
Le jour où j'ai choisi ma nouvelle vie.
Cendrine était productrice et rédactrice en chef d'émissions TV (Pékin Express, Le dîner presque parfait, etc) lorsqu'à 36 ans, elle envoie tout paître. Son déclic ? La naissance de sa fille. Un tsunami qui l'oblige à reconsidérer ses priorités et son organisation de vie.
Comment tout conjuguer ? Comment réussir à s'épanouir aussi bien au travail qu'en devenant maman ? Doit-on choisir ? Cendrine s'est posée tout un tas de questions.
En dépit des injonctions répétées de son entourage et refusant de renoncer à vivre pleinement son rôle de maman et de sacrifier sa carrière, elle part alors en quête d'elle-même et en quête de sens. Sur le chemin, elle rencontre des centaines de femmes pour comprendre comment elles parviennent à conjuguer travail et vie privée. Le constat est sans appel : des milliers de femmes sont écartelées entre famille et travail sans parvenir à trouver une place qui leur convienne. L'ampleur de ce phénomène sociétal pousse Cendrine à bouleverser son existence en mettant en péril son couple, son indépendance financière et sa confiance en elle, pour se lancer dans l'entrepreneuriat et créer "L se réalisent".
Elle nous raconte les coulisses de son changement de v(o)ie et témoigne d'un parcours semé d'embûches, de doutes, de peurs, d'échecs, de remises en question mais aussi de fabuleuses rencontres, de sororité et de partages.
Bonne écoute !
Marina
[Marina] Bonjour à tous, ici Marina Bourgeois, fondatrice de Oser Rêver sa carrière. Je suis ravie de vous accueillir pour ce nouvel épisode. Comme vous le savez, le podcast Oser Rêver sa carrière, ce sont notamment des interviews d'hommes et de femmes au parcours de vie inspirant et qui, je l'espère, vous plairont et vous aideront dans vos questionnements de vie et de carrière. Très bonne écoute. Ex-productrice et rédactrice en chef d'émissions de télévision comme Pékin Express ou Le Dîner presque parfait, Cendrine Genty a décidé il y a 7 ans, elle avait alors 36 ans, de plaquer sa carrière à la télévision suite à la naissance de sa petite fille Lena et de se lancer dans l'aventure entrepreneuriale. Elle a créé la start-up média Elle se réalise et est l'autrice du livre Le jour où j'ai choisi ma nouvelle vie : en quête de sens, en quête de soi, dans lequel elle raconte son changement de voie et sa bascule de vie. Aujourd'hui, Cendrine a 43 ans, elle est multipreneuse, elle dirige toujours Elle se réalise et se lance dans de nouveaux projets avec sa boîte de production et de communication digitale. Hello Cendrine, merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation.
[Cendrine] Bonjour Marina, avec grand plaisir.
[Marina] Je suis contente de te retrouver. On se connaît depuis un bon moment maintenant. Tu m'avais interviewée il y a 3 ou 4 ans. On se suit sur les réseaux et je crois pouvoir dire, Cendrine, qu'on a trois points communs que sont l'entrepreneuriat, la sororité et un changement de vie professionnel puisque toi tu étais salariée à 36 ans, tu envoies tout paître, tu changes de vie. Qu'est-ce qui se passe dans ta tête à ce moment-là ? Pourquoi ce changement ?
[Cendrine] Ouh là là ! Effectivement, alors ce qui se passe dans ma tête à ce moment-là, c'est un peu un tsunami. J'étais, je venais de devenir maman. Alors, j'étais salariée mais avec le statut d'intermittente du spectacle. Ce qui fait que je pouvais passer de société de production télé en société de production. Je n'avais pas anticipé ce que j'allais vivre ensuite. Pour moi, j'écoutais ce qu'on me disait : « Tu vas pouvoir tout conjuguer, tout concilier, il n'y aura aucun problème. C'est juste une question d'organisation ». Donc je me suis fiée à ça. Ça me rassurait. Donc quand ma fille est née, j'ai fêté mes 36 ans 3 semaines après. Ça faisait 13 ou 14 ans que j'étais dans la vie active et je ne m'étais pas projetée en tant que maman.
[Cendrine] J'ai vraiment suivi ces mots bien rassurants. J'ai repris le chemin des sociétés de production une semaine avant la fin de mon congé maternité. En ayant trouvé une nounou pour mon petit nourrisson, parce qu'à ce moment-là, ils sont encore tout petits quand on les quitte. Je me suis dit : « Voilà, je suis organisée et c'est bon sur le papier ». J'ai tout. J'ai repris ma casquette de productrice, j'ai même eu une proposition pendant mon congé maternité. Mon mari a aussi son travail de producteur. Tout va pour le mieux. Et puis dans la réalité, quand la vie n'est pas sur le papier, je me suis très vite aperçue pendant les 15 premiers jours que je me mettais à beaucoup pleurer.
[Cendrine] Parce que tout simplement, j'étais bien organisée, certes, mais je payais une nounou du matin très tôt jusqu'au soir très tard puisque en télé on n'a pas vraiment d'horaires réguliers et ils sont assez costauds. Je partais le matin, mon tout petit bébé n'était pas réveillé. Je rentrais le soir, elle était déjà endormie. Passer des semaines comme ça avec une boule au ventre qui grandissait au fur et à mesure que les heures du week-end s'écoulaient... je me suis dit : « Mais qu'est-ce que je peux faire ? Je ne vais pas tenir ».
[Cendrine] J'ai attendu 36 ans pour avoir un enfant parce que toute ma première partie de carrière, je l'ai consacrée à me réaliser professionnellement. Mes parents enseignants nous ont toujours encouragées, ma sœur et moi, à nous réaliser comme des garçons, à penser à nous et à nous projeter. Donc, je n'avais rien anticipé point de vue maternité. En revanche, le jour où je suis devenue maman, je me suis retrouvée avec cette immense question qui m'a vraiment fracassée : « Quel est le sens de tout ça ? ».
[Cendrine] Si j'ai choisi d'avoir un enfant, c'est pour qu'elle soit là, mais pas pour ne lui donner aucune place à part une organisation qui consiste à payer quelqu'un du matin au soir pour s'en occuper à notre place. Ça m'a assommée. Quand j'ai commencé à en parler, on m'a dit : « Ah ben non Cendrine, tu ne vas pas réagir comme ça ». C'était il y a 8 ans, les choses ont évolué, mais à l'époque on m'a tout de suite renvoyée à ma place : « Tu es productrice d'émission télé, tu as un joli statut, le salaire qui va avec, la situation sociale. Tu ne vas pas nous faire un caca nerveux. Tu vas faire comme tout le monde, tu verras, tu seras contente dans 20 ans ».
[Marina] Ce fameux tiraillement des femmes. Ouais.
[Cendrine] C'était d'une violence terrible. On ne voulait pas m'entendre. Je n'arrivais même pas à mettre les mots. On me disait : « Tais-toi et fais comme tout le monde ». Mon papa m'a toujours dit depuis que je suis petite : « Si tout le monde saute du pont, est-ce que tu sautes aussi ? Ou est-ce que tu réfléchis à ce que tu as envie de faire vraiment ? ». Plus on me disait de faire comme tout le monde, plus ça me renvoyait à cette éducation où je me disais que si ça me rendait malheureuse, il fallait trouver une solution.
[Cendrine] On me disait : « Tu peux tout avoir puisque tu peux continuer ta carrière en t'organisant ». Mais je ne voulais pas arriver à 22h et me pencher au-dessus du berceau pour faire un bisou pendant qu'elle dormait. J'ai eu une image très forte quand j'ai rejoint une nouvelle équipe. Les producteurs m'ont dit : « On a recruté l'équipe pour toi, tu n'as plus qu'à les former ». Je les ai regardés et je me suis dit : « Mais les former à quoi ? Ils sont grands, adultes, vaccinés ». Et j'ai pensé à mon petit bébé. Ça faisait des années que je formais des gens, que je les accompagnais pour créer des émissions, et le seul petit être à qui je ne vais pas accorder ce temps, c'est mon propre enfant, en déléguant ça à une personne inconnue.
[Cendrine] Cette pensée m'est parue tellement hallucinante et vide de sens. On ne me proposait que deux solutions : ou tout avoir officiellement (ce qui veut dire ne pas avoir mon enfant en réalité), ou m'arrêter et devenir mère au foyer. Je n'avais aucun jugement négatif sur ces deux choix, mais je savais qu'aucun des deux ne me correspondrait. Je ne voulais pas avoir les yeux chargés de regret dans 20 ans en disant : « Je ne l'ai pas vue grandir ». Je voulais juste réussir à trouver un boulot où je puisse travailler et en même temps être celle qui allait emmener son enfant à l'école et participer à ces petits moments du quotidien.
[Marina] Tu le racontes très bien dans ton livre. On ressent d'abord ce brouillard, le poids des questions, et puis après la quête de solutions pratiques. Tu te cherches.
[Cendrine] C'est très juste. J'ai eu beaucoup de chance parce qu'il y a eu une rupture nette qui m'a propulsée dans la recherche de solutions au lieu de m'embourber dans le tambour de la machine à laver. Lors de la 3e semaine de garde, on a eu un souci avec la nourrice. J'ai quitté le travail en urgence un mercredi pour emmener ma fille chez le pédiatre qui m'a dit : « Il ne faut plus qu'elle soit gardée ». Là, c'est devenu très clair. Le problème était factuel. J'ai appelé mon mari : « C'est fini, il faut que je la garde ». À partir de ce jour-là, je n'ai plus remis un pied en société de production.
[Cendrine] C'était hyper net et absolument pas anticipé. Je l'ai payé plus tard sur le chemin entrepreneurial parce qu'il vaut mieux préparer les choses. Mais quand je me retrouve face à un vrai problème identifié, bim, toute l'énergie revient pour sortir des sables mouvants. Je n'avais plus aucun scrupule par rapport à ma carrière, au regard des autres ou à ma position sociale. Tout a volé en éclat. Mon seul focus était la santé psychique de mon enfant. Souvent, quand tu te préoccupes de quelqu'un d'autre, tu es bien meilleure que pour toi-même. Je suis devenue très pragmatique.
[Cendrine] La première étape a été de trouver une solution de garde qui me rassure : la crèche. C'était un parcours du combattant. J'ai rempli cet objectif en septembre. Entre-temps, je m'étais détachée de mon métier, ou plutôt d'un univers. Je me demandais : « Est-ce que ce que je fais me plaît encore ? ». En réalité, j'avais déjà ma réponse. Si j'avais laissé la place à un enfant, c'est qu'une part de moi commençait à s'ennuyer. Mes goûts à 36 ans n'étaient plus les mêmes qu'à 25 ans. Je restais obsédée par l'idée de trouver une troisième voie.
[Cendrine] Au téléphone, ma maman me dit : « Tu n'as qu'à chercher sur internet, on trouve tout sur internet ». J'ai levé les yeux au ciel : est-ce que je vais vraiment trouver ma nouvelle vie sur Google ? Mais comme j'ai une confiance immense en elle, j'ai commencé à taper des mots-clés : « nouvelle vie », « travail et famille », « équilibre », « flexibilité ». Et là, petit à petit, j'ai vu apparaître des mots comme « maman-entrepreneure », « mampreneure ».
[Cendrine] J'ai découvert ces réseaux et je crois que j'en ai pleuré de soulagement. En lisant leurs enjeux — continuer à travailler, à se réaliser, sans poser son cerveau de côté parce qu'on est maman — je me suis reconnue. Mon cœur, serré depuis des mois, s'est desserré. J'ai aussi découvert le réseau Maman travaille de Marlène Schiappa. Je me suis dit : « Wouah, il y en a d'autres ! ». En réalité, ma maman m'avait fait faire un procédé de coaching : elle m'a fait accoucher de ce qui était important pour moi à travers mes propres mots-clés.
[Marina] Justement, à ce moment-là, ton entourage professionnel, comment a-t-il réagi à ton départ ? Critiques ou compréhension ?
[Cendrine] Au début, quand j'expliquais que c'était pour ma petite fille, c'était plutôt attentionné. Mais en septembre, quand ils ont compris que je disais non à des propositions, il y a eu de l'incompréhension, de la déception et de la frustration. Quand tu dis non à une situation, les gens qui l'incarnent se sentent rejetés personnellement. Ce n'est pas le cas, mais c'est humain. C'est comme sur l'autoroute : quand tu sors pour prendre de l'essence, tu n'es plus au même rythme que ceux qui roulent à 130. On ne s'amuse pas à parler à ceux qui sont à l'arrêt.
[Cendrine] Je restais profondément seule devant mon ordinateur chaque jour. J'avais eu cette révélation : je voulais devenir entrepreneure pour être libre dans mon organisation. Quand je l'ai annoncé à mon mari, il m'a renvoyée dans les brancards : « C'est très bien, mais tu vas faire quoi concrètement ? Tu n'es pas du tout organisée, tu détestes l'administratif, tu n'ouvres même pas ton courrier ». Ce qui était vrai, je ne suis pas une gestionnaire de base.
[Cendrine] Ma grande problématique était : « Qu'est-ce que je vais faire de moi ? ». Je n'avais aucune notion de transfert de compétences. Pour moi, si on fait de la télé, on devient quoi quand on n'en fait plus ? J'ai commencé une enquête de proximité à la crèche. Je demandais aux papas et mamans qui venaient à 18h : « Et toi, tu fais quoi dans la vie ? ». Je rêvais d'avoir une révélation sur un métier qui permettrait ce rythme. Je n'ai pas trouvé mon métier à la crèche, mais j'ai découvert que pour beaucoup, cet équilibre comptait.
[Cendrine] Une amie m'envoie un mail sur un salon engagé pour la reconversion professionnelle des femmes à Bordeaux. On était en novembre, le salon avait lieu en mars. J'ai dit à mon mari : « Il faut que j'y aille ». J'ai fait monter mes parents pour garder le bébé. J'avais le cœur qui battait fort dans le train. J'avais l'impression de jouer ma vie. Je me mettais une pression énorme : « En deux jours, tu dois trouver tes réponses ». Gros challenge.
[Cendrine] Sur place, je me suis nourrie des témoignages. J'ai vu plein de femmes cadres dans la même quête de sens. Et le deuxième matin, j'ai assisté à une série de témoignages format TEDX sur le thème du temps. Le temps, c'est ce qui cristallisait toutes mes angoisses et mes espoirs. Je suis sortie bouleversée. La production était excellente, et là, j'ai eu une révélation : ça me replongeait dans l'essence de mon métier depuis 15 ans. Partager et raconter des histoires, les mettre en lumière. Je ne savais pas qu'on pouvait le faire en dehors de la télé.
[Cendrine] Pendant que je les écoutais, j'ai griffonné dans mon carnet : « elles se réalisent », puis « elle se réalise ». D'un seul coup, mes mains ont fait un « L » majuscule : « ELLE se réalise ». J'ai eu la chair de poule. Je me suis dit : « C'est ça ma nouvelle vie ». J'avais une vision à la fois extrêmement claire et totale, et en même temps floue parce que c'était tout à la fois. Comme je n'y connaissais rien à l'entrepreneuriat, j'ai perdu trois bonnes années à tâtonner, à expérimenter sans en connaître les codes.
[Cendrine] Aujourd'hui, 7 ans après, je vois des choses qui se font et qui faisaient partie de ma vision d'origine. Mais ce projet m'a coûté toutes mes économies, beaucoup de confiance en moi et a failli coûter mon couple. À la Chambre de Commerce, on nous avait dit : « Attention mesdames, il y a beaucoup de divorces chez les femmes entrepreneures ». Sur le coup, je n'ai pas voulu le croire, mais c'est violent.
[Cendrine] Il y a des divorces parce qu'on ne connaît rien et qu'on fait des erreurs. Quand les femmes se lancent, elles ont souvent déjà construit une vie sur un salaire et une régularité. D'un seul coup, tu n'as plus rien. C'est une vraie fracture. Au début, c'est excitant, mais au bout d'un an et demi, quand tu ne gagnes toujours pas d'argent, ton conjoint se demande ce que tu fais de tes journées. Tu essaies de raconter, mais s'il n'est pas là-dedans, il ne peut pas comprendre. Ça génère des crispations et des peurs qui déstabilisent l'écosystème familial.
[Marina] Tu t'es lancée avec tes économies ou Pôle Emploi ?
[Cendrine] C'est horrible. Quand j'ai démarré, je n'avais plus Pôle Emploi. Mes deux premières années ont vidé tous mes comptes épargne, mon assurance vie, ma retraite. Tout y est passé. Je me suis « auto-salariée » en piochant dans mon compte personnel pour subvenir aux frais de la famille. Un enfant, ça coûte cher. C'était invisible, mais c'était là. Je créais des événements, des contenus, mais personne ne les achetait encore. Mon conseiller me disait que c'était extraordinaire d'avoir réuni 1000 femmes, mais en réalité, c'étaient mes économies de productrice qui payaient le making-off, le site et les trois mois de boulot.
[Cendrine] Je me suis déconnectée au fur et à mesure de mon instinct. Je ne me faisais plus confiance. Comme je ne connaissais pas cet univers, je me disais que les autres savaient tous mieux que moi. Je me sentais totalement illégitime, alors que toute ma vie je m'étais construite dans des univers inconnus : la danse sport-étude, la télé sans réseau... instinctivement je savais que ma place s'y trouvait.
[Cendrine] Le syndrome de l'imposteur, j'en avais entendu parler au salon et je pensais en être protégée. En réalité, je me le suis pris de plein fouet. Je crois que c'est parce que, pour la première fois, je ne devais pas y arriver que pour moi. Il y avait un enfant au milieu. Je n'avais pas le droit d'échouer. Si j'échouais, je devais retourner trouver un travail et perdre cet équilibre. Je suis devenue ma pire ennemie par un trop grand besoin de bien faire.
[Cendrine] Liquider une société coûte plus cher que de la monter. Ça a été une rupture salvatrice au bout de 3 ans. C'était comme faire table rase de cette session d'apprentissage. J'ai dû passer devant un tribunal administratif composé d'entrepreneurs chevronnés. J'ai eu droit à une véritable bienveillance. Ils ont perçu la valeur de ce que j'avais créé avant que j'en aie conscience moi-même. Ils ont compris que j'avais travaillé, que j'avais les compétences, mais que j'étais tombée dans le grand bain sans mentor.
[Cendrine] Je suis sortie hyper heureuse d'avoir l'accord pour liquider. C'était un sésame pour un nouveau passeport de vie. Les juges m'ont dit : « Ce que vous avez fait est très bien. Ce n'était pas de la bonne manière, mais vous êtes capable de trouver la bonne ». Ça m'a permis de retrouver de l'estime de moi à travers le regard de chefs d'entreprise. J'étais un peu précurseure, et ce n'est pas toujours évident car les gens ne sont pas forcément prêts.
[Cendrine] Je n'étais plus personne socialement, plus d'économies, plus de retraite. J'ai décidé de retourner pointer chez Pôle Emploi. J'y suis allée stratégiquement sans rendez-vous, à l'ouverture, pour simplement pitcher ma situation. J'ai été reçue par une femme formidable qui m'a dit : « C'est surréaliste que vous soyez là ». Ils venaient de créer la formule Active Créa.
[Cendrine] C'était un accompagnement par des chefs d'entreprise pour des entrepreneurs. Ça m'a remis un pied dans la société, ça m'a fait un bien fou. Ma conseillère m'a dit : « Il faut vraiment que vous restiez entrepreneure, c'est votre voie, mais il faut partir différemment ». On est tombées d'accord sur un point crucial : ne pas recréer d'entreprise tant que je n'avais pas signé deux ou trois devis. Dans les deux mois qui ont suivi, j'avais mes trois devis signés et j'ai recréé ma société de production et de communication.
[ Marina] Et aujourd'hui, qu'est-ce que ça donne cette boîte ?
[Cendrine] C'est fantastique. C'est une société de production audiovisuelle, mais aussi de stratégie de communication digitale et de branding pour les marques et les entreprises. Je continue de nourrir Elle se réalise avec des contenus inspirants. Avec le Covid en 2020, on a perdu tout notre prévisionnel en un mois car la chaîne pour laquelle mon mari produisait a fermé et mes productions événementielles ont été annulées. On était tous les deux dans la même boîte, ce n'était pas facile.
[Cendrine] On s'est adaptés. Mon mari a développé un pôle formation sur la gestion de l'image à distance. De mon côté, j'accompagne des entrepreneurs dans leur stratégie de communication, que ce soit pour un lancement, un pivot ou pour propulser leur croissance. Je découvre des univers totalement différents : une start-up dans la santé, une franchise de services à la personne, un cabinet d'expertise comptable, une créatrice de jeux artisanaux. C'est d'une polyvalence splendide, je me régale.
[Marina] C'est fou, car tu as énormément douté de toi pour finalement accompagner des entrepreneurs dans leur propre développement.
[Cendrine] Tu as raison. Ma valeur ajoutée, c'est ma compréhension pleine de leurs besoins. Ce dont ils me parlent, je l'ai vécu. Quand ils me disent : « Tu es dans ma tête », c'est parce que j'ai vécu ces nuits avec le mal au ventre à me demander ce que j'allais devenir. Mes anciens conseillers me posaient des questions techniques, mais jamais : « Ça va toujours avec votre mari ? Comment vous faites avec vos économies ? ». Je propose une approche à 360 car tout fait partie d'un tout.
[Marina] Si c'était à refaire, qu'est-ce que tu ferais ?
[Cendrine] J'aurais envie de perdre un peu moins de sous, car c'est angoissant quand une crise débarque. Mais j'aurais surtout envie de me dire : « Cendrine, continue à te faire confiance ». Ne perds pas pied juste parce que tu viens de devenir maman. Reste en équipe avec toi-même. Sois ta meilleure amie et reste-le.
[Marina] Merci beaucoup Cendrine pour ce récit. L'entrepreneuriat n'est pas un long fleuve tranquille, il y a des montagnes, mais c'est aussi ce qui en fait tout son intérêt. À bientôt.
[Cendrine] Merci beaucoup Marina.
[Marina] L'épisode est terminé. J'espère que cette interview vous a plu. N'hésitez pas à la partager et à nous soutenir sur les réseaux sociaux. À très bientôt et surtout prenez soin de vous.