
Que ton alimentation soit ta première médecine. Hippocrate
Négliger son alimentation est un grand classique chez les personnes en surchauffe : on saute les repas, on avale un sandwich sur le pouce devant l'ordinateur, on compense le stress avec des sucreries à n'importe quelle heure de la journée... Ces mauvais comportements ont évidemment un impact sur notre santé, physique comme morale. Que faire pour (re)mettre en place une hygiène alimentaire vertueuse ? Comment reprendre la main sur le sujet ? Ce sont ces questions que nous soulevons aujourd'hui avec mon invitée du jour : Julie Van Der Auwera.
A l'origine diététicienne et après 20 ans de marketing pharmaceutique dans le domaine de la nutrition, Julie a été challengée par une double épreuve : un cancer de la thyroïde et un burn-out. Julie décide alors de faire accompagner via un outplacement, d'opérer un virage et de s'installer en libéral en tant que diététicienne - nutritionniste. Elle nous transmet dans cet épisode des clés importantes pour ne pas s'oublier en la matière...
Dans cet épisode, nous parlons santé, burn-out, cortisol, carence en fer, caféine, thyroïde, syndrome pré-menstruel, péri-ménopause, troubles digestifs et même de boxe, la seconde passion de Julie qu'elle pratique assidûment depuis plus de deux ans (accompagnée par un ancien champion du monde de kickboxing !). Elle a d'ailleurs réussi à relier ses deux passions en se formant auprès de la Fight Nutrition Academy pour l’accompagnement nutritionnel des athlètes combattants (sports de touche, percussion et mixtes).
Bonne écoute !
[Marina] Négliger son alimentation et plus largement sa santé, c'est un grand classique chez les personnes en surchauffe. On saute les repas parce que pas le temps. On avale un sandwich sur le pouce devant l'ordinateur. On compense le stress avec des sucreries à n'importe quelle heure de la journée. Bref, on ne se fait pas du bien. Alors, pourquoi s'inflige-t-on cela ? Comment reprendre la main sur son alimentation et sur sa santé de façon plus globale ? C'est ce dont nous parlons dans ce nouvel épisode avec mon invité Julie Van der Auwera. Bonne écoute. Bonjour Julie, ravie de t'avoir à mon micro aujourd'hui.
[Julie] Bonjour Marina, je suis ravie d'être là avec toi aujourd'hui.
[Marina] On va parler d'un sujet qui, mine de rien, n'est pas souvent traité. Avant qu'on rentre dans le vif du sujet, je te propose que tu nous parles un petit peu de ton parcours de l'avant et de l'après, et que tu nous expliques ce que tu faisais dans ton ancienne carrière.
[Julie] C'est facile. Moi je suis diéticienne de formation. J'ai toujours travaillé dans la nutrition. J'ai travaillé 20 ans dans l'industrie pharmaceutique sur divers postes de marketing en France et à l'international. J'ai travaillé sur des gammes de nutrition clinique, pour les gens nourris par sonde ou les compléments pour les personnes âgées ou cancéreuses. Je m'y suis éclatée, j'ai fait le tour du monde. Mais ça s'est terminé par un burnout. Un burnout un peu méchant, accompagné de soucis de santé puisque j'ai contracté une maladie auto-immune de la thyroïde et un cancer de la thyroïde. Ma carrière s'est mise en pause et ça a été l'occasion de réfléchir en profondeur à mes envies et surtout aux besoins de mon corps. C'est comme ça qu'on s'est rencontrées toutes les deux. Assez vite, la nutrition est restée mon fil rouge, c'est une passion. J'ai décidé de revenir à la base : s'occuper des autres en devenant diéticienne en libéral.
[Marina] Souvent, on constate que les personnes en épuisement ont complètement négligé cet aspect, mangent n'importe quoi, sautent des repas ou compensent avec du sucre. Quels sont tes conseils ou observations sur ce rapport entre surchauffe et nutrition ?
[Julie] Je vais répondre très honnêtement : même en étant diéticienne, j'ai moi-même négligé mon alimentation pendant de nombreux mois et j'en ai été victime. La raison est simple : quand tu es dans cette phase, ta priorité c'est ton travail. Tu es dans un speed absolu. Cela va avec un désinvestissement de ta santé, alors que la santé, c'est ce que tu manges et le fait de bouger. On lâche là-dessus parce que ça devient accessoire face au besoin de perfectionnisme. Finalement, cela participe à l'épuisement car on vide la machine de son carburant. C'est un vilain cercle vicieux : on ne mange pas bien, donc on ne bouge pas, donc on ne dort pas correctement.
[Julie] Dans ces schémas, on a besoin de sucre et de caféine pour se booster. Paradoxalement, la caféine va accroître l'épuisement. Quand on est exposé de manière chronique au stress, on explose notre production de cortisol. La caféine vient interagir et appuie sur la pédale d'accélérateur. On épuise nos réserves jusqu'au crash, où les glandes surénales ne sont plus en mesure de produire du cortisol. Là, il faut vraiment prendre des mesures de repos et de nutrition pour se rééquilibrer.
[Marina] Quel conseil donner à quelqu'un en arrêt maladie, au creux de la vague ?
[Julie] Il faut faire simple. Avec l'épuisement vient un grand désintérêt pour beaucoup de choses. Il faut cumuler du repos physique et des aliments qui vont renourrir le corps. On n'est pas dans une logique de perte ou de prise de poids, mais dans l'apport du bon carburant. Il faut manger suffisamment, avec une qualité nutritionnelle dense : des aliments riches en vitamines, minéraux et oligo-éléments dont le corps a besoin pour fonctionner.
[Julie] Il faut penser aux fruits et légumes. On peut composer une assiette avec moitié de légumes, un quart de féculents et un quart de protéines (animales ou végétales). Si on n'a pas l'énergie, ce n'est pas le moment de se mettre à la grande cuisine, faites de l'assemblage qualitatif. Et surtout, levez le pied sur la caféine. Il faut foutre la paix au corps en évitant les stimulants. Pour le thé, limitez à une ou deux tasses de thé vert par jour car c'est aussi excitant.
[Marina] On constate aussi souvent des carences en fer, surtout chez les femmes. Des recommandations ?
[Julie] C'est le bon moment pour faire un bilan sanguin avec son médecin. Si une carence est là, la supplémentation médicamenteuse n'est pas toujours bien absorbée. L'assiette peut venir en renfort : viandes rouges (le boudin noir est très intéressant) ou sources végétales comme les lentilles. Pour favoriser l'absorption du fer, consommez une source de vitamine C (un fruit) lors du même repas.
[Marina] Tu t'es spécialisée sur la périménopause. Peux-tu nous expliquer ce que c'est et l'impact sur la fatigue ?
[Julie] La ménopause (arrêt des règles pendant 12 mois) arrive en moyenne à 51 ans. Mais la périménopause concerne les 10 années qui précèdent. Dès la fin de la trentaine, la progestérone et les œstrogènes diminuent, entraînant des perturbations : syndrome prémenstruel marqué (douleurs, changements d'humeur, crises de larmes), bouffées de chaleur, sueurs nocturnes et insomnies. On peut dénombrer jusqu'à 90 symptômes différents.
[Julie] Il ne faut pas souffrir en silence. L'assiette a toute sa place ici car le métabolisme change et on peut prendre un kilo par an. Le manque de sommeil pousse vers des aliments sucrés et riches. Il faut assurer un apport suffisant en protéines, végétaliser l'assiette et nourrir le microbiote avec des fibres. On privilégie les glucides complexes (pâtes et riz semi-complets, quinoa) et les bonnes graisses. Le gras est fondamental pour la santé cardiovasculaire et le cerveau.
[Julie] Utilisez de l'huile d'olive ou de cameline (riche en oméga-3) pour l'assaisonnement. Mangez style méditerranéen : peu de viande, des poissons, des légumes et des aliments fermentés (choucroute, kéfir, kombucha) pour le microbiote. Les oméga-3 sont essentiels (graines de lin moulues, sardines, maquereaux) pour les fonctions cognitives et cardiaques. Priver un corps de gras n'est jamais une bonne idée.
[Marina] Pour les périodes de fatigue hivernale, y a-t-il des aliments spécifiques à privilégier ou à éviter ?
[Julie] Ne boudez pas les fruits et légumes d'hiver (pommes, poires, agrumes, famille des choux) pour la vitamine C qui soutient l'immunité. Envisagez une supplémentation en vitamine D durant les mois sombres. Pour ce qu'il faut éviter : limitez la caféine et attention à l'alcool. L'alcool donne l'impression d'aider à dormir mais il nuit à la qualité du sommeil (moins profond, moins récupérateur) et il déshydrate. Dans une phase d'épuisement, il vaut mieux ne pas en consommer du tout.
[Marina] Un grand merci Julie pour tous ces conseils. Tu contribues au retour au soin de soi après un burnout.
[Julie] Avec grand plaisir. Étant passée par là, je sais à quel point c'est difficile et culpabilisant. L'assiette est fantastique pour prendre soin de vous.
[Marina] Faites attention à votre santé, ne négligez pas vos rendez-vous médicaux. Comme le disait Hippocrate : « Que ton alimentation soit ta première médecine ». Notre corps est notre première maison, prenons-en soin. À bientôt.