
Tester un métier avant d'en changer pour prendre une décision éclairée
Pour bien démarrer cette année 2022, j'avais envie d'aborder la transition de carrière de façon très concrète en répondant à la question suivante : comment s’assurer, lorsque l’on envisage de changer de métier, que nos pistes sont pertinentes ? Comment maximiser ses chances de se diriger vers la bonne voie professionnelle ?
Dans le cadre des dispositifs existants pour procéder à une introspection et faire émerger des idées, (bilan de carrière, bilan de compétences, outplacement, etc), il est capital de se frotter à la réalité pour pouvoir prendre, ensuite, une décision en pleine connaissance de cause.
Parce qu’entre vouloir être fleuriste et passer des journées entières les mains dans les épines, il y a un gap. Ce gap, c’est la confrontation entre l'idée parfois fantasmée que l'on se fait d'un métier et la réalité de terrain. Pour s'assurer que le fossé n'est pas trop important et s'éviter une déception ultérieure, rien de mieux que l'exploration via l'immersion.
Passer du temps avec un professionnel du secteur, s’imprégner du métier, en voir les avantages et les inconvénients, etc. Bref, tester !
C’est l’expérience que vous propose Carine Celnik, mon amie et partenaire historique d’Oser Rêver Sa Carrière qui dirige justement la société Test Un Métier .
Dans cet épisode, nous parlons reconversion, testing, enquête métier, importance des sens et des émotions dans un processus de changement, mobilité interne, prise de décision, approche holistique de la transition de carrière, soft skills et entrepreneuriat.
Bonne écoute et très bonne année ;-).
Marina
[Marina] Bonjour à tous, ici Marina Bourgeois, fondatrice de Oser Rêver sa Carrière. Je suis ravie de vous accueillir pour ce nouvel épisode. Comme vous le savez, le podcast Oser Rêver sa Carrière, ce sont notamment des interviews d'hommes et de femmes au parcours de vie inspirant et qui, je l'espère, vous plairont et vous aideront dans vos questionnements de vie et de carrière. Très bonne écoute. Aujourd'hui, nous allons parler d'une question pratico-pratique. Comment s'assurer, lorsque l'on envisage de changer de métier, que nos pistes sont bonnes ? Comment maximiser ses chances de se diriger vers la bonne voie professionnelle ? Et bien pour ça, rien de mieux que de les tester, d'aller voir l'envers du décor des métiers qui nous plaisent pour s'assurer de prendre une décision en pleine connaissance de cause. Parce qu'entre vouloir être fleuriste et passer des journées entières les mains dans les épines, il y a un gap. Et ce gap, c'est la confrontation entre le fantasme, l'un des grands écueils de la reconversion, et la réalité de terrain. S'imprégner du métier, en voir les avantages et les inconvénients. Aller sur le terrain tester. C'est l'expérience que vous propose Karine Selnik, une très bonne amie et partenaire d'Oser Rêver sa Carrière qui dirige la société Test un métier qui cartonne. Hello Karine !
[Carine] Salut Marina ! Je suis très très heureuse de participer à ton podcast. Merci pour ton invitation. Donc je suis Karine Selnik, j'ai 48 ans, j'ai deux enfants et je suis l'heureuse fondatrice de Test un métier, une société qui a pour objectif de permettre à tout à chacun de pouvoir tester son futur métier.
[Marina] Comment cette super idée a germé en toi Karine ? Parce qu'il faut bien le dire, nous en tant qu'accompagnants, on est ravis d'avoir cette prestation à notre disposition qui est hyper utile pour nous accompagner.
[Carine] Et bien écoute, d'abord je me suis reconvertie sur le tard puisque j'étais salariée de grosses structures. J'étais une heureuse salariée et jamais dans ma vie je ne me suis dit que je monterais une entreprise. J'ai pas été éduquée comme ça. On m'a dit qu'il fallait que je travaille à l'école pour avoir un bon travail, mais jamais pour monter mon entreprise. Et puis à 40 ans, ça a commencé à germer. J'ai monté mon cabinet d'accompagnement de coaching. J'ai commencé comme ça en me disant que j'allais accompagner la performance et puis, en rencontrant mes accompagnés, donc des cadres dirigeants, des comités de direction, beaucoup me faisaient la confidence d'avoir envie de changer de vie mais de ne pas oser. Et là ça a commencé à me faire réfléchir sur comment je pourrais accompagner ces personnes-là. Et je me suis dit que c'était finalement en testant. Comment lever ses a priori, comment oser quitter son job actuel et s'engager dans une nouvelle voie ? Donc l'idée de leur faire tester sans risque pour pouvoir prendre une décision a germé. C'était en 2016. Le premier test que j'ai fait, c'était un stage chez un fleuriste pour une DRH qui a passé 5 jours là-bas et qui a dit : "En fait non, je ne veux pas faire ça, les épines c'est pas pour moi".
[Carine] Ce sont vraiment des stages d'immersion, ça ressemble au stage de 3ème pour les grands. On vient identifier le métier que vous avez envie de tester partout en France et on vient sélectionner le meilleur ambassadeur, le meilleur professionnel pour vous accueillir et organiser ces stages de quelques jours pour répondre à vos interrogations profondes. Une fois ce stage passé, vous pouvez y aller sereinement.
[Marina] Ce qui m'a charmée quand tu m'as expliqué le concept, c'est que quand on accompagne des personnes en bilan, elles nous disent souvent : "Comment je peux faire pour aller passer quelques jours chez un fleuriste et voir si l'envers du décor me convient ?". Et il y avait un vide car aujourd'hui, si tu veux passer quelques jours en continu dans une entreprise, il faut éventuellement une convention de stage. Or, tout le monde ne peut pas en avoir une. Ça veut dire s'inscrire à une formation, ce qui a un coût et prend du temps. On ne peut pas non plus débarquer chez un professionnel comme ça pour des raisons d'assurance. Donc toi, tu as créé juridiquement la possibilité de s'offrir cette expérience.
[Carine] Exactement. Ça a été tout l'enjeu du démarrage : comment structurer ces tests pour qu'ils soient légalement validés. Pour intégrer une entreprise, il y a plusieurs contrats (alternance, stage, CDI, CDD) et il faut une convention. Les salariés n'en disposent pas. Seuls les stagiaires de 3ème, les étudiants ou les demandeurs d'emploi via la PMSMP de Pôle Emploi y ont droit. Il n'y avait rien pour les salariés. Pourquoi a-t-on le droit de tester à 14 ans ou quand on est au chômage, mais pas quand on est en poste ? J'ai eu envie de proposer ça. J'ai beaucoup travaillé avec des avocats sur la sécurisation. Test un métier est un organisme de formation agréé et Datadock, ce qui permet de sécuriser les périodes d'immersion. Il a fallu trouver un assureur créatif capable d'assurer des stages aussi bien chez un tailleur de pierre que pour un poste de directeur marketing.
[Marina] L'expérience que tu proposes me paraît fondamentale. Un des grands écueils de la reconversion est de fantasmer la carrière d'après. Pour s'éviter cet aspect déceptif, rien de mieux que d'échanger sur le concret, le terrain, une sorte de "Vie ma vie" pour prendre une décision en pleine connaissance de cause, sur les avantages comme sur les inconvénients. Quel regard portes-tu sur cette expérience de testing ?
[Carine] Tu l'as très bien dit. Aujourd'hui, tous les dispositifs existants font appel au mental. On vous demande de choisir un métier en regardant des vidéos ou des fiches de postes. Mais on prend des décisions de façons différentes, parfois de façon instinctive, avec ses tripes. C'est quelque chose de très incarné, émotionnel et corporel. Le fait de tester permet de s'engager dans une prise de décision beaucoup plus intégrée et alignée. Je crois que c'est un élément clé qui ne peut pas se faire en regardant la télé. Ce n'est pas parce que vous aimez faire des tartes le dimanche devant "Le Meilleur Pâtissier" que vous savez ce que c'est de se lever à 4h du matin et de faire 200 fonds de tarte par jour. Pâtissier est un métier de répétition et il faut le vivre, le ressentir physiquement pour savoir si on se sent à l'aise.
[Marina] C'est vrai que nos accompagnés nous demandent souvent comment confirmer une envie ou ouvrir le champ des possibles. Prendre une décision sur des bases uniquement intellectuelles a ses limites. Rien ne vaut l'expérientiel. Mais d'ailleurs, tu as fait évoluer cette prestation. On dit dans le jargon que tu as "pivoté". Est-ce que tu peux nous en parler ?
[Carine] Oui, je vais répondre sur les tests. Nous ne jouons pas le rôle de coach, bien que je sois formée et certifiée. J'ai voulu rester partenaire de structures comme la tienne. Ce qui est important pour nous, c'est de comprendre quelles réponses les gens attendent. L'idée n'est pas de tester "pour s'amuser", mais de savoir quelles tâches concrètes vont permettre de répondre aux interrogations pour s'engager ou non dans cette nouvelle carrière. Mes équipes interviewent les personnes pour valider les motivations et engager nos experts métiers à leur faire vivre le bon stage.
[Carine] La COVID a beaucoup transformé l'entreprise. Organiser des immersions physiques en mars 2020 était impossible car les entreprises étaient fermées ou en télétravail. On a d'abord pivoté vers une offre B2B pour des entreprises prêtes à financer cela pour leurs salariés, des militaires en fin de carrière ou des demandeurs d'emploi de longue durée. Puis on s'est dit qu'il fallait que tout le monde puisse échanger avec un professionnel, même à distance. Les enquêtes métiers restent un élément clé. On a donc créé une plateforme qui s'appelle Visio métier.
20:00 Pivoter face à la crise : De l'immersion physique à Visio métier [Karine] Visio métier est une plateforme qui géolocalise les offres et les fiches métiers, mais qui embarque aussi plus de 1000 experts métiers prêts à échanger en visioconférence. On a sélectionné ces experts sur les branches en tension : transport, logistique, bâtiment, services à la personne, métiers de bouche, numérique ou économie sociale et solidaire (ESS). Cette plateforme est déployée chez Pôle Emploi, mais elle est aussi accessible aux personnes accompagnées en bilan de compétences ou outplacement via leur conseiller.
[Marina] Est-ce que tu as observé des tendances ou des engouements particuliers pour certains secteurs ?
[Carine] On a beaucoup de personnes qui ont un besoin urgent de se reconvertir suite à des plans sociaux ou des ruptures conventionnelles. On n'est pas toujours sur le "métier passion" mais sur des métiers qui recrutent, comme gestionnaire de paie par exemple. On a aussi eu des demandes pour tanatopracteur, ce qui est assez spécifique. On travaille sur l'urgence du repositionnement. On a eu aussi des métiers comme agriculteur, mais globalement, ce sont souvent des métiers de bureau ou des secteurs en forte demande.
[Marina] Tu es une femme entrepreneur et tu as remporté plusieurs prix prestigieux (Innovation Startup des RH, Paris Innov, BPI...). Ça fait quoi de remporter ces prix ?
[Carine] Écoute, c'est gratifiant et ça fait plaisir à mes parents ! Le principe de la startup, c'est de ne pas avoir de temps à perdre. Chaque jour compte. Je suis une très grosse bosseuse, toujours dans l'urgence de faire grandir la solution. Je me souviens surtout de ma première télé sur Capital en 2017, juste après le lancement. J'ai cru que j'avais réussi ma vie alors que j'avais fait quelques milliers d'euros de chiffre d'affaires et que je ne pouvais même pas me payer ! Il faut rassurer les auditeurs : passer à la télé ou gagner un prix ne valide pas la pérennité d'une boîte. Ça rassure l'écosystème et les clients, mais le travail de fond reste le même.
[Marina] Si tu devais tester un métier aujourd'hui, tu choisirais quoi ?
[Carine] C'est dur ! Là, je suis à la campagne, on entend les oiseaux... ça me plairait bien d'être dans des métiers "nature", autour du jardinage ou des espaces verts. Le plaisir de Test un métier vient aussi de ma propre vision : il faut essayer pour voir. J'ai testé plein de choses dans ma vie : retaper des vieux meubles (j'ai adoré mais c'est très dur à plein temps), masseuse, éleveuse de chèvre, prof au Bénin... Chaque test m'a permis d'avancer et de savoir ce que je ne voulais pas faire. Aujourd'hui, je suis très heureuse dans mon métier, je n'ai pas encore envie de changer !
[Marina] Parle-nous aussi du "Vie ma vie" en entreprise, car tu as une offre pour ça.
[Karine] Oui. Très vite, des entreprises nous ont dit qu'elles avaient besoin d'engager les salariés à oser la mobilité interne. Souvent, on est bloqué par son manager ou la peur que le nouveau poste ne plaise pas. Beaucoup de "Vie ma vie" sont faits "à la main" sur Excel, sans pilotage. On a créé en 2019 la plateforme Mobile, qui structure et pilote ces immersions internes. Elle est déployée chez CNP Assurances, Banques Populaires ou Enedis. Ça permet aux collaborateurs d'être en autonomie pour prendre rendez-vous avec un collègue, pour mieux comprendre son métier ou envisager une évolution. C'est un outil de pilotage précieux pour les RH qui peuvent voir quels métiers sont les plus testés et agir en conséquence.
[Marina] Si tu devais donner quelques conseils à un aspirant à la reconversion ?
[Carine] Je dirais : "testez !". Prenez toutes les informations et surtout, faites-vous accompagner. Ne restez pas seul car l'entourage projette souvent ses propres frayeurs sur vous. Certains vont vous soutenir, d'autres créer des freins par angoisse. Restez centré sur vos envies avec un professionnel externe. En France, on vous embauche sur ce que vous savez faire, il est difficile d'oser changer de voie. Le "oser" est capital : oser postuler même si le CV ne correspond pas à 100 % aux attendus.
[Carine] J'ai l'exemple d'une jeune femme d'une banque qui a testé le métier de gestionnaire de syndic pendant 5 jours. Elle n'avait pas le CV adéquat, mais son énergie et sa curiosité pendant le test ont fait que son tuteur lui a proposé un job à la fin. Montrer son envie sur le terrain est la clé.
[Marina] Est-ce qu'on met ces tests dans son CV ?
[Carine] Ah bah oui ! Ça valorise la motivation. Lors de mon premier job chez Hewlett Packard, on m'a choisie parce que j'avais mis que j'avais été serveuse et caissière au Francprix. Ça prouvait que j'en voulais. Mettre ses expériences immersives ou humanitaires dans son CV est une opportunité de raconter qui l'on est au-delà de la technique. Un recrutement aujourd'hui se base énormément sur le savoir-être (soft skills).
[Marina] Je te rejoins tout à fait. Faire un bilan de compétences ou un coaching se met aussi sur LinkedIn car ça raconte une histoire. Merci infiniment Karine pour ces explications. Je mettrai tous les liens vers Test un métier, Visio métier et Mobile sous le podcast.
[Carine] Merci Marina pour ton accueil. Merci à tous.
[Marina] L'épisode est terminé. J'espère que cette interview vous a plu. N'hésitez pas à la partager à vos proches. À très bientôt et surtout prenez soin de vous.