
Dessiner sa carrière, bâtir une trajectoire professionnelle sur-mesure et qui nous ressemble, cultiver sa pluralité tout en restant aligné grâce à un fil rouge très fort... c'est ce challenge qu'a réussi Fabienne Broucaret, notre invitée du jour ! Fabienne a 41 ans. Elle a démarré sa carrière en tant que journaliste. Elle crée rapidement son propre média My Happy Job dédié à la qualité de vie au travail avant de se faire racheter, puis de basculer dans le salariat en devenant rédactrice en chef de trois médias dédiés à ses sujets de coeur. Comment est-elle parvenue à se créer une carrière pleinement alignée ? Comment a-t-elle identifié et suivi son propre fil rouge pour évoluer ? Ce sont ces questions que nous soulevons aujourd'hui.
Dans cet épisode, nous parlons notamment de sens, d'impact, de psychologie, d'écriture de livres, d'équilibre de vie, de journalisme, de presse féminine, de dev perso', de reconversion, de QVT, de salariat, d'entrepreneuriat, de sport, d'activités plaisir, de ressources humaines, de bien-être au travail, de santé mentale, de cycles de vie, d'alignement et de sentiment d'accomplissement.
Bonne écoute !
[Marina] Chers auditeurs, bienvenue dans le podcast Cheminement animé par l'équipe Oser Rêver sa Carrière. Je suis Marina Bourgeois, codirigeante du cabinet et vous souhaite une très bonne écoute. Mon invitée du jour s'appelle Fabienne Broucaret. Fabienne, je la connais depuis longtemps puisque l'on a eu des points de connexité au niveau du travail. Fabienne a 41 ans et elle s'est créé une carrière sur mesure avec un véritable fil rouge dont elle va vous parler aujourd'hui. Elle est aujourd'hui, en 2025, rédactrice en chef de Courrier Cadre, de Rebondir et de l'Officiel de la Franchise. Je suis ravie de l'accueillir. Hello Fabienne.
[Fabienne] Salut Marina. Ça va très bien, je te remercie. Et toi, comment vas-tu ?
[Marina] Et bien écoute, ça va, ça va. Je suis très contente de t'accueillir parce que ça fait des années qu'on fait des petites choses ensemble et c'est un honneur de t'avoir sur le podcast pour te permettre de te raconter. Je trouve ton parcours très intéressant. Est-ce que tu peux nous parler de ton fil rouge de carrière ? Comment as-tu mené tes décisions ?
[Fabienne] Le plaisir est partagé. Pour commencer, j'ai toujours voulu être journaliste, depuis le collège et le lycée. C'était mon objectif après mes études. J'ai fait plein de stages et j'ai démarré assez rapidement dans la presse. J'ai passé une dizaine d'années dans les médias, internet et presse écrite, soit à mon compte, soit en rédaction. C'était très intéressant car je touchais à tout : psycho, société, monde du travail, sport... Et puis au bout de 10 ans, j'ai pris la décision de me mettre à mon compte en fondant ma boîte, parce que je perdais du sens dans mon travail au quotidien.
[Fabienne] Le fil rouge de ce passage de journaliste à entrepreneur, c'était d'exercer cette profession comme moi j'en avais envie. L'utilité, le sens et l'impact me guident vraiment. J'ai fondé My Happy Job, un média en ligne dédié à la qualité de vie au travail (QVT). Après 5 ans, j'ai intégré la start-up Moodwork qui a racheté My Happy Job, puis je suis retournée dans la presse avec l'envie de nouveaux défis. Je suis quelqu'un qui n'aime pas s'ennuyer, qui adore créer même en étant salariée.
[Marina] C'est un média qui a super bien marché, nous avons d'ailleurs écrit dedans. C'est une belle réussite. Comment cela s'est passé au démarrage pour monter My Happy Job en 2016 ?
[Fabienne] Je quittais un groupe de presse où j'avais perdu du sens. On faisait du journalisme "en masse", il fallait écrire beaucoup pour faire du clic, peu importe si les sujets étaient intéressants. Ça ne m'allait pas. Je me posais des questions sur la reconversion, la quête de sens. À l'époque, je voyais que les entreprises bougeaient sur les sujets de QVT et de nouveaux types de management. En ligne, il n'y avait que des choses très RH institutionnelles ou des blogs trop ciblés. En partant, je ne voulais pas devenir fleuriste ou boulangère, je n'avais pas d'autre passion dévorante. Je me suis dit : je vais essayer de faire un média avec du contenu de qualité, brique par brique.
[Fabienne] L'idée était de toucher autant les salariés que les managers ou les dirigeants. My Happy Job a grandi au fil des années. Au début, j'étais toute seule avec mon développeur freelance. Puis le modèle de financement s'est enrichi avec des partenaires, un annuaire, des conférences. On a même lancé une collection de livres. Le Covid a été un accélérateur car le confinement a mis en avant le télétravail et la santé mentale. Voir que ce site a eu un impact sur des gens pour changer de vie ou parler de QVT dans leur boîte, c'était exactement ce que je voulais.
[Marina] Tu as réussi ce pari extraordinaire de parler aussi bien aux entreprises qu'aux particuliers, au B2B comme au B2C. C'était novateur.
[Fabienne] Ce n'était pas commun. Je me disais que si on est salarié ou freelance, on a tous un rôle à jouer pour le bien-être au travail. On a adopté un ton accessible et pratique, pas trop rigide. J'ai vu que mon audience était très féminine, peut-être parce que les femmes se sont emparées plus tôt de ces sujets. Mon expérience dans la presse féminine a été une super école : ça m'a appris qu'on peut avoir une forme sympa tout en gardant un fond très sérieux.
[Marina] Tu es une personne très travailleuse et endurante. Comment as-tu tenu en termes d'énergie ? L'entrepreneuriat est un marathon. Comment as-tu géré l'équilibre avec tes deux enfants ?
[Fabienne] Comme tout le monde, j'ai fait des erreurs au début. J'étais passionnée par ce projet créé de A à Z. La première année, j'étais dedans non-stop. J'avais du mal à prendre des congés alors que j'étais à mon compte. C'est tout le paradoxe de l'indépendant. J'avais des enfants en bas âge : l'avantage était de pouvoir les chercher ou ne pas bosser le mercredi, mais le travers était de bosser le soir quand ils dormaient ou pendant leurs siestes le week-end. Le temps pour moi a manqué.
[Fabienne] Au bout d'un an ou deux, j'ai réalisé que je posais des jours pour les enfants, mais jamais pour moi. J'avais du mal à caser le sport. À partir de la deuxième année, j'ai commencé la journée par un footing. J'ai appris qu'on peut dire non à certains clients ou les faire attendre ; partager ses contraintes passe généralement très bien. Ce qui aide à tenir, c'est de voir l'audience grandir et recevoir des messages de lecteurs. J'ai appris la sagesse pour durer. J'ai aussi fini par m'entourer de pigistes réguliers, d'une illustratrice... Ça fait du bien de ne plus être seule.
[Marina] Ta personnalité a aussi joué. Pour t'avoir vue évoluer, je sais que tu fédères beaucoup de gens autour de toi.
[Fabienne] Ça joue énormément. J'ai aujourd'hui un réseau qui va au-delà de simples collègues, c'est un cercle professionnel soudé. Si je sollicite quelqu'un pour une chronique ou un webinaire, ils sont presque toujours partants. My Happy Job ne servait pas ma petite personne, mais le sujet de la QVT en général. Ce volet collectif a permis des projets que je n'aurais jamais menés seule. Et j'ai maintenu mon sport ! Je fais du tennis une fois par semaine. Une fois que l'habitude est là, même si on est fatigué, on en ressort boosté. Il faut trouver ces petits temps de déconnexion.
[Marina] Comment la proposition de rachat par la start-up Moodwork est-elle venue ?
[Fabienne] On travaillait déjà ensemble sur certaines collaborations. C'était un acteur bien installé, ce qui était sécurisant. Je m'entendais très bien avec les deux fondateurs, on partageait les mêmes valeurs. Ça faisait 5 ans... Pour faire évoluer le site, il fallait soit lever des fonds, soit avoir des salariés. Le rachat était la meilleure solution pour donner une autre envergure au site. Moodwork a un pôle de recherche avec des psychologues, ce qui était un gage de qualité. Ils m'ont laissé mon indépendance, c'était très chouette.
[Marina] As-tu ressenti une fierté particulière au moment de vendre ton "bébé" ?
[Fabienne] Oui, une grande fierté car je n'y aurais jamais pensé en lançant ça dans mon salon en 2016. C'est gratifiant de voir que le projet continue d'exister au-delà de ma personne. Le fait de rester salariée chez eux pendant un an et demi était important pour moi, pour ne pas lâcher trop tôt et participer à sa croissance.
[Marina] Et ensuite, tu es redevenue rédactrice en chef. Comment s'est fait ce saut chez CD Média ?
[Fabienne] Au bout d'un moment, ça commençait à ronronner. Fin 2022, je me suis posé des questions et j'ai été contactée pour Courrier Cadre, Rebondir et l'Officiel. La fiche de poste réunissait ma vie d'avant et My Happy Job. J'ai retrouvé le plaisir de la presse classique avec les sujets du monde du travail que j'adore. J'ai retrouvé une autonomie incroyable. Je n'aurais pas pu retourner dans un grand groupe avec des décisions lentes. Ici, on est à taille humaine. On me laisse carte blanche pour lancer des podcasts comme "Good Job" ou "Les Petits Cailloux". Quand tu as été entrepreneur, c'est génial d'avoir un studio et des compétences en interne pour mettre tes idées en œuvre.
[Marina] Te verrais-tu réentreprendre un jour ?
[Fabienne] Pourquoi pas. La vie est faite de cycles. Je m'écoute beaucoup : je ne pourrais pas rester dans un poste où je m'ennuie. Pour l'instant, je suis très bien, mais je ne m'interdis rien pour l'avenir. Mon expérience avec My Happy Job a été si positive que d'autres projets pourraient naître.
[Marina] Pour finir, comment définirais-tu le sentiment d'accomplissement ?
[Fabienne] Pour moi, c'est l'alignement. Se sentir à la juste place en termes de sens et de responsabilité. C'est repenser à ses aspirations de jeune adulte et se dire qu'on a dépassé ses propres espérances. Mais attention : s'accomplir professionnellement ne doit jamais prendre toute la place. J'ai des enfants, des amis, j'adore voyager. Il est hors de question de sacrifier ma santé ou ma vie pour un travail. On n'est pas que son travail. L'un nourrit l'autre : parce que je suis épanouie dans ma vie, je le suis au bureau.
[Marina] Merci Fabienne. On attend avec impatience ton nouveau livre en septembre, alors ?
[Fabienne] Oui, il sortira en septembre, je ne serai pas seule à l'écrire. J'adore écrire, c'est un projet qui me tient à cœur.
[Marina] Mille merci Fabienne. L'épisode est terminé, j'espère qu'il vous a enrichis. N'hésitez pas à nous soutenir avec des petites étoiles sur Apple Podcast ou Spotify. Prenez soin de vous.