
L'équipe Oser Rêver Sa Carrière était au Salon Nouvelle Vie Professionnelle en novembre dernier. J'ai eu l'occasion d'y animer une conférence sur l'épuisement professionnel, ses signaux, ses conséquences et la prévention de la rechute.
Encore merci à tous(tes) les participant(e)s pour votre présence, votre attention et vos retours d'expérience très précieux.
Bonne écoute !
Marina
[Marina] Bonjour à toutes et à tous, merci beaucoup d'être là pour cet atelier. Il s'agit de décortiquer un petit peu ensemble le mécanisme de l'épuisement professionnel, le burnout, de le comprendre, d'identifier ses manifestations et de voir quelques clés pour rebondir et se reconstruire derrière. Je me présente rapidement : je m'appelle Marina Bourgeois et je codirige avec Caroline Averti le cabinet Oser Rêver sa Carrière. Nous intervenons sur deux domaines : la transition de carrière et le burnout, aussi bien en accompagnement qu'en formation pour les consultants. Nous travaillons pour des particuliers et des entreprises, et j'anime également le podcast Cheminement dédié à ces thématiques.
[Marina] L'idée de ce temps ensemble est double. Pour ceux qui sont en zone rouge ou en surchauffe, c'est de vous expliquer ce qu'est l'épuisement pour accroître votre vigilance et vous éviter d'aller "dans le mur". Pour ceux qui ont déjà traversé ce tsunami, c'est de vous rappeler les signaux pour éviter la récidive, qui est malheureusement fréquente, et vous donner des clés de reconstruction. L'objectif est de vous amener vers une écologie personnelle : comment se remettre au centre et reprendre soin de sa santé physique et mentale.
[Marina] C'est un sujet tabou. Les personnes qui toquent à notre porte se sentent souvent honteuses ou "faiblardes" d'avoir chuté. C'est paradoxal car on parle beaucoup de risques psychosociaux (RPS) ou de qualité de vie au travail (QVT), mais dire que le travail nous use reste extrêmement difficile. Se murer dans le silence est la première erreur car cela renforce le système de souffrance. Il faut trouver un lieu exutoire, que ce soit auprès d'un ami, d'un collègue ou d'un professionnel de santé.
[Marina] On a identifié trois raisons à ce tabou. D'abord, dire qu'on est fatigué semble accuser l'organisation ou le management, ce qui fait peur. Ensuite, il y a un tabou sociétal sur la souffrance psychique. Enfin, il y a cette croyance erronée que le burnout est réservé aux "maillons faibles", à ceux qui n'ont pas tenu le coup. C'est totalement faux. Aujourd'hui, les chiffres sont affolants : 44 % des salariés sont en détresse psychologique et 2 millions d'actifs sont en burnout sévère. Vous n'êtes pas seuls. Les plus touchés sont les femmes, les parents isolés, les managers et, depuis la crise, les jeunes de moins de 25 ans.
[Marina] Le burnout n'est pas une simple fatigue, ce n'est pas une grippe ni une jambe cassée. C'est un chaos technique. On parle d'épuisement quand il y a une surcharge partout : surmenage, surinvestissement, sans zone de récupération. On peut fonctionner comme ça des mois, voire des années, sans oxygène, jusqu'à la surchauffe. C'est un mécanisme de glissement. Le stress chronique nous fait passer en pilotage automatique, on a l'impression d'être dans un tunnel et on commence à dysfonctionner. Le risque, c'est l'effondrement total où l'on ne peut plus fonctionner ni au travail, ni à la maison. Parfois, un syndrome dépressif s'ajoute au burnout, ce qui alourdit encore la charge. C'est la résultante d'un capital énergétique totalement consumé : il n'y a plus d'essence dans la voiture.
[Marina] Pour comprendre ce qui se passe physiologiquement, il faut parler du cortisol, l'hormone du stress. Elle est utile pour gérer un danger ou une situation ponctuelle. Mais quand le stress est permanent, le corps en fabrique trop, jusqu'à ce que cela devienne toxique. La nature étant bien faite, pour vous protéger, le corps finit par stopper brutalement cette production. C'est pour cela que certaines personnes ne peuvent plus sortir de leur lit un lundi matin ; ce n'est pas une exagération, c'est une réalité physiologique. Si vous êtes fatigué, ne vous contentez pas d'un bilan sanguin classique pour le fer ou le magnésium. Demandez à votre médecin de mesurer votre cortisol à 8h du matin, c'est un excellent indicateur de votre état de stress ou d'épuisement.
[Marina] Contrairement aux idées reçues, les profils à risque sont les "bons élèves" : des gens bosseurs, endurants, loyaux, perfectionnistes, qui ont du mal à dire non. Ce sont des personnes pour qui la valeur travail est centrale dans leur identité, ce qui rend la chute d'autant plus dure qu'elles perdent leurs repères. Le plus dangereux est le sentiment d'invulnérabilité : on pense qu'on peut tenir deux mois de plus, jusqu'au prochain dossier. Faire l'autruche est un risque énorme. Savoir s'écouter est vital.
[Marina] Les signaux physiques commencent par la fatigue persistante : c'est quand le repos (nuits, weekends, vacances) ne permet plus de récupérer. Le sommeil se dérègle (insomnies, réveils anxieux à 4h du matin), l'alimentation change (sauts de repas ou compensations sucrées), et les troubles musculosquelettiques (TMS) apparaissent comme les lumbagos ou torticolis à répétition. On tombe malade tout le temps car le système immunitaire baisse. À un stade avancé, tout devient agression : le bruit, la lumière.
[Marina] Psychiquement, on observe une irritabilité, une humeur changeante et des réactions disproportionnées. On décharge son stress à la maison, ce qui fragilise le couple et la famille. On ressent la "boule au ventre" dès le dimanche après-midi et on a l'impression de se noyer dans un verre d'eau. Comportementalement, on devient maladroit, on fait des erreurs inhabituelles, on multiplie les courts arrêts maladie sans s'arrêter vraiment, et on augmente son amplitude horaire pour compenser la perte de concentration. On entre dans une logique de contrôle dangereux : vitamines le matin pour performer, anxiolytiques le soir pour dormir. On finit par abandonner tout ce qui fait le sel de la vie (loisirs, amis) et, plus grave, on néglige sa propre santé en annulant ses rendez-vous médicaux.
[Marina] Quand on est au bout du rouleau, l'arrêt maladie est indispensable. La moyenne se situe entre 3 et 18 mois. S'arrêter 3 jours est un non-sens quand on est usé. L'extraction doit être totale : physique et digitale. Ne restez pas isolés, informez vos proches, montrez-leur des documentaires comme "La mécanique du burnout" pour qu'ils comprennent ce que vous vivez. Écoutez votre médecin s'il vous dit de vous arrêter.
[Marina] Une fois que l'énergie revient un peu, il faut travailler sur sa "part imputable". Ce n'est pas votre faute, mais c'est de votre fait. Il faut comprendre pourquoi vous avez accepté de vous enliser sans freiner, sinon vous repartirez "comme en 40" sur le prochain poste. Posez-vous les bonnes questions : comment ai-je envie de vivre ? Quelles limites dois-je poser ? Comment remettre le travail à sa juste place ?. C'est une rééducation profonde du rapport au travail.
[Marina] Je vous propose un exercice : le carré de vie idéal. Divisez une feuille en quatre : vie personnelle, vie sociale, vie intérieure (santé, valeurs) et vie professionnelle. Pour chaque carré, notez ce que vous vous souhaitez vraiment pour l'avenir. Chaque élément devient un mini-projet. Si vous retournez travailler, ne présumez pas de vos forces. La remontée est sinusoïdale, avec des jours "avec" et des jours "sans". Le bénévolat est une excellente transition pour retrouver un sentiment d'utilité sociale.
[Marina] Si vous reprenez votre poste, exigez un mi-temps thérapeutique et des points réguliers avec les RH. Si vous voulez partir, sachez que l'entreprise finit souvent par accepter une rupture conventionnelle après un long arrêt. N'hésitez pas à consulter un avocat pour une heure (80 à 150 €), il fera rempart entre vous et l'employeur, vous évitant un retour anxiogène dans les locaux. Vous pouvez aussi négocier un outplacement pour préparer votre futur projet. Enfin, définissez vos critères non-négociables : c'est votre boussole. Si un poste ne les coche pas, n'y allez pas car le risque de récidive est trop grand. Prenez soin de vous, c'est le plus important.