Les attentats contre Charlie Hebdo ont été le catalyseur de ma reconversion. Marina Bourgeois, votre animatrice ;-)

Podcast
Saison 5
Ep 132
30 min
Marina Bourgeois
Publié le
May 12, 2026
Écoutez cet épisode SUR

À quoi s'attendre ?

Une fois n'est pas coutume : dans cet épisode de Cheminement, je vous raconte ma propre reconversion.

Après de longues études de droit et une première carrière dans le secteur juridique, je me suis longtemps construite à travers des compromis. Je n’aimais ni la technicité juridique, ni l’idée d’exercer comme avocate ou juriste, alors j’ai cherché des chemins de traverse : d’abord enseignante-chercheuse en droit des affaires, puis chasseuse de têtes spécialisée dans le juridique. Des métiers qui me permettaient de rester proche de l’humain - les étudiants, les candidats - tout en conservant cette “belle étiquette” sociale attachée au droit et le bénéfice de longues études fastidieuses.

J’avais brillamment réussi mes études. Ma carrière semblait cohérente vue de l’extérieur. Pourtant, je n’étais pas alignée. Très travailleuse, oui… mais en décalage profond avec moi-même.

En janvier 2015, les attentats contre Charlie Hebdo viennent tout bouleverser. À cette époque, j’enseigne dans une business school à Reims et multiplie les transports pour m’y rendre. Peu à peu, l’angoisse s’installe. La peur de prendre les transports devient envahissante. Jusqu’au jour où je ne parviens plus à assurer mon cours. Je n’y retournerai jamais.

Ce moment marque le début d’une période difficile. Une période de vide, de vertige, de perte de repères. Derrière l’angoisse des attentats se cache en réalité une autre angoisse, plus profonde, plus existentielle : Qui suis-je vraiment ? Qu’ai-je envie de faire de ma vie ?

Je me sentais piégée dans ma vie professionnelle. Et en parallèle, mon fils était encore petit, rendant ce rythme de vie toujours plus compliqué à tenir. Puis, peu à peu, grâce à un bilan de compétences, quelque chose s’éclaire. Pour la première fois, je me pose réellement la question de ce que j’ai envie de faire de ma vie. Pour la première fois aussi, je m’autorise à devenir moi-même...

Bonne écoute !

Marina

Podcast animé par Marina Bourgeois.
Avec les interventions ponctuelles et précieuses de Caroline Averty & Valérie Pouliquen.

Transcription

00:00 Introduction

[Marina Bourgeois]

Bonjour chers auditeurs, bonjour chères auditrices.

Une fois n'est pas coutume, je vais vous raconter aujourd'hui ma propre transition professionnelle, autrement dit ma reconversion. Comment je suis passée du droit à la création d'Oser rêver sa carrière et à l'accompagnement des transitions professionnelles.

Si je vous raconte ce parcours, c'est d'abord pour que vous sachiez qui se cache derrière l'animatrice de ce podcast. Mais aussi parce qu'il y a un message qui me tient particulièrement à cœur : dans la vie, rien n'est figé.

Pour comprendre cette histoire, il faut revenir au début. J'étais une petite fille heureuse, gaie, mais aussi anxieuse. Je vous précise ce détail parce qu'il aura son importance un peu plus tard dans mon histoire.

À l'école, tout se passe bien. Je suis une bonne élève, j'obtiens mon baccalauréat littéraire avec mention et j'adore la philosophie, les lettres et l'histoire. Pourtant, lorsque vient le moment de choisir mon orientation, je n'ai pas vraiment d'idée précise. Rien ne s'impose à moi de façon évidente.

À cette époque, la seule voie qui m'attire réellement est la psychologie. Sauf qu'on entend alors partout que ce sont des études qui ne mènent à rien, une voie de garage, un métier sans avenir. Je me souviens même avoir rencontré une conseillère d'orientation qui m'avait clairement déconseillé cette voie. Avec le recul, quand on voit aujourd'hui à quel point les cabinets de psychologues, psychiatres et thérapeutes sont sollicités, je trouve cela assez ironique.

Je finis donc par abandonner cette idée et me tourne vers une autre direction.

02:30 Du droit à l'enseignement supérieur

Comme mon père travaillait dans le droit, je m'oriente assez naturellement vers des études juridiques. Avec le recul, ce qui me frappe, c'est que je ne me suis jamais vraiment demandé ce que j'allais faire concrètement après ces études. J'y suis allée un peu par défaut, comme beaucoup de personnes qui choisissent cette voie sans projet professionnel très précis.

J'arrive à la faculté de droit. Au début, je ne travaille pas énormément, puis j'ai un déclic. Comme j'ai toujours été une élève sérieuse et travailleuse, je me mets véritablement au travail. Je réussis bien mes études, même très bien. Je ne peux pas dire que je les aime particulièrement, ni que je m'éclate, mais je suis persévérante, j'aime apprendre et cela me permet d'avancer.

Je termine régulièrement parmi les meilleurs étudiants de ma promotion. Les matières qui me plaisent le plus sont d'ailleurs celles qui restent proches de l'humain : le droit pénal, le droit de la famille ou encore le droit de la consommation. Pourtant, je ne m'interroge pas davantage sur ce que cela pourrait révéler de mes aspirations profondes.

À l'époque, le discours dominant dans les facultés de droit est assez simple : le droit des affaires ouvre davantage de portes et offre de meilleures perspectives. Je suis donc cette voie et j'intègre un DEA de droit des affaires dont je sors major de promotion.

Ce classement me permet d'obtenir une allocation de recherche pour réaliser une thèse. Pourtant, à ce moment-là, je sais déjà une chose : la technicité juridique ne m'intéresse pas vraiment. Je suis certaine que je ne deviendrai ni avocate ni juriste. D'ailleurs, tout au long de mes études, j'ai soigneusement évité les stages qui auraient pu m'amener vers ces métiers.

Malgré cela, je poursuis mon parcours et je me lance dans une thèse, sans encore comprendre que je suis déjà en train de m'éloigner de ce qui me correspond vraiment.

Je me lance alors dans une thèse et, en parallèle, je commence à enseigner le droit des affaires. D'abord à l'université, puis dans différentes écoles de commerce. Avec le recul, je crois que c'est mon premier grand compromis avec moi-même. Je n'aime pas vraiment la discipline que j'enseigne, mais j'adore transmettre. J'aime entrer dans une salle de cours, expliquer, partager des connaissances, accompagner les étudiants et parfois les rassurer. Enseigner m'anime profondément, mais la matière elle-même ne me passionne pas.

À l'époque, je ne me pose pas vraiment la question de mes envies profondes. Je poursuis simplement la route que j'ai commencée. Je vis donc avec ce compromis pendant plusieurs années : un métier dont j'aime certaines dimensions, mais qui ne me correspond pas totalement.

En parallèle, je réalise une thèse sur un sujet très technique lié aux LBO. Comme beaucoup de doctorants, je traverse des moments éprouvants. Une thèse est un exercice exigeant qui demande beaucoup d'endurance et de discipline. Finalement, je la soutiens avec succès et j'obtiens les félicitations du jury.

Une fois la thèse terminée, je tombe un peu par hasard sur une annonce pour un poste de chasseuse de tête dans un cabinet de recrutement juridique parisien. J'ai passé plusieurs années plongée dans un travail intellectuel très intense et j'ai envie de découvrir autre chose. Je postule sans grande conviction. Je n'ai jamais exercé ce métier et je me dis qu'il y a peu de chances que ma candidature soit retenue. À ma grande surprise, je suis recrutée.

Je découvre alors un univers nouveau. Mon rôle consiste à identifier et recruter des profils rares pour des cabinets d'avocats, des directions juridiques, des études notariales ou encore des institutions publiques. Une fois encore, je me retrouve dans une forme de compromis. Je reste dans un environnement juridique qui ne me passionne pas particulièrement, mais je passe mes journées à rencontrer des personnes, à écouter leurs parcours, leurs ambitions et leurs questionnements.

Cette dimension humaine me plaît énormément. J'aime les entretiens, j'aime comprendre ce qui anime les gens et entendre leurs histoires professionnelles. Sans vraiment en avoir conscience à l'époque, je suis déjà attirée par ce qui deviendra plus tard le cœur de mon métier.

Cette expérience dure jusqu'en 2008. Cette année-là, la crise financière provoque la fermeture brutale du cabinet dans lequel je travaille. Et le même jour, j'apprends que je suis enceinte. Autant dire que les émotions sont particulièrement intenses.

Je décide malgré tout de poursuivre mon activité à mon compte. J'ai acquis une expertise et je me sens capable de continuer dans cette voie. Puis une opportunité se présente : un poste d'enseignante-chercheuse à Neoma Business School, à Reims. Je postule parce que les étudiants me manquent et parce qu'être indépendante avec un tout jeune enfant n'est pas toujours simple à gérer.

Je passe les différentes étapes du recrutement et j'obtiens le poste. Mon quotidien se partage alors entre l'enseignement et la recherche. J'écris des articles en droit des affaires, même si j'essaie progressivement de me rapprocher de sujets qui me ressemblent davantage, comme l'entrepreneuriat ou l'économie sociale et solidaire. Avec le recul, je réalise que, dans chacune de mes expériences, j'ai toujours essayé de me rapprocher de ce qui faisait sens pour moi et de m'éloigner autant que possible de la dimension purement juridique.

Cette période se passe bien avec mes collègues et avec les étudiants. En revanche, le rythme est particulièrement éprouvant. J'habite alors dans l'est parisien et je fais régulièrement les allers-retours jusqu'à Reims. Les journées commencent très tôt, entre métro, TGV, tramway et marche jusqu'au campus. Mon fils est encore petit, je dors souvent à l'hôtel et la fatigue finit par s'accumuler.

Globalement, tout se passe correctement. Mais au fond de moi, je ne suis pas vraiment épanouie. Il y a de bons moments, bien sûr, mais je sens que quelque chose ne correspond toujours pas complètement à qui je suis.

10:21 Les attentats de Charlie Hebdo, le point de bascule

Le 7 janvier 2015 marque un tournant dans ma vie. Je me souviens de cette journée comme si c'était hier. Je vais chercher mon fils à la garderie et je reçois une notification sur mon téléphone annonçant des tirs chez Charlie Hebdo. À ce moment-là, je ressens quelque chose de très particulier. Une peur viscérale, presque physique. Pourtant, les informations sont encore très partielles et personne ne mesure encore l'ampleur du drame. Mais je sens immédiatement que quelque chose me déstabilise profondément.

Les jours qui suivent, cette peur s'installe. Comme je prends énormément les transports pour me rendre à Reims, je commence à me sentir de plus en plus mal dans le métro et dans le TGV. Je suis constamment en état d'alerte, dans une forme d'hypervigilance permanente. Plus le temps passe, plus cette angoisse prend de la place.

Puis un jour, j'entre dans une salle de cours. Moi qui n'avais jamais eu le moindre problème pour enseigner, parler devant un groupe ou capter l'attention de mes étudiants, je me retrouve incapable de faire mon cours. Je connais pourtant parfaitement mon sujet, mais les mots ne sortent plus. Je sens une angoisse immense monter en moi. J'arrive tant bien que mal à terminer la séance, mais je sais que quelque chose vient de se produire. Je rentre chez moi et, à partir de ce moment-là, je ne retournerai plus jamais enseigner à Neoma.

14:16 La crise identitaire et le vertige de la reconversion

Avec le recul, je comprends que les attentats n'ont pas créé mon envie de changer de vie professionnelle. Ils ont plutôt agi comme un révélateur. Pendant des années, j'avais réussi à composer avec une carrière qui ne me correspondait pas totalement. Je savais que le droit n'était pas vraiment mon univers, mais j'avais trouvé des compromis qui me permettaient de continuer. Cette fois, je ne peux plus faire semblant.

Je me retrouve face à un immense vertige. Aujourd'hui encore, je me souviens de cette période comme d'une véritable crise identitaire. Pour la première fois de ma vie, je me demande sincèrement ce que j'ai envie de faire. Et cela peut paraître étonnant quand on connaît mon métier actuel, mais je ne m'étais jamais posé cette question auparavant. Ni au moment du bac. Ni pendant mes études. Ni au moment de choisir une spécialisation. Ni même lorsque j'ai commencé à construire ma carrière. À cette époque, je suis persuadée qu'il est impossible pour moi de changer de voie. J'ai passé toute ma vie dans le droit. J'ai fait de longues études. Je ne connais que cet univers. Je me sens complètement piégée.

Pendant plusieurs mois, je traverse une période extrêmement difficile. Je me demande ce que je vais faire de ma vie, qui je suis réellement et comment sortir de cette impasse. Le brouillard est total. Mais il y a aussi quelque chose d'autre qui se produit. Pour la première fois, je commence à me regarder honnêtement dans le miroir. Je comprends que je ne peux plus continuer à ignorer ce qui ne va pas. Je ne peux plus faire l'autruche et repousser ces questions à plus tard.

18:30 Le bilan de compétences comme révélation

À cette période, une amie me conseille de réaliser un bilan de compétences. Je ne me souviens même plus si je connaissais réellement cet outil avant cela, mais je décide de tenter l'expérience. Et là, c'est une véritable révélation. Pour la première fois de ma vie, je prends le temps de réfléchir à moi-même. À ce qui m'anime. À mes besoins. À mes aspirations. À ce qui me donne de l'énergie. À ce qui me permettrait de me sentir utile et alignée avec moi-même. Je découvre un exercice passionnant. Je me plonge dedans avec enthousiasme et je réalise rapidement à quel point cette démarche me nourrit. J'ai l'impression d'ouvrir une porte que je n'avais jamais pris le temps d'explorer auparavant.

Très vite, une évidence s'impose. Je me dis que c'est exactement ce que j'ai envie de faire. La professionnelle qui m'accompagne aide les autres à trouver leur voie, à sortir de situations de blocage, à reprendre la main sur leur avenir professionnel. Et je trouve cela extraordinaire. Je connais désormais de l'intérieur ce sentiment d'être perdu, de se sentir coincé dans une carrière qui ne nous correspond plus. Je mesure aussi à quel point ces questionnements peuvent être douloureux. Alors naturellement, l'idée d'aider à mon tour les personnes qui traversent ces périodes devient une évidence. Une fois cette prise de conscience réalisée, tout s'accélère. Les mois de brouillard et d'incertitude laissent progressivement place à quelque chose de beaucoup plus clair. J'ai enfin une direction.

21:06 La création d'Oser rêver sa carrière

À partir du moment où le brouillard se dissipe, tout va finalement assez vite. Je sais désormais dans quelle direction j'ai envie d'aller et je commence à me former aux techniques du bilan de compétences, à la psychologie du travail et à différents outils d'accompagnement.

Cette période me permet aussi de mieux comprendre mon propre fonctionnement. Grâce au bilan de compétences et au travail d'introspection réalisé, je prends conscience d'un besoin fondamental chez moi : la liberté. Après des années passées dans des études et des environnements professionnels qui ne me correspondaient pas vraiment, j'ai besoin de retrouver de l'autonomie et de reprendre la main sur mon parcours.

Je me souviens d'ailleurs d'une anecdote assez révélatrice. Pendant mes formations, je passe de nombreux tests de personnalité et d'orientation professionnelle. Et c'est assez amusant avec le recul : pratiquement tous concluent que les métiers juridiques figurent parmi ceux qui correspondent le moins à mon profil. Quand on pense au temps que j'avais consacré à cet univers, c'était tout de même assez saisissant.

Forte de cette nouvelle direction et de ces prises de conscience, je crée alors Oser rêver sa carrière. J'ai aussi beaucoup de chance car j'arrive sur le marché de la transition professionnelle à un moment où les reconversions prennent de l'ampleur. L'activité démarre rapidement et rencontre son public.

Année après année, le projet grandit. Je m'associe ensuite avec Caroline Averty et l'aventure prend une nouvelle dimension. Aujourd'hui, nous sommes quinze au sein du cabinet, nous avons écrit plusieurs livres et j'ai le plaisir d'animer ce podcast.

21:37 Rien ne se perd, tout se transforme

Tout ça aussi pour vous dire que dans la vie, rien n'est figé. Et croyez-moi, j'étais à mille lieues d'imaginer qu'un jour je changerais complètement de vie professionnelle. Pendant longtemps, je me suis demandé si toutes ces années d'études, cette thèse, mes expériences dans l'enseignement, le recrutement ou le droit n'avaient pas finalement servi à rien. C'est une question que beaucoup de personnes se posent lorsqu'elles envisagent une reconversion : comment accepter de quitter une voie dans laquelle on a investi autant de temps et d'énergie ?

Avec le recul, je sais aujourd'hui que cette idée est fausse. En matière de transition professionnelle, j'aime dire que rien ne se perd, tout se transforme. Mes premières années d'accompagnement en sont la preuve. Mes premiers clients étaient souvent des avocats, des juristes ou des notaires, tout simplement parce que c'était mon réseau de départ. J'ai également continué à écrire, comme je le faisais déjà dans ma première carrière, puisque nous avons ensuite publié plusieurs ouvrages avec Caroline Averty et d'autres collaborateurs.

Quand je regarde mon parcours aujourd'hui, je vois surtout un fil conducteur très clair. Ce fil conducteur, ce n'est pas le droit. Ce n'est pas l'enseignement. Ce n'est pas non plus le recrutement. C'est l'humain. Derrière chacun de ces métiers, ce qui me plaisait réellement, c'était la relation à l'autre, la transmission, l'écoute, la compréhension des parcours et l'envie d'aider. C'était déjà ce qui me motivait lorsque j'enseignais. C'était ce qui me plaisait lorsque je recevais des candidats en entretien. Et c'est finalement dans l'accompagnement des transitions professionnelles, de la quête de sens et des situations d'épuisement au travail que j'ai trouvé l'expression la plus juste de cette aspiration.

Lorsque l'on traverse une période de changement, surtout lorsqu'elle est brutale ou vertigineuse, on a souvent l'impression que tout s'écroule et qu'il faudra repartir de zéro. Pourtant, ce n'est presque jamais le cas. Nos expériences passées nous accompagnent. Elles nous donnent des compétences, des ressources, une connaissance de nous-mêmes et parfois même un réseau qui continue à nous servir bien après avoir quitté un métier. Rien ne se perd vraiment. Les choses prennent simplement une autre forme.

23:22 Quand le changement arrive au bon moment

Avec le recul, je sais aussi que je n'aurais pas pu forcer les choses. Les attentats de Charlie Hebdo ont joué un rôle de déclencheur, mais ils sont surtout arrivés à un moment où j'étais prête à m'écouter. C'était le moment où je pouvais enfin reconnaître que cette première carrière était terminée et que je devais reprendre les rênes de ma vie professionnelle. Pendant longtemps, j'avais trouvé des compromis qui me permettaient de tenir, mais ils ne suffisaient plus.

Je dois reconnaître qu'il y a eu un véritable avant et après. Avant, j'avais souvent l'impression de subir ma trajectoire sans même m'en rendre compte. Je me sentais enfermée dans une voie qui ne m'intéressait pas profondément, alors même que j'étais quelqu'un de très investi dans son travail. C'est d'ailleurs ce qui rendait la situation si paradoxale : je travaillais beaucoup, je réussissais ce que j'entreprenais, mais je ne me sentais pas réellement à ma place.

À partir du moment où j'ai changé de métier, cette sensation a disparu. Je me souviens encore des premières années d'Oser rêver sa carrière comme d'une période extrêmement heureuse. J'avais envie de me lever le matin pour travailler. Je ne ressentais plus cette impression d'effort permanent ou de contrainte qui m'avait accompagnée pendant si longtemps. Bien sûr, il y avait du travail, des difficultés, des responsabilités et parfois des inquiétudes, comme dans toute aventure entrepreneuriale. Mais je n'avais plus le sentiment de lutter contre moi-même.

Ce qui m'a le plus marquée à cette période, c'est la fluidité. Tout paraissait plus naturel. Les projets avançaient. Les rencontres arrivaient au bon moment. Je retrouvais de l'énergie alors que je pensais l'avoir perdue. Avec le temps, j'ai compris que cette fluidité est un excellent indicateur. Quand on est à sa place, tout n'est pas forcément facile, mais les choses semblent plus cohérentes, plus alignées avec ce que l'on est profondément.

Et c'est aussi le message que j'aimerais transmettre aux personnes qui se sentent aujourd'hui enfermées dans une carrière qui ne leur correspond plus. Même lorsqu'on a l'impression qu'il n'existe aucune issue, il peut y avoir un ailleurs. Il peut y avoir un après. Et parfois, les événements qui nous semblent les plus difficiles sur le moment deviennent justement ceux qui nous obligent à nous écouter enfin et à emprunter un chemin que nous n'aurions jamais osé envisager auparavant.

27:01 Le message que je souhaite transmettre à mon fils

À cette époque, mon fils était encore très jeune. Un soir, alors que j'enseignais encore à Neoma, il m'a posé une question qui m'a profondément marquée. Il m'a simplement demandé : « Maman, pourquoi tu n'aimes pas ton travail ? »

Je me souviens avoir été complètement déstabilisée par cette remarque. Son père et moi étions ses premières références sur le monde professionnel. C'était à travers nos expériences qu'il découvrait ce qu'était le travail et la place qu'il pouvait prendre dans une vie.

Je me suis alors dit que je n'avais pas envie de lui montrer qu'il était normal de subir son métier pendant des décennies. J'avais envie qu'il voie qu'on peut aimer ce que l'on fait, trouver du sens dans son activité, se sentir utile et se lever le matin avec enthousiasme. Bien sûr, aucun métier n'est parfait et l'entrepreneuriat a aussi ses difficultés. Mais je voulais lui montrer qu'il est possible de construire une vie professionnelle épanouissante.

Cette réflexion a beaucoup compté dans ma décision de changer de voie. En tant que mère, j'avais envie de lui transmettre quelque chose de différent par l'exemple plutôt que par le discours.

29:05 On a le droit de changer

Ce que j'avais envie de transmettre à mon fils vaut finalement pour chacun d'entre nous. Nous avons le droit de choisir, d'essayer, de tester, de nous tromper et même de changer d'avis. Dans la vie professionnelle comme dans la vie personnelle, rien n'est figé.

Aujourd'hui, mon fils est devenu un adolescent qui commence à réfléchir à ses propres choix d'orientation. Et justement, j'essaie de ne pas trop intervenir. J'ai envie qu'il puisse construire son propre chemin, faire ses expériences et découvrir lui-même ce qui lui correspond.

Si je partage mon histoire aujourd'hui, c'est parce que j'aimerais transmettre cette idée simple : on a le droit de changer. On n'a qu'une vie et elle nous appartient. Il ne faut pas attendre d'être en souffrance, épuisé ou dans une situation professionnelle devenue insupportable pour s'autoriser à envisager une évolution.

Le changement est possible. Il demande de la réflexion, de la préparation et parfois de l'accompagnement. Mais il est possible. Et parfois, les événements qui nous paraissent les plus difficiles sur le moment deviennent les déclencheurs d'une vie plus alignée avec ce que nous sommes réellement.

Merci beaucoup de m'avoir écoutée.

Animé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.

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