Florence Servan-Schreiber. Aborder vos transitions de vie avec sérénité (redif)

Podcast
Saison 2
Ep 57
53 min
Marina Bourgeois
Publié le
July 30, 2024
Écoutez cet épisode SUR

À quoi s'attendre ?

Aborder vos transitions de vie avec sérénité

J'ai eu le plaisir d'échanger avec une femme que j'aime beaucoup pour son enthousiasme et sa joie de vivre communicative : Florence Servan-Schreiber.

Vous la connaissez très certainement pour ses célèbres "3 kifs par jour".

Auteure, comédienne, conférencière, cheffe d'entreprise, chroniqueuse, animatrice d'ateliers, distributrice de bonheur et même majorette ;-), Florence a plusieurs casquettes, avec un fil rouge : la psychologie positive. Une discipline particulièrement utile lorsque l'on envisage une transition personnelle ou professionnelle.

Elle nous explique de quoi il s'agit vraiment et nous parle sans fard de ses propres transitions qui n'ont pas toujours été faciles. Derrière la pétillante Florence, se cache aussi, comme chez chacun d'entre nous, une part plus obscure, des doutes, un besoin de renouvellement, de sens et d'amusement !

Dans cet épisode, nous parlons de choix de vie, de cycles, de flow, d'envies, de désirs profonds, de renouement avec son enfant intérieur, du rapport à la routine, des épreuves de la vie, d'échecs, d'écriture et même de saut en parachute ;-).

Ecoutez l'épisode jusqu'au bout : nous lançons un appel un peu particulier en toute fin, auquel vous aurez peut-être envie de contribuer. Suspens...

La recevoir a été un énorme kif 😜

Bonne écoute !

Marina

Transcription

[00:00] Introduction : Florence Servan-Schreiber, distributrice de kiffs

[Marina Bourgeois] Bonjour à tous, ici Marina Bourgeois, fondatrice d’Oser rêver sa carrière. Je suis ravie de vous accueillir pour ce nouvel épisode. Comme vous le savez, le podcast Oser rêver sa carrière, ce sont notamment des interviews d'hommes et de femmes au parcours de vie inspirant et qui, je l'espère, vous plairont et vous aideront dans vos questionnements de vie et de carrière. Très bonne écoute.

[Marina Bourgeois] J'ai le plaisir de recevoir aujourd'hui une femme que j'aime beaucoup pour son enthousiasme et sa joie de vivre communicative : Florence Servan-Schreiber. J'avais eu le plaisir de l'interviewer par écrit en 2017 alors je ne pouvais évidemment pas rater l'opportunité d'échanger au micro maintenant que notre podcast est né, d'autant que toutes nos accompagnées qui en sont fans la réclamaient. J'en profite d'ailleurs pour remercier nos auditeurs et auditrices de plus en plus nombreux chaque semaine.

[Marina Bourgeois] Alors Florence : auteure, comédienne, conférencière, chef d'entreprise, chroniqueuse, animatrice d'ateliers et distributrice de bonheur. Florence fait plein de choses. Elle « slashe », elle a plusieurs casquettes avec un fil rouge : la psychologie positive. Elle a notamment créé la 3 Kif Academy dans laquelle vous trouverez tout un tas de choses absolument géniales et très intéressantes. La recevoir est un énorme kiff que je noterai d'ailleurs ce soir dans mon petit carnet de kiffs qu'elle a créé et qu'elle avait eu la grande gentillesse de m'envoyer à sa sortie. Bonjour Florence, quel plaisir de vous recevoir. Merci d'être là et d'avoir accepté l'invitation.

[Florence Servan-Schreiber] Bonjour Marina, quel accueil ! C’est un feu d’artifice.

[Marina Bourgeois] Ah bah alors complètement, vous êtes mon feu d’artifice de la semaine Florence. Comme je vous le disais en off, nos accompagnées vous adorent, je vous adore. Donc j'emploie vraiment ce mot à dessein : c'est un vrai kiff, vraiment, vraiment, que de l'amour. C'est super.

[Florence Servan-Schreiber] Oui.

[Marina Bourgeois] Florence, je le disais en introduction, vous êtes spécialiste de la psychologie positive. Je crois que c'est en 2009 que vous découvrez la discipline. Comment s'est passée cette rencontre avec la psychologie positive ?

[04:20] La découverte de la psychologie positive : De l'ennui au déclic universitaire

[Florence Servan-Schreiber] La toute première fois que j'ai entendu parler même du concept de la psychologie positive, c'était en lisant le livre Guérir de mon cousin David Servan-Schreiber qui était psychiatre et qui parlait de Martin Seligman. Par curiosité, je suis allée m'inscrire sur un certain nombre de sites internet universitaires américains puisque l'on peut participer comme ça à des études. C'est assez simple.

[Florence Servan-Schreiber] Comme j'étais probablement sur une mailing list de l'un d'entre eux, j'ai reçu un jour une proposition de l'université de Pennsylvanie pour suivre un cours de psychologie positive qui était créé par Tal Ben-Shahar. C'était un moment très particulier de ma vie où je m'ennuyais à mourir là où je travaillais. Je m'y suis inscrite en fait un peu pour passer le temps et ça a été l'enchaînement, parce que cet épisode professionnel ne s'est pas très bien terminé. Ça a été pour moi l'occasion d'enchaîner en participant tout simplement à ce cours.

[Marina Bourgeois] Et vous faisiez quoi justement Florence à ce moment-là ?

[Florence Servan-Schreiber] À ce moment-là, je dirigeais les innovations de développement durable d'un grand groupe de presse. C'était un petit accident de parcours et parfois on sait qu'il ne faut pas y aller, puis on y va quand même parce qu'on se dit « si, parce qu'il faut, parce que j'ai besoin, parce que je dois »… et bien pas du tout en fait. Donc ça a duré 9 mois et ça s'est terminé « dans le sang ».

[Marina Bourgeois] Ouh là là, dans le sang ?

[Florence Servan-Schreiber] Non, mais vous voyez ce que je veux dire, on m'a montré la porte.

[08:15] Le détour californien : Pourquoi on ne m'a pas appris ça plus tôt ?

[Marina Bourgeois] D'accord. Alors il y a cette rencontre. Qu'est-ce qui vous a attirée ? Qu'est-ce qui a fait tilt en vous dans cette psychologie positive ?

[Florence Servan-Schreiber] Je crois que je danse autour de la psychologie depuis très longtemps puisque j'ai découvert la psychologie en allant faire des études de cinéma en Californie quand j'avais 19 ans. Je suis tombée sur Tony Robbins, que vous connaissez peut-être, qui devait avoir 22 ans lui-même à l'époque.

[Florence Servan-Schreiber] J'ai découvert le développement personnel et j'ai compris qu'on pouvait améliorer les choses. Comme je sortais d'une adolescence assez difficile, tout à coup je me suis dit : « Waouh, mais pourquoi est-ce qu'on ne m'a pas appris ça plus tôt ? ». Franchement, plutôt que de m'enseigner les maths, dont je ne suis pas sûre de me resservir, j'aurais bien aimé apprendre trois ou quatre trucs sur la façon dont on peut améliorer les choses si c'est possible.

[Florence Servan-Schreiber] J'ai donc complètement changé d'étude et j'ai déménagé, j'ai quitté Los Angeles pour aller à San Francisco où j'ai trouvé une université absolument géniale de psychologie transpersonnelle. Aujourd'hui, on en entend beaucoup parler mais tout ça c'était il y a 30 ans. Là, il n'y avait que des profs qui étaient thérapeutes et intervenants dans des domaines absolument passionnants. Malgré ces études, j'ai très vite décidé que je ne serais pas thérapeute. Je ne cherchais pas à soigner les gens.

[Florence Servan-Schreiber] Quand la psychologie positive a croisé ma route, c'est comme si c'était ma réponse à une question que je n'avais pas encore posée : comment peut-on aider les gens qui ne sont pas malades ? Comment peut-on aider la partie la plus saine, la plus épanouissable de nous-mêmes ? J'ai patiemment attendu que ça existe. C'est très conceptualisé, j'adore les concepts, c'est très fondé, j'adore le fondement. Puis ce sont des Américains, j'adore les Américains ! Donc tout était à sa place.

[13:30] Définition et enjeux : Se préparer aux "autobus dans la figure"

[Marina Bourgeois] Si on devait essayer de l'expliquer ou de l'expliciter à nos auditeurs cette psychologie positive, qu'est-ce qu'on pourrait dire ? Je vois souvent le mot « science du bonheur », mais si on essaie d'aller un petit peu plus loin, quelle définition vous donneriez, Florence ?

[Florence Servan-Schreiber] Elle est très claire : c'est l'étude scientifique, puisque ça se passe dans des laboratoires universitaires, de trois choses : des personnalités, des comportements et des organisations qui marchent. On va s'intéresser à ce qui fonctionne et non pas essayer de soigner ou réparer, mais essayer d'accentuer ou de comprendre nos comportements.

[Marina Bourgeois] C'est ça qui est très intéressant. J'ai lu vos ouvrages et puis un autre ouvrage de Martin Seligman justement sur la psychologie positive, et je trouvais ça fascinant le fait que pour une fois l'approche ne soit pas réparatrice, c'est-à-dire aller résoudre ou réparer le mal, mais qu'elle soit dans une notion d'amélioration de ce qui va bien, de ce qui est bien et qui préexiste finalement.

[Florence Servan-Schreiber] On peut appeler ça désormais des gestes barrières. En fait, c'est préventif. Quand Seligman a inventé cette histoire, il voulait vraiment que l'on puisse se baser, comme on le fait en termes de santé où il y a des choses qu'on peut faire pour vivre plus longtemps et vivre mieux, sur le plan psychique.

[Florence Servan-Schreiber] Il voulait qu'il y ait des choses sur lesquelles on puisse s'appuyer pour se préparer à l'inattendu puisque l'inattendu va se produire, ça c'est sûr. J'appelle ça « se prendre des autobus dans la figure ». On va tous s'en prendre. Là on s'en est pris un énorme qui a roulé sur tout le monde, c'est absolument dingue. Il voulait nous préparer à ça. Pour se préparer au pire, il faut qu'on étudie le meilleur pour voir quels sont les morceaux de nous auxquels nous avons recours quand on se sert de ce qui va nous propulser. Si on sait actionner ça, en cas de malheur, on peut rappuyer sur ces boutons-là.

[17:45] Le succès des "3 kiffs par jour" : Muscler son côté positif

[Marina Bourgeois] D'ailleurs dans la foulée de votre découverte, vous avez écrit un livre qui pour moi est un best-seller : 3 kiffs par jour. Pour tout vous dire Florence, ce livre, on le conseille à tous nos accompagnés en début d'accompagnement. On leur dit qu'il faut absolument que tous les soirs ils notent leurs trois kiffs par jour parce que c'est une gymnastique intellectuelle qui va muscler leur côté positif, qui va leur permettre de voir, dans une journée même merdique, ces petits moments qui font du bien. Comment est né le livre 3 kiffs par jour ?

[Florence Servan-Schreiber] Dans l'ordre : mon emploi me quitte, je suis déjà inscrite à cette formation à laquelle je peux me concentrer un peu plus. Je suis quand même extrêmement paumée, disons les choses, puisque je ne sais pas du tout ce que je vais faire de moi-même. Je sais ce que je ne veux plus faire — les transitions commencent toujours comme ça chez moi — et je n'ai aucune idée de ce que je veux faire.

[Florence Servan-Schreiber] Donc c'est quelque chose que je fais à côté. Bon, j'ai un peu plus de temps donc je le fais dans la journée au lieu de le faire le soir et je prends mon temps. Ça dure beaucoup plus longtemps que prévu et surtout j'applique ce que j'apprends. C'est ça qui est absolument passionnant quand on découvre cette matière, c'est qu'on est son propre cobaye puisque il s'agit juste de « quelqu'un ». On a juste besoin de quelqu'un. Donc je me sers de moi-même pour essayer.

[Florence Servan-Schreiber] J'ai appris la méditation, j'ai commencé à écrire des lettres de gratitude à des gens, j'ai commencé à tenir un journal aussi, ça a changé pas mal de choses. Je fais ce qu'on me dit ! Et puis j'ai une sale tendance qui est de tout oublier. J'ai une espèce de mémoire de poisson rouge et là je n'ai pas envie d'oublier parce que je trouve ça fascinant et utile. Donc pour ne pas oublier, je vais devoir écrire ce que j'ai appris. Je me suis dit que j'allais raconter ce que je venais de découvrir parce que j'étais excitée. Et quand je suis excitée, je suis un peu « Jojo les bons tuyaux », je raconte tout à tout le monde !

[Marina Bourgeois] Cet exercice des trois kiffs par jour, est-ce qu'il préexistait aux États-Unis ? Est-ce que c'est quelque chose que vous avez appris dans la formation ou est-ce que c'est quelque chose que vous avez développé vous-même ?

[Florence Servan-Schreiber] Je n'ai rien développé du tout ! Je ne fais que raconter parce qu'il faut bien comprendre que la psychologie positive, ce sont des données, pas de l'invention. Il a été démontré dans le laboratoire de Seligman que lorsqu'on s'astreint à noter trois choses — eux n'ont pas appelé ça des kiffs, ça s'appelle Three Good Things — on va augmenter son niveau de satisfaction de manière significative.

[Florence Servan-Schreiber] On mesure votre niveau de satisfaction globale avant de commencer. On va dire que vous êtes à 7/10. Vous faites cet exercice là, et pendant ce temps-là, on demande à un groupe de contrôle de noter trois trucs qu'ils ont fait dans la journée, mais sans la notion de gratitude. À la fin des trois semaines, on remesure. Le seul groupe dont le niveau global de satisfaction avait augmenté était celui qui écrivait trois raisons pour lesquelles ils éprouvaient de la gratitude.

[Florence Servan-Schreiber] C'est ça que font ces labos : ils publient ces études dans les journaux scientifiques en listant les bénéfices secondaires. En découvrant ça, j'ai eu envie de le raconter à mes enfants. Je trouvais que c'était un tuyau extraordinaire ! Je suis rentrée excitée en leur disant que j'avais lu un truc de dingue. Comme ils avaient entre 8 et 14 ans, plutôt que de parler de « gratitude », ce qui était trop conceptuel, j'ai dit : « Si on trouve trois kiffs, on peut vivre plus longtemps et en meilleure santé ». Le vocabulaire est resté. Je dois le titre du livre à Alex, mon mari, car je parlais de gratitude mais je voulais formuler un « Manuel de psychologie positive ». Alex m'a dit : « Mais enfin, ce truc doit s'appeler 3 kiffs par jour ». J'ai dit : « Oui, tu as raison », et allez hop, c'est voté !

[22:15] Pratique et rituels : Le "mauvais esprit" parisien face à la gratitude

[Marina Bourgeois] C'est ce qui fait son charme, c'est très sérieux mais très léger grâce à ce titre. On a envie d'essayer. Moi, je le fais avec mon fils tous les soirs avant de dormir. Est-ce que vous Florence vous le faites toujours cet exercice ?

[Florence Servan-Schreiber] Oui, je le fais. Pas tout le temps, je suis absolument comme tout le monde. Il y a des moments atroces, des moments géniaux. Je ne le fais pas systématiquement parce que je ne suis pas une personne systématique. J'ai besoin de variétés, de variations. J'oublie de le faire. Mais dans les moments les plus tragiques, je me rappelle de la puissance que ça a et je m'y remets.

[Florence Servan-Schreiber] Et puis il y a un certain nombre de rituels dans notre vie de famille et professionnelle où les kiffs ressortent, notamment notre fête nationale du kiff : un dîner des mercis où l'on se réunit que pour ça. Nous sommes un groupe de 20 personnes. Ce soir-là, on boit trop, on mange trop, on rigole énormément, on pleure pas mal aussi. C'est vraiment un moment de gratitude énorme où chacun va exprimer sa gratitude pour ce qui s'est passé dans l'année écoulée.

[Marina Bourgeois] Est-ce que ça a rayonné auprès de vos proches, vos amis ?

[Florence Servan-Schreiber] Les kiffs, oui. Alors je précise, je suis parisienne et j'ai un mauvais esprit absolu. On est contre tout, c'est hyper stylé d'être contre. Mes copains sont comme moi, on se moque beaucoup les uns des autres, on est très méchants !

[Florence Servan-Schreiber] Mais quand je suis allée en Californie, j'ai découvert qu'il y avait une autre façon de faire avec beaucoup de soleil intérieur. Ce qui me plaît, c'est la synthèse des deux : j'adore râler, mais j'aime aussi beaucoup aller chercher le meilleur des situations parce que j'en tire des bénéfices. Alex est américain donc pour lui c'est naturel. Grâce à ce mélange, on s'est lancé avec des amis et finalement ça a rayonné parce que le bénéfice est tel qu'il est difficile de passer à côté, même si on a mauvais esprit.

[28:30] L'appel de la scène : Julie Andrews et la voix de l'enfant intérieur

[Marina Bourgeois] Vous attendiez-vous à ce que le livre ait un tel succès ?

[Florence Servan-Schreiber] Pas du tout. Ça a occupé le temps de mon chômage. Et puis il y a eu une conjonction d'événements : mon cousin David est mort environ trois mois après la sortie du livre. J'ai fait le choix de racheter à ses enfants son organisme de formation, Essentia, et notamment l'Institut français d'EMDR.

[Florence Servan-Schreiber] Le lancement des « 3 kiffs » a beaucoup aidé, le titre a fait marrer les gens et a été utile. Je me suis retrouvée à donner une première conférence parce que quelqu'un m'avait vue à la télévision. Mon élan, c'est de raconter des choses et d'utiliser la parole. L'écriture s'est greffée là-dessus, mais j'ai retrouvé mes réflexes d'antan en recommençant les conférences.

[Marina Bourgeois] Ça a même donné lieu à des spectacles, avec Audrey Akoun et Isabelle Pailleau, puis votre solo. On s'est régalé car c'était plein de vie et de bons conseils utilisables pour améliorer les choses. Imaginiez-vous être sur scène et rayonner à ce point ?

[Florence Servan-Schreiber] Non, il n'y avait aucune projection. C'est très facile de raconter l'histoire après en disant qu'il y a eu ceci puis cela. Le spectacle, c'est la petite voix au fond de moi qui tourne en boucle depuis l'âge de 8 ans et que je n'avais pas écoutée après le collège. J'avais participé à toutes les pièces de théâtre au collège, puis j'ai fait des études. Je me suis débrouillée pour me retrouver sur des scènes pour dire des choses, mais sans costume ni mise en scène.

[Florence Servan-Schreiber] J'allais avoir 50 ans et je me suis retrouvée en Angleterre pour explorer nos super-pouvoirs pour mon livre Power Patate. L'animateur nous demande ce qu'on voulait faire quand on était petit. Je trouvais la question idiote, mais pour faire un effort, j'ai répondu que je voulais être Julie Andrews dans La Mélodie du bonheur. Ce personnage représente pour moi la liberté totale : elle chante, elle danse, elle joue. Une fois qu'on a dit un truc pareil, on ne peut plus le ravaler, on ne peut plus faire l'autruche.

[Florence Servan-Schreiber] Je me suis donc inscrite dans un cours de théâtre. C'était terrible parce qu'il fallait apprendre des tirades. On me donne un sketch de Sylvie Joly : impossible d'apprendre les mots ! Mon cerveau faisait un blocage, j'ai une mémoire absolument déglinguée. Je disais autre chose, la prof était consternée. Mais l'idée était plantée. J'ai rencontré Isabelle Pailleau et Audrey Akoun qui avaient la même envie. Avec Béatrice de la Boulaye, notre metteuse en scène géniale, on a construit ce spectacle. On jouait nos propres rôles de ménagères de presque 50 ans qui s'éclatent. C'était un rêve de petite fille.

[35:00] Oser l'improbable : Le numéro de majorette et le bâton perdu

[Marina Bourgeois] J'aime cette autorisation que vous vous donnez à essayer. Y a-t-il eu des échecs ?

[Florence Servan-Schreiber] Bien sûr ! Il me manque une toute petite case face au danger. Je fais des choses sans réfléchir. Parfois ça marche, parfois pas du tout. Je suis allée sauter en parachute en n'écoutant le prof qu'à moitié et je me suis étalée à l'arrivée. Trente ans après, je le sens encore !. Mais j'ai envie d'essayer. Le dernier truc improbable que j'ai fait me fait encore rire.

[Florence Servan-Schreiber] Des consœurs en Belgique m'ont demandé une conférence à Bruxelles. Dans leur communication, elles avaient mis « conférence-spectacle ». J'ai appelé pour dire que c'était une erreur, que j'étais seule. Elles m'ont expliqué qu'en Belgique, la TVA n'est pas la même si c'est un spectacle, et qu'elles perdraient 20 % de recettes sinon. J'ai réfléchi et j'ai dit : « Est-ce que si je fais un numéro de majorette, ça compte pour un spectacle ? ». Elles ont dit banco !

[Florence Servan-Schreiber] Me voilà à devoir faire un numéro de majorette. J'ai commandé le bâton à Marseille et les bottines à paillettes dorées. Impossible de trouver des profs ! J'ai regardé des tutos, j'ai essayé de composer un truc avec Béatrice, mais ça ne marchait pas. J'ai fini par trouver une petite annonce d'une prof de maths qui avait été majorette dans son CV. Je lui ai écrit que ce n'était pas pour les maths mais pour la majorette. Qu'est-ce qu'on a rigolé !

[Florence Servan-Schreiber] On a eu une semaine pour apprendre. Quand elle le faisait, c'était magnifique. Quand je le faisais, c'était atroce ! Mais j'y suis allée dans mon costume avec ma musique. J'en aurais pleuré de bonheur. Je l'ai même refait devant 3000 personnes au Carrousel du Louvre lors d'une conférence de psychologie positive. Ce jour-là, j'ai lancé mon bâton très haut pour le final... et il n'est jamais retombé. Il est resté bloqué au plafond ! On ne sait pas où il est. Il faut écouter cette petite voix d'enfant qui nous parle.

[42:15] La science du Flow : S'oublier pour mieux se ressourcer

[Marina Bourgeois] Ce n'est pas un exercice simple de se relier à l'enfant qu'on était. On ramène souvent les gens sur la notion dont vous parlez beaucoup : le Flow. Théorisée par Mihaly Csikszentmihalyi — vous avez dû répéter Florence ?

[Florence Servan-Schreiber] J'ai dix ans de « Csikszentmihalyi » avec mon bâton de majorette ! [Rires].

[Florence Servan-Schreiber] Le Flow, c'est le moment où nous sommes le plus heureux. On engage ses compétences vers un objectif pour lequel on reçoit du feedback. On est tellement occupé qu'on perd la notion de soi. Le « commentateur sportif » dans notre tête se tait enfin. On s'en rend compte après coup parce qu'on a perdu la notion du temps.

[Florence Servan-Schreiber] Pour moi, c'est l'équilibre le plus actionnable : combien de moments de Flow est-ce que je crée dans ma journée pour supporter le reste ? C'est là qu'on emmagasine l'énergie nécessaire pour les trucs emmerdants de la vie quotidienne. Il y a les activités qui donnent de l'énergie et celles qui en prennent. En ce moment, mon nouveau rêve de Flow, c'est de participer à une flashmob ! Le côté comédie musicale collective m'inspire énormément. Quand je fais la majorette, c'est le Flow absolu car ça me demande une concentration maximum.

[48:30] Transitions et cycles : "C'était les pires moments de ma vie"

[Marina Bourgeois] Les moments de transition pro ont-ils été fluides pour vous ?

[Florence Servan-Schreiber] C'était à chaque fois les pires moments de ma vie. À chaque fois que je transitionne, je fais une dépression clinique. Si j'ai négocié ces virages, c'est que j'avais complètement perdu le sens de ce que je faisais avant. Je savais ce que je ne voulais plus faire, mais je n'avais aucune idée de ce que je voulais faire. Pour tout vous dire, je pense que j'ai déjà un pied dans ma prochaine transition. J'essaie cette fois de ne pas tomber aussi bas.

[Florence Servan-Schreiber] L'histoire est joyeuse quand on la raconte après, mais sur le moment on ne comprend rien. J'ai été extrêmement désespérée, j'ai cru que je n'allais pas retrouver d'élan. Mon fonctionnement est une roue : je pars d'en bas, j'apprends, je progresse et j'atteins l'expertise. Là on est super à sa place, on est content. Mais le drame de l'expertise, c'est qu'on y reste collé car c'est confortable. Puis le sens s'érode, la lassitude s'installe et hop, je sais que je vais devoir me « casser la figure » pour m'intéresser à autre chose. La moitié du cercle est douloureuse.

[Florence Servan-Schreiber] Pour la prochaine étape, il n'y a pas encore d'idées précises, sinon ce serait une continuité, pas une transition. J'ai besoin de rupture. Jusqu'ici mes ruptures m'étaient imposées, mais là je suis gouvernante de mon royaume, il n'y a personne pour me mettre dehors !. Le Covid m'a beaucoup secouée. En rebranchant la prise, je sens qu'il y a un court-circuit, je ne récupère pas la même énergie avec les mêmes actions. Mes cycles font souvent une dizaine d'années. L'avenir m'intéresse toujours plus que le présent. Je sens que j'ai besoin de me remettre dans une recherche d'avenir.

[54:15] Transmission : 3 Kif Academy et l'atelier d'écriture Bloom

[Marina Bourgeois] Parlons de la 3 Kif Academy. C'est une caverne d'Alibaba pour apprendre et se former, notamment avec la formation de formateur à la science du bonheur. De quoi s'agit-il ?

[Florence Servan-Schreiber] J'animais des ateliers grand public et je me suis rendu compte que la moitié de la salle venait « espionner » pour voir comment je faisais ! Autant modéliser et formater ce que je fais. La formation propose trois modules : la science du bonheur (psychologie positive), la gratitude et les forces de caractère. C'est une corde supplémentaire pour les coachs et accompagnants. Ce sont des données testées et prouvées, je suis prête à lutter contre le fait qu'on enseigne les choses n'importe comment !

[Marina Bourgeois] Il y a aussi Bloom, l'atelier d'écriture. Comment est-il né ?

[Florence Servan-Schreiber] Bloom est né d'un échec : j'ai essayé d'écrire un roman et c'était nul ! Je n'avais pas d'histoire, mes personnages étaient nuls. C'était frustrant. J'ai cherché à comprendre pourquoi et j'ai découvert que l'écriture peut prendre mille formes. J'ai transformé ce que j'ai appris en un atelier en ligne. L'idée est de goûter à différentes techniques d'écriture, publiques ou privées. Bloom ne sert pas à écrire un best-seller, mais à avoir confiance dans le fait qu'on peut écrire, même si on fait des fautes d'orthographe !.

[Marina Bourgeois] Florence, un très grand merci. C’était pour moi un très grand kiff. On se retrouve bientôt sur une flashmob ?

[Florence Servan-Schreiber] On ne va pas se retrouver, on va le faire ensemble Marina ! Lançons un appel : si quelqu'un sait organiser une flashmob du kiff, écrivez-nous !

[Marina Bourgeois] Mille mercis Florence. À bientôt.

Animé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.

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