Je me suis inventée une carrière grâce aux livres. Maïté Defives, Influenceuse littéraire

Podcast
Saison 4
Ep 121
40 min
Marina Bourgeois
Publié le
October 10, 2025
Écoutez cet épisode SUR

À quoi s'attendre ?

Dans cet épisode de Cheminement, je reçois Maïté Devifes.

Rien ne prédestinait Maïté à devenir influenceuse littéraire. Ni son environnement familial, ni sa première carrière dans la banque et l’assurance. Tout a basculé lorsqu’elle a eu un coup de cœur déterminant pour Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran d’Eric-Emmanuel Schmitt.

Ce déclic l’a poussée à ouvrir son blog et son compte Instagram MademoiselleLit, où elle partage aujourd’hui ses lectures avec ses followers.

Depuis, Maïté est devenue l’influenceuse littéraire n°1 en France, collaborant avec les maisons d’édition et reconnue par les auteur·e·s. Elle cartonne sur Instagram et TikTok, est l’auteure de 100 livres qui changent la vie aux Éditions Jouvence, et a ajouté une nouvelle corde à son arc en devenant bibliothérapeute.

Dans cet épisode, Maïté raconte son parcours, sa ténacité pour inventer son métier, et comment elle est parvenue à vivre pleinement de sa passion pour les livres.

Références citées dans cet épisode :

  • Maïté Devifes, 100 livres qui changent la vie.
  • Eric-Emmanuel Schmidt, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran.
  • Maria Pourchet, Tressaillir.
  • Natacha Happanah, La nuit au coeur.

Bonne écoute !

Podcast animé par Marina Bourgeois.
Avec les interventions ponctuelles et précieuses de Caroline Averty & Valérie Pouliquen.

Transcription

00:00] Introduction : Maïté Defives, l'influenceuse qui a inventé son métier

[Marina Bourgeois] Avancer, douter, reculer, hésiter, rebondir. Ce sont ces mouvements de la vie que nous traversons toutes et tous que je questionne dans ce podcast. Je suis Marina Bourgeois et je reçois à mon micro des invités au parcours de vie singulier, mouvant, parfois fracturés, mais surtout inspirants et qui, je l'espère, vous aideront dans vos questionnements de vie et de carrière. Bienvenue dans le podcast Cheminement.

[Marina Bourgeois] Mon invitée du jour s'appelle Maïté. Elle est Lilloise, elle a 39 ans et elle est connue sur les réseaux sociaux sous le pseudo de Mademoiselle Lit. Maïté est blogueuse et influenceuse littéraire. Ferrue de lecture, elle a fait de sa passion son métier et partage quotidiennement avec ses followers ses découvertes et ses aventures livresques sur son blog et ses réseaux sociaux. Entre Instagram et TikTok, Maïté conseille sa communauté, dévoile ses coups de cœur et propose des challenges, le tout dans une esthétique vraiment très agréable. Elle est également passée de l'autre côté de la barrière puisqu'elle est elle-même autrice depuis quelques mois et bibliothérapeute. J'avais très hâte de l'inviter car je suis assez admirative de son parcours et de la façon dont elle a inventé son métier. Bonjour Maïté, merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation.

[Maïté Defives] Merci de m'accueillir Marina, je suis déjà très touchée par tes mots d'introduction. Ça me fait grand plaisir.

[Marina Bourgeois] C'est vraiment sincère. Je suis moi-même une grande lectrice depuis toute petite et au moment de ma reconversion, j'avais songé à être libraire. Je suis donc fascinée par la façon dont tu as réussi à faire du livre le cœur de ton activité. Avant cela, il faut dire à nos auditeurs que tu étais dans un secteur qui n'avait rien à voir avec le livre.

[03:15] Du milieu bancaire à l'aventure Mademoiselle Lit

[Maïté Defives] Oui, c'est exactement ça. J'ai bien aimé ta formule « inventer son métier », car c'est un peu ce qui s'est passé. Cette activité est arrivée alors que j'étais dans le milieu bancaire. Je n'ai pas de bagage littéraire particulier : j'ai fait des études de commerce et j'ai suivi la voie paternelle. Dans ma famille, beaucoup de gens travaillent en banque, c'était la voie classique. Je ne m'étais jamais vraiment posée la question de ce que j'aimerais faire, j'avais fait des stages en banque, ça m'avait plu et j'ai été épanouie pendant 10 ans.

[Maïté Defives] Mais quand mon compte Instagram est arrivé et qu'il a fallu se poser la question d'en vivre, j'ai tenté ma chance. Aujourd'hui, je suis ravie d'en vivre depuis bientôt 7 ans.

[Marina Bourgeois] C'est extraordinaire. Arrêtons-nous un instant sur la création de ce compte. Comment l'idée est-elle venue ?

[Maïté Defives] À l'époque, en janvier 2017, il y avait très peu de comptes Instagram autour des livres, ce qu'on appelle les « Bookstagram ». Je n'en suivais qu'un ou deux. L'idée est venue parce que je vivais à Madrid depuis 6 ans et que je n'avais personne autour de moi pour parler de littérature française. C'est comme ça que je me suis retrouvée sur les réseaux sociaux. Rapidement, au bout de quelques mois, j'ai eu envie à mon tour de partager mes coups de cœur. Ça a pris tellement d'ampleur que c'est devenu l'élément déclencheur pour rentrer en France et m'installer à Paris.

[07:30] Les clés du succès : Pseudo, timing et passion

[Marina Bourgeois] Qu'est-ce qui fait selon toi que la mayonnaise a pris sur ce compte ?

[Maïté Defives] Il y a plusieurs facteurs. Déjà, mon pseudo était libre et simple à retenir. Je voulais quelque chose de français car je parlais de littérature française. Mon expérience en Espagne m'a aidée : à l'étranger, les gens connaissent peu de mots français à part « Baguette », « Merci », « Je t'aime » et « Mademoiselle ». C'est venu tout bêtement. Ensuite, je suis arrivée au bon moment, il y avait peu de concurrence. Enfin, je propose une grande variété : BD, polar, romans généralistes. On peut s'identifier rapidement à mes titres. Et surtout, j'ai été très active, j'y passais tous mes week-ends par pure passion, sans jamais imaginer en vivre au début.

[Marina Bourgeois] Oui, en mode passion. J'ai lu que tu avais basculé dans ce monde grâce à un livre d'Éric-Emmanuel Schmitt. Peux-tu nous en dire plus ?

[Maïté Defives] Exactement. Mon livre 100 livres qui changent la vie raconte mon histoire. Un jour à Madrid, je vois Éric-Emmanuel Schmitt à la télé. Je ne le connais pas et je m'étonne d'être passée à côté d'un auteur qui vend des millions de livres. Je pars en librairie acheter Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran. C'est un livre de 80 pages et après l'avoir lu, je ne me suis plus jamais arrêtée. J'avais 23 ans. Je n'avais pas dévoré de livres durant mon enfance, ma famille ne lisait pas. C'est vraiment ce livre qui a fait la bascule. J'ai eu la chance de le rencontrer plus tard pour le remercier.

[Marina Bourgeois] Ah, ça c'est formidable ! À quelle occasion l'as-tu rencontré ?

[Maïté Defives] Grâce à un dîner organisé par l'éditeur Albin Michel il y a 4 ou 5 ans. On était cinq autour de la table. Je n'en revenais pas du chemin parcouru et de pouvoir lui dire qu'il avait changé ma vie.

[12:00] La professionnalisation : De l'esthétique à la légitimité

[Marina Bourgeois] Ton parcours est remarquable car tu n'étais pas prédestinée à cela. Parlons de l'esthétique : on reconnaît ton identité visuelle immédiatement sur Instagram. Était-ce difficile à créer ?

[Maïté Defives] Ça a joué, c'est sûr. J'ai travaillé cela au moment où j'ai décidé de me professionnaliser. Après deux ans de passion, j'étais tellement sollicitée par les éditeurs que j'ai dû poser des jours de congé pour mes missions « Mademoiselle ». Mon conjoint m'a dit qu'il fallait se lancer. J'ai obtenu un congé sans solde et j'ai investi : matériel, logiciels de retouche, cours d'écriture pour améliorer mon blog. Je voulais renforcer ma légitimité. Instagram passe par l'image avant les mots.

[Marina Bourgeois] Et le compte a gonflé rapidement, tu as aujourd'hui plus de 100 000 abonnés. Qu'est-ce qu'on ressent quand on voit les followers arriver comme une machine de casino gagnante ?

[Maïté Defives] Ça s'est fait au fur et à mesure, mais je me souviens de ma première rentrée littéraire. Un journaliste du Monde est tombé sur mon profil. J'étais dans l'avion pour l'Argentine et en atterrissant, j'avais gagné 2000 abonnés durant le vol. C'était lunaire !

[16:45] L'envers du décor : Collaborations et éthique

[Marina Bourgeois] Comment se passe la monétisation ? Ce sont les maisons d'édition qui te contactent ?

[Maïté Defives] Oui, plus on a d'abonnés, plus on est sollicitée, mais la qualité du travail compte aussi. J'en vis grâce aux acteurs du livre : un éditeur pour une collaboration sur un titre, ou une médiathèque pour présenter mes coups de cœur. Je reçois aussi énormément de sollicitations d'auteurs, environ quinze propositions de lecture par semaine. Je dois décliner car je ne suis pas une machine de guerre.

[Marina Bourgeois] Es-tu toujours maîtresse de tes choix ou fais-tu parfois des arbitrages financiers ?

[Maïté Defives] C'est hyper important de respecter mes valeurs. J'ai refusé de grosses collaborations avec Amazon car je défends la librairie indépendante. Je n'accepte que ce qui me motive. S'il m'arrive d'accepter une collaboration et de ne pas aimer le livre, je dis à l'éditeur qu'on s'arrête là. Je ne veux pas être rémunérée pour critiquer ou mentir. Ma communauté me connaît depuis 7 ans, ils verraient tout de suite si quelque chose clochait.

[Marina Bourgeois] Et est-ce que tu en vis de façon satisfaisante aujourd'hui ?

[Maïté Defives] C'est fragile car je suis à mon compte, c'est cyclique. Je peux avoir un mois sans salaire après une grosse période. Mais globalement, je gagne à peu près ce que je gagnais en banque. Vivre de ma passion, c'est ce qui compte le plus.

[21:30] Le quotidien d'une bibliothérapeute et influenceuse

[Marina Bourgeois] À quoi ressemblent tes journées, Maïté ?

[Maïté Defives] C'est assez routinier. Le matin, c'est l'administratif : compta, mails, factures. Ensuite, je passe à l'écriture pour le blog et ma newsletter sur Substack. En début d'après-midi, quand la luminosité est la meilleure, je crée le contenu visuel (photos, vidéos) près de mes fenêtres. En fin de journée, je retourne à l'écriture de mes chroniques.

[Maïté Defives] Je me déplace aussi beaucoup pour les salons littéraires. J'y ai deux casquettes : autrice pour dédicacer mon livre 100 livres qui changent la vie, et influenceuse pour communiquer sur l'événement. J'y anime aussi des ateliers de bibliothérapie.

[Marina Bourgeois] Justement, explique-nous ce qu'est la bibliothérapie.

[Maïté Defives] C'est « le soin par les livres ». Le concept a été lancé par une bibliothécaire durant la Première Guerre mondiale qui avait compris que la fiction pouvait apaiser les blessés. C'est de la prescription littéraire personnalisée. Si tu prêtes un livre à une collègue qui ne va pas bien, c'est de la bibliothérapie. Ce n'est pas du développement personnel, c'est utiliser le roman et la fiction pour réconforter. J'anime des ateliers autour de thématiques (le temps qui passe, la nature, le voyage) avec de la lecture à voix haute et de l'écriture. C'est un temps pour soi.

[27:00] Secrets de lecture et rentrée littéraire

[Marina Bourgeois] Combien de livres lis-tu par mois ?

[Maïté Defives] Environ une dizaine par mois. J'en suis à mon 110ème depuis le 1er janvier. Je fonctionne beaucoup à l'instinct pour les choisir. Je regarde La Grande Librairie et Augustin Trapnard me fait courir en librairie le lendemain ! Je ne lis jamais les résumés en quatrième de couverture, je marche au nom de l'auteur, à la couverture ou aux conseils de mes copines de club de lecture.

[Marina Bourgeois] On est en pleine rentrée littéraire. Quel est ton regard sur cette période ?

[Maïté Defives] C'est la plus grosse période, même s'il y en a une autre très forte en janvier. J'ai eu un coup de cœur pour le livre de Natacha Appanah qui est dans ma valise pour les vacances. J'ai malheureusement abandonné le livre de Rachid Benzine, je n'ai pas accroché. J'ai aussi environ 800 livres chez moi dans mon petit appartement lillois. Je suis une fétichiste de l'objet livre, je n'arrive pas à passer à la liseuse, sauf pour les voyages.

[32:45] Conclusion : Transformer les obstacles en force

[Marina Bourgeois] Quels sont tes projets pour la suite ?

[Maïté Defives] Je reste consciente que c'est fragile car je dépends des réseaux sociaux. J'essaie de moins en moins d'en dépendre pour pouvoir me reconvertir si ça s'écroule. J'ai un deuxième projet éditorial pour 2026 dont je ne peux pas encore parler. Le plus gros obstacle a été le Covid en 2020, juste au moment où je quittais la banque. Mais c'est devenu une force : ça m'a obligée à me filmer et à faire des lives, ce que je refusais avant. Finalement, les gens ont repris goût à la lecture durant cette période et 2020 a été ma meilleure année financière.

[Marina Bourgeois] Quel regard tes proches portent-ils sur ta reconversion ?

[Maïté Defives] On me dit que c'est courageux, mais c'est dans mon tempérament. J'ose beaucoup. Mes proches sont fiers, ma petite sœur m'a dit qu'elle était fière du travail fourni. Je me suis donné les moyens d'y arriver. Rien ne se perd, tout se transforme.

[Marina Bourgeois] Mille mercis Maïté d'avoir pris le temps de répondre à mes questions. À très bientôt.

[Maïté Defives] Merci Marina, c'était un grand plaisir.

Animé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.

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