Faut-il parler de son burn-out en entretien ? Audrey Deleris, chasseuse de têtes

Podcast
Saison 3
Ep 91
34 min
Marina Bourgeois
Publié le
February 28, 2025
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À quoi s'attendre ?

Évoquer ou non son épuisement professionnel en entretien est une question toujours délicate pour celles et ceux l'ayant vécu et cherchant un nouveau poste.

Est-ce se tirer une balle dans le pied ? En parler peut-il me porter préjudice ? La transparence sera-t-elle bien perçue ? Est-ce que cela jouera en ma défaveur ? Comment puis-je expliquer un arrêt de travail de longue durée pour burn-out ? Jusqu'où dois-je aller dans les détails ?

Audrey Déléris, chasseuse de têtes chez Fed Legal, nous en parle en toute transparence et vous donne des conseils pratico-pratiques pour aborder la question lors de vos entretiens d'embauche.

Bonne écoute !

Transcription

00:00 Introduction : faut-il parler de son burnout en entretien ?

[Marina] Chers auditeurs, bienvenue dans le podcast Cheminement animé par l'équipe Oser Rêver sa Carrière. Je suis Marina Bourgeois, codirigeante du cabinet et vous souhaite une très bonne écoute. Mon invitée du jour est chasseuse de tête juridique et fiscale et va nous parler d'un sujet important que l'on nous pose sans cesse au cabinet, à savoir : faut-il parler ou non de son épuisement professionnel en entretien ?. Bonjour Audrey.

[Audrey] Bonjour Marina. Merci beaucoup de m'avoir invitée, je suis ravie d'être là.

[Marina] Je suis ravie aussi car c'est un vrai sujet de savoir s'il faut évoquer ou non son burnout lors des entretiens d'embauche. C'est encore très tabou. Avant toute chose, je te propose de te présenter. Tu es manager exécutif, peux-tu nous dire en quoi consiste ton travail ?.

[Audrey] Bien sûr. Je suis chasseuse de tête chez Fed Légal, un cabinet de recrutement spécialisé en juridique et fiscal. J'accompagne les entreprises pour leur trouver les meilleurs profils, des directions juridiques jusqu'aux directeurs, et j'accompagne énormément de candidats au quotidien pour leur trouver le poste en adéquation avec leurs envies. Je rencontre beaucoup de gens, c'est mon métier.

05:00 Le constat de l'épuisement dans les métiers du droit

[Marina] J'ai été chasseuse il y a 15 ans dans le même domaine, et la question du burnout se posait déjà. Dans ta profession, vois-tu beaucoup de situations d'épuisement professionnel aujourd'hui ?.

[Audrey] Je sais que beaucoup ont vécu ces situations, mais beaucoup ne l'expriment pas ouvertement. J'ai quelques candidats qui m'en parlent, mais mettre le mot "burnout" reste vraiment compliqué.

[Marina] Pourquoi est-ce si difficile et tabou de l'évoquer auprès de vous, les chasseurs de tête, qui êtes pourtant l'intermédiaire ?.

[Audrey] Tu mets le doigt sur quelque chose d'important. En tant que chasseurs, on est censés être des confidents pour trouver le bon "match" entre un client et un candidat. L'idée n'est pas de nous dépeindre une situation toute rose car aucune situation n'est idéale. Les personnes devraient nous dire dans quelles conditions elles ont envie de travailler. Quand elles osent le dire, on sent une certaine honte. Elles ont l'impression de ne pas avoir été à la hauteur face à une demande toujours plus forte des managers ou des clients. C'est vécu comme un échec personnel, un sacrifice de leur vie privée qui n'a pas suffi.

10:00 Les trois piliers du tabou de la santé mentale

[Audrey] Les gens nous parlent de "trop de travail" ou d'"équipes en sous-effectif", mais le mot burnout a du mal à sortir.

[Marina] Nous avons identifié trois causes à ce tabou. Premièrement, le burnout est perçu comme une accusation implicite envers l'entreprise qu'on quitte. Deuxièmement, parler de santé mentale et d'épuisement psychique en France reste complexe malgré les progrès. Enfin, il y a ce sentiment d'avoir été le "maillon faible", une peur que la vulnérabilité passée présage un futur épuisement.

[Audrey] Exactement. Il y a une multitude de raisons : la pression du management qui redescend sur les équipes, mais aussi l'incapacité de la personne à poser ses propres limites. Savoir dire "non, je ne vais pas y arriver" est difficile pour beaucoup.

[Marina] Pour un candidat qui a vécu cela, est-ce que retenir cette information ne fragilise pas le matching avec le futur poste ?.

15:00 La transparence comme outil de matching

[Audrey] Je pense au contraire qu'il faut être sincère, surtout avec un chasseur. Dire "voilà ce qui s'est passé, je n'ai pas réussi à poser mes limites, j'ai quitté mon entreprise, mais maintenant je sais comment réagir" est une force.

[Audrey] Cela m'aide énormément. Certains adorent travailler sous pression et finir tard tous les soirs sur de gros dossiers M&A. Si j'ai un client qui a besoin de quelqu'un au taquet en permanence, je ne vais pas y envoyer quelqu'un qui sort d'un burnout et veut travailler différemment. Ces personnes ne veulent pas "moins" travailler, elles veulent travailler "mieux", de manière cadrée et choisie. Elles adorent leur travail, mais refusent de finir à 2h du matin tous les soirs dans une situation déplorable.

[Audrey] J'ai l'exemple d'une directrice juridique qui est retournée dans son entreprise après quelques mois d'absence. Elle a analysé que la pression venait d'elle-même et qu'elle adorait ses collègues et son management. Elle a repris dans de bonnes conditions, ce que j'ai trouvé très courageux. Par contre, si l'environnement est toxique ou anxiogène, il ne faut surtout pas y retourner.

20:00 L'évolution des critères : l'équilibre vie pro / vie perso

[Marina] C'est précieux ce que tu dis car beaucoup craignent d'être perçus comme "la dépressive du coin". Dans le milieu juridique, les chiffres de l'épuisement, notamment chez les avocats, sont affolants. Constates-tu une différence entre juristes et avocats ?.

[Audrey] Je chasse les avocats pour les faire aller en entreprise. Tous veulent un meilleur équilibre vie pro/vie perso. En entreprise, on ne travaille pas forcément moins, mais il y a plus de prévisibilité. En cabinet, l'avocat subit l'urgence du client qui appelle le vendredi soir pour le lundi matin. En entreprise, un gros dossier de fusion-acquisition se prépare. Les juristes sont prêts à donner un coup d'accélérateur pendant quelques semaines car ils sont investis dans le projet, mais c'est anticipé.

[Marina] Il y a 20 ans, cet équilibre n'était jamais évoqué. On sent une vraie évolution dans les critères de choix des candidats, hommes comme femmes.

[Audrey] Absolument. C'est devenu totalement démocratisé depuis le Covid. Avant, je conseillais aux candidats d'attendre d'avoir une proposition avant de parler de télétravail pour ne pas se porter préjudice. Aujourd'hui, je ne tiens plus du tout ce discours. Hier encore, un directeur fiscal me disait : "J'adore mon travail, mais je veux voir mes enfants et certains soirs je partirai tôt pour aller à l'école". C'est désormais un sujet systématique dans les briefings de poste avec les clients.

25:00 Gérer les "trous" du CV : factualiser l'arrêt maladie

[Marina] Qu'en est-il du CV ? Les arrêts pour burnout durent souvent entre 3 et 18 mois. Faut-il montrer ce "trou" ou le maquiller ?.

[Audrey] Que ce soit pour un tour du monde, un congé maternité ou un burnout, mon conseil est de présenter les choses de manière factuelle. Dites : "J'ai été arrêté un an, j'ai eu un burnout, maintenant ça va beaucoup mieux et je suis ravi d'être là pour mon prochain projet". Ne passez pas un quart d'heure dessus. J'ai déjà eu des personnes qui se mettaient à pleurer en entretien ; c'est humainement dur car on a envie de les consoler, mais mon rôle reste celui de recruteur. Présentez cela simplement, sans trop d'affect.

[Audrey] Un directeur fiscal m'a dit : "J'ai eu des soucis de santé, j'ai monté une entreprise qui n'a pas marché, et je reviens à la fiscalité car j'adore ça". En une phrase, c'est réglé. Je n'ai pas besoin d'en savoir plus et le recruteur non plus. Cela banalise l'événement sans nier sa gravité.

30:00 Valoriser la reconstruction : bilan de compétences et outplacement

[Marina] Nous conseillons souvent de mentionner un "bilan de carrière" ou un "outplacement" pour montrer que la période a été mise à profit pour réfléchir.

[Audrey] C'est un excellent conseil. Cela montre que la personne sait se remettre en question et qu'elle arrive avec une position assumée et réfléchie sur son parcours. C'est très positif.

[Marina] En 2025, est-ce que les employeurs et les DRH sont prêts à entendre cela ?.

[Audrey] Pas tous, et c'est dommage. Pourtant, une personne qui a géré un burnout a développé des compétences de résilience et de priorisation. Elle sait dire "non" quand les délais ne sont pas tenables et elle protège mieux ses équipes. Si un manager ou une entreprise n'est pas capable d'entendre ce qui s'est passé dans votre vie, c'est peut-être tout simplement qu'ils ne sont pas faits pour vous. Ce n'est pas grave, il y aura d'autres opportunités.

35:00 Conclusion : oser aller vers les recruteurs

[Marina] Merci Audrey pour ta transparence. Je pense que cela va aider beaucoup de gens qui n'osaient pas candidater à cause de cette période.

[Audrey] Merci Marina pour l'invitation. J'espère que ces conseils pourront aider. Rappelez-vous que c'est un "match" mutuel.

[Marina] Merci infiniment Audrey. N'hésitez pas à partager cet épisode à vos proches. Soutenez-nous avec des petites étoiles sur Apple Podcast ou Spotify. À très bientôt et surtout, prenez soin de vous.

Animé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.

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