
La créativité au service de notre développement pro et perso !
Retrouver du sens, mieux faire cohabiter vie professionnelle et vie personnelle, avoir davantage de flexibilité organisationnelle… tels sont les leitmotivs traditionnels des
personnes en plein questionnement toquant à notre porte… Un autre motif devient récurrent depuis quelques mois : pouvoir exprimer sa créativité au travail ?
Pourquoi ce besoin émerge-t-il en pleine pandémie ? Qu’est-ce que veut dire
exactement « exprimer sa créativité au travail » ? Est-ce créer sa propre activité par exemple en entreprenant ? Est-ce refaçonner son poste pour le faire correspondre à nos besoins et aspirations, ce que l’on appelle dans notre jargon le « job crafting » ?
Et, plus largement, qu’est-ce que la créativité ? Pourquoi et comment la faire émerger ?
Pour répondre à toutes ces questions, j’ai eu le plaisir de recevoir Valérie Bogaert, co-dirigeante de la société ArtForMe et co-autrice du livre « Libérer sa créativité » paru, en même temps que le nôtre, aux éditions Vuibert.
Dans cet épisode, nous parlons complexe de l'artiste, créativité manuelle, créativité intellectuelle, écriture, art, créativité en entreprise, agilité, choix de carrière, brainstorming, recrutement et... bullet journal ;-).
Bonne écoute !
Marina Bourgeois
[Marina] Bonjour à tous, ici Marina Bourgeois, fondatrice de Oser Rêver sa carrière. Je suis ravie de vous accueillir pour ce nouvel épisode. Comme vous le savez, le podcast Oser Rêver sa carrière, ce sont notamment des interviews d'hommes et de femmes au parcours de vie inspirant et qui je l'espère vous plairont et vous aideront dans vos questionnements de vie et de carrière. Très bonne écoute.
[Marina] Retrouver du sens, mieux faire cohabiter vie professionnelle et vie personnelle. Avoir davantage de flexibilité organisationnelle. Tels sont les leitmotivs traditionnels des personnes en plein questionnement qui toquent à notre porte. Un autre motif devient récurrent depuis à peu près 2 ans : pouvoir exprimer sa créativité au travail.
[Marina] Alors, pourquoi ce besoin émerge-t-il en pleine pandémie ? Qu'est-ce que ça veut dire exactement exprimer sa créativité au travail ? Est-ce créer sa propre activité par exemple en entreprenant ? Est-ce refaçonner son poste pour le faire correspondre à nos besoins et aspirations, ce qu'on appelle dans notre jargon le job crafting ? Et plus largement, qu'est-ce que la créativité et comment la faire émerger ? Pour répondre à toutes ces questions, j'ai le plaisir de recevoir aujourd'hui à mon micro Valérie Bogaert qui est codirigeante de la société Artformie et co-autrice du livre Libérer sa créativité paru en même temps que le nôtre aux éditions Eyrolles. Hello Valérie, merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation.
[Valérie] Salut Marina. Ben c'est moi qui te remercie de cette invitation. Je suis ravie d'être là et de parler de créativité.
[Marina] Et bien écoute, on va démarrer. Comme je le disais en introduction, comme je disais aux auditeurs Valérie, toutes les deux on est sœurs de collection puisqu'on a sorti un livre avec nos coautrices — donc Caroline Averty pour moi et Carole Césaro pour toi — en octobre dernier aux éditions Eyrolles. Le nôtre s'appelle Trouver sa voix, le tien s'appelle Libérer sa créativité. Alors j'ai envie de parler d'abord de ta créativité Valérie et du coup je te demande de te présenter par ce prisme-là peut-être.
[Valérie] OK. Ça marche. Et en fait, c'est vrai qu'on m'a rarement posé la question alors que je m'attendais vraiment à parler pas mal de moi en fait, de ce cheminement. J'ai je pense ce qu'on appelle un profil assez atypique, c'est-à-dire que j'ai commencé par faire une école de commerce et j'ai travaillé dans de très grandes entreprises en tant que contrôleur de gestion. Euh donc tu vois qu'on a fait quand même du chemin pour réussir à écrire un livre sur la créativité.
[Valérie] De contrôleur de gestion, je suis passée en service marketing. Euh puis j'ai eu l'opportunité, soyons franche aussi, de partir vivre à l'étranger où j'ai suivi mon conjoint. On est parti au Mexique avec les enfants sous le bras. Euh voilà, j'avais à peu près 35 ans et ça a été vraiment l'occasion de me réinventer complètement parce que je me suis retrouvée à Mexico City ne parlant pas un mot d'espagnol — bien sûr, en bonne élève, j'avais fait allemand première langue.
[Valérie] Et en fait c'était une super chance d'avoir du temps, de se dire bah voilà, qu'est-ce qui m'inspire, qu'est-ce qui m'appelle ? Et j'ai vraiment écouté ma petite voix intérieure qui m'a dit très clairement : « Ton truc, c'est l'art ». Je le savais déjà hein, de toute façon quand j'en ai reparlé à des amis, elles m'ont dit : « Mais tu es marrante parce que plus jeune, on courait les musées ensemble ». Euh donc voilà, rien n'est arrivé vraiment par hasard.
[Valérie] Je me suis formée donc à la pratique artistique avec la peinture, la photographie et cetera et on va dire qu'un nouveau chemin s'est ouvert pour moi. Donc pendant quelques années, j'ai beaucoup exploré cette pratique-là pour moi-même en fait, pour m'épanouir et puis pour sentir aussi que je montais en compétence sur ce domaine-là. Et à un moment donné, je me suis dit : « Ça y est, là je suis prête à partager ça aussi aux autres ».
[Valérie] Et à montrer au monde — enfin d'une certaine façon, c'est peut-être un peu ambitieux ce que je dis — montrer à d'autres personnes qu'il est possible de changer, de se transformer, qu'il y a plein de chemins dans une vie et que voilà, on peut passer du contrôle de gestion à artiste. Et finalement, c'est comme ça que j'ai rencontré aussi Carole Césareo quand, après le Mexique, j'ai vécu aux États-Unis.
[Valérie] Elle vivait aussi aux États-Unis et en fait, on s'est lancé sur des projets photo au début ensemble. On a monté un collectif photo et on voulait partager ces photos et on s'est dit qu'il y a vraiment quelque chose à faire. On n'avait pas envie de revenir en France en tant que salariée mais on avait envie d'être plutôt de l'autre côté, du côté de l'entrepreneuriat pour aider les uns les autres à finalement révéler leur propre potentiel comme on avait pu le faire chacune à titre personnel.
[Marina] Et est-ce que dans cette rencontre — je crois que c'était à Détroit votre rencontre — est-ce que vous avez eu le sentiment, en tous les cas rétrospectivement est-ce que toi tu as eu le sentiment que c'était plus facile d'opérer ce cheminement aux États-Unis qu'en France par rapport à la notion de créativité ? Est-ce que tu vois une différence en terme de culture ?
[Valérie] Ah ben c'est évident ça. C'est clairement ça. Ça ne veut pas dire que c'est pas possible si tu es en France, attention, mais moi le fait de me retrouver à l'étranger, j'étais dans une posture complètement différente. Euh, il n'y avait pas d'attendu, c'est-à-dire que j'arrivais un peu vierge de toute étiquette. On ne m'avait pas mis une étiquette et cetera. Donc, je me suis présentée comme French artiste.
[Valérie] Et aux États-Unis l'échec n'en est pas un. C'est tout à fait normal d'essayer. Enfin, on est vraiment dans cette logique. Et de toute façon, c'est aussi ce qu'on essaie de prôner nous et c'est aussi pour ça qu'on a écrit ce livre en grande partie, le côté test and learn en disant : « Bah faites des essais, si vous échouez, c'est pas grave parce que finalement vous aurez appris vous-même en chemin et puis vous pourrez réajuster ».
[Valérie] Mais en tout cas vous êtes dans l'action et vous essayez de concrétiser vos rêves. Déjà au Mexique il y avait un changement culturel qui s'était opéré pour moi et j'ai osé entrouvrir une porte que j'aurais peut-être pas entrouvert si j'étais restée en France. Le fait de rencontrer des gens qui sont très optimistes, très enthousiastes, bah ça donne un sacré coup de boost.
[Marina] Ça stimule, ça crée de l'émulation et j'imagine en tous les cas que ça profite à l'imagination.
[Valérie] Tout à fait. Mais c'est-à-dire que tout d'un coup, tu as un peu la baguette magique et tu te mets à rêver. Tu te mets à rêver : « Tiens, bah pourquoi on ferait pas si ? Pourquoi je ferai pas ça ? ». Euh et puis j'ai testé et puis il y a plein de trucs qui ont marché en fait. Une fois que tu commences à t'habituer à réfléchir et à acter un peu différemment, bien sûr que le lieu n'a plus vraiment d'importance. C'est un peu le déclic d'avoir déjà osé une première fois.
[Marina] Là tu prêches une convaincue. En plus tu as employé trois mots sur lesquels on va revenir : oser, rêver et tester qui sont pour nous des mots phares. Il y a beaucoup d'idées reçues sur la créativité. Moi, j'ai une première carrière dans le domaine juridique pendant 13 ans. Priori sur le papier, je n'étais pas une femme extrêmement créative. Pour moi la créativité c'était l'apanage des artistes, du peintre, du sculpteur.
[Marina] Et en te rencontrant, en lisant le livre, en échangeant avec toi et en participant à tes ateliers, je me suis rendu compte que non, finalement la créativité c'est quelque chose qui est beaucoup plus large. Dans ma propre reconversion, j'ai créé le cabinet et à partir de là s'est ouvert un espace de créativité dingue : la création de l'entreprise, des prestations, du marketing. Je me suis dit : « Marina, tu es toi aussi créative ». Est-ce que s'autoriser à libérer sa créativité, c'est compliqué ?
[Valérie] C'est pas si simple que ça parce que comme tu l'as dit, on confond souvent créativité et talent artistique. Euh donc forcément on part sur les mauvaises bases. Créativité n'est pas égal à talent artistique. Si on revient sur la définition, la créativité c'est faire émerger de nouvelles idées. À partir de là, tu es peut-être une créative très conceptuelle, très intellectuelle.
[Valérie] D'autres vont concrétiser ces idées en faire peut-être des objets prototypés. Malheureusement beaucoup de gens se trompent et donc se disent tout simplement qu'ils ne sont pas créatifs. Ils n'essayent même pas d'entrouvrir cette porte. Pourtant, quand on est plus jeune, on est créatif. Si tu mets dans une pièce des enfants avec un bout de tissu et des bâtons, ils vont te créer une tente, ils vont inventer un univers magique.
[Valérie] Nous sommes ces enfants. À un moment donné, on avait cette possibilité, ce talent. Pourquoi l'aurait-on perdu en cours de route ? C'est juste qu'on n'écoute plus notre petite voix, on ne se fait pas forcément confiance, on n'écoute pas notre intuition. C'est pour ça qu'on a écrit ce livre : on estime que c'est une compétence qui sommeille en nous, qui est dormante.
[Marina] Oui. Et j'ai l'impression que des fois on ne se rend pas service à cause de l'étiquette. L'étiquetage que l'on se met ou que les autres nous mettent dû au métier fait qu'on n'ose pas. On s'enferme tout seul dans des cases. Tu as commencé par dire « j'étais dans le contrôle de gestion » et moi « j'étais dans le droit », comme si le postulat de base c'était que nos métiers n'étaient pas créatifs.
[Valérie] Oui ben c'est un peu des idées reçues. Si tu regardes aujourd'hui dans l'enseignement, les enfants ont des cours d'histoire, de géo, de mathématiques, ils n'ont pas de cours de créativité. Or aujourd'hui, on voit bien qu'on est dans un monde incertain où il va falloir déployer de nouvelles compétences d'adaptabilité. Pour moi, c'est une des compétences essentielles.
[Marina] Alors quelles sont les conditions, les prérequis pour libérer sa créativité ? Je me dis que pour y arriver, il y a des conditions qui doivent idéalement être réunies pour créer de l'espace mental. Dans nos rythmes de vie overbookés, surchargés, peut-on se créer des conditions optimum pour ça ?
[Valérie] Oui, mais en fait déjà tu viens de pointer du doigt quelque chose : on a nos propres freins. Créer les conditions, ça veut dire s'autoriser à se dire : « OK, j'arrête l'autocritique, j'arrête de me juger », parce que sinon ce n'est pas comme ça qu'on va pouvoir faire émerger de nouvelles idées. Si on est sans arrêt dans le jugement, forcément les idées ne vont pas émerger.
[Valérie] Il y a aussi cette idée que parfois pour être créatif, ce serait un peu un claquement de doigt et l'idée géniale va venir. Or, souvent, il y a quand même pas mal de travail. C'est des mois d'essais. Et bien sûr, on va plus communiquer le jour où ça marche. Il y a cette idée qu'il faut avoir envie de créer les conditions et se dire que c'est comme un muscle qu'on va entraîner.
[Valérie] Si demain tu décides de t'entraîner pour faire un semi-marathon, tu vas acheter les bonnes baskets, tu vas commencer par courir 5 km. C'est la même chose avec la créativité. Grâce aux neurosciences, on se rend compte qu'on peut passer d'un mode mental automatique — où on fait les choses de façon très rapide — à un mode mental adaptatif.
[Valérie] Là, on va pouvoir faire preuve de davantage d'imagination. En s'entraînant, on trace de nouveaux sillons dans notre cerveau et on gagne en plasticité cérébrale, en agilité, en souplesse. On ouvre le champ des possibles. Et il faut avoir envie de jouer aussi, il y a un côté ludique.
[Marina] Pour une personne qui voudrait donner davantage d'espace à sa créativité en ce début d'année, par quoi peut-on commencer ? Quel conseil, quel "premier petit pas" pourrais-tu délivrer à quelqu'un qui a peur du changement ?
[Valérie] Bah il y a un exercice que j'aime bien, qu'on a appelé avec Carole le "défi des 21 jours" : pendant 21 jours, je fais une chose nouvelle. C'est amusant, c'est ludique. Au fil des jours, on se rend compte que l'on arrive à trouver de nouvelles idées. On muscle sa confiance tout en musclant notre capacité à switcher du mode automatique au mode adaptatif.
[Valérie] Ça peut passer par des choses très variées : mettre des chaussettes déassorties, sortir une station de métro plus tôt. Regarder les choses sous un angle nouveau, être plus curieux. On parle beaucoup de s'inspirer des enfants, de retrouver son âme d'enfant, mais c'est s'inspirer de façon générale, par exemple de la nature, le biomimétisme.
[Valérie] Pendant le confinement, je me suis dit : « Prenons cette contrainte comme un défi de regarder ce qui m'entoure ». Je me suis amusée à faire des photos des petites choses du quotidien. Une de mes voisines m'a demandé : « Où as-tu pris cette photo magnifique ? » et c'était juste à 10 m de chez elle. On voit des choses nouvelles.
[Marina] Oui. Ouvrir les yeux, ouvrir les chakras, ça permet d'avoir un champ de vision, de réflexion et d'imagination plus large. Pourquoi 21 jours spécifiquement ? Est-ce que c'est par rapport à la notion d'ancrage d'habitude ?
[Valérie] Oui, bien sûr, c'est ça. On entend dire que c'est 21 jours pour créer une habitude. Après, j'aurais tendance à dire : n'arrêtons pas une fois qu'on a commencé. Ça devient une espèce d'habitude. C'est le premier pas qui compte et il faut que ça se fasse de façon facile. C'est la stratégie des petits pas : on y va petit à petit mais sûrement.
[Valérie] On ne sait jamais trop comment vont se faire les connexions dans notre cerveau. Si on prend une image de notre cerveau, c'est comme une grosse marmite. On vient y injecter plein d'éléments : une discussion avec un collègue, un reportage, un article. Finalement tout ça, c'est de la matière qui vient dans ta petite marmite.
[Valérie] Tu ne sais pas quand, à un moment donné, tout ça va se connecter. Le fameux "Eurêka" se fait parce qu'il y a toute cette matière qui existe. Mais s'il n'y a pas de matière, c'est plus difficile d'aller s'inspirer. Donc c'est l'intérêt de rester toujours curieux sans savoir tout de suite à quoi ça va servir.
[Marina] C'est d'admettre aussi la notion de temps, de patience et d'aléa. De ne pas créer d'obligation de résultat. Pour ma part, maintenant que j'ai réfléchi à cette notion, j'ai envie de la déployer. Mais des fois j'arrive à une limite : je prends mes crayons, mon petit carnet et je me dis « bon, je suis un peu perdue ». Comment peut-on faire autrement que par ce défi ?
[Valérie] Bah, il y a plein d'autres façons. Il y a vraiment des boîtes à outils : des techniques, des approches structurées comme la carte mentale (mind mapping) qui aide à faire émerger des idées. On peut utiliser la pensée latérale : on diverge, on sort de son schéma habituel.
[Valérie] On peut être à tour de rôle un martien, un enfant de 5 ans... et on amène des points de vue nouveaux, des idées loufoques. C'est souvent là que viennent les idées originales. Il y a aussi les "chapeaux de Bono". On peut travailler sur les métaphores, le photolangage, ou faire appel à son intuition avec des collages.
[Valérie] On a tendance à être très souvent dans un mode logique rationnel. Quand on arrive à combiner logique et imagination, le cerveau est à son plein potentiel. Dans les approches de carte mentale, on utilise des couleurs, des petits pictogrammes qui permettent de comprendre en un coup d'œil. Et là, il n'y a pas besoin de talent artistique.
[Marina] Dans le processus de reconversion, on utilise quelques outils créatifs comme le vision board ou le mapping. Ça laisse libre cours à la notion de flow, à la fluidité et au lâcher-prise. Depuis 2 ans, l'envie d'exprimer sa créativité revient souvent chez les salariés qui se sentent enserrés dans des règles rigides ou des managements infantilisants.
[Valérie] C'est le mot liberté qui me vient en tête. Je pense qu'on a été contraints pendant de longs mois et ça pèse à la longue d'être dans un carcan. C'est le pendant de cette pandémie : l'envie de retrouver des vies qui nous ressemblent. Les gens ont eu plus le temps de s'écouter, de faire de l'introspection.
[Marina] Moi j'y vois aussi la notion d'amusement. On a été coupés de la culture, des loisirs. J'ai l'impression qu'il y a un retour à soi. J'ai remarqué que les ventes de carnets, de cahiers et de jolis stylos explosent. Mes accompagnés ont tous ce type d'objets dans lesquels ils écrivent quotidiennement. C'est une manifestation du besoin de supporter sa créativité.
[Valérie] Oui, je suis d'accord. C'est cette approche un peu holistique : tête, cœur, corps. Souvent quand on parle de créativité, on met ses mains en mouvement. C'est comme si on reconnectait la tête et le corps. On a parfois des surprises dans cette mise à distance. Quand tu regardes tes réalisations, les messages qui apparaissent redonnent de l'élan.
[Valérie] C'est un état de flow, de bien-être, on ne voit pas le temps passer. Ça déstresse. On a tous eu besoin de se reconnecter à soi et de recréer cette bulle.
[Marina] Tu as réemployé un mot : "tester". Dans le domaine professionnel, on est confrontés à cette question : s'autoriser à aller tester des choses pour voir si ça plaît ou non. Mais tout le monde n'est pas à l'aise avec cette notion de testing parce qu'il y a l'idée d'engagement, "je commence quelque chose, je le finis". Or le testing est vital.
[Valérie] Je te rejoins complètement. Ce qui est intéressant, c'est le chemin. Beaucoup de gens attendent un point comme s'il fallait arriver du point A au point B. Or, ce n'est pas forcément le point B qui est intéressant, c'est par où on va être passé, ce qu'on aura découvert. On est dans du développement personnel, on apprend beaucoup sur soi-même.
[Marina] Une dernière question Valérie. On parlait de créativité en entreprise. L'agilité est devenue une injonction, une soft skill à avoir absolument. Quid à terme de la créativité ? Ne risque-t-on pas, en la demandant comme critère de recrutement, de l'anéantir en lui enlevant son côté spontané ?
[Valérie] Je ne suis pas DRH mais le World Economic Forum dit que c'est une compétence clé. Moi ce qui me paraît important, c'est que l'entreprise permette justement la bonne posture, l'émergence du champ des possibles. Que ce ne soit pas que du "green washing" créatif alors que derrière on reste dans un management à l'ancienne sans liberté d'expression.
[Valérie] Si on veut stimuler l'innovation et l'intrapreneuriat, il faut que ce soit réel. Pas qu'il y ait des gens qui se disent : « Bah voilà, j'ai donné plein d'idées et puis derrière il se passe rien ». Cultiver sa créativité, c'est reprendre pleinement en main les rênes de sa vie. Oser rêver pour passer à l'action et mettre ses idées en mouvement.
[Marina] C'est un challenge qui vaut le coup d'être vécu. Mille mercis Valérie. Je vous recommande à tous d'aller picorer dans le livre de Carole et Valérie parce qu'il est très riche de techniques accessibles à tout le monde. Je vais retenir trois mots : Oser, Rêver et Tester. Est-ce que ça te va comme résumé ?
[Valérie] J'adore, c'est synthétique et efficace.
[Marina] Bon, très bien Valérie, à bientôt.
[Marina] L'épisode est terminé. J'espère que cette interview vous a plu et vous a enrichi. N'hésitez pas à la partager à vos proches. Je vous mets toutes les références sur nos réseaux sociaux. Si vous souhaitez suggérer un nouvel invité, n'hésitez pas. À très bientôt et surtout prenez soin de vous.