
Après une première carrière dans le marketing, Pauline décide de changer de voie et de se lancer dans le plus beau métier du monde : faire naître des bébés.
Le stress, la pression et une certaine forme de vacuité la poussent en effet à remettre en question une carrière qu'elle ne détestait pourtant pas. Loin de là ! Mais l'appel du sens et de la réalisation de soi ont été plus forts...
Pauline nous explique quel a été son cheminement, du jour où elle a pris sa décision en passant par sa reprise d'études jusqu'à son premier poste.
[Marina Bourgeois] Avant de découvrir mon invitée du jour, je vous propose de découvrir le podcast Voix d'entrepreneurs du droit, le podcast de Fed Légal, cabinet de chasse de tête juridique et fiscal. Parce que devenir entrepreneur ou entrepreneuse du droit, c'est le résultat de parcours, de trajectoires et d'histoires de vie qu'on vous propose de découvrir dans ce podcast. Vous y écouterez les témoignages d'avocats, de directeurs juridiques et fiscaux sur les difficultés qu'ils ont rencontrées, leurs échecs bénéfiques, leur rôle, leur mission et leur progression dans leur métier. Au micro d'Audrey Déléris, vous partirez à la rencontre de femmes et d'hommes qui mènent leur carrière en véritables entrepreneurs du droit.
[Marina Bourgeois] Mon invitée du jour est justement chasseuse de tête juridique et fiscale et elle va nous parler d'un sujet important que l'on nous pose sans cesse au cabinet : faut-il parler ou non de son épuisement professionnel en entretien ? Bonjour Audrey.
[Audrey Déléris] Bonjour Marina.
[Marina Bourgeois] Merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation Audrey.
[Audrey Déléris] Merci à toi de m'avoir invitée, je suis ravie d'être là.
[Marina Bourgeois] Je suis ravie que tu sois là parce que c'est un vrai sujet que de savoir s'il faut évoquer ou non son burnout lors des entretiens d'embauche. C'est un sujet qui est encore tabou. Avant toute chose, je te propose de te présenter. Tu es manager exécutif, peux-tu nous dire en quoi consiste ton travail ?
[Audrey Déléris] Je suis chasseuse de tête chez Fed Légal, un cabinet de recrutement spécialisé en juridique et fiscal. J'accompagne les entreprises pour leur trouver les meilleurs profils juridiques et fiscaux, pour toutes leurs directions, jusqu'au niveau directeur. J'accompagne aussi énormément de candidats que je rencontre au quotidien pour leur trouver le meilleur poste en adéquation avec les mandats que nous avons. Je rencontre beaucoup de gens au quotidien, c'est mon métier.
[Marina Bourgeois] J'ai été moi-même chasseuse il y a plus de 15 ans dans ce domaine et déjà à l'époque, la question du burnout se posait. Dans ta profession, est-ce que tu vois au quotidien beaucoup de situations d'épuisement professionnel ?
[Audrey Déléris] Je sais que beaucoup ont vécu des situations d'épuisement professionnel ou de burnout. Après, il y en a beaucoup qui ne l'expriment pas ouvertement. J'en ai quelques-uns qui m'en ont parlé, mais c'est encore assez récent. J'ai des clients qui m'en parlent, pas très souvent très honnêtement, mais j'en ai en tête. J'ai aussi des candidats qui m'en parlent, mais mettre le mot "burnout" reste vraiment compliqué pour eux.
[Marina Bourgeois] Pourquoi est-ce si difficile et tabou aujourd'hui de l'évoquer, ne serait-ce qu'auprès de vous les chasseurs de tête qui êtes l'intermédiaire avec le futur employeur ? Est-ce de la honte ?
[Audrey Déléris] Tu mets le doigt sur quelque chose de très important. Normalement, nous sommes censés être transparents parce qu'on sert à trouver le bon match entre un client et un candidat. L'idée n'est pas de dépeindre une situation toute rose, car aucune situation n'est toujours idéale. Les personnes devraient nous dire dans quelles conditions elles ont envie de travailler car on sert à trouver le meilleur poste pour elles. Quand certaines osent le dire, on sent une certaine honte. Elles ont l'impression de ne pas avoir été à la hauteur. On leur a demandé toujours plus et elles n'ont pas réussi à répondre aux demandes des clients ou des managers. Elles le voient comme un échec et n'osent pas nous le dire.
[Marina Bourgeois] C'est exactement le constat qu'on fait. On a identifié trois raisons à ce tabou : la peur que ce soit perçu comme une accusation de l'entreprise, la difficulté de parler de santé mentale en France, et ce sentiment d'avoir été le maillon faible, ce qui génère de la honte. On a peur que dire qu'on a fait un burnout laisse présager une récidive.
[Audrey Déléris] Exactement. Il peut y avoir une multitude de raisons. Cela peut être une pression ressentie du management ou d'une structure en sous-effectif, mais c'est aussi parfois l'incapacité de la personne à poser ses propres limites et à dire « non, je ne vais pas y arriver ». C'est un mélange de multiples facteurs personnels et professionnels.
[Marina Bourgeois] Il me semble crucial de pouvoir le dire pour être au clair sur l'environnement de travail recherché. Retenir cette information ne fragilise-t-il pas le matching ?
[Audrey Déléris] Je pense qu'il faut être sincère, surtout avec un chasseur de tête car avec nous, il n'y a pas de tabou. Le dire, c'est aussi l'assumer, comme un échec sur un dossier. Dire : « À ce moment-là, ça ne s'est pas bien passé, j'ai été épuisée et je n'ai pas réussi à poser de limites. Maintenant, je sais comment réagir ». Moi, ça m'aide à trouver le bon match. Si un client a besoin de quelqu'un au taquet tout le temps, je ne vais pas me tourner vers quelqu'un qui a fait un burnout et ne veut plus de cette situation. Ces personnes ne veulent pas travailler moins, elles veulent travailler différemment.
[Audrey Déléris] Elles veulent un cadre choisi, une prévisibilité sur les dossiers. C'est trouver le bon contexte pour continuer à faire ce qu'on aime mais pas dans une situation déplorable. J'ai l'exemple d'une directrice juridique qui est retournée dans son entreprise après quelques mois d'absence. Elle a analysé qu'elle s'était mise la pression toute seule et que, malgré l'épuisement, elle adorait ses collègues et son management. Elle a repris dans de bonnes conditions. C'est très courageux de ne pas dire que c'est tout le système qui allait mal. Parfois, le système est toxique et il faut partir, mais il faut savoir faire cette analyse.
[Marina Bourgeois] Dans les professions juridiques, les chiffres sont parfois affolants. Constates-tu des différences entre juristes et avocats ?
[Audrey Déléris] Les avocats que je chasse pour l'entreprise abordent systématiquement l'équilibre vie pro/vie perso. En entreprise, on ne travaille pas moins, mais il y a plus de prévisibilité. En cabinet, un client peut appeler le vendredi soir pour le lundi matin. En entreprise, les gros dossiers se préparent longtemps à l'avance. Les juristes sont investis, mais c'est moins le mode "pompier" permanent que subissent les avocats.
[Marina Bourgeois] Cet équilibre est devenu un critère récurrent chez les hommes comme chez les femmes. Il y a 20 ans, ce n'était jamais évoqué. As-tu vu une évolution nette ?
[Audrey Déléris] C'est impressionnant depuis le Covid, cela s'est totalement démocratisé. Avant 2020, quand un candidat me parlait de télétravail, je lui conseillais d'attendre d'avoir une proposition avant d'en parler. Aujourd'hui, je ne tiens plus du tout ce discours. Les gens osent le dire tout de suite. Hier encore, j'ai vu un directeur fiscal qui m'a dit : « J'adore apprendre, mais j'ai mes enfants, je ne finirai pas tous les soirs à 23h ». C'est OK d'en parler.
[Audrey Déléris] Maintenant, lors des briefings avec les clients, on en parle systématiquement. Il faut arrêter de penser qu'on travaille moins en télétravail. On ne parle pas forcément de burnout, mais de l'ambiance et de la façon de travailler. C'est important d'être bien entouré, avec des gens optimistes. On explique le contexte pour qu'il n'y ait pas de mauvaise surprise.
[Marina Bourgeois] Un arrêt pour burnout peut durer longtemps. Beaucoup de candidats ont peur de ce trou dans le CV et tentent de le maquiller. Quel est ton conseil ?
[Audrey Déléris] Je n'ai pas la réponse parfaite. Autant en entretien il faut en parler, autant sur le CV, c'est plus délicat car c'est un outil de séduction. Je n'ai jamais vu marqué "burnout" ou "longue maladie" sur un CV. Mon conseil est de ne pas mentir. Si vous n'étiez plus en poste, vous pouvez mettre "pause professionnelle" et l'expliquer oralement. Il faut le présenter de manière factuelle, sans y passer un quart d'heure.
[Audrey Déléris] J'ai déjà eu des personnes qui se mettaient à pleurer en entretien, c'est dur humainement mais mon rôle n'est pas de consoler. Il faut le dire simplement : « J'ai eu des soucis de santé, je me suis arrêté un an, maintenant ça va beaucoup mieux et je suis ravi d'être là pour mon prochain projet ». Cela suffit au recruteur.
[Marina Bourgeois] Nous, on conseille parfois de mettre la mention "bilan de compétences" ou "outplacement" pour montrer que la période a été mise à profit pour une réflexion constructive.
[Audrey Déléris] C'est une excellente idée ! Cela montre que la personne s'est remise en question et sait vers quoi elle se dirige. Savoir se remettre en question est une force, peu importe le pourquoi.
[Marina Bourgeois] Merci Audrey. Je pense que cela va aider beaucoup de personnes qui n'osent pas candidater à cause de cette période.
[Audrey Déléris] Si les DRH ou les dirigeants ne sont pas aptes à entendre ce qui s'est passé dans votre vie, c'est peut-être simplement que ce ne sont pas les bonnes personnes pour vous. Une embauche est un match. Si l'entreprise ne peut pas comprendre votre parcours, c'est qu'elle ne vous correspond pas. Ce n'est pas grave, il y en aura d'autres.
[Marina Bourgeois] Tu as tout à fait raison. Mille mercis Audrey pour ces conseils précieux. À très bientôt.