Catherine Liguti. Quand une rencontre change une vie (redif)

Podcast
Saison 2
Ep 73
42 min
Marina Bourgeois
Publié le
October 25, 2024
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À quoi s'attendre ?

Catherine était avocate dans un très beau cabinet lorsqu’un jour, en
2018 précisément, elle rencontre une femme – Manika – qui modifie le cours de
sa vie et sa vision du monde. Elle a, depuis, changé de v(o)ie.

Dans cet épisode, nous parlons des rencontres qui changent une vie, de notre moi profond, de coup de foudre amical, de choix de vie, de destin et d'écriture. Nombreux.ses sont les français.es à vouloir écrire, surtout depuis les confinements successifs. Catherine raconte les étapes de son cheminement pour y parvenir. Un récit personnel aussi passionnant que celui de Manika.

Bonne écoute !

Transcription

00:00 Introduction : de l'avocature à l'écriture, le destin de Catherine

[Marina] Bonjour à tous, ici Marina Bourgeois, fondatrice d'Oser Rêver sa Carrière. Je suis ravie de vous accueillir pour ce nouvel épisode. Comme vous le savez, le podcast Oser Rêver sa Carrière, ce sont notamment des interviews d'hommes et de femmes au parcours de vie inspirant et qui, je l'espère, vous plairont et vous aideront dans vos questionnements de vie et de carrière. Très bonne écoute. J'ai le plaisir de recevoir aujourd'hui Catherine Gabrielle Liguti. Catherine était avocate dans un très beau cabinet lorsqu'un jour, en 2018 précisément, elle rencontre une femme, Manika, qui modifie le cours de sa vie et sa vision du monde. Elle a depuis changé de vie, mais je ne vous en dis pas plus et vous propose de découvrir son parcours dans ce nouvel épisode. Bonjour Catherine et merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation.

[Catherine] Bonjour, avec plaisir.

[Marina] Catherine, tu as eu une première carrière en tant qu'avocate. Pourquoi, à la base, à l'origine, as-tu choisi l'avocature ?

[Catherine] Alors, ça ne s'est pas imposé à moi. Le droit, ce n'était pas une passion au départ à 18 ans. J'avais plutôt envie de me tourner vers la médecine. Je me suis posé pas mal de questions et j'ai commencé à regarder autour de moi, à parler, à échanger. Et dans ma famille, il n'y a pas de médecin, pas d'infirmière, pas de kinésithérapeute, personne vraiment dans le domaine médical. Du coup, je savais que les études étaient assez longues. Moi, j'avais envie de gagner ma vie assez rapidement et je me suis dit que peut-être le droit, qui est généraliste et qui m'ouvrirait beaucoup de portes, serait plus approprié. Je me suis dit : « Je commence comme ça et je verrai plus tard ». Donc ça a commencé par un choix sans passion, mais je me suis prise au jeu et j'ai été très contente d'exercer quelques années en tant qu'avocate.

06:00 L'adrénaline des grands cabinets et le départ pour l'Italie

[Marina] Tu as été au sein du cabinet Baker & McKenzie, qui est un très beau cabinet. On dit souvent que c'est une belle étiquette sociale. Est-ce que tu as été pleinement heureuse pendant ces années d'avocature ?

[Catherine] Oui, oui, oui. J'ai beaucoup travaillé, mais j'étais là pour ça à l'époque. J'étais célibataire, très focalisée sur mon travail. J'ai beaucoup aimé l'ambiance, la charge de travail, l'adrénaline, tout ce qui allait avec, les rencontres avec les clients... Ça a été vraiment très enrichissant.

[Marina] Et pourtant, à un moment donné, tu quittes ce domaine et ta vie va changer complètement. Est-ce que tu peux nous raconter ?

[Catherine] Alors oui... J'ai travaillé pendant 3 ans et puis après, j'ai rencontré un Italien qui est aujourd'hui mon mari. Il avait beaucoup voyagé et on a décidé de se marier. Comme beaucoup de femmes très amoureuses, je me suis engagée à le suivre. Voilà, donc on a vécu à Milan, on habite aujourd'hui à Rome. J'ai fait des enfants, donc je n'ai pas continué d'exercer en droit. Par contre, j'ai fait plusieurs choses à la fois : j'ai eu mes enfants mais je n'ai pas arrêté de travailler. J'ai fait des investissements financiers dans l'immobilier commercial. J'ai acheté des petites surfaces que j'ai rénovées, que j'ai louées à droite à gauche, ce qui m'a permis d'être indépendante et autonome, ce qui était très important pour moi. Et puis je me suis mise à l'écriture aussi grâce à une belle rencontre. Aujourd'hui, j'écris à temps complet.

12:00 La rencontre avec Manika : un coup de foudre amical à Rome

[Marina] C'est en 2018 précisément, à Rome, que tu rencontres cette femme qui s'appelle Manika. C'est un vrai coup de foudre amical, n'est-ce pas ?

[Catherine] Ouais, vraiment. Elle m'a profondément touchée. On a eu tout de suite une belle complicité et très rapidement, elle m'a dit des choses extrêmement intimes alors que tout nous séparait : du physique à la religion, à l'éducation, au milieu culturel... Tout nous séparait et pourtant je me suis sentie très proche d'elle, très rapidement.

[Marina] Comment l'as-tu rencontrée concrètement ?

[Catherine] C'est une belle coïncidence. Ma prof de yoga m'a téléphoné pour prendre des nouvelles de mon déménagement à Rome. Elle me dit : « Je suis avec ma copine indienne Manika, elle rentre bientôt en Inde. Si tu pouvais éventuellement lui trouver des clients pour des massages, elle pourrait passer 3-4 jours chez toi à Rome avant de repartir ». J'ai dit spontanément : « Si elle veut venir faire du tourisme, on fait connaissance et si elle veut revenir plus tard, avec plaisir ». Une heure plus tard, mon amie me rappelle : « J'espère que tu as prévenu ton mari, elle débarque ! ».

[Catherine] Quand elle est arrivée, l'entrée en matière était bizarre. Elle m'a dit : « Bonjour. Je n'avais pas envie de venir, je suis fatiguée, je dois faire attention financièrement, mais quand on me l'a proposé, j'ai su que je devais te rencontrer. J'ai 3-4 jours pour comprendre pourquoi ». Elle est restée 4 jours à la maison.

18:00 Le récit d'une vie : violence, résilience et spiritualité

[Marina] Vous échangez beaucoup, c'est très intense, au point que quand elle repart, son histoire t'empêche parfois de dormir.

[Catherine] Exactement. Elle n'était pas demandeuse de visites culturelles. On s'est assises à une terrasse et elle a commencé à me raconter sa vie depuis l'enfance. C'était assez curieux cette façon de se livrer en confiance sans me connaître. Elle me racontait des choses vraiment dures, des choses atroces par certains moments, avec un détachement incroyable. Quand je m'indignais de la violence de son mari, elle me disait : « Sa violence est son problème. Si je ressassais, je tomberais malade, je serais en colère. Ce serait moi qui paierais, pas lui ». J'ai beaucoup appris d'elle, de cette force de ne plus penser au passé avec émotion et de prendre les petits plaisirs du quotidien.

[Marina] Et là, tu décides d'écrire son histoire, qui va s'intituler L'incroyable destin de Manika. Est-ce que tu avais déjà eu l'idée d'écrire auparavant ?

[Catherine] J'ai toujours aimé écrire, j'avais un journal intime. Mais là, son histoire m'a un peu traumatisée et fascinée par sa résilience. C'est une femme qui a un instinct de survie, elle médite des heures par jour, elle est très spirituelle. J'en parlais à tout le monde, mon mari n'en pouvait plus ! Mes copines m'ont dit : « Écris son histoire ». Manika m'a dit : « On me l'a déjà proposé mais j'avais peur des représailles car son mari est puissant. Mais toi, je te fais confiance ». C'est donc sa vie romancée.

25:00 Du droit au roman : l'apprentissage de l'écrivaine

[Marina] Comment as-tu fait concrètement ? Écrire un roman est très différent d'une consultation d'avocat.

[Catherine] J'ai rencontré par hasard un coach à l'Institut français de Rome. C'était un réalisateur de théâtre et écrivain. Je lui ai dit que je voulais qu'il m'aide à écrire un récit de vie. Il m'a dit : « Mais vous n'avez jamais écrit ? Vous savez, il faut être très motivé ». Je lui ai répondu : « On essaye et si ça ne marche pas, je retourne boire des cappuccinos en terrasse ! ». Un an plus tard, il a été impressionné par ma volonté d'aller au bout. Je m'étais fait la promesse de finir pour Manika, pour aider peut-être d'autres femmes qui se retrouveraient dans son parcours.

[Marina] Est-ce qu'elle a pu le lire ?

[Catherine] La pauvre Manika ne l'a pas lu car il est écrit en français et on se parlait en anglais. Elle est terriblement frustrée ! Il faudra que je le traduise en anglais, quoi qu'il arrive, pour elle.

28:00 L'expérience du "Flow" et les rituels d'écriture

[Marina] Comment s'est passé le travail quotidien ?

[Catherine] J'ai pris mon ordinateur, mon encens préféré, de la musique classique (les Quatre Saisons de Vivaldi), mon chien, et j'ai commencé à mettre les moments clés. Parfois, j'étais tellement portée que j'oubliais que j'écrivais. C'était un travail fou, intensif, mais naturel. Je n'ai jamais eu l'angoisse de la page blanche.

[Marina] Ce que tu décris, c'est ce qu'on appelle le Flow. C'est cet état où on ne voit pas le temps passer, où on oublie son ego et ses difficultés, ce qui est un grand indicateur de bien-être et de transition réussie.

[Catherine] C'est exactement ça ! Après 3-4 heures d'écriture, j'avais une énergie incroyable, une vraie joie.

[Marina] Quels sont tes "trucs" pour te discipliner ?

[Catherine] Il faut bien se connaître. Moi, je suis du matin. L'esprit est clair à 6h ou 7h. Il faut un rituel : décider que c'est la priorité. Mon rituel, c'est le matin, le thé, le même fauteuil, les doigts sur les touches. Si on coupe une semaine, c'est très difficile de reprendre le train. La discipline, c'est la clé.

35:00 Le parcours de l'édition : de l'autoédition à L'Harmattan

[Marina] Et pour se faire éditer ? C'est un monde réputé fermé.

[Catherine] J'ai été coachée par deux relectrices professionnelles tout au long du roman. J'ai d'abord testé l'autoédition sur Amazon (KDP) avec l'aide d'un ami pour les réseaux sociaux. Mais je rêvais d'une maison d'édition accompagnante. J'ai sollicité une dizaine de maisons et envoyé le livre à des chroniqueuses. En 2020, quatre chroniqueuses m'ont sélectionnée dans leurs cinq livres préférés de l'année ! Elles m'ont conseillé L'Harmattan. Je les ai sollicités pendant le confinement et ils ont accepté très rapidement.

[Marina] Qu'as-tu ressenti à cette réponse ?

[Catherine] J'ai hurlé ! Mes enfants sont arrivés paniqués, le chien a fait un bond d'un mètre ! C'était un grand moment de joie, le bonheur d'entrer en librairie.

40:00 Réalité financière et nouvelle vocation

[Marina] Comment as-tu géré l'aspect financier ? C'est une question cruciale pour tous ceux qui veulent se reconvertir.

[Catherine] Pour être honnête, je ne me suis pas fermée la porte du droit au début, j'ai même fait un master à Assas en formation continue, mais je n'ai pas eu le déclic pour y retourner. Financièrement, mes investissements immobiliers me permettent d'avoir le luxe d'écrire à temps plein aujourd'hui. Je comprends que c'est une vraie question : il faut écrire par plaisir, pas pour s'enrichir. Il faut assurer ses arrières pour avoir la créativité libre.

[Marina] Est-ce que le métier d'avocate te manque ?

[Catherine] Finalement, ce n'est pas si éloigné. Avocate, on défend son client. Dans mes livres, je défends Manika, je l'honore, je répare ses blessures. Dans les deux cas, j'écoute, je défends, j'essaye de réparer. Je continue à faire le même métier d'une autre façon.

[Marina] Un immense merci Catherine pour ce témoignage inspirant. Prenez soin de vous et à bientôt.

Animé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.