
Dans cet épisode de Cheminement, je reçois Florence Zeitoun.
Diamantaire passionnée, Florence est fascinée depuis l’enfance par les pierres précieuses, leur origine, leur histoire, leur mystère. Elle se forme à la gemmologie à Anvers, sans imaginer encore que cette passion deviendra, des années plus tard, le cœur de sa trajectoire.
Puis survient un accident de voiture. À son réveil, une évidence : « Je veux travailler dans les pierres ».
Elle change alors de cap et s’engage pleinement dans ce qui l’anime profondément. Après une expérience très formatrice chez Christie's, elle crée sa propre entreprise dans un univers encore largement masculin.
Mais Florence ne travaille pas seulement la matière. Passionnée de psychologie, elle lit dans le regard de la personne qui portera le bijou, puis imagine une pièce unique, fidèle à son histoire et à sa personnalité. Avec elle, le bijou cesse d’être un simple artifice : il devient l’emblème d’une beauté intérieure révélée.
Dans cet épisode, nous parlons - Florence et moi - de diamants, de design sur-mesure, de transformation de bijoux anciens, d’audace, de géologie, de saphirs, du Le Bon Marché, d’hôtellerie de luxe, d’authenticité… et de bijoux pour hommes.
Une conversation fine et lumineuse sur les chemins de vocation… et sur ce qui, parfois, nous appelle avec évidence.
Bonne écoute !
Podcast animé par Marina Bourgeois.
Avec les interventions ponctuelles et précieuses de Caroline Averty & Valérie Pouliquen.
[Marina Bourgeois] Je suis Marina Bourgeois, codirigeante du cabinet « Oser rêver sa carrière ». Dans cette rubrique, j'ai à cœur de vous faire découvrir des métiers racontés par des professionnels passionnés. Vous ne verrez pas les étincelles dans leurs yeux, mais vous allez vibrer au son de leur voix et partager leur enthousiasme. J'espère qu'en les écoutant, vous aurez envie d'en savoir plus sur leur métier et, pourquoi pas, de l'exercer avec autant de passion. Bonne écoute. Bonjour à tous. Mon invitée aujourd'hui est Florence Zeitoun, qui est diamantaire. C'est une femme très jolie qui porte des diamants sur elle, et nous allons parler aujourd'hui de diamants et de belles pierres précieuses. Florence, bonjour.
[Florence Zeitoun] Bonjour Marina.
[Marina Bourgeois] Merci d'avoir accepté mon invitation. Je vais commencer par te demander très simplement : qu'est-ce qu'un diamantaire exactement ?.
[Florence Zeitoun] Alors, un diamantaire est un professionnel du diamant, comme le nom l'explique, par opposition au gémologue. Un gémologue va être beaucoup plus dans la pierre au sens large, tout ce qui n'est pas le diamant justement, puisque le mot gémologue vient du grec gemma, la pierre. La gémologie est donc la science des pierres précieuses et semi-précieuses. Le diamantaire, lui, ne pratique que le diamant. C'est une science à part, une technique à part, que ce soit par sa cristallographie, sa géologie ou sa manière de le travailler, de le comprendre et de l'estimer. C'est pour cela que la gémologie, c'est tout sauf le diamant. Le diamantaire est purement centré sur le diamant et il ne connaît pas forcément les autres pierres.
[Marina Bourgeois] Toi, tu as fait les deux. Tu t'es intéressée à l'étude du diamant et des pierres précieuses. Sur le diamant précisément, en quoi consiste ton travail ?.
[Florence Zeitoun] Effectivement, mes premiers amours étaient les pierres de couleur. Je n'étais pas forcément attirée par le diamant car c'est une pierre blanche qui n'envoie pas de couleur et qui, selon moi, n'avait pas le charme d'une pierre colorée. J'ai d'abord fait des études de gémologie à Anvers. C'est après avoir travaillé chez Christie's que j'ai découvert que le diamant était une pierre magnifique et j'ai décidé de passer mon diplôme de diamantaire. Aujourd'hui, je vends du diamant et je vais détecter les plus belles pierres selon les besoins de mes clients ou expertiser des pierres d'exception qui se présentent à moi. Je cherche à trouver en elles ce qui fait leur critère de rareté.
[Marina Bourgeois] Justement, quels sont les critères d'appréciation pour expertiser ces diamants ?.
[Florence Zeitoun] Ce sont les fameux quatre « C » : Carat, Couleur, Clarity (la pureté) et Cut (la taille). La couleur correspond à la blancheur, avec une graduation allant de D jusqu'à Z. Le carat est l'unité de mesure du poids. Pour la petite anecdote, un carat est égal à 0,20 gramme. Le mot vient de la graine du caroubier, un arbre que l'on trouve au Sénégal. À l'époque, comme on n'avait pas de calculette, on se servait de ces graines car, quelle que soit la taille de l'arbre ou du fruit, chaque graine pèse exactement 0,20 gramme. C'est ainsi que la graine de caroubier est devenue l'unité de mesure universelle.
[Marina Bourgeois] Par contre, tu ne tailles pas les pierres toi-même, c'est un autre métier ?.
[Florence Zeitoun] Exactement. Dans l'univers des pierres, beaucoup d'acteurs participent à la concrétisation d'un bijou. Le diamant cristallise à 150 kilomètres de profondeur avec des pressions terrestres énormes. Il peut y avoir plein d'accidents de la nature : il peut naître blanc et arriver à la surface en diamant noir. Une fois extrait, le brut ne ressemble à rien. Il a une forme d'octaèdre, comme une toupie avec une écorce d'orange. Il n'est pas beau, il ne brille pas.
[Florence Zeitoun] Ce qui va rendre cette pierre magnifique, c'est la main de l'homme. C'est la taille qui va mettre en lumière la matière pour que les rayons lumineux brillent à l'intérieur. Le tailleur doit exploiter au mieux le brut pour avoir le moins de perte possible tout en transformant ce caillou en un diamant taillé exceptionnel qui brillera sur la main.
[Marina Bourgeois] Le diamant fait rêver, c'est le must de la bijouterie. Et toi, tu dessines aussi des bijoux à partir de ces pierres ?.
[Florence Zeitoun] Oui, car ce qui m'intéresse vraiment, c'est la géologie. Je suis passionnée par ce qui se passe sous nos pieds. Tout est accidentel mais miraculeux. Par exemple, un saphir est d'un bleu magnifique s'il a reçu le bon cocktail de fer, de titane, d'oxygène et d'aluminium. Si le sol est trop ferrifère, le bleu sera trop foncé. Chaque pierre a son destin. C'est vraiment la terre qui parle.
[Marina Bourgeois] En dehors du diamant, les pierres précieuses classiques sont le rubis, le saphir et l'émeraude.
[Florence Zeitoun] Oui, c'est une classification historique française. J'aime mettre en lumière ces destins sur des montures en créant mon propre style, entre l'ancien et le moderne. J'ai fait une thèse sur l'histoire du bijou et mon passage chez Christie's m'a beaucoup marquée. J'y ai vu des trésors avec des mains-d'œuvre ancestrales que l'on ne fait plus aujourd'hui. La mode éphémère ne m'intéresse pas ; ce qui m'importe, c'est l'authenticité, le charme et l'histoire que transpire un bijou.
[Marina Bourgeois] Tu as créé « Jewel to Face », un concept très particulier. Peux-tu nous en parler ?.
[Florence Zeitoun] « Jewel to Face », c'est le bijou qui vous ressemble. C'est un concept où je croise la psychologie à la joaillerie. Ayant un parcours dans la psychologie énergéticienne et comportementale, j'ai voulu lier mes deux passions. Je m'immerge dans la personne pour comprendre son intérieur, comme on étudie l'histoire géologique d'une pierre. Je pars d'une page blanche et, à travers un échange, je traduis ce que je ressens de son inconscient en bijou.
[Marina Bourgeois] Tu parles beaucoup du regard pour t'inspirer et faire un bijou qui va lui ressembler.
[Florence Zeitoun] Oui, le regard traduit tout ce que l'on n'ose pas dire. C'est le berceau des émotions, de nos peurs, de nos angoisses et de notre beauté. On ne peut pas se trahir à travers son regard. « Jewel to Face » capte cette richesse intérieure pour la matérialiser. Cela s'adresse aussi bien aux femmes qu'aux hommes.
[Marina Bourgeois] Justement, il y a des hommes qui portent des diamants et des pierres précieuses.
[Florence Zeitoun] Oui, tout à fait. En plus de « Jewel to Face », j'ai créé en 2015 une ligne pour hommes appelée « James Forman ». Je me suis concentrée sur le bracelet car la bague, à part l'alliance, c'est une victoire quand on réussit à leur faire porter. Avant la joaillerie, je travaillais dans le marketing pour l'hôtellerie de luxe, chez Hyatt.
[Florence Zeitoun] En 1997, j'avais fait une étude sur les spas et j'avais remarqué que l'homme allait se féminiser et s'occuper de lui de plus en plus. En France, l'homme était alors très dans la maîtrise de ses émotions, mais je savais que cela changerait. C'est ce fil rouge qui m'a conduite à créer James Forman. Je combine des cuirs raffinés (lézard orange) avec de l'or 18 carats et des diamants jaunes. Chaque bracelet raconte un univers.
[Marina Bourgeois] Tu as aussi un stand à Paris pour rencontrer tes clients ?.
[Florence Zeitoun] Le concept est rentré au Bon Marché, au troisième étage dans les salons particuliers pour les clients VIP. Je rencontre souvent des femmes qui ont divorcé, ou qui ont hérité de bijoux de famille qui ne sont plus adaptés à leur personnalité ou à la société actuelle. Elles veulent refondre ces pierres pour créer un bijou unique, car les boutiques traditionnelles sont souvent trop standardisées.
[Marina Bourgeois] Elles veulent porter leur famille sur elles, mais de façon esthétique.
[Florence Zeitoun] Exactement. Mon maître-mot est l'unicité. Si une pierre n'est pas parfaite, je vais raconter une histoire encore plus forte dans la monture pour que l'œil soit transporté ailleurs. Le but est de créer un talisman. Mes clientes s'identifient tellement au bijou qu'elles me disent souvent faire demi-tour le matin si elles l'ont oublié, car il leur porte chance. Je compare souvent la femme à une pierre : les accidents de la vie et les chagrins sont comme les inclusions, ils forgent le caractère et créent une force.
[Marina Bourgeois] Tu as aussi mis en place les soirées « Champagne Diamant ». Qu'est-ce que c'est exactement ?.
[Florence Zeitoun] J'adore organiser des événements. Un jour, une maison de champagne m'a demandé de créer un concept : mettre un vrai diamant dans une coupe de champagne parmi d'autres contenant du zirconium. C'est un concept ludique pour des galas d'entreprise ou des mariages qui permet de démystifier cet univers. Tout le monde compare sa pierre jusqu'à la révélation finale par mon expertise.
[Marina Bourgeois] Et quels sont tes outils pour vérifier tout cela ? C'est une sorte de lunette ?.
[Florence Zeitoun] C'est une loupe et une pince. La loupe est notre outil de base pour expertiser et déceler les imitations. Pour des analyses plus poussées, on peut envoyer la pierre en laboratoire à Anvers ou New York. Ils utilisent des scanners très performants qui vont dans la structure cristalline pour identifier la mine d'origine.
[Marina Bourgeois] D'où te vient cette passion ? Tu as une famille dans ce milieu ?.
[Florence Zeitoun] Pas du tout. Je viens d'une famille de scientifiques. J'ai fait une école de commerce et travaillé dans le marketing, mais je me sentais toujours comme une « brebis galeuse ». Le vrai tournant a été un grave accident de voiture où j'ai failli perdre la vie. Immobilisée pendant six mois, ce choc a complètement chamboulé mon existence.
[Florence Zeitoun] Quand j'ai pu remarcher, je me suis jurée de vivre pleinement et j'ai voulu changer de métier. À l'époque, dans les années 2000, la reconversion n'était pas courante. Pour moi, cet accident a été une naissance. J'ai utilisé mes économies prévues pour un appartement pour financer mes études à Anvers. Mon père m'a donné un conseil précieux : « Tu veux changer de métier, alors sois technique et fais une école ». Je suis devenue gémologue et diamantaire certifiée du HRD à Anvers.
[Marina Bourgeois] Aujourd'hui, tu vis de ta passion ?.
[Florence Zeitoun] Oui. Je ne suis plus du tout matérialiste depuis mon accident. Ma clientèle est presque amicale. Je refuse la barrière froide entre le client et le professionnel. Un homme m'a dit un jour : « Florence, vous faites des bijoux de dame ». C'est mon plus beau compliment car il a compris l'ADN de mon travail.
[Florence Zeitoun] Mon approche prend le contrepied du bijou ostentatoire : c'est l'intérieur de la personne qui embellit le bijou. Le plus enrichissant est de révéler la richesse de l'être humain. C'est là qu'est le vrai diamant.
[Marina Bourgeois] Merci Florence. On peut voir tes créations sur tes sites « Jewel to Face », sur « James Forman », ou sur ton compte Instagram Florence Z. Chers auditeurs, j'espère que cet épisode vous a plu. À très bientôt.