
Le flow, les talents et vous
Nous ne sommes pas habitués à parler de nos talents. Nous avons plutôt l'habitude de parler de compétences, de soft skills ou de hard skills... Mais quid de nos talents ? De quoi s'agit-il exactement ? En quoi les identifier est-il utile, notamment pour trouver sa voie ou un job ? Comment les (re)connaître et les valoriser malgré la culture d'humilité dans laquelle nous baignons toutes et tous malgré nous... ?
Nous répondons à toutes ces questions avec Caroline Averty, ma super partner in crime et co-auteure du livre Trouver Sa Voie.
Au menu : flow, bien-être, épanouissement personnel et professionnel, pleine conscience, talents, compétences, connaissances, zones d'aisance, souffrance au travail, burn-out et même... anatomie canine & wedding cake... ;-).
Bonne écoute !
Marina
[Marina] Bonjour à tous, ici Marina Bourgeois, fondatrice d'Oser Rêver sa Carrière. Je suis ravie de vous accueillir pour ce nouvel épisode. Comme vous le savez, le podcast Oser Rêver sa Carrière, ce sont notamment des interviews d'hommes et de femmes au parcours de vie inspirant et qui, je l'espère, vous plairont et vous aideront dans vos questionnements de vie et de carrière. Très bonne écoute. Une fois n'est pas coutume, c'est un épisode 100 % Oser Rêver sa Carrière que je vous propose aujourd'hui puisque je reçois Caroline, ma super partenaire. L'objectif de cet épisode est de vous expliquer en quoi et à quel point travailler sur vos talents peut être particulièrement aidant dans bien des domaines, que ce soit professionnel ou personnel. Premièrement, c'est utile pour trouver votre voix quand vous êtes dans le flou artistique total. Deuxièmement, pour reprendre confiance en soi après une pause (épuisement, maladie, congé parental). Enfin, cela évite de se sentir imposteur en arrivant sur un nouveau poste. Bref, c'est un vaste sujet. Hello Caroline.
[Caroline] Coucou Marina.
[Marina] Ça va ?.
[Caroline] Ça va bien. Écoute, je suis ravie de ce premier podcast toutes les deux. On a fait beaucoup de choses ensemble depuis 5 ans mais c'est la première fois qu'on fait l'exercice du podcast.
[Marina] C'est le premier et je suis sûre le premier d'une longue série. Alors, on est là pour parler talent. On utilise beaucoup cette notion en accompagnement. On peut peut-être démarrer par une définition ?.
[Caroline] Oui, c'est une bonne idée. On ne met pas tous la même définition derrière ce mot. Quand j'étais RH, un talent c'était quelqu'un avec un potentiel d'évolution particulier. J'avais un biais. Pour d'autres, c'est une disposition artistique ou créative alors que c'est beaucoup plus vaste. J'ai l'habitude de différencier le talent de la compétence, de la qualité ou de la connaissance. J'explique souvent cela sous forme d'un gâteau à l'américaine, un wedding cake. La première couche, ce sont les connaissances : le socle théorique appris à l'école ou par passion (comme l'œnologie). L'étage du dessus, ce sont les compétences, les savoir-faire : ce que l'on a appris à faire, souvent désigné par un verbe d'action (recruter, gérer un budget, manager). Le troisième niveau, ce sont les qualités, le savoir-être : comment on fait les choses (empathique, créatif, rigoureux). Le talent se situe au-delà : c'est notre vraie force, notre zone d'aisance.
[Marina] On doit déconstruire l'idée qu'un talent nécessite une passion artistique. On en a tous. Il y a aussi cette culture de la modestie européenne qui rend difficile le fait de dire "je suis talentueux". Aux États-Unis, on focus beaucoup plus dessus, alors qu'ici, ça fait presque peur.
[Caroline] C'est pour ça qu'il faut déconstruire cela culturellement. On nous a appris à ne pas trop briller pour rester humble. Mais à force d'être trop modeste, on ne repère plus ce qu'on fait bien et on n'ose plus demander d'augmentations ou d'évolutions. Prendre conscience qu'on active un talent est un vrai déclencheur pour la confiance en soi.
[Marina] Identifier, connaître et reconnaître ses talents permet d'ouvrir le champ des possibles, de partager de nouvelles choses avec les autres.
[Caroline] C'est une thématique très riche qui nous connecte à la singularité des gens. Je remplace souvent le mot talent par le mot "force". Ce sont des aptitudes naturelles où l'on est particulièrement doué. Savoir réunir des personnes pour créer un collectif, c'est un talent. Prendre la parole avec humour ou être extrêmement organisé, ce sont des talents. Pour les trouver, c'est un faisceau d'indices.
18:00 Le Flow : Quand le temps se suspend
[Marina] Et il y a ce fameux Flow, F-L-O-W.
[Caroline] Oui, un concept théorisé par Mihaly Csikszentmihalyi dans les années 70. C'est un état, une sensation corporelle que l'on éprouve quand on fait une activité où l'on se feeling particulièrement bien, où le temps passe hyper vite. On se sent compétent, ni ennuyé ni surstressé, juste à la bonne place. On oublie même parfois de manger.
[Marina] On dit souvent que c'est proche d'un état méditatif de pleine conscience. On relève la tête et 2 heures sont passées. C'est la suspension du temps.
[Caroline] Quand on est dans cet état de Flow, c'est qu'un ou plusieurs talents sont activés. C'est précieux pour l'orientation professionnelle car on va rechercher cet état dans un futur job. Il y a une dimension énergétique, une petite étincelle qui s'allume. On lâche les chevaux.
[Marina] C'est la force de l'évidence, une fluidité où l'on n'est pas en sur-effort ou en sur-adaptation. C'est s'autoriser à prendre du plaisir dans l'action.
[Caroline] C'est très corporel. On a fait une séance collective récemment et les participants ont décrit des signaux : de la chaleur qui irradie, une énergie qui circule plus fort, ou l'ouverture du plexus solaire.
[Marina] Moi j'entends souvent des mots comme "zénitude" ou "excitation positive". Dans la littérature, le Flow est associé au "no stress" : les manifestations du stress se calment et la tension diminue.
[Caroline] Il faut être attentif à ces moments-là, au travail comme à la maison, car nos talents ne s'arrêtent pas à la porte de l'ascenseur. Quelqu'un de créatif le sera partout.
[Marina] Le grand danger, c'est quand les talents sont étouffés ou annihilés. C'est là qu'on se sent à la mauvaise place, ce qui peut mener au burnout ou à une insatisfaction profonde.
[Caroline] C'est comme une étincelle éteinte, un encéphalogramme plat. Parfois, on vous reproche même vos talents. J'ai eu une accompagnée dynamique à qui l'on demandait d'être "lisse". Ce qu'on vous reproche (le "trop" ceci ou cela) cache souvent un talent. Mais une fois qu'on reconnecte avec ses talents, on peut parfois simplement "crafter" son job actuel plutôt que de tout plaquer.
[Marina] C'est l'histoire de cette juriste qui n'osait pas demander à manager car elle n'avait pas le diplôme. Elle sentait qu'elle avait ce talent. Elle a osé en parler à son boss et c'est désormais acté.
[Caroline] C'est tout un chemin. On remonte loin, jusqu'à l'enfance. Que faisiez-vous bien enfant ? Vers quoi alliez-vous spontanément ?. L'enfant va vers ce qui lui plaît. Une personne me disait qu'elle faisait des patrons pour ses poupées "comme tout le monde", mais non, tout le monde ne sait pas faire ça !. Il faut demander aux proches, aux frères et sœurs. Souvent, on y trouve un fil rouge. Regardez aussi les feedbacks spontanés : ce sur quoi on vous complimente et où vous répondez "Oh c'est rien, c'est facile".
[Marina] Pourquoi vos amis vous sollicitent-ils ? Si on vous appelle 20 fois pour organiser des soirées, ça dit quelque chose.
[Caroline] Exactement. Qu'est-ce que vous ne pouvez pas vous empêcher de faire même si on ne vous a rien demandé ?. Comme cet ami qui ne peut pas s'empêcher de vouloir réparer la lampe du frigo chez les autres car son talent manuel le démange.
[Caroline] On peut avoir 3, 4 ou 5 grands talents. On excelle quand on les combine. C'est ce que Stéphane Diétré appelle "faire danser les talents ensemble", comme une valse harmonieuse. J'aime aussi leur donner des titres, les personnifier : "la gardienne du temple" pour la rigueur financière, ou "le financier aventurier" pour celui qui aime défricher à l'étranger.
[Marina] C'est une quête de soi essentielle, surtout après un burnout ou un harcèlement qui a brisé l'estime de soi. Se réemparer de ses talents, c'est se réemparer d'un morceau de soi.
[Caroline] C'est fondamental pour construire une estime de soi pérenne, car la confiance en soi est fluctuante, mais l'estime de soi est profonde.
[Marina] Merci Caroline. On mettra toutes les références (Stéphane Diétré, Thierry Dubois) sous l'épisode. À bientôt et surtout prenez soin de vous.