
De mon invitée du jour, vous ne connaîtrez que le prénom, l'âge et le parcours professionnel. Son nom de famille - tout comme son visage - resteront confidentiels. Pourquoi ? Parce que son métier exige une confidentialité absolue.
Ségolène est détective.
Cette profession atypique, Ségolène l’a choisie comme deuxième carrière après avoir été responsable de la communication dans un grand groupe américain. Une reconversion vers un métier qui intrigue souvent et suscite de nombreux fantasmes...
Bonne écoute !
Marina
[Marina] Bonjour à tous, ici Marina Bourgeois, fondatrice de Oser Rêver sa Carrière. Je suis ravie de vous accueillir pour ce nouvel épisode. Comme vous le savez, le podcast Oser Rêver sa Carrière, ce sont notamment des interviews d'hommes et de femmes au parcours de vie inspirant et qui, je l'espère, vous plairont et vous aideront dans vos questionnements de vie et de carrière. Très bonne écoute.
[Marina] Je suis toute excitée pour tout vous dire à l'idée de cet épisode. Mon invité du jour exerce effectivement un métier dont beaucoup rêvent et sur lequel il y a aussi beaucoup de fantasmes puisqu'elle est détective privé. Et oui, rien que ça. Son métier exige évidemment beaucoup de confidentialité. Je ne vous donnerai donc que son prénom. Elle s'appelle Ségolène et son âge, elle a 43 ans. Ce métier, Ségolène l'a choisi comme deuxième carrière après avoir été responsable de la communication dans un grand groupe américain. C'est une reconversion vers un métier donc complètement atypique et qui intrigue souvent. Alors Colombo, Sherlock Holmes, comment devient-on détective ? En quoi cela consiste vraiment ? C'est à ces questions que Ségolène nous répond aujourd'hui. Bienvenue, bienvenue dans le podcast Ségolène.
[Ségolène] Merci Marina.
[Marina] Je te le disais en préparation, j'étais vraiment très excitée à l'idée de te recevoir. Je ne sais pour tout te dire que très peu de choses sur ton métier et donc j'ai vraiment hâte de t'écouter et de le faire découvrir. Alors on va peut-être revenir au début, Ségolène, avant d'être détective, que faisais-tu ?
[Ségolène] Euh donc, j'ai été pendant 15 ans salariée dans un grand groupe de communication. Je suis rentrée toute jeunette dans ce groupe et j'ai évolué à différents différents postes. Euh j'ai appris énormément de choses et surtout la relation client, voilà, qui est essentielle et qui me sert beaucoup encore aujourd'hui. Ça a été une super école en terme de formation. J'ai adoré cette période, mais je suis également aujourd'hui contente d'être passée à autre chose.
[Marina] Ouais ouais puis tu as un métier, j'imagine très très excitant évidemment. On va en parler. Alors pourquoi à un moment donné de ta carrière tu fais ce switch et tu pars vers le métier de détective ? Est-ce que tu peux nous expliquer quel a été ton cheminement ?
[Ségolène] Bien sûr. Alors donc j'étais encore salariée dans ma boîte et puis bah je voilà, ça faisait 15 ans que j'y étais. Euh le métier avait évolué, l'ambiance aussi. Donc je me disais bon, il était peut-être temps que que je passe à autre chose. Donc j'ai vraiment éprouvé le besoin de tourner une page. Ça a pu se faire en bonne entente avec mon employeur. Donc c'était c'était super. Et en fait c'est arrivé à un moment de ma vie également personnel où bah il y a toujours des des petits moments où où on se pose des questions. Voilà et puis ben on n'obtient pas les réponses.
[Ségolène] Euh et puis bah je me suis rendu compte en fait que ne pas avoir de réponse enfin c'était un c'était un vrai sujet en fait et et ça ça empêchait d'avancer aussi bien dans voilà dans sa vie privée, dans sa vie pro. Et je me suis dit mais en fait apporter des réponses enfin je j'ai trouvé ça hyper intéressant en fait comme démarche voire nécessaire et du coup je me suis dit bah voilà je je vais essayer déjà de répondre aux miennes et d'essayer d'avancer personnellement et puis bah voilà je chemin faisant je me suis dit bah en fait bah j'en ferai bien mon métier et bah détective privé c'est vraiment le métier par excellence qui permet d'apporter des réponses.
[Marina] Oui, complètement, complètement. Ça a beaucoup de sens du coup en effet par rapport à ce moment que tu as vécu de questionnement. Alors, dis-moi, détective privé, qu'est-ce que c'est ? Parce que évidemment et moi comme tout le monde hein, moi je suis pleine de fantasmes sur ce métier. Je le disais en intro, je pense à Colombo, je pense à Miss Marple, je pense à Sherlock Holmes. Mais alors très concrètement, qu'est-ce qu'on fait ?
[Ségolène] Alors déjà, contrairement à ce qu'on pourrait penser, c'est un métier très sérieux. J'insiste vraiment sur ce point-là parce que on voit effectivement quand on dit on est détective, bah on voit les étoiles dans les yeux, c'est fantasme mais concrètement au quotidien c'est très sérieux, ça repose essentiellement sur du droit et on intervient que dans un cadre légal bien défini en amont avec nos différents clients. Donc on est on est sollicité par des entreprises, des particuliers, des collectivités locales ou des associations et notre notre champ d'intervention, en fait le but de notre intervention concrètement, c'est de collecter des preuves de manière légale qui pourront être administrées en justice après. Donc c'est vraiment très concret, très sérieux. Voilà.
[Marina] Oui, c'est vrai. Tu as raison. C'est vrai qu'il y a toujours un côté en tous les cas le côté insolite, fun et cetera du métier le rend peut-être parfois moins conforme à ta réalité à toi. Concrètement, quel est le type de mission que tu réalises ? Comment ça se passe ? Tu es mandatée. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu les thématiques, les missions que tu fais au quotidien ?
[Ségolène] Bien sûr. Alors bah ça change selon la typologie de nos clients. Donc je le disais, on intervient aussi bien pour les particuliers, pour les entreprises. Pour les particuliers, ça va être par exemple des problèmes de de garde d'enfant, de séparation, d'abus de faiblesse. C'est c'est pas des sujets très drôles, hein, tu vois. Euh, on peut intervenir aussi sur des recherches de personnes, voilà, des conflits familiaux, des sujets en lien avec le patrimoine ou des héritages.
[Ségolène] Pour ce qui est des entreprises, on sera plus par exemple sur de la concurrence déloyale, sur du non-respect de contrat, sur ce qu'on appelle du coulage en entreprise, c'est par exemple du vol en entreprise dans les entrepôts, tu vois, par exemple, des choses comme ça. Euh donc, il y a il y a vraiment un un un panel assez intéressant et important. Voilà, on peut intervenir sur beaucoup de sujets. Concrètement, nous dès lors qu'il y a un préjudice subi par un mandataire, on peut intervenir. Voilà, il faut qu'il y ait un préjudice et un lien juridique entre notre mandataire et l'enquêté sur lequel on pourra intervenir plus tard. Et ben, on est légitime pour intervenir, voilà, pour travailler sur cette enquête.
[Marina] D'accord. Et toi en pratique, est-ce que tu as plus de mandants particuliers ou entreprises ? Ou c'est vraiment les deux ?
[Ségolène] Alors ça varie assez en fait. Alors après moi je suis en région parisienne. En région parisienne on a quand même beaucoup d'entreprises. Euh donc on est assez sollicité effectivement par les entreprises. Je trouve que ces derniers mois plus particulièrement, j'ai l'impression qu'il y a une certaine prise de conscience peut-être des entreprises parce que mine de rien les sujets sur lesquels on intervient bah c'est un un des vrais on va dire des vrais questionnements, des vrais sujets financiers on va dire et qui qui peuvent être assez importants au final pour les entreprises. Je prends par exemple un collaborateur qui est en arrêt maladie.
[Marina] J'allais te poser la question. Super.
[Ségolène] Voilà. Oui, depuis des mois voire des années. Et bien cette personne concrètement elle coûte à l'entreprise mais également à la sécurité sociale par exemple et elle empêche l'entreprise de le remplacer au poste et du coup bah ça ça porte préjudice aussi aux autres collaborateurs sur lesquels voilà les tâches sont réparties ou des choses comme ça. Et ben là je trouve que ces derniers mois, ces dernières années, il y a une vraie prise de conscience et les entreprises agissent et font appel au détective privé bah pour faire en sorte en fait que cette situation s'arrête.
[Marina] Est-ce que ça a été notamment lié à la crise Covid et au fait qu'il y a eu peut-être enfin nous quand on voit les stats en tous les cas sur l'année 2022 des arrêts maladies, c'est vrai que ce sont des chiffres ultra impressionnants. Est-ce que toi ton analyse c'est cette période-là aussi qui a éveillé l'intérêt pour les entreprises d'être plus vigilantes sur ces points-là ?
[Ségolène] Oui. Oui. Oui. Clairement, je pense qu'il y a une vraie prise de conscience sur le coût des choses. Sur les arrêts maladies ou ne serait-ce également que la le non-respect des contrats, le travail dissimulé. Euh je sais pas s'il y a une incidence aussi avec le télétravail. Voilà, ces nouveaux rythmes. On travaille plus du tout de la même manière qu'il y a 2-3 ans. Voilà, donc le monde du travail a évolué. Peut-être également qu'il y a un changement de mentalité de la part des salariés, des collaborateurs. Donc voilà. Donc tout ces faits et ben font en sorte effectivement que les détectives sont assez sollicités par les entreprises pour mettre fin à des situations qui mine de rien pèsent aussi bien sur l'organisation que sur leurs finances.
[Marina] D'accord. Et alors très concrètement, si on reprend par exemple ce cas de la personne qui est en arrêt maladie, est-ce que toi tu vas faire une filature ? Moi je t'imagine avec ton appareil photo, avec des jumelles dans une voiture en train de fumer deux paquets de cigarettes. Je rigole bien sûr, mais tu vois dans l'image d'Épinal du détective ?
[Ségolène] Ouais. Bah clairement oui. La tout ce qu'on appelle voilà la surveillance et la filature, c'est effectivement l'un des outils très utilisés par les détectives, par les enquêteurs. Donc, tout d'abord, avant de commencer une mission, on prend certaines précautions auprès de nos clients. On s'assure de la légitimité de la demande, on peut faire en amont des recherches sur internet pour essayer de trouver des informations qui viendront étayer notre dossier. Et après, effectivement, on intervient sur le terrain.
[Ségolène] Donc sur le terrain, on fait voilà, on commence par de la surveillance pour essayer de voir bah comment ça se passe, essayer de définir un emploi du temps. Tout ça toujours dans un cadre bien légal et bien défini avec le client. Euh et puis bah au fur et à mesure de nos constatations et ben notre mission va évoluer. On sera effectivement amené à faire de la filature, potentiellement ce qu'on appelle des enquêtes de voisinage. On pourra aller interroger différents acteurs que l'on rencontrera au fur et à mesure de notre mission et bah voilà toutes nos actions, elles nous permettront d'étayer notre dossier, d'apporter les preuves qui permettront à notre client d'agir potentiellement en justice. Et alors oui, pour répondre à ta question, effectivement, on a un appareil photo, des caméscopes, voilà, on peut avoir quelques gadgets également qui vont nous permettre d'être assez discrets dans nos agissements.
[Marina] C'est quoi ces quelques gadgets ? Tu penses à quoi ?
[Ségolène] Bah par exemple, enfin moi j'ai des lunettes avec des caméras intégrées. Tu vois des choses comme ça. Voilà. Le but étant qu'on soit le plus discret possible quand même. Après, on va pas les filmer dans des lieux privés, on fait vraiment toujours très attention de la manière dont on utilise nos outils. C'est hyper important parce qu'on ne perd jamais de vue la finalité : apporter des preuves qui pourront être exploitées par notre client en justice.
[Marina] Et une mission en règle générale dure combien de temps en moyenne ?
[Ségolène] Alors ça va dépendre. Pour un particulier, c'est généralement plus court. Donc concrètement nous ce que l'on vend ce sont des heures. Donc notre client arrive avec un sujet, on se dit bon voilà de par notre expérience et de par le contexte — un petit peu chaque mission est unique — et de par le contexte de celle-ci et ben on va définir un package d'heures voilà qui vont nous permettre soit de poser les premiers jalons à cette enquête et éventuellement de l'étoffer après ou alors bah si on est chanceux bah très vite en fait on aura les éléments.
[Ségolène] Pour ce qui est par exemple des entreprises, on va être sur des problématiques souvent plus longues et plus complexes. On peut être sur des semaines de travail en fait vraiment étalées dans le temps. Après, on va pas intervenir 5 jours par semaine pendant 8 semaines, mais ça peut être plusieurs jours et puis on revient dans 2 semaines. Voilà, on fait toujours attention à ce qu'on appelle la proportionnalité. On doit quand même respecter les droits du salarié, la vie privée des gens. Le but, c'est pas de surveiller les personnes 24 heures sur 24.
[Marina] Est-ce que la réalité de terrain que tu vis aujourd'hui correspond à l'image que toi tu te faisais du métier au moment où tu as décidé de te reconvertir ?
[Ségolène] Alors pas du tout, j'avoue. Alors déjà, ma reconversion a commencé par bah déjà je suis retournée sur les bancs de l'école pendant un an. Pour être détective, il faut suivre une formation. On a deux universités ou deux écoles qui proposent ces formations. Donc moi, pendant un an, je suis retournée sur les bancs de l'école. Voilà, bah faut se remettre en condition. On était une petite trentaine dans ma promo. Le plus jeune avait 18 ans, le plus âgé devait avoir 43-44. On se rend compte très vite en fait du sérieux du métier et de la complexité de celui-ci. Il faut être solide pour faire ce métier.
[Marina] Et pourquoi ? Qu'est-ce qu'il faut encaisser ?
[Ségolène] Bah déjà c'est un métier qui apporte beaucoup d'adrénaline au quotidien mais qui également potentiellement peut être dangereux en fait hein parce que des fois on se retrouve dans des situations soit dans des quartiers un petit peu chauds, confrontés avec des personnes qui se rendent compte qu'il y a potentiellement quelqu'un qui est derrière. Ça arrive voilà de de se faire ce qu'on appelle "détronché". Bah là potentiellement les on ne sait pas comment les personnes peuvent réagir et généralement si on tombe sur des personnes assez sanguines bah voilà le contexte peut vraiment chauffer.
[Marina] Ça t'est déjà arrivé ?
[Ségolène] Alors moi personnellement non je me suis jamais sentie personnellement menacée mais une fois effectivement sur une mission qui a duré 2 semaines ben en fait on était sur un point de deal en fait. Donc sur le coup voilà, c'était un peu tendu, un peu chaud. Dans ces cas-là, c'est quand même un atout d'être une femme dans ce métier. Parce qu'on ne nous soupçonne pas. J'étais avec un confrère, lui par contre, ça a été problématique, les gens ont été le voir tout de suite. Moi, j'ai jamais été embêtée.
[Marina] Et si tu te fais démasquer, ou "détronché", est-ce que tu dois interrompre ta mission ?
[Ségolène] Bah disons que c'est compliqué de la poursuivre après. Clairement. On fait tout bien sûr pour ne pas l'être. On insiste sur le fait qu'on a besoin de savoir tout le contexte auprès du client parce que si on omet de nous dire des choses, bah ça peut nous mettre en danger sur le terrain. Pendant la formation, on nous teste aussi là-dessus, sur notre capacité à résister à la pression. On a commencé à 32, on a fini à moins de 25.
[Marina] Les disciplines dans ce type de formation, c'est plutôt quoi ?
[Ségolène] Et ben, on apprend effectivement beaucoup de droit. On est sur du droit civil, droit de la famille surtout, et droit du travail bien sûr. C'est une profession réglementée, on dépend du CNAPS qui est sous tutelle du ministère de l'Intérieur. Il faut un agrément et une carte professionnelle.
[Marina] Est-ce que tu as un jugement quand tu files une personne, par exemple adultère, ou un salarié qui ne respecte pas son arrêt ?
[Ségolène] Bah, je dois pas avoir de jugement et c'est tout l'intérêt du détective. Notre métier, c'est apporter des preuves, collecter de l'information. On doit se baser que sur des faits et relater des faits. Nous ne sommes pas là pour juger. On intervient dans un cadre juridique. Souvent les clients pleurent au téléphone quand ils nous racontent leurs histoires, c'est tout l'intérêt d'avoir cette distance émotionnelle. Après, pour le savoir-être, c'est à nous de trouver les mots, de peser les mots. C'est un métier très humain.
[Marina] Quelles sont les qualités pour exercer ?
[Ségolène] Faut avoir un certain aplomb, être naturel, rester simple. La discrétion est un impératif. Pour ce qui est de moi personnellement, je gagne mieux ma vie qu'avant. Tout en travaillant différemment. J'ai quand même plus de temps libre qu'avant. Plus de flexibilité dans mon agenda. Certaines fois bah je vais me retrouver à faire des journées de 12-17h pendant 4-5 jours et puis bah la semaine d'après, j'aurai pas de mission. Il n'y a pas de routine.
[Marina] Comment on évolue ? Toi tu as 43 ans, dans 20 ans, on reste détective à vie ?
[Ségolène] C'est un métier qu'on fait souvent en seconde carrière. On trouve beaucoup d'anciens policiers ou militaires. Après, on peut se spécialiser, par exemple dans la cybersécurité ou intégrer des grands groupes. Moi pour ma part, je pense pas que ce soit un métier que j'exercerai jusqu'à ma retraite car c'est un sacré rythme. Mais ça reste passionnant d'apporter des réponses pour que les personnes puissent avancer. Je me sens utile.
[Marina] Grand grand merci Ségolène. Alors moi j'ai beaucoup de chance puisque là, pendant l'enregistrement, moi je te vois mais nos auditeurs et auditrices ne sauront absolument rien sur toi. Je te remercie beaucoup d'avoir pris le temps. Je sais que nos accompagnés vont être hyper contents d'entendre une vraie détective parler du métier. Un grand merci.
[Ségolène] Avec plaisir, Marina et merci beaucoup pour ta sollicitation.
[Marina] À bientôt. L'épisode est terminé. J'espère que cette interview vous a plu et que d'une façon ou d'une autre, elle vous a enrichi. N'hésitez pas à la partager à vos proches et à nous soutenir sur les réseaux sociaux. À très bientôt et surtout prenez soin de vous.