Ce matin-là, c'est l'histoire d'une chute. Gaëlle Josse, auteure

Podcast
Saison 1
Ep 9
40 min
Marina Bourgeois
Publié le
June 22, 2021
Écoutez cet épisode SUR

À quoi s'attendre ?

Ce matin-là : l'histoire d'une chute. D'un burn-out

J’ai eu l’immense plaisir de recevoir l’auteure d’un de mes coups de cœur littéraire de l’année : Gaëlle Josse, écrivaine et poétesse, que vous avez peut-être vu lors de son passage dans l’émission « La Grande librairie » le mois dernier. Elle y était invitée pour parler de son dernier roman, Ce matin là, une pépite d’humanité publiée aux éditions Noir sur Blanc, collection Notabilia.

Ce matin-là, c’est l’histoire d’une chute. Celle de Clara, salariée dans une boîte de crédit à la consommation qui - un matin - ne parvient pas à faire démarrer sa voiture en allant au travail. Et qui ne parvient plus à démarrer elle-même.

Tout lâche. Burn-out. KO total. Des semaines, des mois de solitude, de vide, de chaos s’ouvrent alors devant elle.

Ce matin-là, c’est l'histoire d’un effondrement qui pourrait nous arriver à tous.tes : celui
d’une femme vaillante qui perd pied et qui ne se reconnaît plus. Qui ne s'habite plus.

Un éloge de la fragilité et de la réinvention de soi. Un livre délicat, telle une caresse sur l'épaule de celui qui souffre et qui n’est plus à sa juste place.

Un roman dédié à tous ceux qui tombent …

Bonne écoute !

Marina

Transcription

00:00 Introduction : Ce matin-là, l'histoire d'un effondrement

[Marina] Bonjour à tous, ici Marina Bourgeois, fondatrice de Oser Rêver sa carrière. Je suis ravie de vous accueillir pour ce nouvel épisode. Comme vous le savez, le podcast Oser Rêver sa carrière, ce sont notamment des interviews d'hommes et de femmes au parcours de vie inspirant et qui, je l'espère, vous plairont et vous aideront dans vos questionnements de vie et de carrière. Très bonne écoute.

[Marina] J'ai l'immense plaisir de recevoir l'auteur d'un de mes coups de cœur littéraire de l'année, Gaëlle Josse, que vous avez peut-être vue lors de son passage dans l'émission La Grande Librairie il n'y a pas très longtemps. Elle y était invitée pour parler de son dernier roman Ce matin-là, une pépite d'humanité publiée aux éditions Noir sur blanc. Ce matin-là, c'est l'histoire d'une chute, celle de Clara, salariée dans une boîte de crédit à la consommation qui un matin ne parvient pas à faire démarrer sa voiture en allant au travail et qui ne parvient plus à démarrer elle-même. Tout lâche.

[Marina] Burnout. Des semaines, des mois de solitude, de vide et de chaos s'ouvrent alors devant elle. Ce matin-là, c'est l'histoire d'un effondrement qui pourrait nous arriver à tous. Celui d'une femme vaillante, qui perd pied, qui bascule, vacille et qui ne se reconnaît plus. Un éloge de la fragilité et de la réinvention de soi. Un livre délicat, tel une caresse sur l'épaule de celui qui souffre et qui n'est plus à sa juste place. Bref, un roman dédié à tous ceux qui tombent. Bonjour Gaëlle et merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation.

[Gaëlle] Bonjour, c'est également un grand plaisir pour moi de te rejoindre.

05:00 L'éloge de la fragilité : L'expérience personnelle de la chute

[Marina] Alors Gaëlle, tu ne sais pas encore mais nous avons deux points communs. J'ai vu que tu étais diplômée de droit, ce qui est mon cas également. Et dans l'émission que je citais tout à l'heure, tu disais être intéressée, fascinée par les chutes. Et je t'avoue que moi aussi dans mon petit panthéon personnel figurent notamment Styron, Gill Paris ou Mat Haig. Souvent, ceux qui ont écrit autour de la chute sont des personnes qui l'ont connue. Est-ce que toi tu as connu un passage dans ta vie comme celui qu'a connu Clara, à savoir une chute ?

[Gaëlle] Alors, j'ai connu plusieurs épisodes, oui, très difficiles dans ma vie à différentes époques, à différents âges pour différentes raisons. Je sais ce que c'est de pas pouvoir se lever le matin, je sais ce que c'est d'être en larmes déjà sous la douche. Je sais ce que c'est l'impossibilité d'accomplir les gestes les plus quotidiens. Je sais ce que c'est qu'être au travail et se dire : « S'il ne se passe rien, je crois que je vais mourir ». Voilà, je suis passée par ce genre d'états.

[Marina] Merci Gaëlle pour cette confidence. Tu es l'auteur de nombreux romans récompensés comme Les heures silencieuses ou Noces de neige. Je crois savoir que tu es venue à l'écriture par la poésie.

[Gaëlle] Oui, c'est vrai. Avant mon premier roman, j'avais écrit beaucoup de recueils. La grande différence avec la fiction, c'est que dans la poésie, il n'y a pas d'histoire, pas de personnage. Et ça n'empêche pas de dire des choses très violentes, très crues, très à vif. C'est l'expression de la puissance du langage. Deux mots qui n'ont rien à faire ensemble et qui font exploser la page parce qu'ils provoquent une émotion. Je suis très attachée à cette expression poétique.

08:30 Trajectoire plurielle : Du droit à la psychologie clinique

[Marina] Je m'étais fait la remarque tout au long du livre qu'il y avait beaucoup de grâce. Tu es diplômée de droit, de journalisme et de psychologie clinique. Qu'est-ce qui t'a conduite à suivre ces trois trajectoires si différentes ?

[Gaëlle] J'ai commencé par faire du droit quand on ne sait pas forcément très bien quoi faire. J'aurais adoré étudier les lettres mais à l'époque, les lettres ou la philo, c'était mal vu, on disait qu'il n'y avait pas d'avenir. J'ai donc mené ce diplôme jusque-là. Arrivée au moment de me spécialiser, je me suis aperçue qu'aucun domaine ne me plaisait pour toute une vie. J'ai donc bifurqué vers une école de journalisme pour répondre à ma curiosité du monde. J'ai toujours travaillé dans la communication et le journalisme.

[Gaëlle] La psychologie est venue plus tard. J'ai d'abord fait des démarches personnelles parce que j'avais besoin de régler un certain nombre de choses. Une fois que ça allait mieux, je me suis passionnée pour nos mondes intérieurs et j'ai repris des études en parallèle de mon travail. C'est passionnant parce qu'on est sur la matière vivante, sur l'humain, nos gouffres, nos failles et nos peurs.

12:00 L'analogie de la panne : Quand le micro-incident fait déborder le vase

[Marina] Je reviens à ton roman. Clara, l'héroïne, est une jeune femme salariée dans une société de crédit à la consommation. Un matin, sa voiture ne démarre pas, et elle non plus. J'ai trouvé l'analogie très pertinente : cette voiture qui n'a plus de jus, tout comme cette femme.

[Gaëlle] Oui. Ce qui me frappe, c'est que quand on est dans ces états-là de mal-être et d'épuisement, tout ce qui devrait être de l'ordre du désagrément — c'est déplaisant mais pas un drame — devient un drame total, quelque chose d'insurmontable. C'est un Himalaya qui ne peut plus être franchi et qui va être l'élément déclencheur de cet effondrement.

[Marina] On voit très bien chez Clara que le corps lâche en premier, puis le mental suit. C'est ce triple épuisement émotionnel, psychique et physique.

[Gaëlle] C'est ça que je trouve extrêmement violent dans le burnout, ce côté court-circuit total. À un moment, le corps reprend le pouvoir et dit : « Non, là stop, on arrête tout ». La dépression est souvent beaucoup plus insidieuse, elle se met en place lentement avec des états de mal-être où l'on s'anesthésie peu à peu. Dans le burnout, la seconde d'avant, on est encore debout, mais la seconde où l'on craque, on se retrouve le front écrasé sur son clavier d'ordinateur parce que jusqu'à la seconde d'avant, on pensait qu'on allait y arriver.

[Marina] Peut-être qu'en prenant cette décision, le corps nous sauve la vie même si l'on se retrouve à terre face à des batailles financières ou sociales.

[Gaëlle] Oui, je crois que c'est le moment où l'on se questionne sur sa reconnexion avec soi-même et avec le monde. Ce livre n'est pas tragique, j'ai voulu questionner notre pulsion de vie, ce désir de vie souvent enfoui. Je voulais une héroïne capable de rebondir.

20:00 Les bons petits soldats : Le profil type du burnout

[Marina] Qu'est-ce qui t'a poussée à choisir l'effondrement dû au travail spécifiquement ?

[Gaëlle] Depuis 2 ans, j'ai vu plusieurs personnes proches tomber. Une collègue de bureau, 10 minutes après avoir fait un point avec moi, était roulée en boule dans un coin, effondrée en larmes. C'est d'une violence extrême pour elle et pour les autres qui se demandent ce qu'ils n'ont pas vu. C'est terrible le nombre de personnes concernées. J'ai eu envie de demander : quelle est notre juste place ? Comment la trouver ? Ça nécessite de questionner l'enfant qu'on a été et les choix qu'on a faits.

[Marina] On vit dans un monde complexe avec des injonctions de réussite permanente.

[Gaëlle] Clara se voit comme une gagnante, elle vient d'avoir une promotion. Et pourtant, la fissure s'élargit. Le burnout n'est pas réservé aux personnes fragiles. J'ai l'impression que ce sont toujours les « bons petits soldats » qui sont les plus exposés parce qu'ils serrent les dents et ont à cœur de donner. Ce ne sont jamais les planqués qui craquent, car ils ont des stratégies d'esquive. On demande plus à ceux qui ne disent pas non.

25:00 L'empreinte de l'enfance : La quête de reconnaissance

[Gaëlle] Clara va devoir revisiter son histoire et son besoin de reconnaissance qui remonte à l'enfance. Le regard porté sur nous dans notre petite enfance est déterminant. Est-ce un regard d'amour ou un regard destructeur ? On court souvent après la reconnaissance pour se dire qu'on vaut enfin quelque chose.

[Marina] C'est le syndrome de la bonne élève que l'on transpose dans la vie professionnelle. On reproduit à l'âge adulte des choses de l'enfance. Prendre conscience de cela permet de modifier le programme.

[Gaëlle] L'entourage est fortement impacté. L'amoureux de Clara, qui aime cette femme dynamique et sexy, ne la reconnaît pas quand elle est effondrée en jogging, incapable de peler une pomme. Il perçoit cela comme un danger personnel. Au début, il veut bien faire, mais il y a de la maladresse. On sait qu'il ne suffit pas de dire : « Allez, bouge-toi, il fait beau ». Un mari ou un parent n'est pas forcément un thérapeute.

[Marina] C'est le passage d'un temps saturé à un temps complètement creux, un « chewing-gum sans goût » dont on ne sait que faire.

35:00 La Reverdie : Retrouver l'élan vital

[Gaëlle] Certaines personnes ne se sortent pas de ces situations, il faut le dire. L'issue n'est pas toujours évidente. Mais Clara a une pulsion de vie. C'est une germination souterraine. En hiver, on ne voit rien, mais ça vit sous la terre. C'est la « reverdie », ce mot métaphorique pour le printemps psychologique qui arrive après un lâcher-prise par rapport au temps. Les déclics sont intimes, c'est la petite étincelle entre deux silex que l'on arrive à entretenir.

[Marina] Cela me rappelle Philippe Labro décrivant le moment où sa tartine de confiture retrouve du goût. C'est bouleversant.

[Gaëlle] C'est très juste. La vie revient par ces minuscules choses du quotidien, pas par de grands discours. Ça doit passer par le corps et la chair.

38:00 L'écriture comme excavation : Nouveaux projets littéraires

[Marina] Le processus de rebond semble irréversible. On ne peut plus se mentir, on revient à sa substance originelle. Actuellement, es-tu sur un autre roman ?

[Gaëlle] Je suis encore très sollicitée par Ce matin-là, mais j'ai un nouveau projet autour de la figure du père. C'est mon Himalaya personnel, il faut taper dans le dur. Et j'ai finalisé un recueil de poésie qui sortira en début d'année prochaine.

[Marina] Merci infiniment Gaëlle pour ce temps précieux passé avec toi.

[Gaëlle] Merci de ton accueil.

[Marina] L'épisode est terminé. J'espère que cette interview vous a plu et vous a enrichis.

Animé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.