
La rentrée est bien souvent une période de rush, surtout lorsque l'on est parent.
Retour à l'école, fournitures à acheter, inscription aux activités extra-scolaires, reprise du travail, etc. Alors lorsque l'on est parent solo... la période peut être littéralement épuisante. Ce sont ces challenges de maman solo que mon invitée du jour, Joana Nezis, relève au quotidien depuis qu'elle a changé de trajectoire professionnelle.
Après une première carrière en tant que "couteau suisse" dans le secteur de la formation, Joana a en effet transité pour devenir sophrologue et consultante en transition de carrière. En parallèle, Joana accueillait son petit garçon et devenait une maman solo.
Un sacré challenge, avec bien sûr son lot de questionnements, de doutes, d'obstacles et de rebondissements.
Comment tout gérer au quotidien ? Comment tout mener de front malgré la fatigue et le stress du passage du salariat à l'entrepreneuriat ? "Choisir ses combats"... telle a été la ligne de conduite de Joana...
Bonne écoute !
Marina
[Marina] Avancer, douter, reculer, hésiter, choisir, réussir, chuter, rebondir. Ce sont ces mouvements de la vie que nous traversons toutes et tous que je questionne dans ce podcast. Je suis Marina Bourgeois et je reçois à mon micro des invités au parcours de vie singulier, mouvant, parfois fracturé, mais surtout inspirant. Mon invitée du jour s'appelle Joana. Elle a 46 ans et un petit garçon qui va bientôt avoir 5 ans. Joana a transité professionnellement en étant maman solo. Elle va tout vous raconter : de ses envies initiales à son organisation pour faire face aux obstacles. Hello Joana.
[Joana] Bonjour Marina, comment vas-tu ?.
[Marina] Ça va, je te remercie. C'est la rentrée. Tu viens de remonter les étages de chez toi, sous la pluie, après avoir accompagné ton fils et promené ton chien. C'est la réalité des parents, mais en tant que maman solo, cela prend une dimension supplémentaire. Explique-nous ce que tu faisais avant de changer de cap professionnel.
[Joana] Avant, j'avais le statut de salariée dans une grande structure, un organisme de formation professionnelle. J'ai passé la majorité de ma carrière dans le domaine administratif. Juste avant cette transition, j'étais dans une petite structure très familiale, toujours dans les bureaux et l'administratif. J'avais aussi eu une casquette commerciale auparavant.
[Marina] À quel âge as-tu décidé de transiter ?.
[Joana] J'ai 46 ans aujourd'hui. Mon fils est arrivé quand j'avais 41 ans, en novembre 2019. On va dire que le démarrage a commencé vers mes 42 ans. Il y a eu plusieurs facteurs : l'arrivée de mon fils, puis mars 2020 avec l'arrivée de la Covid. C'était un chamboulement total : je vivais ce parcours seule, sans papa, et mon secteur d'activité, l'audiovisuel, s'est arrêté brusquement avec les confinements. L'entreprise m'a mise au chômage partiel.
[Joana] L'arrivée de l'enfant m'a fait m'interroger longuement sur mon quotidien. Je devais reprendre le travail fin janvier et le premier obstacle a été de trouver quelqu'un pour s'occuper de lui, car il n'y a qu'une seule rentrée d'argent dans le foyer. Les planètes se sont alignées : j'ai trouvé une assistante maternelle in extremis grâce à une fin de contrat imprévue.
[Marina] C’était un vrai Tetris logistique.
[Joana] Exactement. Mais j'étais déjà dans une phase de questionnement : est-ce que ce rythme allait me convenir ? J'avais une heure de transport, des horaires fixes de 9h30 à 17h30.... Je travaillais dans cet organisme depuis 10 ans et j'avais été débauchée par des amis, je n'avais pas passé d'entretien depuis 15 ans. Je me demandais ce que je valais sur le marché. J'avais bien une casquette de sophrologue, formée entre 2015 et 2017, mais je n'y pensais même pas pour l'entrepreneuriat à ce moment-là.
[Marina] C'est là que tu as pensé au bilan de compétences ?.
[Joana] Oui, pour déballer tout ça et prendre de la hauteur. J'ai commencé en septembre 2020. J'étais en plein Covid, confinée dans 32 m² avec mon fils de 4 mois et ma chienne. Je voulais plus d'ouverture et surtout mieux me connaître. Cela me paraissait être une montagne, mais quand on n'a pas le choix, on avance. J'ai fait des pieds et des mains pour obtenir un logement plus grand en logement social.
[Joana] L'entourage a été crucial. Ma famille et mes amis m'ont beaucoup portée. Et j'ai eu de la chance : mon fils a fait ses nuits assez rapidement. C'est un facteur énorme quand on est seule, car le manque de sommeil épuise. On se rend compte de la responsabilité immense que représente ce petit être humain qui attend tout de nous. J'entrais dans une nouvelle ère, mon "carré de vie" changeait radicalement.
[Marina] Avec le recul, aurais-tu pu continuer dans ton ancienne boîte ?.
[Joana] Si j'étais restée dans ces conditions, je pense qu'à un moment donné, j'aurais été en épuisement sévère. À cause du rythme et de la frustration de ne pas passer de moments de qualité avec mon fils. Il fallait aussi gérer les paramètres financiers et les aides sociales pour le logement. Il faut choisir ses combats. Le mien, c'était d'abord de trouver une personne de confiance pour mon fils pour pouvoir retourner travailler sereinement.
[Joana] Il faut préciser que je n'ai aucune famille en France. Mes parents et ma sœur sont en Grèce. Être maman solo à 100%, jour et nuit, sans la soupape familiale, c'est raide.
[Marina] Et pour ton bilan ? Tu en es sortie avec une voie tracée ?.
[Joana] Au début, je cherchais la sécurité : un CDI à 100%, je pensais ne pas pouvoir quitter le salariat avec de telles responsabilités. Mais à la fin du bilan, ma vision avait changé. J'avais tellement aimé ma propre transformation que j'avais envie de transmettre cela. Ma vision est devenue l'accompagnement, avec ma double casquette de consultante en transition professionnelle et de sophrologue.
[Joana] En juillet 2021, j'ai repris le travail. En octobre, mon employeur m'a proposé un mi-temps car l'activité baissait un peu. J'ai sauté sur l'occasion ! C'était parfait pour commencer à me former à de nouveaux outils. J'ai été "slasheuse" pendant quelques mois, mais le rythme une journée sur deux cassait tout. J'ai donc demandé une rupture conventionnelle qui m'a été accordée.
[Marina] C'était le passage à l'entrepreneuriat à 100%.
[Joana] Oui, mais c'est tombé au moment où j'ai perdu mon papa, et où mon fils est entré en petite section. Tout changeait. L'été a été douloureux. La rentrée scolaire a été brutale pour lui car nous rentrions de Grèce le jour même. Entre septembre et décembre 2022, j'ai enchaîné les maladies. C'était le contrecoup psychologique de la perte de mon père, de la rentrée de mon fils et du fait de "voler de mes propres ailes" sans le filet du salariat.
[Marina] Comment as-tu géré cette fatigue immense ?.
[Joana] Je ne saurais pas trop dire. On jongle. Il y a les périodes où l'enfant est malade, et celles où tu es malade toi-même mais tu dois quand même te lever pour l'emmener à l'école. J'étais au radar. Ce qui m'a sauvée, c'est de m'entourer de bonnes personnes qui me donnaient de l'énergie. On ne peut pas se permettre d'être entouré de "bad vibes" ou de doutes toxiques dans cette situation.
[Joana] Socialement, c'est difficile. Dans l'entrepreneuriat en solo, on a moins de connexions. Financièrement, les sorties sont limitées car il faut payer la babysitter et la soirée, le billet de 100 euros part vite. J'ai dû faire des sacrifices sur les sorties, mais c'était pour mon écologie personnelle. Je dois être opérationnelle jour et nuit pour mon fils.
[Marina] Tu me disais hors micro qu'il y avait un déclic pour cette rentrée.
[Joana] Oui, j'ai décidé d'être ma priorité pour pouvoir mieux m'occuper de lui. Concrètement, cela passe par le mouvement et l'alimentation. Mon corps me disait "stop". L'entrepreneuriat à domicile incite au grignotage émotionnel. J'ai commencé un rééquilibrage alimentaire et je me suis inscrite à un cours de céramique. C'est ma parenthèse créative pour m'évader du quotidien effréné.
[Joana] Aujourd'hui, je ne regrette pas d'avoir quitté le salariat. Mon fils a besoin d'être suivi par une orthophoniste et une psychomotricienne. Ces rendez-vous sont sur des créneaux impossibles. Si j'étais salariée, je devrais payer quelqu'un pour le chercher. Là, je peux être présente, lui éviter une fatigue qui amènerait des crises.
[Marina] Tu es son socle, son roc, mais tu restes humaine.
[Joana] On se sent parfois étouffé par les quatre murs quand l'enfant fait une crise et qu'on ne peut pas passer le relais à un conjoint pour aller respirer. Il faut puiser dans ses ressources intérieures, et c'est très énergivore.
[Marina] Ressens-tu une forme de fierté ?.
[Joana] Je ne m'autorise pas forcément à le penser, c'est mon entourage qui me le dit. Intérieurement, je suis fière de voir mon fils bien se développer. Je veux juste bien faire les choses, sans me rajouter la charge d'être "la meilleure".
[Marina] Ton témoignage va donner un coup de boost à beaucoup de parents solos.
[Joana] On choisit cette transition pour avoir un équilibre et être aligné. Quand on atteint cet objectif, on brille, et cela a un impact positif sur nos enfants. Ils réclament du temps de qualité, sans ordinateur ni téléphone. La transition peut être longue, il faut laisser infuser les choses et ne pas mettre la charrue avant les bœufs.
[Marina] Merci infiniment Joana pour ce témoignage sans fard. Prenez soin de vous.
Si vous souhaitez explorer davantage les concepts d'équilibre abordés par Joana, vous pouvez consulter la capsule sur le "carré de vie" ou celle traitant de la "banalisation du rush".