Ménopause, carrière & RPS : comment accompagner au mieux vos collaboratrices dans cette période de vie ?

Podcast
Saison 4
Ep 104
28 min
Caroline Averty
Publié le
May 12, 2025
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À quoi s'attendre ?

Bienvenue dans cette nouvelle capsule RH, durant laquelle notre invitée du jour, Rochelle Chimenez (qui était déjà intervenue dans l'épisode 95) va nous expliquer comment, en tant qu’entreprise, tenir compte de l’impact de la ménopause sur la carrière des femmes.

Nous nous sommes croisées avec Rochelle lors d’une réunion professionnelle RH, et lorsqu’elle a présenté son travail sur le sujet, cela a fait réagir absolument tout le monde autour de la table. Y compris les hommes ! Trop peu d’informations sont encore disponibles sur le sujet, alors qu’une sensibilisation adéquate permettrait au plus grand nombre de femmes de vivre plus sereinement cette période particulière, y compris au travail.

Rochelle nous fait le grand plaisir de nous donner aujourd’hui un condensé d’informations et de conseils sur :

-       L’impact très concret de cette « 2ème adolescence » sur le travail des femmes, et les défis, souvent silencieux, auxquels elles font face dans cette période de vie (performances au travail, relations professionnelles…)

-       Les signaux auxquels prêter attention lorsqu’on est manager ou RH

-       Des conseils simples et pratique pour améliorer le bien-être des collaboratrices (quick wins !), parfois venus d’ailleurs !

Nous espérons que cet épisode sera pour vous apprenant et vous donnera des clés concrètes pour votre pratique RH quotidienne.

Bonne écoute !

Transcription

00:00 Introduction : la ménopause, un enjeu de carrière pour les femmes

[Caroline] Chers auditeurs, bienvenue dans le podcast Cheminement animé par l'équipe d'Oser Rêver sa Carrière. Je suis Caroline Averti, codirigeante du cabinet, et je vous propose régulièrement des capsules RH dédiées spécifiquement aux professionnels des ressources humaines ou de l'accompagnement. Elles donnent la parole à des personnes inspirantes de l'univers des RH pour vous apporter matière à réflexion et des idées concrètes. J'ai le plaisir d'aborder aujourd'hui un sujet qui nous tient particulièrement à cœur : comment, en tant qu'entreprise, tenir compte de l'impact de la ménopause sur la carrière des femmes ?. Nous nous sommes croisées avec mon invitée, Rochelle, lors d'une réunion professionnelle et son travail a fait réagir absolument tout le monde autour de la table. Je me suis dit qu'il fallait à tout prix l'inviter pour qu'elle partage ces informations plus qu'importantes. Rochelle va évoquer l'impact concret de cette période de vie qu'on appelle la « deuxième adolescence » sur le travail avec des chiffres très éloquents. Bonjour Rochelle. Merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation pour parler de ce sujet. Alors toi, tu es une spécialiste des RPS et de la QVCT, tu as fondé la société Pivot qui travaille spécifiquement avec les entreprises. Bienvenue.

[Rochelle] Merci Caroline et merci pour ton invitation. Effectivement, avec Pivot, on travaille sur comment la culture d'entreprise peut être un levier pour la performance, notamment par les valeurs et les comportements des managers et des salariés pour améliorer la qualité de vie au travail et la productivité.

[Caroline] C'est un sujet que j'ai découvert il y a peu lors d'une réunion ensemble. C'est cet impact de la ménopause et comment l'entreprise peut accompagner cette transition que toutes les femmes vont connaître un jour, et qui impacte non seulement les femmes mais aussi tout l'entourage, les conjoints, les collègues ou les managers. Pour commencer, peux-tu nous partager quelques chiffres globaux sur l'impact de la ménopause au travail ?.

02:15 Des chiffres surprenants : l'impact sur la rétention des talents

[Rochelle] Oui. D'abord, 94 % des femmes de 45 à 50 ans ont au moins un symptôme. Ensuite, 75 % des femmes ont des symptômes modérés à sévères. Enfin, 10 à 15 % des femmes ménopausées ont déjà quitté leur emploi ou abandonné leur carrière à cause de leurs symptômes.

[Caroline] Waouh ! Donc les chiffres sont très parlants. 94 % des femmes, cela concerne l'immense majorité d'entre nous. Rares sont les chanceuses qui échappent aux symptômes. Et tu disais que 75 % ont des symptômes modérés à sévères ; on ne parle donc pas de petits désagréments, mais de choses qui peuvent handicaper ou impacter fortement le quotidien au travail. Le troisième chiffre m'a vraiment frappée : un pourcentage non négligeable de femmes finit par quitter l'entreprise. Ce sont des talents, des gens formés et expérimentés qui finissent par jeter l'éponge en se disant que c'est trop compliqué et qu'elles ne peuvent plus gérer. Quel dommage !. C'est pour cela qu'il est important de donner des clés aux managers et aux RH. Quels sont les grands symptômes ou les défis concrets auxquels font face les femmes dans cette période ?.

04:30 Les défis au quotidien : du sommeil au brouillard mental

[Rochelle] Bon, tout le monde connaît les fameuses bouffées de chaleur qui peuvent avoir lieu de jour comme de nuit. Forcément, si on dort mal, on est fatiguée, plus irritable, on a des sautes d'humeur. Une femme sur cinq peut même souffrir de dépression. On constate aussi des difficultés de concentration, une mémoire moins performante et ce qu'on appelle le « brouillard mental ». Tout cela, couplé avec de l'anxiété et un stress exacerbé, rend la vie professionnelle plus difficile.

[Caroline] Cela vient complexifier tout ça. Ces symptômes concernent la majorité des femmes qui vivent cela en entreprise de manière très silencieuse car jusqu'à maintenant, ce n'est pas beaucoup partagé. Qu'est-ce qui fait qu'on en parle si peu aujourd'hui ?.

[Rochelle] Je pense que c'est un sujet tabou car c'est perçu comme relevant de la vie personnelle, comme si cela n'avait rien à voir avec le travail. Sauf qu'aujourd'hui, on parle beaucoup d'inclusivité et de qualité de vie au travail, et cela en fait partie. Les femmes ont peut-être peur d'aborder le sujet avec leur manager car elles craignent d'être perçues comme plus faibles ou de ne pas être à la hauteur. Mais si on gère bien les symptômes, une femme peut être tout aussi performante qu'un homme ou qu'avant. C'est une question de pédagogie et de soutien.

07:00 La « deuxième adolescence » et le poids du silence

[Caroline] On a aussi peur qu'on remette tout sur le dos des symptômes en disant : « elle est stressée, c'est la ménopause ». Pourtant, les femmes gèrent cela très bien au quotidien, même si ce n'est pas forcément visible pour l'organisation.

[Rochelle] C'est ça. Malheureusement, elles n'ont pas l'habitude d'en parler car elles ne savent pas où trouver les informations. La moitié d'entre elles n'en parlent pas à leur médecin, et encore moins à leur manager ou à leurs collègues. Pourtant, avec un peu de soutien entre paires, cela irait beaucoup mieux.

[Caroline] Tu disais que cette phase, c'est la « deuxième adolescence » pour les femmes. J'aime beaucoup le parallèle car on se souvient tous des sautes d'humeur grandiloquentes de l'adolescence. C'est la même chose mais en sens inverse.

[Rochelle] C'est ça. Au lieu d'une montée d'hormones, il y a une baisse des hormones, notamment des œstrogènes, qui joue sur l'humeur. C'est tout à fait normal. On peut faire des choses pour diminuer ces inconvénients.

[Caroline] Rappelle-nous la tranche d'âge concernée.

[Rochelle] On est concentré entre 45 et 50 ou 55 ans, mais la périménopause peut commencer dès la trentaine et durer après la ménopause. Chaque femme le vit de manière unique et les symptômes ne sont pas stables d'un jour à l'autre car les émotions suivent le déséquilibre hormonal.

09:15 Signaux d'alerte et risques psychosociaux (RPS)

[Caroline] Si vous voyez dans vos équipes une fatigue, une concentration moins présente ou une humeur changeante, ce sont des signaux auxquels prêter attention. Y a-t-il d'autres indicateurs ?.

[Rochelle] Oui, par exemple plus d'absences ou d'arrêts maladie de courte durée, plus de demandes de télétravail, des signes d'anxiété, une prise de poids ou une perte soudaine de confiance en soi. Cette période impacte la confiance en soi au quotidien. Quel lien fais-tu avec les RPS, ton cœur d'activité ?.

[Rochelle] Le premier élément est le stress chronique. Le stress aigu n'est pas dangereux, mais le stress chronique qui perdure des mois, le corps humain n'est pas fait pour ça. Cela peut mener au burnout. Il faut regarder la charge de travail et voir ce que l'on peut aménager. Ensuite, il y a les relations sociales. Si le soutien est bon, on vit mieux sa ménopause. Pourtant, 30 % des femmes ont entendu des commentaires ironiques du type : « on verra ça quand tu auras fini ta ménopause ». Cela n'incite pas à la vulnérabilité.

[Caroline] On traite cela comme une maladie alors que c'est juste une transition de santé. Ces femmes sont plus sensibles aux pics de cortisol, ce qui majore les risques.

11:30 Solutions et "Quick Wins" : l'exemple anglo-saxon

[Caroline] Tu proposes des ateliers en entreprise pour aider à mettre en place des solutions. Peux-tu nous donner quelques « quick wins » ?.

[Rochelle] Oui, permettre aux femmes de régler plus finement la température ou la ventilation, comme ouvrir une fenêtre. Avoir accès à un espace de repos frais et calme pour recharger les batteries après déjeuner. Les horaires flexibles et le télétravail aident aussi énormément. Sur le moyen terme, organiser des groupes de paires pour créer une sororité où l'on partage des astuces. Il ne faut pas dramatiser, mais créer des espaces de libération de la parole.

[Caroline] Comment cela se passe-t-il ailleurs ?.

[Rochelle] Dans les pays anglo-saxons, ils ont mis en place des horaires souples et des programmes d'assistance avec accès gratuit à des spécialistes. Vodafone a une politique mondiale sur le sujet et les retours sont très positifs ; les salariés sont fiers de cette culture de soutien.

13:30 Conclusion : chouchouter les talents expérimentés

[Caroline] Finalement, c'est de la création de culture. On perd trop de talents car on n'adresse pas le sujet. À cet âge, ces femmes ont une expertise, un savoir-faire et un recul précieux qu'il serait dommage de perdre. Chouchoutez vos salariés expérimentés.

[Rochelle] Il ne faut pas oublier de former les managers à détecter les symptômes de souffrance. Cela peut être une augmentation des arrêts maladie, une fatigue ou même le refus d'une promotion par doute de ses capacités.

[Caroline] Comment le manager peut-il adresser cela avec bienveillance ?.

[Rochelle] Il ne s'agit pas de critiquer mais de constater des changements et de proposer des ressources comme la médecine du travail ou un psychologue. L'idée est de soutenir la personne pour qu'elle s'épanouisse. C'est juste normal, c'est une question de santé.

[Caroline] D'où l'intérêt de faire intervenir des professionnels pour ouvrir la discussion. Merci beaucoup Rochelle pour ces informations précieuses.

[Rochelle] Merci à toi. À bientôt.

[Caroline] Voilà, c'est fini. Merci encore à Rochelle pour ses bons conseils. Si l'épisode vous a plu, mettez des petites étoiles sur votre plateforme préférée. À bientôt pour une nouvelle thématique. Belle journée.

Animé par
Caroline Averty
Forte de douze ans en ressources humaines, elle accompagne aujourd'hui les transitions professionnelles et le développement de carrière, en individuel comme en entreprise. Spécialisée en thérapie brève, elle est également co-animatrice du podcast Cheminement et co-auteure des livres Trouver Sa Voie et Accompagner les transitions professionnelles.