Néo-entrepreneurs, je vous explique quel statut juridique choisir. Laurent Lafforgue, cabinet NumbR

Podcast
Saison 3
Ep 93
1h15 min
Caroline Averty
Publié le
March 14, 2025
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À quoi s'attendre ?

Nous abordons aujourd’hui, avec le cabinet d’expertise comptable et de conseil NumbR, un sujet ô combien important lorsqu’on songe à se lancer dans l’entreprenariat : le choix du statut juridique !

L’une des premières questions que se posent tous les néo-entrepreneurs est évidemment celle de la forme juridique de leur structure, et pour les non spécialistes du sujet, ce n’est pas évident de s’y retrouver…

Laurent Lafforgue, du cabinet NumbR, nous éclaire sur :

-       Les différentes options et formes juridiques possibles

-       Leurs avantages et leurs inconvénients

-       Les cas dans lesquels elles sont les plus adaptées (avec les portraits-robot du micro-entrepreneur, du patron d’EURL ou de SASU)

-       Les compétences administratives à acquérir lorsqu’on se lance

-       Les aides auxquelles il est possible de prétendre en tant que créateur d’entreprise

Il nous donne également en fin d’interview 3 excellents conseils, au-delà du statut juridique, pour les entrepreneurs qui créent leur activité.

Bonne écoute !

Transcription

00:00 Introduction : s'orienter dans le labyrinthe des statuts juridiques

[Caroline] Chers auditeurs, bienvenue dans le podcast Cheminement animé par l'équipe d'Oser Rêver sa Carrière. Je suis Caroline Averti, codirigeante du cabinet, et nous allons aborder ensemble aujourd'hui un sujet ô combien important quand on envisage de se lancer dans l'entrepreneuriat : le choix du statut juridique. C'est une question à laquelle j'ai moi-même été confrontée il y a plusieurs années lorsque je m'étais lancée en tant qu'indépendante. La première question que je m'étais posée était évidemment : quel statut choisir entre la micro-entreprise, la SASU ou d'autres formes juridiques que je ne connaissais même pas à l'époque. Quand on n'est pas spécialiste, il est rarement évident de s'y retrouver.

[Caroline] Nous avons le plaisir chez Oser Rêver sa Carrière de compter parmi nos partenaires Laurent Laforgue, du cabinet Number, qui a accepté de nous éclairer sur les différentes options qui s'offrent à vous lorsque vous créez une entreprise, avec leurs avantages et inconvénients réciproques. Nous allons voir ensemble toutes les bonnes questions à se poser avant de faire un choix, notamment quand on est inscrit en parallèle chez France Travail. Laurent nous parlera aussi des compétences administratives à développer, des aides financières possibles, et il partagera trois excellents conseils pour les entrepreneurs qui démarrent. J'ai le grand plaisir d'accueillir Laurent aujourd'hui. Merci beaucoup d'être avec nous.

[Laurent] Merci Caroline pour l'invitation et bonjour à tous.

[Caroline] On se connaît un petit peu car on a la chance de vous compter parmi nos partenaires depuis 3 ou 4 ans maintenant. Vous intervenez régulièrement auprès de nos accompagnés sur ces sujets de choix de statut. Quelles sont les grandes questions par lesquelles passent les personnes qui viennent vous voir chez Number quand elles créent leur entreprise ?

[Laurent] Souvent, quand on les reçoit pour la phase de création, elles ont déjà travaillé le projet en amont sur le positionnement commercial et le business plan. La première question qui arrive systématiquement, c'est : "Quel statut juridique ?". On le voit lors de nos ateliers avec France Travail, c'est un sujet phare qui attire toujours beaucoup de monde. C'est une récurrence : quel format choisir entre Micro, EURL ou SASU ?

09:00 Les deux grandes familles : Entreprise Individuelle vs Société

[Caroline] On n'est pas vraiment éduqué sur le sujet. Pour beaucoup, cela peut paraître obscur. Essayons de désobscurcir tout cela. Quelles sont les grandes options qui s'offrent à nous ?

[Laurent] Si on veut créer sa propre structure, il y a deux grandes familles : les entreprises individuelles et les sociétés. La différence majeure réside dans l'aspect juridique. En entreprise individuelle, on est en personne physique : mon entreprise et moi-même, c'est la même chose. On est obligatoirement seul, on ne peut pas avoir d'associés. En société, juridiquement, on crée une personne morale différente de nous, personne physique. Il y a une séparation claire entre le patrimoine de la société et le patrimoine personnel. Si la société ne peut plus payer ses dettes, le dirigeant ne perd en principe que son capital social investi au départ, qui peut être de seulement 1 €.

[Caroline] D'accord, donc les pertes peuvent être limitées. Quand on préparait le podcast, on a aussi évoqué le portage salarial, qui est une option différente. Tu peux nous expliquer ce que c'est ?

[Laurent] En portage salarial, on est salarié de la société de portage. On n'a pas son propre SIRET, mais on fait ses démarches commerciales et on négocie ses contrats. L'argent généré atterrit chez la boîte de portage qui le transforme en fiche de paye. On a donc une très bonne couverture sociale, identique à celle d'un salarié classique. Cependant, financièrement, on s'y retrouve un peu moins car on paye plus de cotisations et la boîte de portage prend une commission, généralement entre 4 et 12 % du chiffre d'affaires. C'est une option de sécurité pour ceux qui sont "allergiques" à l'administratif.

18:00 Le choix du portage : une vision à court terme ?

[Laurent] On retrouve souvent des consultants en portage sur des missions de 1 ou 2 ans avant de redevenir salariés. Pour ceux qui ont une vision à plus long terme et veulent s'installer comme indépendants, il vaut mieux créer directement sa propre entreprise ou société.

[Caroline] Quelles sont alors les bonnes questions à se poser pour faire le meilleur choix entre entreprise et société ?

[Laurent] Il faut anticiper plusieurs éléments. D'abord, avoir une compréhension globale de l'ensemble de ses revenus, notamment si on touche le chômage ou une retraite en parallèle. Ensuite, identifier son besoin en protection sociale. Selon le statut, on est rattaché soit à la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI), soit au régime général, ce qui impacte les cotisations retraite et les indemnités journalières. Enfin, il faut anticiper l'impact fiscal sur le foyer. Chaque situation est particulière, d'où l'importance de confronter son projet à un expert.

[Caroline] Chez Number, vous proposez d'ailleurs un rendez-vous conseil gratuit pour déblayer ces sujets. Entrons dans le détail des statuts. Commençons par la micro-entreprise.

28:00 La Micro-entreprise : simplicité et limites réelles

[Laurent] La micro a été créée pour être la plus simple d'accès : peu de suivi administratif, création gratuite en ligne, pas de comptabilité réelle à tenir. On déclare simplement son chiffre d'affaires encaissé chaque mois ou trimestre sur le portail de l'URSSAF. Au démarrage, on est aussi en franchise de TVA.

[Caroline] C'est vraiment le modèle de lancement idéal pour tester son activité. Si ça ne marche pas, on ferme et cela ne nous a rien coûté.

[Laurent] Exactement. C'est pour cela qu'on a près de 60 % des créations en micro-entreprise. S'il n'y a pas de chiffre d'affaires, il n'y a pas de cotisations sociales à payer. Mais attention, en contrepartie de cette simplicité, on se coupe d'optimisations. On ne peut pas déduire ses charges réelles (loyer, déplacements, matériel). On a un abattement forfaitaire de 34 %, mais si vos frais réels dépassent ce montant, vous perdez de l'argent. De même, on ne peut pas déduire le coût d'un stagiaire ou d'un salarié. Enfin, les cotisations en micro n'ouvrent pas de droits à la retraite très avantageux par rapport aux sociétés.

39:00 L'Entreprise Individuelle au réel et le passage en Société

[Laurent] Si on dépasse les seuils de la micro (environ 77 000 € pour les services), on bascule en entreprise individuelle au réel. On peut alors déduire ses frais, mais on a peu de leviers pour moduler ses revenus ou sa fiscalité. C'est pour cela qu'on s'oriente souvent vers les sociétés : EURL/SARL ou SASU/SAS.

[Caroline] Quelles sont les grandes différences entre ces deux familles de sociétés ?

[Laurent] En EURL et SARL, on est rattaché à la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI). Pour se rémunérer, on paye environ 42 % de cotisations sociales sur le montant versé. En SASU ou SAS, on a un statut d'assimilé-salarié et on cotise au régime général. On a une meilleure protection sociale, mais elle coûte beaucoup plus cher : environ 75 % de cotisations sur la rémunération. Pour 1000 € versés, la société paye 750 € de charges en SASU, contre 450 € en EURL.

[Caroline] Donc, pour schématiser, l'EURL est plus intéressante pour maximiser le net dans sa poche via un salaire, et la SASU est intéressante pour les dividendes ?

[Laurent] Oui, car en SASU, les dividendes ne sont pas soumis aux cotisations sociales, contrairement à l'EURL. De plus, pour des personnes avec des antécédents de santé, la SASU permet d'avoir une meilleure protection sans questionnaire médical pour les contrats complémentaires.

52:00 Stratégies pour les créateurs inscrits à France Travail

[Caroline] C'est fascinant de voir comment le contexte change tout. Pour les 70 % de vos clients qui touchent le chômage, quel est le modèle privilégié ?

[Laurent] Pratiquement tous optent pour la SASU. L'intérêt majeur est que si la société ne verse pas de rémunération au dirigeant, il n'y a pas de cotisations sociales à payer (contrairement à l'EURL où il y a un forfait minimum de 1000 € environ). Cela permet de cumuler l'intégralité de ses allocations France Travail avec le développement de son activité. Une fois les droits au chômage terminés, beaucoup font basculer leur SASU en EURL pour optimiser leur future rémunération.

[Caroline] Quelles compétences un entrepreneur doit-il développer pour gérer tout cela ?

[Laurent] Il faut acquérir des notions de base et bien différencier fiscalité (impôts, TVA) et protection sociale (URSSAF). Les charges sociales ne sont pas de simples taxes, elles ouvrent des droits. L'expert-comptable a ici un rôle de pédagogue car pour beaucoup, c'est un nouveau langage. Il ne faut pas hésiter à faire répéter son comptable. Pour des informations fiables, on peut se référer au site de la BPI.

1:03:00 Panorama des aides : ARE, ARCE et ACRE

[Caroline] On parlait de France Travail comme premier financeur. Quelles sont les options concrètes ?

[Laurent] On a l'ARE (indemnités tous les mois) ou l'ARCE (récupération de 60 % du capital chômage en deux fois) pour injecter du cash dans l'entreprise. Il y a aussi l'ACRE, qui permet d'exonérer partiellement les cotisations sociales la première année, divisant les taux par deux. C'est un sacré coup de pouce au démarrage.

[Caroline] Attention toutefois, on ne peut pas cumuler ARE et ARCE, il faut choisir. On peut aussi aller voir du côté des aides régionales ou de la BPI.

[Laurent] En 2025, la micro-entreprise et la SASU restent les formats les plus populaires, mais il faut se méfier de l'effet de mimétisme. Ce qui est bon pour votre voisin ne l'est pas forcément pour vous.

1:11:00 Les trois conseils de Laurent pour réussir son aventure

[Caroline] Tu as publié le livre Pro en Freelance. Quels seraient tes trois conseils finaux ?

[Laurent] Premier conseil : éviter la solitude. L'entrepreneur est souvent seul face à ses problèmes. Intégrez des réseaux d'affaires comme le CJD pour échanger sur des problématiques communes et créer des opportunités business. Deuxième conseil : l'organisation vie pro/vie perso. On peut vite se faire dévorer par la passion. Il faut compartimenter pour ne pas s'épuiser. Enfin, savoir s'entourer et déléguer. Ne perdez pas 80 % de votre temps sur des tâches administratives que vous ne maîtrisez pas. Externalisez ce qui n'est pas votre cœur de métier.

[Caroline] Conseils hyper précieux. Merci Laurent pour ce partage généreux.

[Laurent] Merci Caroline pour l'invitation et à très vite.

[Caroline] Voilà, c'est fini. J'espère que cela vous aidera à vous poser les bonnes questions. Si l'épisode vous a plu, mettez des petites étoiles. À bientôt pour une nouvelle thématique.

Animé par
Caroline Averty
Forte de douze ans en ressources humaines, elle accompagne aujourd'hui les transitions professionnelles et le développement de carrière, en individuel comme en entreprise. Spécialisée en thérapie brève, elle est également co-animatrice du podcast Cheminement et co-auteure des livres Trouver Sa Voie et Accompagner les transitions professionnelles.