Pauline Souchaud. De responsable marketing à sage-femme

Podcast
Saison 2
Ep 55
38 min
Marina Bourgeois
Publié le
July 22, 2024
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À quoi s'attendre ?

"N'ayez pas peur"

Après une première carrière dans le marketing, Pauline décide de changer de voie et de se lancer dans le plus beau métier du monde : faire naître des bébés.

Le stress, la pression et une certaine forme de vacuité la poussent en effet à remettre en question une carrière qu'elle ne détestait pourtant pas. Loin de là ! Mais l'appel du sens et de la réalisation de soi ont été plus forts...

Pauline nous explique quel a été son cheminement, du jour où elle a pris sa décision en passant par sa reprise d'études jusqu'à son premier poste.

Bonne écoute !

Marina

Transcription

00:00 Introduction : Du marketing du luxe à la salle de naissance

[Marina] Avancer, douter, reculer, hésiter, choisir, réussir, chuter, rebondir. Ce sont ces mouvements de la vie que nous traversons toutes et tous que je questionne dans ce podcast. Je suis Marina Bourgeois et reçois à mon micro des invités au parcours de vie singulier, mouvant, parfois fracturés, mais surtout inspirants. Bienvenue dans le podcast Cheminement. C'est une heureuse reconvertie que j'accueille aujourd'hui : après 10 années passées à développer des parfums en tant que responsable marketing, Pauline fait le choix de ne pas passer à côté d'elle-même et de sa vie professionnelle pour devenir sage-femme. Bonjour Pauline.

[Pauline] Bonjour Marina.

[Marina] Tu as 37 ans et il y a 4 ans, tu décides de complètement changer de cap pour démarrer l'école des sages-femmes. À quel moment de ta vie te dis-tu que le marketing, c'est fini, et que tu vas mettre au monde des bébés ?.

[Pauline] J'ai toujours eu envie d'être sage-femme par mon histoire familiale, étant issue d'une famille de médecins. J'ai fait des choix d'études qui m'en ont éloignée, mais quand j'ai commencé le marketing, je me disais déjà que je ne ferais pas ça toute ma vie. Puis je me suis mariée, on a eu des enfants, et des expériences douloureuses qui m'ont fait grandir vite. C'était le début d'une réflexion : comment me sentir alignée professionnellement avec qui je suis en train de devenir dans la vraie vie ?.

05:00 Le "Job de rêve" sur le papier et le besoin d'ailleurs

[Marina] À la base, tu as fait Science Po Paris et un master en finance, on est très loin du médical. Pourquoi avoir choisi le marketing alors que tu avais déjà cette petite idée en tête ?.

[Pauline] J'ai grandi en province et j'avais besoin de voir le vaste monde avant de faire quoi que ce soit. Si j'avais fait médecine, je l'aurais fait dans ma ville d'origine, et je voulais voir autre chose. Je me suis mis des œillères. J'ai adoré ma première carrière, c'était un "job de rêve" : bosser dans le parfum, le luxe, rencontrer des parfumeurs... Mais ce qui m'a pesé, c'est l'ambiance, la pression des chiffres, du stress, et certaines personnes qui se prenaient trop au sérieux. Je disais à mes équipes : « On sauve pas des vies, on fait du savon ». Cette pression ne me paraissait plus justifiée.

10:00 Le déclic : L'essoufflement et la catastrophe managériale

[Marina] Est-ce que ce questionnement est venu d'une petite voix intérieure ou d'événements contextuels ?.

[Pauline] Ça a pris du temps car quand on devient mère, on fait moins les choses par impulsivité. Mais je m'essoufflais après mon deuxième congé maternité. J'ai changé d'entreprise pour un nouveau projet, et là, ça a été une catastrophe sur le plan humain et managérial. On a touché le fond. Je ne pouvais plus accepter ça. J'étais enfermée dans le carcan : « Tu es mère, tu as un crédit, des factures, tu ne peux pas tout envoyer valser pour ton confort ». Et puis, stop.

13:00 L'audace du changement et le soutien du conjoint

[Pauline] Juste avant Noël, j'ai eu une discussion avec mon mari. Il m'a dit : « Depuis qu'on se connaît, ton rêve c'est d'être sage-femme, pourquoi tu ne te lances pas ? ». Je lui parlais encore du crédit, et il m'a répondu : « Il te reste 30 ou 35 ans à bosser, tu préfères les passer en burnout ou être épanouie ? ». La réponse, on l'avait. La question, c'était d'avoir le cran d'envoyer tout valser pour l'inconnu total.

[Pauline] Quand j'ai décidé, j'y suis allée. Le dépôt des dossiers pour la "passerelle" (permettant aux titulaires de master d'entrer en école de sage-femme sans la première année de médecine) était mi-mars. J'ai dû trouver des stages d'observation en urgence pour étayer mon dossier. C'était la lettre de motivation de ma vie. On dépose le dossier mi-marché, et on est confinés le 17. C'était une parenthèse complète. On attendait les résultats fin mai, mais avec le Covid, tout était chamboulé. Finalement, pas d'oral, admission directe sur dossier début juillet.

20:00 L'admission : Joie, peur et larmes familiales

[Pauline] Quand j'ai vu mon nom sur l'affiche, c'était une explosion de joie pendant 5 minutes, puis la panique : « Dans quoi je m'embarque ? ». Ma belle-famille m'a soutenue, mes parents ça a été plus complexe. Ma mère a réagi en maman : « Comment tu vas faire avec les enfants ? ». Mon père, médecin, voyait le navire de l'hôpital public couler : « Qu'est-ce que tu vas faire dans cette galère ? ». Mais deux semaines après, il m'offrait ses vieux livres d'obstétrique avec un mot : « À ton tour maintenant ». Il y a eu des larmes.

[Marina] Comment as-tu vécu cette rentrée au milieu de jeunes nées en 2000 ?.

[Pauline] J'étais incrédule. Je pourrais être leur maman, mais j'étais hyper contente. Les études sont très professionnalisantes. On attaque les stages très vite. Mon premier stage en salle de naissance était pendant le reconfinement, et j'étais moi-même enceinte. C'était un stage difficile, entre panique et épanouissement, car on voyait des cas de Covid graves. J'avais envie de protéger mon bébé, mais j'ai compris l'engagement du soignant, parfois au péril de sa santé. Mais aucune hésitation : je cherchais du sens, et là, j'étais dans le cœur du réacteur.

32:00 L'aspect financier et logistique : Étudier avec trois enfants

[Marina] Comment as-tu géré le départ de ton entreprise et le financement ?.

[Pauline] J'ai eu une rupture conventionnelle et Pôle Emploi pendant deux ans et demi. Si c'était à refaire, je musclerais le volet financier car on ne nous dit pas tout : les étudiants en passerelle ne sont pas pris en charge par la région, on paie des frais exorbitants sans revenus pendant 4 ans. Reprendre les études avec trois enfants, c'est tordre l'emploi du temps, bosser le soir et le week-end, gérer la culpabilité maternelle. Sur la fin, on tient au mental.

38:00 Un travail d'équipe et un nouveau sens

[Pauline] Sans mon mari, ça n'aurait pas été possible. C'est un travail d'équipe. Il a géré les nuits, les matins quand j'étais de garde de 12h. C'était une grosse pression financière et de stress pour lui. Je suis fière qu'on y soit arrivés ensemble. On a survécu à ça, on peut survivre à tout. Le gap de salaire est énorme, on ne fait pas sage-femme pour l'argent (moins de 2000€ net au début après 5 ans d'études), mais l'argent n'a jamais été mon moteur.

[Pauline] Je commence à l'hôpital en septembre et je suis très heureuse. J'aime l'esprit d'équipe. Mon conseil pour ceux qui hésitent ? N'ayez pas peur. C'est le dernier verrou à faire sauter. La peur est mauvaise conseillère. Osez franchir le pas. C'est du sang, de la sueur et des larmes, mais au bout du compte, on se dit : « Je l'ai fait ». C'est une immense satisfaction d'exercer un métier qui a du sens pour soi.

[Marina] Merci Pauline pour cette inspiration et bravo pour cette belle reconversion. Prenez soin de vous.

Animé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.

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