L'impact du syndrome de la bonne élève sur la carrière

Podcast
Saison 2
Ep 44
07 min
Marina Bourgeois
Publié le
September 20, 2023
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À quoi s'attendre ?

Le syndrome de la bonne élève prend souvent racine dès la plus tendre enfance : “sois sage, dis bonjour, dis merci” et s’ancre petit à petit à l’école, puis au collège et au lycée. “Travaille bien, sois sage à l’école, mange toute ton assiette à la cantine…”.

Ces injonctions (souvent parentales) sont évidemment naturelles et légitimes (apprentissage de la politesse, respect des autres et sens de l’effort…) de la part d’un univers familial ne souhaitant que votre bien et votre “réussite” dans la vie.

Elles deviennent toutefois problématiques lorsqu’elles deviennent un mode de communication unique ou qu’elles empêchent toute liberté d’action et d’initiative. Autrement dit lorsqu’elles deviennent trop rigoristes.

Ce manque de marge de manoeuvre personnelle peut effectivement s’avérer être un véritable frein à l’épanouissement personnel et professionnel de l’individu concerné. Engagé à ne pas faire de vagues, à ne pas contredire et donc ne pas s’exprimer, à ne jamais contrarier l’ordre établi, les enfants ainsi éduqués ont parfois tendance à s’effacer à l’âge adulte et à rester, dans tous les domaines de leur vie, l’éternel bon élève.

Ce syndrome entraîne une docilité et une sur-obéissance nuisibles lorsque l’on commence à se construire, notamment sur le plan professionnel.

A vouloir toujours bien faire, la bonne élève se montre excessivement perfectionniste et exigeante envers elle-même. Elle se fixe des objectifs (trop) ambitieux, voire inatteignables. En quête de perfection permanente, elle risque de se décevoir ou de ne jamais se satisfaire du travail fourni et du résultat produit. Invariablement insatisfaite, elle est souvent très critique envers elle-même et s’auto-juge en permanence.

Sa soumission exacerbée à toute forme d’autorité, qu’elle soit parentale, familiale, managériale ou autre limite son champ d’action et de pensée. Remettre l’autorité en question et s’exprimer en ce sens est compliqué, voire impossible. Il en résulte une frustration et une tension intérieure latentes. Une impossibilité de se construire et de se réaliser pleinement. Une grande difficulté à imposer ses idées, ses convictions ou ses choix. Plus préjudiciable, l’ouverture d’esprit pour son propre développement s’en trouve limitée : comment se trouver, savoir qui l’on est vraiment et ce que l’on veut lorsque l’on passe sa vie à vouloir faire plaisir ou attendre leur approbation ?

Bonne écoute !

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Marina Bourgeois

Transcription

00:00 Introduction : « J'ai toujours été la bonne élève »

[Marina] Chers auditeurs, ici Marina Bourgeois, dirigeante du cabinet Oser Rêver sa Carrière. Comme vous le savez, le podcast Cheminement, ce sont des interviews pour vous inspirer et des capsules pratiques pour vous permettre d'avancer sur des thèmes qui nous sont chers au cabinet et qui vous concernent : la carrière, ses transitions et ses accidents, le changement de vie, la souffrance au travail, l'épuisement professionnel, l'entrepreneuriat, le rebond et tout un tas d'autres sujets encore. Vous pourrez retrouver l'ensemble des références citées dans cette nouvelle capsule sur nos réseaux sociaux Facebook, LinkedIn, Instagram et TikTok. J'espère que cette capsule sera pour vous apprenante et aidante. Bonne écoute.

[Marina] « J'ai toujours été la bonne élève, celle qui ne dit jamais non, celle qui ne fait pas de vagues, celle qui ne fait pas de bruit, celle qui n'ose pas dire quand elle n'est pas contente ou quand elle est en désaccord. » Voilà, ça ce sont des termes qu'on entend souvent chez nos accompagnés et notamment les femmes.

01:00 Le Syndrome de la Bonne Élève : Une question d'éducation

[Marina] Alors, entendons-nous bien : on ne va pas parler du syndrome de la bonne élève en considérant que ça ne concerne que les femmes. On pourrait tout autant parler du syndrome du bon élève parce que les hommes sont concernés. Mais ceci dit — et ça ce n'est pas moi qui le dis, les sociologues et les psychologues s'accordent quasi tous à dire que le syndrome de la bonne élève concerne davantage les femmes que les hommes.

[Marina] Alors, pour des raisons — et je vais passer rapidement dessus — mais pour des raisons qui sont notamment liées à l'éducation différentielle qu'on peut recevoir quand on est petite fille ou petit garçon. Donc ça, c'est plutôt valable pour les générations d'avant, on espère que ça va changer. Les petites filles étant souvent celles à qui on dit : « Sois sage, ne fais pas de bruit, tu sais, il faut être obéissante, mange toute ton assiette, chut, il ne faut pas faire de bruit, etc. ». Et les petits garçons ? Les petits garçons auxquels on laisserait davantage de marge de manœuvre, de latitude pour s'affranchir de l'autorité, notamment l'autorité parentale.

02:15 L'ancrage des injonctions dès la petite enfance

[Marina] Ce sont bien les injonctions parentales ou éducatives — à l'école, les enseignants, en petite section, au collège, au lycée, etc. — toutes ces petites injonctions qui sont complètement banalisées qui font que ce syndrome de la bonne élève s'ancre en nous très jeune, donc dans la petite enfance. Les injonctions du type : « Mange toute ton assiette, travaille bien à l'école, ne fais pas de vagues, il ne faut pas créer de problème, etc. », a priori elles sont dictées par l'amour des parents qui ont envie qu'on réussisse, qui ont envie qu'on soit un enfant puis un adulte poli, etc. A priori, pas de souci.

[Marina] Sauf que qu'est-ce qui se passe quand ces injonctions ont été étouffantes, asphyxiantes, et puis que dès le plus jeune âge, on a ancré en nous le fait de ne jamais faire de vagues ? Eh bien, ça se ressent clairement à l'âge adulte et ça se ressent notamment en termes de carrière parce que ce syndrome, très clairement, il peut entraîner une sorte de docilité et une sur-obéissance qui est nuisible, voire même parfois toxique quand on se construit sur le plan professionnel comme sur le plan personnel.

03:30 Les manifestations concrètes dans la vie professionnelle

[Marina] Comment il se traduit très concrètement ? Eh bien quand on a été comme ça un peu muselée finalement dans la petite enfance ou même après et qu'on a été habituée à ne jamais faire de vagues : on n'ose jamais dire non. On ne va pas oser dire non aux collègues, aux managers qui nous surchargent. On a pris l'habitude de demander la validation pour quasiment tout ce qu'on fait, pour les choix que l'on fait, les petits choix comme les grands. On a du mal à choisir, on hésite tout le temps parce que, du fait de ne pas avoir pu s'exprimer et oser contredire et oser s'affirmer plus jeune, eh bien du coup, on n'ose pas non plus le faire à l'âge adulte.

[Marina] On a systématiquement besoin de la validation des tiers. On n'ose pas contredire lors d'un désaccord, que ce soit en entreprise ou dans la vie perso. On n'ose pas réclamer ce qui nous est dû, par exemple une augmentation. On a peur. On a peur que l'autre ne nous aime pas. On a peur du jugement, du regard de l'autre. On ne fait jamais de vagues. Donc là encore, on ne va pas oser dire son opinion, on ne va pas oser s'imposer en réunion.

04:45 La peur de déranger et le besoin d'approbation

[Marina] On ne va pas oser dire non à des horaires de travail qui sont par exemple complètement démentiels ou sacerdotaux. On n'ose pas déranger, on n'ose pas poser des questions quand on a un doute. Donc on est susceptible de faire des erreurs... ou alors à l'inverse, on va en poser plein parce qu'on n'est pas du tout sûre de soi. On peut développer une politesse exacerbée qui va énerver les autres parce qu'on a peur de déranger (on est tout le temps dans le « merci », le « sur-merci »).

[Marina] On va avoir peur de décevoir. On va craindre le jugement des autres. On va avoir peur de contrarier les gens. On va se sentir constamment évaluée, jugée par les autres, donc dans une espèce de surtension et de survigilance permanente. On va chercher l'approbation des autres. On va s'oublier soi pour davantage faire plaisir aux autres : c'est vraiment un oubli de soi. On va craindre le conflit, on va éviter les situations de conflit et puis du coup s'écraser peut-être un petit peu pour éviter tout litige, tout engueulade. On va attendre des permissions pour agir.

05:45 Risque de surchauffe : Le perfectionnisme et le Burnout

[Marina] Bref, vous voyez à quel point cette éducation qui peut aboutir au syndrome du bon élève ou de la bonne élève peut s'avérer hyper délétère, hyper toxique, hyper enfermante à l'âge adulte et notamment dans la vie professionnelle. Très concrètement, ça veut dire qu'on va être en permanence en sur-adaptation au travail pour ne pas faire de bruit, pour faire plaisir, pour faire bien, voire plus que bien. On ne va pas être dans le parfait, on va être dans le plus-que-parfait. On va être démontée ou hyper susceptible à la moindre remarque.

[Marina] Et le plus risqué dans tout ça, c'est le risque de surchauffe. Pourquoi ? Parce que quand on est comme ça atteinte ou affectée du syndrome de la bonne élève, eh bien on va être jusqu'au-boutiste. On va tout faire à la perfection, tout relire, tout revoir, vérifier vingt fois qu'il n'y a pas de coquille par exemple dans un dossier, on va checker un nombre de fois incalculable. Et du coup, qu'est-ce qui se passe ? C'est qu'on se surinvestit, on sur-travaille et surtout on s'épuise parce qu'une fois encore on est en sur-adaptation, en sur-effort quasi permanent et donc on vide les batteries.

06:30 Conclusion : Mettre en place des garde-fous

[Marina] Il est hyper important de bien savoir se reconnaître et être lucide, de se regarder dans le miroir pour savoir si on est ou non un peu comme ça. Parce que quand on est comme ça, eh bien c'est bien de mettre en place des garde-fous, des limites qui font qu'on n'arrivera pas à une trop grande fatigue, donc à une surchauffe et donc potentiellement à un burnout. Parce que oui, les personnes atteintes du syndrome de la bonne élève sont des personnes particulièrement exposées au risque d'épuisement. Donc, faites hyper gaffe.

[Marina] Voilà, c'est fini comme le dit la chanson. J'espère que vous vous sortez enrichis de cette capsule. Si vous êtes actuellement en questionnement (bilan de carrière, de compétences, outplacement, épuisement professionnel, reprise de poste, recherche d'emploi), n'hésitez pas à nous contacter. Nous accompagnons tous les jours des femmes et des hommes ressentant le besoin de faire bouger les lignes de leur vie. Mettez des petites étoiles si le format vous a plu sur Apple Podcast, Deezer ou Spotify. Merci de votre écoute, de votre soutien et à très vite pour une nouvelle thématique. Salut !

Animé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.