
Anne-Christine, alias Chrys, a 53 ans. Depuis des années, elle cumule deux métiers. Non pas pour des raisons alimentaires mais pour le plaisir ! Elle fait partie de cette catégorie d'actifs que l'on appelle aujourd'hui "les slasheurs". Cultivant leur pluralité, ils préfèrent cumuler plutôt que choisir.
Dans cet épisode, nous parlons de choix de vie, de maman solo, de séparation, d'instinct, d'endurance, d'aviation, de voyages, de la communauté gitane, d'entrepreneuriat, du rallye des gazelles, du crabe, d'éducation canine et même de broderies marocaines !
Bonne écoute !
Pour découvrir le travail de Chrys et son entreprise Animal Spirit Institut, cliquez ici.
[Marina] Avancer, douter, reculer, hésiter, choisir, réussir, chuter, rebondir. Ce sont ces mouvements de la vie que nous traversons toutes et tous que je questionne dans ce podcast. Je suis Marina Bourgeois et je reçois à mon micro des invités au parcours de vie singulier, mouvants, parfois fracturés, mais surtout inspirants. Bienvenue dans le podcast Cheminement. Mon invitée du jour s'appelle Chrys, elle a 53 ans et possède deux métiers. Elle jongle depuis des années entre son métier d'hôtesse de l'air et une activité en lien avec les chiens. C'est ce qu'on appelle une "slasheuse". Hello Chrys !
[Chrys] Merci Marina de m'inviter dans ton émission.
[Marina] C'est un plaisir partagé. Dis-moi, à quel moment as-tu décidé que le métier d'hôtesse de l'air n'était plus suffisant pour ton épanouissement ?
[Chrys] Dès le départ, Marina. Je savais que j'allais adorer ce métier, mais que le challenge ne serait pas suffisant et que j'en aurais vite fait le tour. J'avais besoin de me réaliser ailleurs.
[Marina] Tu avais déjà l'univers canin en tête à l'époque ?
[Chrys] Pas du tout. Je suis passée par plein de phases. Je suis devenue hôtesse par opportunité ; c'est ma maman qui m'a poussée là-dedans car j'étais un "électron libre" et il fallait me cadrer. La directrice de l'école m'avait bien cernée : elle m'avait fait miroiter les avantages du métier, mais aussi le temps libre qu'il laissait pour faire autre chose. Ma première idée a d'ailleurs été de devenir pilote de ligne, mais j'ai vite réalisé que j'avais trop de retard à rattraper.
[Marina] Tu as eu d'autres idées avant les chiens ?
[Chrys] Oui, j'ai créé une marque de vêtements en 1994, "Christine Boni". Je venais de rentrer chez Air France et j'étais tombée amoureuse du Maroc, de ses broderies et de ses tissus. J'ai lancé des caftans et des boléros qui marchaient super bien. Ça a duré quatre ans, mais j'ai fait de grosses erreurs de gestion et de commercialisation qui m'ont fait plonger. J'avais 24 ans, je n'écoutais personne, même les bons conseils. Mais je ne regrette rien, j'ai appris énormément.
[Marina] Et après cette expérience de mode ?
[Chrys] Je suis arrivée sur ma trentaine et j'ai eu mon fils. Il est devenu ma priorité absolue. Je me suis séparée très vite du papa et je ne voulais pas passer à côté de son éducation. Ma priorité était son bien-être avec mon métier d'hôtesse, sans famille à proximité.
[Marina] Comment as-tu organisé ta vie professionnelle autour de ton fils ?
[Chrys] J'ai quitté le long-courrier pour le court-courrier. Je culpabilisais trop d'être loin en escale. En court-courrier, je volais énormément et c'était répétitif, mais j'étais là presque tous les soirs. C'était le mieux que je puisse faire. C'est aussi pour cela que je n'ai pas évolué dans la hiérarchie. Pour devenir chef de cabine, on perd sa priorité d'ancienneté pour les vacances. C'était inenvisageable de ne pas avoir mes vacances avec mon fils. Ce n'était pas une frustration, mais un choix délibéré.
[Chrys] En restant hôtesse, il était obligatoire que je trouve autre chose pour me satisfaire pleinement. Je suis devenue moniteur secouriste pendant cinq ans. Puis, lors d'une crise dans la formation des navigants, je me suis retrouvée sans deuxième activité. On est venu me solliciter pour donner des cours de maths et de français dans la communauté gitane.
[Marina] Un milieu très particulier, je crois ?
[Chrys] Oui, les enfants y sont souvent déscolarisés dès la 6e pour rester dans la communauté. J'ai commencé par donner des cours, puis j'ai repris l'association pour en faire une véritable école privée. Je ne faisais pas de social : les parents payaient une cotisation, ce qui les motivait à suivre le travail des enfants. Pour moi, quand on donne gratuitement, on n'obtient pas de résultats. J'ai fermé cette école en juin 2019.
[Marina] Comment l'univers canin est-il apparu dans ta vie ?
[Chrys] En 2019, j'ai traversé une histoire personnelle très difficile qui a duré cinq ans. J'ai adopté un petit chien, Prada, comme support émotionnel. Je ne connaissais rien aux animaux et je l'ai couvée comme un bébé. Sans le savoir, je lui ai fait beaucoup de mal : j'en ai fait un petit chien sociopathe et agressif.
[Chrys] En 2020, j'ai eu besoin de me reprendre en main et de faire travailler ma tête. Je me suis lancée dans des études de comportementaliste canin. Prada a été mon premier sujet d'étude pendant deux ans. J'ai passé mes diplômes et fait un stage chez "Sans laisse" où j'ai appris la méthode positive et bienveillante. J'ai enfin compris ce qu'était le monde animal. Dans la foulée, j'ai créé Animal Spirit.
[Marina] On s'est rencontrées comme ça, puisque tu m'as aidée avec ma chienne Mistral. Comment jongles-tu entre tes deux activités aujourd'hui ?
[Chrys] Je n'avais pas de doutes car je l'avais déjà fait avec l'école pour enfants. Aujourd'hui, je suis à 50 % chez Air France sur le long-courrier. Je demande un très long vol par mois et un petit vol à côté. Le reste du temps, je suis sur Animal Spirit. Je travaille le soir, les week-ends... je suis une hyperactive, je ne sais pas faire entre-deux.
[Marina] Quel conseil donnerais-tu à ceux qui veulent se lancer dans ce métier ?
[Chrys] Attention à ne pas être des apprentis sorciers. On agit sur le vivant, sur l'animal et sur ses propriétaires. Il faut une solide formation théorique et beaucoup d'humilité. Un chien n'est pas un humain, on ne communique pas de la même manière. C'est une immense responsabilité : quand on me confie un chien, je ne peux pas envisager de ne pas le ramener en bon état.
[Marina] J'ai été surprise par la dimension psychologique de ton travail, ce triangle entre toi, le maître et le chien.
[Chrys] Un bon comportementaliste vient chez vous, car c'est là que le problème se dénoue. Je rentre dans votre famille, dans votre relationnel, sans jugement, pour comprendre pourquoi l'animal est devenu comme ça. On voit d'ailleurs beaucoup de "chiens Covid" aujourd'hui. Ce sont des chiens adoptés pendant le confinement qui ont été coupés de l'humain et de leurs congénères. Ils développent des troubles de l'anxiété et de la séparation car ils sont hyper-attachés à leurs maîtres.
[Marina] On ne se rend pas compte de l'investissement que représente un chien. J'ai même entendu parler de "Pet Blues".
[Chrys] Un chiot, c'est magnifique, mais c'est épuisant. C'est comme un nouveau-né : il faut se lever toutes les trois heures pour la propreté. Si on n'a pas les codes, ça peut devenir source de conflits dans le couple.
[Marina] Comment as-tu trouvé tes premiers clients pour Animal Spirit ?
[Chrys] Par le bouche-à-oreille. J'ai commencé par aider bénévolement un couple avec un chihuahua maltraité. J'ai réussi à le sortir de cette impasse et les gens ont commencé à me recommander. Aujourd'hui, je lance aussi une ligne de laisses et de colliers sur mesure, ultra-légers et fabriqués en France, qui respectent le confort de l'animal.
[Marina] Et pour la suite de ta carrière ?
[Chrys] Ma carrière d'hôtesse est bientôt derrière moi, je pourrais m'arrêter l'année prochaine. Je vais pouvoir me consacrer à 100 % à Animal Spirit. Mais j'ai un autre grand projet : le Rallye des Gazelles en 2026 avec ma copilote Manuella.
[Marina] Vous roulez pour une cause ?
[Chrys] Pour deux causes qui nous tiennent à cœur : la lutte contre le cancer du sein, car nous avons toutes les deux été touchées, et la cause animale avec l'association "Les Quatre Patounes". Ils se battent contre la maltraitance et créent des refuges pour les animaux saisis par la justice avant leur adoption responsable. C'est un projet incroyable qui donne du sens à ce challenge personnel.
[Marina] C'est un superbe projet. Merci Chrys de montrer qu'on peut construire sa vie professionnelle hors des moules standards.
[Chrys] Je dis souvent que je n'ai jamais pris les autoroutes, j'ai toujours pris les chemins de traverse. On se retrouve dans les dunes en 2026 !
[Marina] Merci infiniment Chrys. Prenez soin de vous et à bientôt.