Fanny Marais. Hypersensibilité & travail : comment bien vivre sa singularité ?

Podcast
Saison 3
Ep 100
36 min
Marina Bourgeois
Publié le
April 18, 2025
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À quoi s'attendre ?

Hypersensible : bien vivre sa singularité au travail !

Emotions décuplées, sensorialité exacerbée, montagnes russes émotionnelles, empathie particulièrement développée... cela vous parle ? Vous faites peut-être partie des hypersensibles.

Longtemps considérée comme un défaut ou une fragilité, la sensibilité élevée est en voie de "réhabilitation". De nombreuses initiatives fleurissent ça et là pour y contribuer. A l’initiative du Docteur en psychologie Saverio Tomasella, l’hypersensibilité a même une journée qui la célèbre, chaque 13 janvier (en France et dans les territoires francophones).

Les ouvrages et articles sur le sujet se sont multipliés ces derniers mois. L'hypersensibilité arrive même en entreprise et, plus largement, dans le monde du travail.

Mais de quoi s'agit-il vraiment ? Qui sont ces hypersensibles ? La vie est-elle plus compliquée pour ces femmes et ces hommes vivant leurs émotions et leurs sens plus fortement que "la moyenne" ? Quel est l'impact de cette hypersensibilité sur la carrière ?

Dans ce nouvel épisode, j'ai le plaisir de recevoir Fanny Marais, co-directrice de l'Observatoire de la sensibilité, coach et auteure du livre "Hypersensible. 10 séances d'autocoaching pour bien vivre sa singularité au travail " paru récemment dans la collection My Happy Job des éditions Vuibert.

Fanny s'est découverte hypersensible lors de sa reconversion. Après 12 ans dans le marketing à différents postes de management, elle s'est passionnée pour le sujet et en a fait son métier sujet. Elle nous explique ce qu'est la vie d'un.e hypersensible, et comment faire de ce trait de personnalité une force, au travail et dans la vie tout court.

Eloge de la singularité...

Bonne écoute !

Transcription

00:00 Introduction : l'hypersensibilité, de l'ombre à la lumière

[Marina] Bonjour à tous, ici Marina Bourgeois, fondatrice d'Oser rêver sa carrière. Je suis ravie de vous accueillir pour ce nouvel épisode. Comme vous le savez, ce podcast propose des interviews d'hommes et de femmes au parcours de vie inspirant qui, je l'espère, vous aideront dans vos questionnements de vie et de carrière. Hypersensibilité, haute sensibilité, sensibilité élevée : il y a encore quelques années, la notion était peu connue du grand public. Pourtant, selon Elaine Aron, une personne sur cinq naît avec une sensibilité exacerbée. Ces derniers mois, la thématique a envahi la presse et les librairies avec des auteurs comme Fabrice Midal ou Raphaëlle Giordano. L'hypersensibilité fait aujourd'hui son entrée dans le monde du travail. Pour en parler, j'ai invité Fanny Marais, codirectrice de l'Observatoire de la Sensibilité, qui vient de publier Hypersensible : comment bien vivre sa singularité au travail. Bonjour Fanny et merci d'avoir accepté mon invitation.

[Fanny] Bonjour Marina, merci à toi de m'accueillir.

04:30 Le parcours de Fanny : du luxe à la découverte de soi

[Marina] Ma première question pour rentrer dans le vif du sujet : es-tu toi-même hypersensible ?

[Fanny] Alors, il semblerait en effet que je sois assez hypersensible. On m'en a parlé pour la première fois en 2017, quand j'ai quitté mon dernier emploi de salariée. J'ai contacté une RH pour un coaching, et elle m'a tout de suite orientée vers une spécialiste des profils hypersensibles. Au début, je n'ai pas compris ce qu'elle voulait me dire, mais au fil des mois, je me suis emparée du sujet par des recherches et des rencontres. Je me suis finalement formée au coaching avec Fabrice Michaud, puis j'ai rencontré Saverio Tomasella qui m'a proposé de reprendre l'Observatoire de la Sensibilité avec Élodie Crépel.

[Marina] Que faisais-tu avant cette bascule ?

[Fanny] J'ai travaillé pendant 13 ans dans deux groupes très différents. J'ai passé cinq ans chez France 24, une chaîne d'info internationale qui se lançait. C'était une ambiance start-up, très jeune, ma famille de cœur. Ensuite, je suis allée chez Chanel dans le luxe. C'est là que j'ai découvert les ressources humaines en étant responsable du développement des talents, avant de repartir vers le marketing événementiel.

10:00 Définir l'hypersensibilité : les trois piliers

[Marina] Avec le recul, vois-tu cette hypersensibilité dans tes expériences passées ?

[Fanny] Oui, je me suis rendu compte que j'avais toujours eu ce sentiment de décalage, même pendant mes stages. Je devais « apprendre » les codes de l'entreprise qui semblaient évidents pour les autres. À l'époque, je pensais avoir un côté rebelle, mais c'était autre chose. Pour définir la notion simplement, je parle de trois points saillants : une charge sensorielle, une intensité émotionnelle et une ébullition des pensées.

[Marina] Est-ce ce qu'on appelle l'hyperesthésie ?

[Fanny] Exactement. L'hyperesthésie, c'est quand un ou plusieurs des cinq sens sont exacerbés. L'intensité émotionnelle, ce sont les montagnes russes, mais c'est aussi une grande empathie. Enfin, l'ébullition des pensées vient du fait que nous sommes très stimulés, en externe et en interne, ce qui fait que nos pensées bouclent très rapidement.

16:00 Le diagnostic : sortir du sentiment de décalage

[Marina] Peut-on s'autodiagnostiquer ?

[Fanny] On le ressent d'abord. On se demande pourquoi on vit les choses différemment ou pourquoi certains événements nous impactent plus que nos collègues. L'hypersensibilité n'est pas une pathologie, c'est un trait de caractère. Il existe des tests, comme celui d'Elaine Aron sur les « personnes hautement sensibles ». On critique parfois le terme à cause du préfixe « hyper » qui peut sonner négativement, c'est pourquoi on préfère parler de haute sensibilité.

[Marina] C'est un cheminement pour se reconnaître ainsi, j'imagine.

[Fanny] Oui, c'est un besoin de se dire qu'on n'est pas « zinzin ». Beaucoup de gens ne trouvent pas de réponse chez les psychologues classiques et viennent vers le coaching pour travailler spécifiquement sur cette dimension de leur personnalité dans le cadre du travail.

22:00 Hypersensibilité et Haut Potentiel : les nuances

[Marina] Comment différencier l'hypersensibilité du Haut Potentiel (HPI) ? Est-ce lié ?

[Fanny] On dit souvent que les HPI sont, dans leur grande majorité, hypersensibles. En revanche, tous les hypersensibles ne sont pas HPI. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : environ 2,5 % de HPI contre 31 % d'hypersensibles dans la population mondiale. Ce qui différencie vraiment le HPI, c'est la vitesse de traitement des informations et des connexions cérébrales.

[Marina] Et quel est le lien avec l'intelligence émotionnelle ?

[Fanny] Ce sont deux sujets distincts. Une personne hypersensible peut manquer d'intelligence émotionnelle si elle n'a pas appris à reconnaître et accueillir ses émotions. Si la perception de soi et l'amour-propre ne sont pas valorisés, la communication émotionnelle sera compliquée. Il faut accepter ses émotions, même la colère, pour en faire une force dans la gestion du stress et la prise de décision.

28:00 Faire de ses émotions des indicateurs de besoins

[Marina] Il y a donc un côté pile et un côté face : une intensité merveilleuse pour le positif, mais plus douloureuse pour le reste.

[Fanny] Tout à fait. Malheureusement, on parle plus souvent du côté face, de l'ombre. On a tendance à juger les émotions alors qu'elles ne sont ni positives ni négatives : ce sont des indicateurs de ce qui se passe en nous et de nos besoins non respectés. La société a du mal à accepter qu'une personne puisse partager sa tristesse ou pleurer au travail. Pourtant, pleurer a un côté guérisseur et salvateur.

[Marina] Existe-t-il des risques de dépression plus élevés chez les hypersensibles ?

[Fanny] Pas forcément. La pathologie vient souvent d'un terrain familial ou éducationnel plutôt que de la personnalité elle-même. Le problème vient souvent de l'éducation, quand on dit à un petit garçon de ne pas pleurer. On nie son ressenti et il engramme que vulnérabilité égale faiblesse, alors que c'est un beau cadeau à faire aux autres.

34:00 L'empathie et l'intuition au service du travail

[Marina] Qu'en est-il de l'empathie ? Est-ce une force ?

[Fanny] C'est une caractéristique majeure. Cela devient un problème quand on n'arrive plus à dissocier ses propres émotions de celles des autres, comme une éponge. Il faut apprendre à mettre des limites. Mais l'empathie permet aussi de s'intéresser à des causes globales et à l'intérêt général.

[Marina] On parle aussi d'intuition et de créativité.

[Fanny] L'intuition passe par des signaux physiques ou des évidences mentales sur la confiance à accorder à quelqu'un ou à une structure. Quant à la créativité, c'est penser en dehors de la boîte. Malheureusement, les entreprises cherchent souvent des profils innovants pour ensuite leur demander de rentrer dans le rang, ce qui est un vrai sujet de tension.

38:30 Perfectionnisme et environnement de travail

[Marina] Au cabinet, on voit beaucoup d'hypersensibles en épuisement professionnel car ils veulent trop bien faire et ne savent pas poser de limites.

[Fanny] C'est le perfectionnisme bloquant. On s'attarde sur des détails parce qu'on est surstimulé par l'environnement. Il faut se demander ce qui est vraiment important dans une tâche pour gagner en efficacité. L'environnement est crucial : le bruit, les interactions permanentes ou même le trajet dans un métro bruyant peuvent épuiser. Le télétravail a été une véritable aubaine, surtout pour les 30 % d'hypersensibles qui sont introvertis.

[Marina] Pour finir, comment cultiver ce petit trésor qu'est l'hypersensibilité ?

[Fanny] Il faut d'abord l'apprivoiser en définissant quel type d'hypersensible on est : plutôt sensoriel, émotionnel ou mental ? Une fois qu'on a identifié son talent — que ce soit l'empathie ou l'intuition — on peut le mettre au service de sa vie professionnelle.

[Marina] Un immense merci Fanny pour ces informations précieuses. Je recommande la lecture de ton livre aux éditions Jouvence. Prenez soin de vous et à très bientôt.

Animé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.