Florian Bayoux. Metteur en scène. Le talent, quel qu’il soit, ne sert à rien s’il n’y a pas de travail

Podcast
Saison 4
Ep 118
37 min
Valérie Pouliquen
Publié le
September 18, 2025
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À quoi s'attendre ?

Passionné de théâtre et de cinéma depuis son plus jeune âge Florian Bayoux est comédien et metteur en scène. Il ne s’est jamais vu faire un autre métier ou évolué dans un autre univers que le théâtre.

Il y consacre sa vie et met en scène, depuis plus de 20 ans, des comédiens professionnels et amateurs.

Adepte du théâtre contemporain, il se nourrit principalement du cinéma, notamment celui des années 90 et du jeu d’acteurs comme Jean-Paul Belmondo, qu’il a longtemps admiré, pour imaginer des personnages et mettre en valeur les comédiens qu’il dirige. Une expression, une posture, un regard, un silence tout doit être ajusté et répété…

Selon Florian, le talent, quel qu’il soit, ne sert à rien s’ il n’y a pas de travail  ... Beaucoup de travail .

Metteur en scène très exigeant et bienveillant à la fois, attentif à la sensibilité et au potentiel de chacun, il transmet à ses comédiens l’envie de jouer, de donner le meilleur d’eux-mêmes … et cela s’entend dans sa voix.

Vous pouvez découvrir Florian ici !

Bonne écoute !

Transcription

00:00 Introduction : Florian Bayoux, de la scène à la transmission

[Valérie Pouliquen] Je suis Valérie Pouliquen, coach professionnelle et consultante pour Oser Rêver sa Carrière. Dans cette rubrique, j'ai à cœur de vous faire découvrir des métiers racontés par des professionnels passionnés. Vous ne verrez pas les étincelles dans leurs yeux, mais vous allez vibrer au son de leur voix et partager leur enthousiasme. J'espère qu'en les écoutant, vous aurez envie d'en savoir plus sur leur métier et pourquoi pas de l'exercer avec autant de passion. Bonne écoute. Je suis aujourd'hui pour cet épisode dans une salle de classe, dans une école qui est un collège-lycée où travaille mon invité d'aujourd'hui. Mon invité, Florian Bayoux, est professeur de théâtre, comédien et auteur de pièces de théâtre, mais aujourd'hui je l'interroge en tant que metteur en scène. Florian Bayoux, bonjour.

[Florian Bayoux] Bonjour.

[Valérie Pouliquen] Merci d'avoir accepté mon invitation. Et aujourd'hui, je vais te demander de nous parler de ton métier de metteur en scène de théâtre, je précise. Alors, en quoi consiste-t-il, s'il te plaît ?

[Florian Bayoux] Et bien, c'est complexe metteur en scène de théâtre. C'est vrai qu'il y a plein de choses dans la mise en scène. Ce qui me plaît d'abord moi, c'est la direction d'acteur. C'est ça que j'aime parce que certainement je suis comédien avant d'avoir été metteur en scène. Ce qui me plaît, c'est de véhiculer aux gens de l'émotion par un texte, par un dialogue, par un regard ou par des sentiments. J'adore amener les comédiens à une espèce de justesse de jeu, ça me passionne. Parce que je suis cinéphile, j'aime profondément les acteurs quand ils sont bien dirigés et qu'ils jouent juste. C'est d'abord ça qui m'a mené à ce métier : vouloir être à la base de l'émotion qu'on peut générer chez un spectateur, que cette émotion soit drôlatique, triste ou amenée par de la colère. C'est aussi être responsable d'un collectif, de prendre des gens à différents niveaux.

04:30 La distribution des rôles : Observer la nature humaine par l'improvisation

[Valérie Pouliquen] Alors justement, est-ce que tu choisis déjà tes comédiens ? Comment est-ce que tu les choisis ? Tu leur fais passer des auditions ou tu as déjà une idée ?

[Florian Bayoux] Dans notre cas à nous, chère Valérie — car je précise que je travaille aussi avec toi puisque je te mets en scène en tant que comédienne — je ne choisis pas mes élèves puisque je suis professeur dans une classe dont les élèves ont déjà été choisis par la directrice de l'école. Je ne fais pas passer d'audition pour ma classe. En revanche, avant de décider de la pièce que nous allons monter, j'ai besoin de connaître d'abord humainement les gens qui seront avec moi. On ne dirige pas A comme on dirige B ou C. C'est très important.

[Florian Bayoux] Il y a des gens qui n'ont pas la même dose de concentration, pas la même faculté d'apprentissage, pas la même sensibilité ni le même rapport au travail. Il est donc important dans les premières semaines que je connaisse humainement les gens. Bien souvent, on démarre par un peu d'improvisation. Dans ces scènes, on voit qui a de l'inventivité, qui est en dessous au niveau de l'énergie ou qui mène la danse. C'est assez révélateur de la nature du comédien que je vais avoir en face.

[Valérie Pouliquen] Tu le détectes assez rapidement ?

[Florian Bayoux] Oui, je me fais un premier avis assez vite après un ou deux cours, et parfois cet avis m'est confirmé par les premières mises en place de jeux. Parfois, je me rends compte que je me suis trompé. Mais pendant trois mois, j'apprends à connaître mon groupe, à savoir qui est capable d'apprendre des textes importants sur une semaine ou de tenir une scène dans l'énergie sur le long terme. Tous ces petits détails vont me faire aller vers un choix de rôle, car la responsabilité d'un premier rôle doit être prise par des gens capables d'assumer ça.

08:15 L'importance de l'adhésion : Ne jamais imposer un personnage

[Valérie Pouliquen] Donc ton rôle est très important au début quand tu dois faire la distribution et choisir la pièce.

[Florian Bayoux] Absolument. Après, je n'impose rien : je ne fais jamais jouer des rôles à des gens qui ne veulent pas les jouer. Évidemment, je tranche à un moment donné car il faut décider, mais je propose toujours deux ou trois possibilités. On n'est jamais aussi bon que quand on a envie de défendre un rôle. Quand un rôle nous est imposé et qu'on ne l'aime pas, on part toujours un peu à reculons et on en tire rarement quelque chose de bien.

[Florian Bayoux] Il est plus intéressant d'être en accord avec l'acteur à qui on va confier le rôle. Pour moi, c'est un gage de sûreté : à partir du moment où on a décidé ensemble du rôle, il ne peut plus revenir en arrière. Je me projette assez vite sur ce que peut me donner un groupe et donc sur ce que nous allons être capables de faire comme projet. Ces trois premiers mois sont capitaux pour savoir si mes comédiens peuvent assumer une pièce de deux heures ou simplement d'une heure, et si on part dans le drame ou la comédie. Une fois que je pars là-dedans, je n'ai plus de doute du tout.

12:00 La direction d'acteur : Rythme, respiration et exigence technique

[Valérie Pouliquen] Et une fois que tu as distribué les rôles et que tu vois à peu près le résultat, comment est-ce que tu emmènes les comédiens vers ce que tu as imaginé ?

[Florian Bayoux] Disons que j'ai une idée assez précise du rythme que je veux et du jeu que je veux de la part de mes comédiens. Évidemment, je ne les bride pas et je suis disponible pour des propositions, mais j'ai une idée assez arrêtée sur le rythme et le ton. J'essaie le plus intelligemment et le plus bienveillement possible d'amener mes comédiens à ça. Encore une fois, on ne dirige pas A comme on dirige B. Certains ont besoin d'être un peu bousculés pour arriver dans le travail, d'autres ont besoin d'être cajolés.

[Florian Bayoux] On peut passer beaucoup de temps sur la technique : la respiration à l'intérieur des dialogues ou des monologues, car c'est un vrai travail de construction. Le drame de beaucoup d'acteurs aujourd'hui, c'est de parler très vite. Il y a donc un travail technique très important : bien respirer, fermer une phrase, ouvrir une phrase, donner l'intensité. Cela nous prend généralement un à deux mois avant de partir vraiment dans l'assemblage des scènes.

[Valérie Pouliquen] Et est-ce que tu as déjà été déçu ? Parfois tu te dis que tu voyais bien cette personne dans ce personnage et finalement elle n'assure pas ?

[Florian Bayoux] J'ai pas le souvenir de ça. Il m'est arrivé de penser pouvoir faire un peu plus que ce qui m'a été donné, mais je dois certainement avoir ma part de responsabilité si je n'ai pas réussi à obtenir cela. Mais je ne me suis jamais dit : « Ah zut, je me suis trompé ». Jamais.

16:30 Le passage de la répétition à la scène : La magie du public

[Valérie Pouliquen] Est-ce qu'à l'inverse tu as été bluffé ? Tu avais une idée et finalement les représentations sont cent fois plus réussies que ce que tu avais imaginé ?

[Florian Bayoux] Oui, ça m'est arrivé d'être surpris par le niveau qu'on pouvait amener à certains spectacles avec mes élèves. On sent très vite en répétition s'il y a des failles ou si ça va être "assis" et propre. On le sent dans la netteté et la tenue des scènes. En répétition, il y a la fatigue de la journée car on travaille tous, mais quand on arrive sur scène avec l'excitation et l'envie d'aller se confronter au public, il y a une concentration qui n'est pas la même.

[Florian Bayoux] Quand on a vraiment bien travaillé en répétition, paf, ça part. Il m'est arrivé beaucoup plus souvent de me dire : « Bon ben, je pensais qu'on ferait quelque chose de bien, on a fait quelque chose de très bien ».

[Valérie Pouliquen] Finalement, en t'écoutant, je me dis que tu as un rôle vraiment de coach pour amener le comédien à donner le meilleur de ce qu'il peut donner, à le motiver et à l'encourager.

[Florian Bayoux] Bah ça, c'est plutôt à mes élèves d'en parler, mais oui, j'essaie d'être au plus près d'eux. Je pense ne pas me tromper quand je les dirige sur des choses que je maîtrise, car on n'est pas capables de tout mettre en scène. Je ne suis pas un metteur en scène assis à la table qui les laisse jouer. Je suis avec eux sur le plateau, je les reprends, je leur amène une énergie et une force, tout en essayant d'être dans la bienveillance. Parfois, il faut brusquer un peu. On peut rester une demi-heure sur trois phrases, mais à la fin, cet acharnement paye car ça se met dans le disque dur du comédien.

20:15 Théâtre vs Cinéma : L'acteur comme force première du spectacle vivant

[Valérie Pouliquen] Tu as parlé tout à l'heure de la direction d'acteur. Il y a deux choses : la mise en scène et la direction d'acteur. Toi, ce qui t'intéresse, c'est la direction d'acteur ? Mettre en scène, cela veut dire penser aux lumières ou aux déplacements ?

[Florian Bayoux] Disons que je le fais de façon basique. Ce qui me passionne et m'anime, c'est la direction d'acteur car je pense que l'émotion passe par l'acteur. Au cinéma, c'est différent : un film peut être sauvé par un décor, une musique, des ralentis ou des cascades. Au théâtre, si l'acteur n'est pas au point dans son jeu, avoir un très beau décor ne sert à rien. Le théâtre, c'est l'endroit de l'acteur, c'est du spectacle vivant.

[Valérie Pouliquen] Et ce n'est pas la même façon à chaque représentation.

[Florian Bayoux] Exactement. L'émotion ne peut être générée que par la voix, le regard et le corps de l'acteur. Peut-être parce que je suis acteur aussi, je sais à quel point les spectacles sont plus forts quand les acteurs ne laissent rien au hasard et sont parfaits dans leur partition.

[Valérie Pouliquen] C'est vrai qu'il y a des metteurs en scène qui laissent beaucoup de liberté au comédien, mais finalement il ne sait pas trop quoi faire, il est un peu perdu. Toi, pour te connaître en tant que metteur en scène, tu es très proche, au geste et à l'intonation près.

[Florian Bayoux] J'espère que cela ne vous empêche pas d'être créatifs ! Pour prendre des gens plus connus, Francis Veber refaisait parfois cinquante fois les prises tant qu'il n'avait pas la note qu'il voulait. La plupart de ses films sont devenus des classiques. Sans aucune prétention, je me rapproche plutôt de cette école : c'est la note et le rythme que l'acteur donne à la scène qui m'importe. Au théâtre, c'est l'acteur qui a l'importance capitale.

24:45 La naissance d'une vocation : De l'émerveillement enfantin aux planches du lycée

[Valérie Pouliquen] Comment est venue l'idée d'être comédien d'abord, puis metteur en scène ?

[Florian Bayoux] Comédien, c'est de la passion pure et simple. Je suis né en 1982 et je suis devenu cinéphile très tôt. J'habitais Paris, j'allais beaucoup au cinéma. Mon père était musicien mais avait beaucoup de copains comédiens, donc il m'emmenait beaucoup au théâtre. J'ai aimé cette ambiance, la salle rouge, les lumières. J'ai aimé me transcender sur scène pour jouer des choses que je n'étais pas dans la vie. Mes héros étaient Belmondo, De Funès, Delon ou Jean Marais. Je rêvais de conduire de belles voitures, de faire régner la justice et de me battre à l'épée.

[Florian Bayoux] J'ai pris mes premiers cours au collège, en 6ème ou 5ème. J'ai senti que j'avais envie d'aller sur une scène et que je n'étais pas traqueur. Cela me terrorisait beaucoup plus d'aller faire un exercice de maths au tableau que de réciter des vers. Au lycée, j'étais un élève rêveur. Un jour, il fallait financer un voyage scolaire et j'ai proposé de monter une pièce plutôt que de faire l'éternelle tombola. On a monté Le Dîner de cons en 1998.

[Florian Bayoux] Mes parents étaient venus me voir et m'avaient dit : « Si on estime que ce que tu vas donner est valable, on sera d'accord pour que tu ailles dans un cours de théâtre ». J'ai joué une carte importante et ça s'est très bien passé. Mes parents ont été formidables car c'est un métier qui fait peur : on dépend du désir des autres et la sécurité financière est compliquée. Mais ma mère m'a dit : « On te l'a promis ».

29:30 La rigueur du métier d'artiste : Le talent est un travail acharné

[Valérie Pouliquen] Tu as fait le Cours Florent. Y as-tu rencontré des professeurs qui ont révolutionné ta vision ?

[Florian Bayoux] Je n'ai pas rencontré de profs qui ont révolutionné ma vision, mais j'y ai rencontré ma famille de comédiens. Je manquais de culture littéraire car j'avais une culture populaire de télévision et de cinéma. Les cours m'ont appris à aimer le classique, ce qui me manquait. J'avais une nature de jeu plutôt comique dans la vie, mais j'ai compris que si je me reposais sur mes acquis, cela ne servirait à rien.

[Florian Bayoux] J'ai compris que le talent, c'est surtout beaucoup de travail. Il faut donner une impression de facilité et de fluidité. Comme au restaurant, on n'a pas envie que le cuisinier nous raconte comment ça a été dur de faire cuire le steak. L'acteur, c'est pareil : il ne va pas raconter que c'est compliqué de jouer du Feydeau ou du Cyrano pendant trois heures, il faut que cela fasse rêver.

[Valérie Pouliquen] Ensuite, vous avez monté une troupe avec d'autres comédiens ?

[Florian Bayoux] Exactement. Partir dans ce métier tout seul, c'est terrifiant. Une énergie de groupe est formidable car quand ça se passe mal, on est plusieurs pour encaisser les coups. C'est comme un sport collectif. Mais dans un groupe, il faut quand même quelqu'un qui décide car sinon c'est l'anarchie. Ma première pièce, je l'ai faite au Guichet Montparnasse, une salle de cinquante places. On jouait à 22h10 en milieu de semaine, des horaires nuls, mais on avait l'impression de jouer à l'Olympia !

34:00 Transmission et fierté : L'évolution de l'acteur au cœur de la passion

[Valérie Pouliquen] Si tu devais donner un conseil à quelqu'un qui veut se lancer ?

[Florian Bayoux] Mon prof me disait : « Si vous êtes aussi heureux de jouer un texte en banlieue devant trente-cinq personnes que dans une salle de huit cents places, c'est que vous avez eu raison de partir dans ce métier ». Réussir, c'est simplement gagner sa vie. Si on part pour devenir une vedette, on s'est trompé d'objectif. Mon conseil est de ne pas y partir tout seul : faites-vous une famille, provoquez les choses, soyez curieux. Partir tout seul aujourd'hui, c'est suicidaire.

[Valérie Pouliquen] Quelle qualité est essentielle pour être metteur en scène ?

[Florian Bayoux] Il faut aimer les acteurs. C'est capital. Il faut aimer leur travail, leur sensibilité et avoir une vraie fierté de leur évolution. Je mets en scène des adultes mais aussi des ados. C'est un autre travail car à dix-sept ans, on n'assume pas forcément son corps ou sa voix. Quand je vois mes ados que je prends en septembre et ce qu'ils sont capables de rendre neuf mois plus tard, j'ai une vraie grande fierté.

[Valérie Pouliquen] On dit souvent qu'on ne joue pas pour le public, mais avec lui.

[Florian Bayoux] Michel Bouquet disait cela : les spectateurs sont avec nous dans la partition. J'insiste beaucoup sur les silences. Ce que vous ne dites pas est souvent aussi important que le dialogue. Un acteur n'existe pas que par le texte, mais aussi par le regard et par ce qu'il ne dit pas. Le public participe à cela. C'est pour ça qu'une représentation n'est jamais la même. On sent quand on doit aller attraper les gens qui ne sont pas complètement avec nous.

[Valérie Pouliquen] Merci beaucoup Florian pour la sincérité avec laquelle tu parles.

[Florian Bayoux] C'était un plaisir. Merci à toi.

Animé par
Valérie Pouliquen
Après une longue carrière d’avocate, elle accompagne aujourd’hui les actifs souhaitant sortir de situations professionnelles difficiles et retrouver un rapport plus serein au travail. Spécialisée en épuisement professionnel et souffrance au travail, elle les aide à prévenir les rechutes grâce à des outils concrets.

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