La ménopause est une période à risque en termes de dépression et de suicide chez la femme. Rochelle Chimenes

Podcast
Saison 3
Ep 95
53 min
Marina Bourgeois
Publié le
March 26, 2025
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À quoi s'attendre ?

Quel est l’impact de la ménopause sur la carrière des femmes ?

Rochelle Chimenez, notre invitée du jour, aborde avec générosité et beaucoup de clarté ce sujet important, pourtant encore trop laissé de côté à notre goût.

Rochelle explique, dans cet épisode, en quoi la ménopause est une véritable "seconde adolescence" pour nous les femmes.

Elle nous parle des symptômes, de leurs manifestations et de leur durée, mais surtout de l’impact potentiel de cette phase de vie sur la vie professionnelle des femmes. Et vous verrez que les chiffres, à ce propos, sont particulièrement éloquents...

Rochelle nous donne également vous des conseils pratico-pratiques pour mieux vivre cette période au travail, et en dehors.

Enfin, évidemment, ce podcast ne s’adresse pas uniquement aux femmes traversant la ménopause ! Il s’adresse à toutes les femmes, et aux hommes (aux conjoints, aux collègues, aux managers, aux amis…), qui ont aussi besoin d’informations sur le sujet pour comprendre, soutenir et - au besoin - s'adapter ;-).

Bonne écoute !

Transcription

00:00 Introduction : la ménopause, un enjeu de carrière invisible

[Caroline] Chers auditeurs, bienvenue dans le podcast Cheminement animé par l'équipe d'Oser rêver sa carrière. Je suis Caroline Averti, codirigeante du cabinet et j'ai le grand plaisir de recevoir aujourd'hui à mon micro Rochelle Jiménez qui va nous parler de l'impact de la ménopause sur la carrière des femmes. C'est un sujet qui est encore trop laissé de côté à notre goût. Rochelle va nous expliquer pourquoi la ménopause est une véritable deuxième adolescence pour nous les femmes. On va y aborder ensemble la différence entre périménopause et ménopause. Rochelle va également revenir sur les principaux symptômes qui peuvent se manifester durant cette période, mais surtout elle va nous expliquer comment cette phase de vie vient potentiellement impacter la carrière des femmes. Et vous verrez qu'à ce propos, les chiffres sont très éloquents. Évidemment, Rochelle va vous donner des conseils pour mieux vivre cette seconde adolescence au travail avec des tips très pratico-pratiques. Et enfin, dernier point très important, ce podcast ne s'adresse bien sûr pas uniquement aux femmes traversant la ménopause. Il s'adresse à toutes les femmes et aux hommes, aux conjoints, aux collègues, aux managers qui eux aussi ont besoin d'information sur le sujet. Bonjour Rochelle. Merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation pour parler à ce micro de l'impact de la ménopause sur la carrière des femmes. Alors toi Rochelle, tu es une spécialiste des RPS, de la qualité de vie au travail. Tu as fondé une société qui s'appelle Pivot et qui travaille justement sur ces sujets avec les entreprises et j'ai vu que tu étais aussi fondatrice du Paris Détox Club. Première question pour toi, comment est-ce que tu en es venue à t'intéresser plus spécifiquement à ce sujet de l'impact de la ménopause dans le travail des femmes ?

[Rochelle] Bonjour Caroline et merci pour ton invitation. Je suis ravie d'être là avec toi pour parler d'un sujet qui touche quand même la moitié de la population et même tout le monde qui les entoure. Je suis arrivée à ce sujet parce que quand j'ai lancé le Paris Club, j'étais coach de santé holistique. Évidemment j'étais plus jeune, je n'étais pas encore en périménopause mais je donnais des conseils, j'accompagnais des femmes sur toutes les questions liées à l'hygiène de vie et en particulier à la nutrition. Et plus tard, j'ai commencé à avoir des symptômes de ménopause, mais je ne me rendais pas compte que c'était forcément lié à cela. Je pensais que j'étais trop jeune, j'avais 45 ou 47 ans et je me suis dit que comme j'avais encore mes règles, je ne pouvais pas avoir ces soucis-là. Mon médecin généraliste m'a dit que c'était la périménopause, que c'était normal et qu'il ne fallait pas s'inquiéter. Sauf qu'au bout d'un moment, ça devient gênant si on n'arrive pas à gérer les symptômes. J'avais pas eu d'informations sur le sujet par d'autres médias ou par des connaissances et je me suis rendu compte au fur et à mesure que mes clientes en coaching santé aussi avaient des symptômes et n'avaient pas de conseils ni de solution.

07:30 Le concept de deuxième adolescence et le tabou universel

[Caroline] Donc c'est d'abord à travers ton histoire personnelle que ça a résonné et puis tu t'es aperçue que c'était assez universel finalement autour de toi. Tu as dit un truc très chouette en intro : ça concerne une personne sur deux évidemment et plus parce qu'en réalité il n'y a pas que nous les femmes qui sommes concernées. Il y a évidemment nos conjoints, nos managers, nos collègues qui sont pour certains des hommes et qui sont aussi touchés par le sujet.

[Rochelle] Oui, c'est ça. Et une fois qu'on peut se renseigner, être conseillé et même juste partager des informations sur le sujet, on peut mieux vivre cette transition.

[Caroline] C'est notre mission à toutes les deux aujourd'hui : partager un maximum d'informations pour que toutes les personnes concernées puissent prendre la mesure de cette deuxième adolescence. Alors, j'avais jamais entendu ce terme et pourtant tout de suite, il m'a paru comme une évidence parce que tu disais que c'est un bouleversement hormonal comme celui qu'on connaît à l'adolescence mais qui est assez invisibilisé. Pourquoi la ménopause c'est une deuxième adolescence ?

[Rochelle] Et bien c'est un passage vers une nouvelle étape de la vie où il y a des fluctuations hormonales mais dans le sens inverse de la puberté. Au lieu d'une augmentation, on a une baisse des œstrogènes. C'est aussi une période de vulnérabilité face au regard des autres à cause de tous ces changements dans le corps et dans les émotions. On peut avoir un peu de mal parfois à comprendre et accepter ces changements, que ce soit au niveau de la peau, des cheveux, de la silhouette ou de l'humeur changeante. Il y a des questionnements de soi, de son identité. Tout cela c'est comme l'adolescence : on peut remettre en question tout ce que on a vécu depuis 30 ans et chercher des réponses.

[Caroline] On se souvient tous de l'adolescence, des changements corporels où d'un seul coup le corps qu'on connaissait évolue à vitesse grand V. Il y a ces bouleversements corporels et puis le côté émotionnel qui est très fort. Je trouve que ça permet de tout de suite mieux comprendre ce que peut être la ménopause pour une femme. On entend parler de ménopause, de périménopause ou de préménopause. C'est quoi la différence exacte entre les deux ?

14:00 Différence entre périménopause et ménopause

[Rochelle] Il s'agit d'une période qui peut durer pendant 10 ans, d'habitude entre 45 et 55 ans, mais les symptômes peuvent commencer dès la trentaine parce que chaque femme est individuelle. Les symptômes peuvent commencer même 8 ans avant d'être ménopausée et peuvent durer même après. La différence, c'est qu'au fur et à mesure de la périménopause, le cycle devient de moins en moins régulier. Une fois qu'on a passé 12 mois sans avoir ses règles, on est officiellement ménopausée.

[Caroline] Donc c'est tout un passage, une transition qui va s'étaler sur plusieurs années. Dans l'inconscient collectif, on peut avoir l'idée que c'est un moment donné, qu'il y a l'avant et l'après, alors qu'en fait on est sur une transition. C'est un peu comme la préadolescence et l'adolescence. Quand on a préparé le podcast avec Marina, mon associée, on s'est posé cette question de savoir s'il y avait des tests pour confirmer ou savoir si on est en ménopause ou en périménopause.

[Rochelle] Je pense que l'essentiel c'est d'en parler avec son médecin parce que c'est vraiment en fonction de l'examen clinique que l'on peut identifier où on se trouve. Il peut y avoir des tests pour faire un bilan hormonal, mais ce n'est pas toujours aussi fidèle que l'examen clinique et les déclarations de la patiente.

[Caroline] C'est vraiment la symptomatologie et l'examen clinique qui va déterminer si on a entamé cette deuxième adolescence. C'est quoi les signes et symptômes les plus courants qui vont nous faire dire "Bon bah, ça y est, j'y suis" ?

22:00 Les symptômes : au-delà des bouffées de chaleur

[Rochelle] D'abord, il faut savoir que 94 % des femmes de 45 à 50 ans ont au moins un symptôme. 75 % ont des symptômes modérés à sévères. Cela veut dire que presque toutes les femmes sont concernées. 85 % des femmes souffrent de bouffées de chaleur, ce qui entraîne des sueurs nocturnes et donc un sommeil vraiment perturbé, ce qui entraîne une fatigue dans la journée. Il peut y avoir aussi des douleurs articulaires, la prise de poids surtout au niveau de l'abdomen et une humeur changeante avec de l'irritabilité ou une humeur dépressive. Il y en a une quarantaine au total.

[Caroline] Waouh ! Où est-ce qu'on peut les trouver ?

[Rochelle] Ça se trouve très facilement en ligne, sur des sites médicaux ou scientifiques. Mes références sont plutôt américaines parce que je suis américaine mais on pourra en mettre dans les notes du podcast.

[Caroline] Le chiffre est frappant : la plupart des femmes vont connaître des symptômes modérés à sévères. Le ressenti est très présent dans le quotidien alors qu'on n'en parle pas. C'est vécu de manière très solitaire. On a tous l'image des bouffées de chaleur, mais ce qu'on ne sait pas toujours, c'est que ça arrive beaucoup la nuit, donc le sommeil est de mauvaise qualité et cela crée de la fatigue. L'impact professionnel se voit tout de suite. Tu parlais aussi des douleurs articulaires dues à la baisse des œstrogènes et du collagène.

[Rochelle] Oui, avec la baisse des œstrogènes et du collagène, ainsi que l'usure normale, on doit adapter ses mouvements et son activité physique.

[Caroline] Donc des douleurs dans les articulations, les épaules, les genoux, le dos ?

[Rochelle] Oui, tout à fait.

31:00 L'impact sur la vie au travail et la santé mentale

[Caroline] Certes, il y a les sujets physiques, mais il y a avant tout la dimension psychologique et de santé mentale.

[Rochelle] Oui, parce qu'il faut arriver à accepter ce nouveau corps et le regard des autres. C'est redéfinir sa place dans la société malgré le brouillard mental qui peut affecter la concentration et la productivité. Les femmes qui sont frustrées et se demandent pourquoi elles ne sont plus aussi performantes qu'avant ne savent peut-être pas que c'est lié à ces changements hormonaux.

[Caroline] Tu disais que plusieurs personnes avaient témoigné avoir traversé une phase dépressive à ce moment-là.

[Rochelle] Oui, la fourchette d'âge où il y a le plus de dépressions et de suicides chez les femmes, c'est justement entre 45 et 50 ans. Les hormones jouent beaucoup sur notre santé mentale. La moitié des femmes n'en parlent même pas à leur médecin et souffrent en silence. Souvent c'est balayé par un "c'est normal", mais si ça dure 10 ans, il faut trouver des stratégies.

[Caroline] Cela peut être très handicapant. Quelles sont les répercussions concrètes au travail ?

[Rochelle] Diminution de la patience, irritabilité, ce qui impacte les relations d'équipe. La fatigue physique et mentale diminue la productivité et génère la crainte de ne plus être à la hauteur, ce qui pousse certaines femmes à refuser des promotions.

[Caroline] C'est de l'autocensure. Les bouffées de chaleur arrivent aussi en journée.

[Rochelle] Oui, on peut avoir l'impression de brûler depuis l'intérieur en pleine réunion. C'est dommage car ça donne aux femmes l'impression d'être plus faibles alors que c'est juste une question de santé. 45-55 ans, c'est pourtant là où les femmes ont le plus de chances d'accéder aux postes avec le plus de responsabilités. Il y a même des femmes qui finissent par quitter la vie active.

[Rochelle] Entre 10 et 15 % des femmes quittent la vie active à cause de leurs symptômes. C'est une perte d'expertise immense pour les entreprises.

38:30 Stratégies d'adaptation : sport et nutrition

[Caroline] Quelles sont les stratégies d'adaptation concrètes pour aller mieux ?

[Rochelle] Au niveau individuel, il faut revoir son hygiène de vie : routines de sommeil, sport à intensité adaptée, alimentation et surtout gestion du stress. Le soutien social est vital.

[Caroline] Comme le concept japonais de l'Ikigai, être en lien avec les autres favorise la longévité.

[Rochelle] Oui, car une fois qu'on ouvre la porte, les femmes ont vraiment envie d'échanger sur le sujet. C'est tabou parce qu'on n'aime pas penser au vieillissement des femmes. Concernant le sport, il faut qu'il soit régulier, intense mais de moins longue durée. Inutile d'aller courir 1 heure car ça génère trop de cortisol et stresse les articulations.

[Caroline] Et pour la musculation ?

[Rochelle] Il faut soulever des poids pour préserver la masse musculaire qui diminue avec la baisse des œstrogènes. Ce qu'on n'utilise pas, le corps le détruit. C'est le moment de reprendre le sport, progressivement, en variant cardio et musculation.

[Caroline] Et côté nutrition ?

[Rochelle] Manger beaucoup de protéines, au moins 100g par jour. Éviter les sucres raffinés qui provoquent des pics suivis de fatigue et favorisent l'inflammation. Pareil pour la caféine : boire du café à longueur de journée entraîne une augmentation du cortisol qui nous maintient en alerte rouge et en surchauffe.

46:00 Aménagements en entreprise et ateliers

[Caroline] En entreprise, que peut-on demander ?

[Rochelle] Demander des pauses plus souvent pour discuter entre paires, des horaires plus flexibles ou du télétravail pour gérer les bouffées de chaleur et la fatigue. Faire une micro-sieste de 15 ou 20 minutes après le déjeuner est une excellente stratégie pour recharger les batteries.

[Caroline] Libérer la parole vis-à-vis du manager est essentiel, même si c'est intime.

[Rochelle] Oui, un manager attentif remarquera les absences ou l'anxiété. Il vaut mieux expliquer honnêtement qu'on a quelques symptômes et qu'on souhaite des aménagements pour rester productive. Les entreprises peuvent permettre d'adapter la température et la ventilation, ou donner accès à des informations et des professionnels de santé. J'anime d'ailleurs des ateliers "Mieux vivre la ménopause au travail" pour démêler le vrai du faux sur les changements hormonaux.

[Caroline] Tu parles de se soutenir. Le partage d'expérience est crucial.

[Rochelle] Absolument. Par exemple, moi ça m'a changé la vie de prendre des draps en laine car ça aide à réguler la température du corps et je dors beaucoup mieux. On peut aussi couper le chauffage dans la chambre ou utiliser plusieurs couches de couvertures pour pouvoir en enlever facilement. Il faut éviter de dîner tard, limiter les féculents, le sucre et l'alcool le soir car ça fait chauffer le corps la nuit.

52:00 Conclusion : une période de réalisation de soi

[Caroline] Ce n'est pas un long fleuve tranquille, les symptômes sont variables. S'il le faut, il existe des options médicales avec des hormones de synthèse ou bio-identiques. Pourquoi se compliquer la vie si on peut se la faciliter ? Mais cette période a aussi des avantages.

[Rochelle] À 50 ans, on se rend compte qu'il nous reste la moitié de la vie à vivre et on veut en profiter pleinement. On se soucie moins du regard des autres, on se reconcentre sur l'essentiel et on est vraiment nous-même. C'est une période libératrice des injonctions.

[Caroline] C'est le moment idéal pour faire une reconversion.

[Rochelle] Oui, on n'a plus rien à prouver à personne. C'est le moment de faire des choix épanouissants pour le reste de sa vie active.

[Caroline] Merci beaucoup Rochelle pour tout ce partage riche et déculpabilisant. J'espère que de nombreux hommes et femmes écouteront ce podcast pour mieux comprendre le sujet.

[Rochelle] Merci Caroline, à bientôt.

Animé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.