
C'est un épisode un peu particulier que je vous propose aujourd'hui puisque - pour une fois - ce n'est pas moi qui pose les questions mais Laura Pouliquen, animatrice du podcast L'aléa.
Je réponds à ces questions relatives au changement de voie :
- Quel est le bon moment pour changer ? Comment faire ?
- Changer ou non après un burn-out ?.
- Changer pour entreprendre ?
Vaste programme ;-).
Bonne écoute !
[Marina] C'est un épisode un peu particulier que je vous propose aujourd'hui puisqu'il s'agit d'une interview inversée, un petit peu comme l'arroseur arrosé. En effet, j'ai été interviewée il y a quelques mois par Laura Pouliquen du podcast LAL. Laura m'a questionnée sur les bons choix professionnels : comment les faire ? Comment cela se passe-t-il concrètement ? Bonne écoute.
[Laura] Bonjour Marina, est-ce que tu peux commencer par te présenter s'il te plaît ?.
[Marina] Avec plaisir Laura. Donc moi je suis Marina Bourgeois, j'ai 41 ans, je suis la maman d'un préado de 11 ans. Par ailleurs, je dirige la société Oser Rêver sa Carrière, un cabinet dédié à la transition professionnelle et à l'épuisement professionnel. J'accompagne au quotidien des personnes en plein questionnement sur la suite de leur carrière et de leur vie, ainsi que des personnes ayant essuyé un burnout et qui souhaitent retourner au travail sans rechuter.
[Laura] La question que je me pose, c'est finalement : comment savoir si on doit changer de job ?.
[Marina] C'est une vaste question. Plusieurs signes peuvent alerter. Le premier, c'est clairement le manque d'enthousiasme. Quand il y a une baisse qui se fait brusquement ou de façon latente, c'est que quelque chose cloche. L'idée n'est pas de changer pour changer, mais de savoir s'il s'agit d'une lassitude passagère ou d'un questionnement profond nécessitant une introspection.
[Marina] Deuxièmement, il y a la petite voix intérieure. Si elle vous dit depuis un moment « je ne suis pas tout à fait à ma place » et qu'elle persiste, il faut l'écouter. Sinon, on se retrouve en situation de dissonance cognitive : on n'est plus en phase avec ses croyances, on n'est plus congruent. Le risque est de passer à côté de sa vie, mais aussi de commencer à somatiser. La boule au ventre le matin, l'angoisse du dimanche soir, les lumbagos à répétition... le corps manifeste l'insatisfaction que l'esprit ignore.
[Marina] Il y a aussi ce que j'appelle le « confort inconfortable ». En surface, tout va bien : bonne rémunération, collègues sympas, job pas trop pénible... mais on sent que quelque chose dysfonctionne. On se sent piégé dans une cage dorée. On a peur de perdre son train de vie, on se dit que c'est la crise, mais l'insatisfaction perdure.
[Marina] La question du manque de sens est capitale. Quand on n'est plus en phase avec les valeurs de son entreprise, l'aigreur s'installe. On devient jaloux des gens épanouis, et on a l'impression d'attendre le week-end ou les vacances pour « vraiment vivre ». On devrait vivre pleinement tous les jours, même si la vie n'est pas un long fleuve tranquille.
[Laura] On peut voir parfois l'entrepreneuriat comme un mythe extraordinaire, alors que ce n'est pas forcément fait pour tout le monde. Comment savoir si c'est fait pour nous ?.
[Marina] Il y a un vrai fantasme autour de l'entrepreneuriat. C'est bien d'idéaliser pour passer à l'action, mais attention : cela nécessite une énorme endurance physique et mentale. On pense qu'on gagne en liberté totale, mais si l'on est plus libre dans son organisation, on devient économiquement dépendant de ses clients et du marché. C'est une aventure excitante, pleine d'adrénaline, mais il faut y aller avec une dose d'insouciance pour prendre le risque, tout en étant prévenu des écueils.
[Laura] Et comment gère-t-on la vie de famille et les obligations financières ?.
[Marina] Il n'y a pas de recette miracle. L'important est que l'aventure entrepreneuriale s'emboîte bien dans un projet de vie. Il faut communiquer avec son entourage, prévenir les « parties prenantes » que l'on sera moins disponible certains mois. Ceux qui ne vivent pas l'aventure ne peuvent pas comprendre l'engagement que cela suscite. Il faut déléguer au maximum pour décharger la mule et éviter l'épuisement inhérent au démarrage.
[Laura] Et si on a envie d'entreprendre mais qu'on n'a pas d'idée ?.
[Marina] Soit on a déjà le cap, soit on peut se tourner vers des mécanismes comme la franchise pour rejoindre un réseau préexistant. D'autres partent de leurs propres besoins constatés en entreprise pour créer une solution. Mais l'idée est de ne pas entreprendre juste pour entreprendre : il faut un projet solide.
[Laura] Quelles sont les problématiques majeures de tes clients ?.
[Marina] La première, c'est la peur : peur du changement, de l'inconnu, du manque financier. C'est un yoyo émotionnel, des montagnes russes entre joie et angoisse. Vers la fin du processus arrive souvent le syndrome de l'imposteur : « Suis-je légitime ? ». Pour le contrer, on travaille sur la compétence. On identifie les lacunes et on va chercher la formation nécessaire, qu'elle soit longue ou courte (CPF, MOOC, auto-apprentissage). Aujourd'hui, l'information est partout, ce qui est difficile, c'est d'y consacrer du temps.
[Laura] Quelles sont les étapes concrètes pour changer de job ?.
[Marina] D'abord, une phase de préparation mentale : dégager du temps pour introspecter. Il faut aller vers l'inspirationnel : écouter des podcasts, lire des récits de reconversion pour réduire la peur. Ensuite, il faut relier son histoire : comprendre ce qui a pêché dans le passé pour dessiner son projet de vie futur.
[Marina] Il faut ensuite identifier ses talents et ses valeurs pour cibler le bon environnement. Enfin, passer à l'exploration : échanger avec des pros et faire de l'immersion (via des partenaires comme Test Métier) pour voir l'envers du décor et casser le fantasme. C'est un cheminement qui demande de ne pas se précipiter.
[Marina] Si on change, c'est pour avoir du mieux, pour que la vie d'après soit plus chouette que celle d'avant.
[Laura] Merci beaucoup Marina.
[Marina] Merci à toi Laura. J'espère que cette interview inversée vous a plu. À très bientôt et surtout, prenez soin de vous.