Marina] On pense souvent que le burnout c'est quelques semaines, mais non, ça peut être bien plus et c'est très insidieux. Est-ce que tu te souviens le moment précis où tu as glissé de la zone orange à la zone rouge ?
[Stéphanie] C'est des choses qui restent encore pas mal floues mais je dirais que ça a été peut-être l'été d'avant que je tombe. Je suis partie en vacances avec ma famille et je me souviens qu'à l'issue de ces vacances, j'ai passé mes 15 jours à dormir, à avoir mal au dos. Je suis revenue pas du tout en forme alors que tu es censée revenir avec la pêche. Je me suis dit : "Waouh, ça commence. Quand est-ce que sont les prochaines vacances ?" Bah écoute, je ne sais pas parce que je ne peux pas en prendre... Je ne pouvais pas prendre de vacances, c'était juste pas possible. Ça a été le début de la prise de conscience du passage dans le rouge.
[Marina] À partir de quel moment tu as toi posé le constat de "bon ça suffit, je ne peux plus" ?
[Stéphanie] Le constat ? Bah c'est ce 29 juin 2018. J'allais prendre un rendez-vous et la demi-heure qui a précédé, il y a eu la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Un dossier compliqué, un autre client qui débarque pour une attestation tout de suite... et en fait ça a clashé, ça a été terminé. Je m'en suis même pas rendu compte. Je me suis totalement écroulée dans mon bureau. J'ai jeté les chaises dans mon bureau. Je me suis tapé la tête contre les murs... ça a été un trop-plein. Terminé. Je savais plus où j'habitais, je savais plus où j'étais. Un de mes associés est venu me voir en disant : "Mais qu'est-ce qui se passe ?". J'ai dit : "STOP, j'en peux plus, je n'en peux plus".
[Stéphanie] Le lundi matin, pour aller bosser, impossible. C'était fini. J'ai appelé le médecin. Je suis arrivée dans le bureau avec des lunettes de soleil parce qu'en fait j'avais honte de me retrouver devant lui. Ça faisait déjà 2 ans qu'il me disait : "Il faut se calmer là, sinon on va pas y arriver". Il a voulu m'arrêter à plusieurs reprises.
[Marina] Il a été lanceur d'alerte alors ton médecin.
[Stéphanie] Ah oui, mais c'est moi qui n'entendais pas. En tant que chef d'entreprise, je ne me voyais pas m'arrêter. Le lundi matin, j'ai dit : "Donnez-moi quelque chose, un médicament pour aller mieux". Il m'a dit : "Non mais je crois qu'on va arrêter là. C'est soit vous acceptez l'arrêt de travail, soit c'est moi qui vous fais hospitaliser là maintenant d'urgence". Je lui ai dit : "Mais non, je ne veux pas être hospitalisée, je veux juste des petits...". J'étais encore dans le déni, mais je voulais que tout s'arrête.
[Marina] Ça me fait penser à l'image du disjoncteur. À un moment, ça disjoncte.
[Stéphanie] Terminé. Comme s'il m'avait mis le bouton sur "off". Ça a été trois premières semaines complètement... une espèce de loque où je n'ai rien fait. Je me souviens même pas. Seb, mon conjoint, me racontait que je ne faisais strictement rien. Je dormais, je me levais, je me lavais des fois, je m'habillais avec les mêmes vêtements, j'étais complètement paumée. Seb a dû demander de l'aide auprès de ses parents pour prendre les enfants parce que c'était juste pas possible.
[Marina] Tu as trois enfants. Quel âge avaient-ils à ce moment-là ?
[Stéphanie] Ils avaient 11, 9 et 9 ans. Un âge où ils ont conscience de certaines choses mais encore jeunes pour vivre tout ça. Mon conjoint ne me reconnaissait pas du tout. Il a appelé le médecin pour comprendre. Les garçons, on a discuté après coup, ils voyaient que j'étais extrêmement fatiguée. Ils disaient : "On laisse maman se reposer". Tu passes de tout à rien. C'est ce que je disais, les moindres choses du quotidien, tout prend une proportion de dingue. J'ai cru que j'avais perdu des neurones. J'étais au ralenti.
[Marina] Si on parle du côté médicamenteux... l'antidépresseur, l'anxiolytique, le somnifère. Est-ce que ça a été le cas pour toi ?
[Stéphanie] Exactement. Moi qui ne voulais pas du tout, là je n'avais pas le choix. Il fallait que j'accepte cette béquille. J'ai pris des hypnotiques pendant plus de 14 mois. C'est magique ce médicament : tu le prends et tu dors pendant 6 heures d'affilée. Ça faisait 3 ans que je faisais des insomnies, que je dormais 2 ou 3 heures par jour avant d'aller au boulot et de faire ma journée de maman. Ça a été la délivrance. Il fallait que je dorme, même si c'était un sommeil artificiel. Il fallait passer par là.
[Marina] Ce mode "loque", il a duré combien de temps pour toi ?
[Stéphanie] Trois premières semaines très lourdes de loque. Après, il y a eu un mode fantôme sur patte pendant encore 4 ou 5 mois. Tout demande un effort. En décembre, je suis rentrée en cure en Charente-Maritime dans une maison spécialisée dans les burnout. Ça m'a permis de me "déloquifier". Tu es là pour te soigner avec une équipe, des psychiatres. Au bout de 6 mois, physiquement, ça commençait à être mieux.
[Marina] Et psychologiquement parlant au bout de ces 6 mois ?
[Stéphanie] Je pensais que j'étais guérie ! Je disais à ma psychologue : "Bon, combien de temps ça dure votre truc là ? Il faudrait que je reparte au travail". Je ne me rendais pas compte. J'étais dans le déni.
[Stéphanie] Ce qui a fait que je n'ai pas repris au bout de 6 mois, c'est qu'en avril j'ai perdu ma maman d'une tumeur au cerveau. Mon papa est décédé en janvier qui a suivi. J'ai pas eu le temps de digérer, ça m'a replongée dedans. Et la reprise n'a pas pu se faire parce que les relations avec mes associés se sont encore plus tendues. Ils ont profité du fait que je sois en arrêt maladie pour me demander de partir.
[Marina] Comment tu as vécu cette période ? Voyais-tu de la lumière dans le tunnel ?
[Stéphanie] J'en voyais pas. C'était difficile Marina. Mes ex-associés faisaient tout pour me faire partir alors que j'adorais mon métier. J'avais ces preuves de vie en parallèle, le décès de mon père, de ma mère... c'était ma réalité. Ça a été long de sortir de ça.
[Marina] Si tu devais calibrer cette zone de turbulence, tu dirais combien de temps ?
[Stéphanie] J'ai mis plus d'un an à en prendre réellement conscience. Et il m'a fallu encore une bonne année pour sortir de ça. On va dire 18 mois ou 2 ans. Ce sont des étapes : accepter, se dire que ça va mieux, puis les montagnes russes.
[Marina] Quelles ont été tes béquilles, Stef ?
[Stéphanie] Se faire accompagner par un thérapeute, c'est important. Après, c'est retrouver le contact avec les choses simples : la nature, la mer. J'ai repris la peinture, ça a été une béquille parce que tu t'abandonnes là-dedans. Et j'ai fait un bilan avec toi car tu connaissais les professions juridiques.
[Stéphanie] J'ai appris à m'écouter. J'ai accepté de dire NON. On croit que je suis en forme à l'extérieur, mais à l'intérieur il ne se passe rien. On m'a dit : "Ah bah elle fait semblant, c'est une dépression"... non, j'avais qu'une envie c'était d'aller mieux, mais ça ne fonctionne pas comme ça. Tant qu'on n'accepte pas que ça prendra du temps, ça ne marchera pas.
[Marina] Tu n'as pas été écoeurée par ton métier d'origine ?
[Stéphanie] J'ai repris une activité dans le notariat pour retrouver ma confiance en moi. J'avais besoin de me prouver que j'étais capable de le faire sur les "lieux du crime". Je suis revenue comme une rééducation, à temps partiel, 3 jours sur 5.
[Marina] Tu me disais que tu avais repris le sport. Es-tu fière de toi aujourd'hui ?
[Stéphanie] Ah oui ! Quelle fierté ! La première fois que j'ai pris mes baskets, j'en ai pleuré. Le sport fait partie de ma nouvelle vie pour une santé durable.
[Marina] Tu es résiliente, Stef.
[Stéphanie] J'ai appris que la vie est faite pour être vécue. J'ai accepté d'être aidée, d'oser m'ouvrir à mes amis, d'accepter les mains tendues. On avance.
[Marina] Un grand merci Stef. Je t'embrasse. L'épisode est terminé. J'espère que ce récit sans fard vous a enrichis. N'hésitez pas à soutenir le podcast en mettant des petites étoiles. À très bientôt et surtout, prenez soin de vous.