Faut-il parler de son burn-out en entretien ? Audrey Deleris, chasseuse de têtes

Podcast
Saison 5
Ep 135
35min
Marina Bourgeois
Publié le
June 30, 2026
Écoutez cet épisode SUR

À quoi s'attendre ?

Dans cet épisode de Cheminement, je reçois Audrey Déléris.

Après un burn-out, vient le temps de la reconstruction. Et pour beaucoup, celui du retour à l'emploi. Une étape qui soulève de nombreuses questions, et parfois beaucoup d'appréhension.

Faut-il parler de son épuisement professionnel en entretien d'embauche ? Est-il préférable de rester discret ou, au contraire, de jouer la carte de la transparence ? Comment expliquer un arrêt de travail de longue durée sans se sentir fragilisé ? Jusqu'où entrer dans les détails ? Et surtout, comment éviter que cette expérience soit perçue comme un frein plutôt que comme une étape de vie ?

Pour répondre à ces questions, j'ai le plaisir de recevoir Audrey Déléris, chasseuse de têtes chez Fed Legal.

Dans cet épisode, Audrey partage son regard de recruteuse sur le burn-out, les trous dans un CV, les reconversions professionnelles et les récits de parcours atypiques. Elle nous explique ce qui rassure un recruteur, les erreurs à éviter et les stratégies qui permettent d'aborder sereinement ce sujet sensible.

Un épisode concret, rassurant et riche en conseils pratiques pour toutes celles et ceux qui s'apprêtent à reprendre leur vie professionnelle après un épuisement.

Bonne écoute !

Transcription

00:00 Introduction : le tabou du burnout en entretien de recrutement

[Marina Bourgeois] Avant de découvrir mon invitée du jour, je vous propose de découvrir le podcast Voix d'entrepreneurs du droit, le podcast de Fed Légal, cabinet de chasse de tête juridique et fiscal. Devenir entrepreneur ou entrepreneuse du droit est le résultat de parcours, de trajectoires et d'histoires de vie qu'on vous propose de découvrir dans ce podcast. Vous y écouterez les témoignages d'avocats, de directeurs juridiques et fiscaux sur les difficultés rencontrées, leurs échecs bénéfiques, leur mission et leur progression. Au micro d'Audrey Déléris, vous partirez à la rencontre de femmes et d'hommes qui mènent leur carrière en véritables entrepreneurs.

[Marina Bourgeois] Mon invitée du jour est justement chasseuse de tête juridique et fiscale et va nous parler d'un sujet important que l'on nous pose sans cesse au cabinet : faut-il parler ou non de son épuisement professionnel en entretien ? Bonjour Audrey.

[Audrey Déléris] Bonjour Marina.

[Marina Bourgeois] Merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation Audrey. Je suis ravie que tu sois là car c'est un vrai sujet que de savoir s'il faut évoquer ou non son burnout lors des entretiens d'embauche. C'est un sujet encore très tabou. Avant toute chose, je te propose de te présenter. Tu es manager exécutif, peux-tu nous dire en quoi consiste ton travail ?

[Audrey Déléris] Oui, bien sûr. Je suis chasseuse de tête chez Fed Légal, un cabinet de recrutement spécialisé en juridique et fiscal. J'accompagne les entreprises pour leur trouver les meilleurs profils, des directions juridiques jusqu'aux directeurs. J'accompagne aussi énormément de candidats que je rencontre au quotidien, tout comme mon équipe, pour leur trouver le meilleur poste en adéquation avec nos mandats. Je rencontre beaucoup de gens au quotidien, c'est mon métier.

02:30 Chasseur de tête : un rôle d'intermédiaire pour la transparence

[Marina Bourgeois] J'ai été moi-même chasseuse il y a plus de 15 ans dans ce domaine et la question du burnout se posait déjà. Dans ta profession actuelle, vois-tu beaucoup de situations d'épuisement professionnel au quotidien ?

[Audrey Déléris] Je sais que beaucoup ont vécu des situations d'épuisement professionnel ou de burnout. Après, il y en a beaucoup qui ne l'expriment pas ouvertement. J'en ai quelques-uns qui m'en ont parlé, mais c'est encore assez récent. J'ai des clients qui m'en parlent, pas très souvent très honnêtement, mais j'en ai en tête. J'ai aussi des candidats qui m'en parlent, mais mettre le mot "burnout" reste vraiment compliqué pour eux.

[Marina Bourgeois] Pourquoi est-ce si difficile et tabou aujourd'hui de l'évoquer, ne serait-ce qu'auprès de vous, les chasseurs de tête, qui êtes l'intermédiaire avec le futur employeur ? Est-ce de la honte ? Identifies-tu les tenants de ce silence ?

[Audrey Déléris] Tu mets le doigt sur quelque chose de très important. En tant que chasseurs de tête, on est censés être des confidents. On sert à trouver le bon match entre un client et un candidat. Le fait d'en savoir le plus possible sur une personne, ses envies et sa façon de travailler nous permet justement de bien faire notre job. L'idée n'est pas de nous dépeindre une situation toute rose, car aucune situation n'est idéale.

[Audrey Déléris] J'incite vraiment les personnes à nous dire dans quelles conditions elles ont envie de travailler. Mais quand elles osent nous le dire, on sent une certaine honte. Elles ont l'impression de n'avoir pas été à la hauteur. On leur a demandé toujours plus et elles n'ont pas réussi à répondre aux demandes des clients ou des managers. C'était toujours plus, avec une pression constante et des enjeux financiers lourds. Comme elles n'ont pas réussi à suivre, souvent au sacrifice de leur vie personnelle, elles le voient comme un échec. Elles n'osent pas nous le dire.

05:15 Pourquoi le burnout est-il perçu comme un aveu de faiblesse ?

[Marina Bourgeois] C'est exactement le constat qu'on fait. On a identifié trois raisons à ce tabou. Premièrement, la peur que ce soit perçu comme une accusation envers l'ancienne entreprise. Deuxièmement, la difficulté de parler de santé mentale en France. Et enfin, ce sentiment d'avoir été le "maillon faible" de l'équipe, ce qui génère de la vulnérabilité. On a peur que dire qu'on a fait un burnout laisse présager une récidive.

[Audrey Déléris] Exactement. Je voulais aussi revenir sur le fait qu'il y a une multitude de raisons de faire un burnout. Cela peut être une pression ressentie de la part du management dans des équipes en sous-effectif, mais c'est aussi parfois lié à l'incapacité de la personne à poser ses propres limites et à dire : « Non, je ne vais pas y arriver ». Beaucoup de gens n'y arrivent pas. C'est un mélange de multiples facteurs, personnels et professionnels.

08:00 La sincérité comme gage d'un matching professionnel réussi

[Marina Bourgeois] Il me semble crucial de pouvoir le dire pour être au clair sur l'environnement de travail recherché. Retenir cette information ne fragilise-t-il pas le matching ?

[Audrey Déléris] Je pense au contraire qu'il faut être sincère, surtout avec un chasseur de tête. Le dire, c'est l'assumer, un peu comme un échec sur un dossier. Dire : « À ce moment-là, ça ne s'est pas bien passé, j'ai été épuisée et je n'ai pas réussi à poser de limites. Maintenant, je sais comment réagir ». Moi, ça m'aide à trouver le bon match.

[Audrey Déléris] Si un client me dit qu'il a besoin de quelqu'un au taquet tout le temps, qui travaille tous les soirs sur de gros dossiers, je ne vais pas me tourner vers quelqu'un qui a fait un burnout et qui ne veut plus de cette situation. Les personnes qui m'en parlent ne veulent pas "moins" travailler, elles veulent travailler différemment. Elles adorent leur travail, mais elles veulent des conditions qu'elles ont choisies : un cadre clair, une prévisibilité sur les dossiers. C'est trouver le bon contexte pour continuer à faire ce qu'on aime mais pas dans une situation déplorable.

[Audrey Déléris] J'ai l'exemple d'une directrice juridique qui est retournée dans son entreprise après quelques mois d'absence. Elle a analysé qu'elle s'était mise la pression toute seule et que, malgré l'épuisement, elle adorait son management et ses collègues. Elle a repris dans de bonnes conditions. C'est très courageux de ne pas dire que c'est tout le système qui allait mal. Parfois, le système est toxique et il faut partir, mais il faut savoir faire cette analyse.

11:30 Juristes et avocats : la quête de prévisibilité

[Marina Bourgeois] C'est précieux d'entendre qu'il faut en parler aux chasseurs. Dans les professions juridiques, les chiffres de l'épuisement sont parfois affolants. Constates-tu des différences entre juristes et avocats ?

[Audrey Déléris] Je chasse principalement des avocats pour les faire passer en entreprise. Ces avocats abordent systématiquement le sujet de l'équilibre vie pro / vie perso. Certains clients me disent : « En entreprise, on ne travaille pas moins », ce qui est vrai. Mais il y a plus de prévisibilité. En cabinet, un client peut demander un dossier le vendredi à 19h pour le lundi matin.

[Audrey Déléris] En entreprise, les gros dossiers comme les fusions-acquisitions se préparent longtemps à l'avance. Quand il faut donner un coup d'accélérateur, les juristes le font parce qu'ils sont investis dans le projet, mais ce n'est pas le mode "pompier" permanent des avocats qui subissent l'activité de leurs clients. Cet équilibre est devenu un critère de choix pour les hommes comme pour les femmes.

14:45 L'impact du Covid sur l'évolution des critères de recrutement

[Marina Bourgeois] C'est vrai que cet équilibre vie pro / vie privée est devenu récurrent. Il y a 20 ans, ce n'était jamais évoqué. As-tu vu une évolution nette ?

[Audrey Déléris] C'est impressionnant depuis le Covid, ça s'est totalement démocratisé. Je vais être honnête, avant 2020, quand un candidat me parlait de télétravail, je lui conseillais d'attendre d'avoir une proposition avant d'en parler pour ne pas que ça lui porte préjudice. Aujourd'hui, je ne tiens plus du tout ce discours. Les gens osent le dire tout de suite.

[Audrey Déléris] Hier encore, j'ai vu un super profil de directeur fiscal qui m'a dit : « J'adore apprendre, mais j'ai mes enfants. Je ne finirai pas tous les soirs à 23h. Certains soirs, je partirai plus tôt pour aller les chercher ». C'est OK d'en parler. Maintenant, lors des briefings avec les clients, on parle systématiquement de télétravail et de conditions de travail. On ne parle pas de burnout, mais de l'ambiance et de la façon de travailler. Il faut arrêter de penser qu'on travaille moins en télétravail ; souvent, on travaille plus parce qu'on n'a plus les trajets.

18:15 Gérer le trou dans le CV : factualiser sans s'appesantir

[Marina Bourgeois] Un arrêt pour burnout dure souvent entre 3 et 18 mois. Beaucoup de candidats ont peur de ce "trou" dans le CV et tentent de le maquiller. Quel est ton conseil ? Faut-il faire apparaître ce trou ?

[Audrey Déléris] C'est une excellente question et je n'ai pas la réponse parfaite. Autant en entretien il faut en parler, autant sur le CV, c'est plus délicat. Le CV est un outil de séduction sur papier. Je n'ai jamais vu marqué "burnout" ou "longue maladie" sur un CV, alors qu'on voit "congé sabbatique" car c'est perçu plus positivement.

[Audrey Déléris] Mon conseil est de ne pas mentir. Si vous n'étiez plus en poste, vous pouvez mettre "pause professionnelle" et l'expliquer oralement de manière factuelle. Il ne faut pas s'appesantir ou y passer un quart d'heure. J'ai déjà eu des personnes qui se mettaient à pleurer en entretien en racontant leurs difficultés. C'est très dur humainement, mais mon rôle n'est pas de consoler la personne. Il faut essayer de le dire simplement : « J'ai eu des soucis de santé, je me suis arrêté un an, maintenant je vais beaucoup mieux et je suis ravi d'être là pour mon prochain projet ». C'est OK et ça suffit au recruteur.

[Marina Bourgeois] Nous, on conseille parfois de mettre la mention "bilan de compétences" ou "outplacement" sur le CV pour montrer que la personne a transformé cette période en réflexion constructive.

[Audrey Déléris] C'est une excellente idée ! Ça montre que la personne s'est remise en question et qu'elle sait vers quoi elle se dirige. C'est très positif. Savoir se remettre en question, peu importe la raison, est une force.

21:00 Conclusion : assumer son parcours pour trouver l'entreprise idéale

[Marina Bourgeois] Merci beaucoup Audrey pour ta transparence. Je pense que cela va aider beaucoup de personnes qui sont actuellement chez elles et qui n'osent pas candidater à cause de cette période.

[Audrey Déléris] J'espère que cela aidera. Mon dernier conseil serait celui-ci : si les DRH ou les dirigeants que vous rencontrez ne sont pas aptes à entendre ce qui s'est passé dans votre vie, c'est peut-être simplement que ce ne sont pas les bonnes personnes pour vous. Une embauche est un match. Si l'entreprise ne peut pas comprendre votre parcours, c'est qu'elle ne vous correspond pas, et ce n'est pas grave. Il y en aura d'autres.

[Marina Bourgeois] Tu as tout à fait raison. Mille mercis Audrey pour ces conseils précieux. À très bientôt.

[Audrey Déléris] Merci Marina.

[Marina Bourgeois] L'épisode est terminé. J'espère que cette interview vous a plu. N'hésitez pas à la partager et à nous soutenir avec des petites étoiles sur Apple Podcast. À très bientôt et surtout, prenez soin de vous.

Animé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.

À écouter également