
Si Audrey Akoun est aujourd'hui une femme libre et heureuse, son parcours de vie n'a pas été de tout repos...
Après avoir brillamment réussi ses études, Audrey devient notaire. A 25 ans, elle se voit proposer une offre prestigieuse et plutôt rare à cet âge. Formidable pourrait-on penser... oui mais non. Audrey tombe alors dans une dépression sévère qui la rongera pendant six mois et lui fera comprendre qu'elle n'est pas à la bonne place. Que sa vie reposait sur les envies des autres et les injonctions sociétales. Audrey avait pourtant - sur le papier - "tout pour être heureuse". Elle cochait toutes les cases de la réussite...
Démarre alors un parcours personnel qui l’amènera à s'interroger et à toucher à différentes disciplines pour se retrouver. Pour s'affranchir des attentes d'autrui, ne plus vivre une vie basée sur des "il faut" et découvrir la femme qu'elle est vraiment.
Aujourd’hui, Audrey a 46 ans. Elle est maman de 4 enfants et - surtout - elle est plurielle : psy, coach, multi-entrepreneuse, kiffeuse, hypersensible, voyageuse, podcasteuse et auteure de best sellers. C'est une femme libre, qui le revendique et refuse de se laisser enfermer dans des cases pré-déterminées. Elle nous parle de son parcours non linéaire, de ses multiples facettes et de l'impact du développement personnel dans son cheminement...
Bonne écoute !
[Marina Bourgeois] Bonjour à tous, ici Marina Bourgeois, fondatrice d'Oser rêver sa carrière. Je suis ravie de vous accueillir pour ce nouvel épisode consacré aux parcours de vie inspirants. Vous connaissez certainement mon invitée du jour, Audrey Akoun, psychothérapeute, coach pour entrepreneurs atypiques, formatrice et autrice de nombreux best-sellers comme La fabrique à kiff, Vive les atypiques ou La pédagogie positive. Audrey est une heureuse reconvertie, notaire à la base. À 25 ans, son corps lui a fait comprendre qu'elle n'était pas à la bonne place, amorçant un parcours qui l'amènera à être qui elle est vraiment aujourd'hui : maman de quatre enfants, hypersensible, voyageuse et multi-entrepreneuse. Audrey, merci d'avoir accepté mon invitation.
[Audrey Akoun] Bonjour Marina, avec grand plaisir.
[Marina Bourgeois] Audrey, tu as commencé ta carrière dans le notariat, mais à 25 ans, c'est le choc. Peux-tu nous expliquer ce qui s'est passé et pourquoi, à la base, avais-tu choisi le droit ?
[Audrey Akoun] Ça s'appelle un burnout, il n'y a pas d'autre mot. J'ai fait un double burnout à 25 ans : professionnel et maternel. Mon corps m'a dit « stop », j'ai vécu une grosse dépression de six mois au fond de mon lit. C'est la résultante de mon histoire où j'ai été élevée comme un cheval de course. Comme j'étais très bonne à l'école, on m'a mise sur les rails. En terminale, je voulais faire psycho, mais mes parents m'ont dit : « Psycho, c'est pour les glandeurs, ceux qui jouent au tarot à la fac. Tu as des capacités, tu peux faire médecine ou avocat ».
[Audrey Akoun] J'ai donc commencé le droit. Chaque année, je voulais arrêter en disant « c'est mon dernier mot Jean-Pierre », mais comme j'étais majeure de promo, on me disait que ce serait dommage d'arrêter. Alors je rempilais pour un an. À 24 ans, j'avais déjà trois enfants. J'ai même failli accoucher dans un amphi pendant un partiel ! [Rires]. Une fois, je suis arrivée cuite à 8 mois et demi de grossesse devant un examinateur pour une matière que je n'avais pas révisée. J'ai touché la corde sensible et il m'a mis 10, ce qui m'a permis de valider sans rien connaître.
[Audrey Akoun] J'étais dans une course effrénée pour cocher toutes les cases de la réussite classique : études, enfants, mariage, maison. J'ai choisi le notariat parce que j'étais passionnée par le droit de la famille, mais aussi pour avoir des horaires de bureau plus « cool » avec mes trois enfants. Et puis, au bout de deux ans seulement, on m'a proposé l'association. C'est un truc qui n'arrive jamais, normalement il faut attendre dix ans.
[Audrey Akoun] Passer les honneurs, l'ego et la famille étaient contents, mais trois jours après, je me suis effondrée. J'étais à côté de mes pompes. Ce métier n'était pas moi. J'avais tout fait en très peu de temps, j'avais tout coché, mais je n'avais plus de jus. Je ne savais même plus qui j'étais. J'essayais d'être une mère parfaite, de faire des gâteaux, j'étais même trésorière de l'association des parents d'élèves. À quel moment je dormais ? Je n'étais que dans le devoir : « il faut, je dois ».
[Marina Bourgeois] Comment cette décompensation s'est-elle manifestée ?
[Audrey Akoun] Un matin, sans signe avant-coureur, j'ai voulu me lever et j'étais pétrifiée dans mon lit, paralysée. J'ai cru que j'avais une sclérose en plaques ou un AVC. En fait, j'étais tétanisée à l'idée d'affronter la journée. Je me suis mise à pleurer sans discontinuer pendant une semaine. Je ne pouvais plus m'occuper de mes enfants ni aller au travail, ce qui me faisait culpabiliser atrocement.
[Audrey Akoun] Ce burnout a été la chance de ma vie. Il m'a permis de dérailler pour dessiner un nouveau chemin vraiment choisi. Ma mère m'a dit « tout ça pour ça » quand j'ai arrêté, mais aujourd'hui, elle est admirative de ma liberté d'être sortie d'un schéma où elle est restée emprisonnée. Ma mission est désormais l'émancipation des humains, et surtout des femmes.
[Marina Bourgeois] Tu utilises le terme Towanda pour ton entreprise, peux-tu expliquer cette anecdote ?
[Audrey Akoun] C'est une référence au film Beignets de tomates vertes. Evelyne, une femme qui n'a aucune confiance en elle, rencontre une vieille dame et finit par sortir un cri de guerre : Towanda !. C'est un cri de libération pour se reconnecter à sa puissance et sortir du carcan des injonctions. Ça me fait de la peine de voir des femmes qui brident leur potentiel et ne s'autorisent pas à cartonner.
[Marina Bourgeois] Cette liberté rayonne-t-elle dans tous les domaines de ta vie ?
[Audrey Akoun] La liberté n'est pas de faire ce qu'on veut quand on veut, c'est choisir ses contraintes. Il ne faut pas rester dans le fantasme que tout ira mieux en changeant de mec ou de boulot. La réalité, c'est de choisir d'être honnête avec soi-même tous les jours plutôt que de rester dans le « confort inconfortable » de la compromission. J'ai quatre enfants de trois pères différents, je ne suis pas un modèle de stabilité, mais je prends mes responsabilités. Si on n'est pas en bonne santé physique et mentale, on ne sert à personne.
[Audrey Akoun] Après mon burnout, j'ai fait beaucoup de psychothérapie et j'ai commencé la psycho à distance tout en démissionnant du notariat. J'ai intégré une école de sophrologie en présentiel pour être opérationnelle rapidement et gagner ma vie. J'ai construit ma pratique comme des Legos, brique par brique, avec des spécialisations. Cela fait 21 ans que je suis en formation continue car j'adore ça.
[Audrey Akoun] Mais j'alerte : il ne faut pas attendre d'avoir fait « la » formation pour pratiquer. Beaucoup accumulent les diplômes pour soigner un syndrome de l'imposteur, mais le meilleur moyen d'acquérir de la légitimité, c'est de se lancer tout de suite. Je n'ai pas eu de site internet pendant des années, je parlais juste de ma passion dans les dîners ou aux gens rencontrés dans la rue. C'est le bouche-à-oreille et la pratique qui font le succès.
[Marina Bourgeois] Qu'est-ce qui t'a menée vers la psychologie positive ?
[Audrey Akoun] C'était la suite logique. Au lieu de se demander pourquoi les gens vont mal, des chercheurs se sont demandé comment font ceux qui vont bien. C'est une science basée sur les neurosciences qui permet d'activer sa résilience. J'adore cette image du phénix qui renaît de ses cendres. On a tous la capacité d'épanouir notre potentiel malgré une vie chaotique.
[Audrey Akoun] J'utilise aussi l'Ikigai, mais pas seulement comme le diagramme à quatre cercles que l'on voit partout en France. Au Japon, l'Ikigai est une approche holistique et thérapeutique beaucoup plus profonde qui inclut l'hygiène de vie et les besoins fondamentaux. C'est devenu ma méthode d'accompagnement car c'est plus ludique et efficace que les outils classiques.
[Audrey Akoun] Je me suis spécialisée dans les profils atypiques (hypersensibilité, HPI, TDAH, autisme) parce que j'y ai été confrontée avec mes quatre enfants. En les accompagnant, j'ai compris que j'étais moi-même hypersensible, ce qui a expliqué mon propre parcours. J'ai tout perdu il y a quelques années : mon cabinet, mon mari, mon entreprise. Je me suis relevée grâce aux réseaux sociaux pendant le Covid.
[Audrey Akoun] Aujourd'hui, ma mission avec Wonder est d'accompagner les femmes entrepreneurs atypiques car les méthodes de marketing classiques ne respectent pas leur sensibilité ni leur quête de sens. Elles ont peur du regard des autres ou souffrent du syndrome du caméléon. Mon travail est de les aider à embrasser leur unicité. Un hypersensible bien aligné a une puissance incroyable car il a un besoin viscéral de contribuer au monde.
[Marina Bourgeois] Quel message adresserais-tu à la jeune femme que tu étais ?
[Audrey Akoun] De faire confiance à son intuition et d'écouter sa petite voix intérieure. Nos émotions et nos symptômes sont des messagers. Il faut choisir la joie et arrêter de se prendre la tête avec les injonctions absurdes de la société, comme celle de cocher des cases pour être heureux. Rien n'est figé, on a le droit de se tromper et de recommencer. Notre vie ne se « gagne » pas à coup d'argent, elle nous est donnée à la naissance ; notre seul devoir est d'en prendre soin.
[Marina Bourgeois] Un immense merci Audrey pour ce message d'audace et d'espoir. Prenez soin de vous et à très bientôt.