
Catherine Bordelon a 63 ans. Elle est partie à la retraite en avril 2024 après 28 années passées au sein d'un éditeur de logiciel très connu. Elle faisait partie de ces personnes hyper investies et engagées dans leurs missions. Son départ en retraite, elle n'a pas eu le temps de le préparer. Il lui faisait plutôt peur :
Après des années de très fort engagement pour son entreprise, cette nouvelle étape de vie ressemblait à un gros point d'interrogation.
Catherine a dû passer par plusieurs étapes, qu'elle nous raconte avec le franc-parler qui la caractérise, pour dépasser ses craintes et se construire une retraite sur-mesure, qui lui ressemble.
Elle partage au micro de Caroline, qui l'a accompagné dans le cadre d'un bilan pré-retraite, son expérience de cette transition professionnelle par laquelle nous passerons tous un jour, et nous donne ses précieux conseils pour un départ en retraite le plus serein possible.
Bonne écoute !
[Caroline] Chers auditeurs, bienvenue dans le podcast Cheminement animé par l'équipe d'oser rêver sa carrière. Je suis Caroline Averti, codirigeante du cabinet et j'ai le grand plaisir d'accueillir aujourd'hui à mon micro l'une de mes anciennes accompagnées, Catherine, sur le sujet au combien important de la préparation du départ en retraite. Catherine, elle a 63 ans et elle est partie en retraite en avril 2024 après 28 ans passés au sein d'un éditeur de logiciel très connu. Elle faisait partie de ces personnes hyper investies et engagées dans leur job et elle n'avait pas eu le temps de préparer son départ, qui lui faisait plutôt peur. Peur du vide, peur du manque d'interaction sociale, peur de la page blanche. Catherine a dû passer par plusieurs étapes qu'elle nous raconte ici avec beaucoup de franc-parler pour dépasser ses craintes et se construire une retraite qui lui ressemble. Merci beaucoup Catherine de nous accorder de ton temps de jeune retraitée aujourd'hui. On partage le constat que c'est un sujet encore peu traité dans les médias, presque invisibilisé. Qu'est-ce que tu en penses toi ?.
[Catherine] Absolument, parce que j'ai été sensibilisée tout de suite pour voir un peu ce qu'il existait comme aide ou comme sujet sur la retraite. En fait j'ai dû quand même creuser pas mal pour pouvoir trouver un accompagnement pour m'aider justement à préparer cette transition. Moi, j'imaginais que ce sujet était traité de la même manière que les reconversions à 40 ou 50 ans, mais pour les 60 ans et plus, on ne sait pas ce qui se passe. Les gens partent, mais personne ne témoigne, il n'y a pas de retour d'expérience sur cette transition.
[Caroline] Tu te sentais un peu à court de ressources pour toi-même entamer ta réflexion ?.
[Catherine] Voilà, pour l'après, pour le passage au niveau perso. J'ai été accompagnée par mon entreprise pour le côté administratif, mais au niveau personnel, une fois qu'on quitte l'entreprise, qu'est-ce qu'il allait se passer ? Finalement c'était à moi d'aller chercher les infos et ce n'était pas facile.
[Caroline] Raconte-nous dans quel état d'esprit tu étais à l'approche de ton départ, fin 2023 et début 2024 ?.
[Catherine] C'était un peu un double état d'esprit. Il y avait une partie de moi qui était soulagée parce qu'à 63 ans, je commençais à m'apercevoir que je fatiguais nerveusement, psychologiquement et physiquement. Mais j'étais surtout inquiète car du côté personnel, je n'avais rien préparé et très peu réfléchi. On dit tous qu'on n'a pas le temps mais en fait on ne le prend pas. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut faire en un quart d'heure sur un coin de table. Je voulais dédier du temps pour réfléchir à comment j'allais attaquer cette retraite qui mérite qu'on y accorde de l'attention.
[Caroline] Tu faisais partie de ces salariés ultra engagés et j'ai l'impression que cela n'avait pas laissé beaucoup de place à la projection jusqu'au dernier moment.
[Catherine] Oui, tout à fait. J'avais un rôle vraiment tourné vers les autres. Jusqu'au dernier moment, j'ai fait ce que j'ai pu pour les aider, mais je n'ai pas gardé de temps pour moi. Le 1er avril, je me lève, mon agenda est vide, qu'est-ce que je fais ?. Moi qui avais un agenda avec parfois deux ou trois réunions en même temps, passer de ça au vide, c'est la peur du vide. Qu'est-ce qui se passe quand je me lève le matin ?. Un jour c'est pas grave, mais ça ne peut pas durer trop longtemps.
[Caroline] C'est vertigineux cet agenda non rempli. Avant de te poser sur la question, quelle image avais-tu de la retraite ?.
[Catherine] J'avais l'image de collègues qui savaient exactement ce qu'ils allaient faire : vivre une passion à fond, faire du sport ou retaper une maison. Moi ça ne me correspondait pas et ça avait tendance à me stresser. Je n'avais pas prévu de déménager, encore moins de faire du sport, alors par où commencer ?. Il fallait que je me réinvente.
[Caroline] Est-ce que du côté familial tu avais une vision particulière de cette étape ?.
[Catherine] Non, mes parents sont partis en retraite très tôt, donc au niveau générationnel, ça ne correspondait plus du tout. J'avais plein d'idées mais comment les organiser ?. Est-ce qu'il fallait que je me précipite pour ne pas avoir cet agenda vide ou est-ce qu'il valait mieux que je prenne du temps pour regarder ce qui me plaisait ?. C'était un gros panier fourre-tout et j'avais besoin d'aide pour orchestrer tout ça pour que ce soit vivable.
[Caroline] Est-ce qu'il y avait quand même des choses dont tu avais hâte avant de partir ?.
[Catherine] Ah oui, j'avais hâte de me recentrer sur moi, de m'occuper de moi sans avoir de contraintes. Prendre du temps pour mes proches était super important parce qu'à force de m'occuper des autres au travail, j'oubliais un peu mes proches. Retrouver une vie sociale aussi car avec les longs trajets et les horaires, elle était très entamée. Pour moi, le mot c'était "liberté".
[Caroline] On en a parlé : la première année est très particulière. On a ce besoin de se libérer des contraintes avant de remettre en place des engagements. Mais quelles étaient tes principales peurs avant le 1er avril ?.
[Catherine] C'était de ne pas avoir assez d'activités et surtout de ne plus être pertinente sur les sujets qui m'intéressent. J'ai eu des sujets passionnants dans ma carrière et j'avais peur, faute d'échange et de challenge permanent avec les autres, de perdre ce côté pertinent et de m'éloigner d'une vie intellectuelle stimulante.
[Caroline] Tu m'avais dit une phrase marquante : « J'ai peur du rétrécissement de monde », de l'horizon international vers l'appartement.
[Catherine] Absolument. C'est une peur très personnelle. Je voulais continuer à parler anglais, à voyager, à discuter des différences culturelles. Cette curiosité intellectuelle de l'autre est pour moi super importante.
[Caroline] Aujourd'hui, avec le recul, as-tu réussi à garder ce lien ?.
[Catherine] Ça nécessite un effort. Quand on est curieux naturellement, ça ne part pas en un an, mais il faut faire l'effort de le cultiver dès maintenant pour ne pas que ça s'efface petit à petit. Il ne faut pas se laisser glisser parce qu'il n'y a plus d'évaluation ou de jugement des autres. Il faut continuer à aller à des conférences pour nourrir son cerveau. Et surtout, ne pas s'isoler. Les échanges nous apprennent plein de choses, une discussion avec une amie peut ouvrir une porte.
[Caroline] Qu'est-ce qui a fait qu'à un moment tu t'es dit : « Je vais me faire accompagner » ?.
[Catherine] C'était pour pouvoir réfléchir en étant guidée, pour ne pas partir dans tous les sens. En riant, je t'avais dit que c'est la peur du gendarme qui me motive. J'avais besoin que ce soit organisé et planifié. Échanger avec une professionnelle sur mes futurs projets était clé pour calmer mes peurs. C'était prendre l'étape au sérieux, on a dix bonnes années devant nous, ça mérite qu'on y passe du temps plutôt que de faire ça sur un post-it.
[Caroline] Qu'est-ce que ce cheminement de trois mois t'a permis de clarifier ?.
[Catherine] Ça a mis de l'ordre dans mes idées. Ça m'a permis de dégager des pistes auxquelles je n'avais pas pensé et d'en clore d'autres. Repenser à l'enfance, à l'adolescence, faire l'éventail de mes forces... c'était hyper intéressant car ça fait ressortir des choses oubliées.
[Catherine] On revit des rêves de petite fille. Finalement tout est possible, The Sky is the limit à la retraite. Ce travail aide à dégager un fil rouge qui mène naturellement vers ce qu'on va faire. J'ai eu des déceptions, comme le sport qui reste une grande inconnue pour moi. Mais j'ai découvert l'envie d'écrire grâce à un atelier de lecture. On peut encore rêver à la retraite.
[Caroline] On sent que c'est aussi une question d'identité. L'identité pro s'atténue et il faut se demander qui on est dans le fond.
[Catherine] Exactement. Certains partent au bout du monde, d'autres se rapprochent de la famille. Pour moi, une priorité était d'aider ma fille avec ma petite-fille, d'avoir du temps pour être une « grand-mère pompier ». Il n'y a pas une seule retraite réussie, il y en a plein. Mais il faut consacrer le temps nécessaire à la réflexion pour éviter les regrets, comme ces couples qui partent en province et reviennent au bout d'un an car ils ont perdu leurs repères.
[Caroline] Comment s'est passé concrètement ton départ en avril 2024 ?.
[Catherine] Très bien. Mes collègues m'ont soutenue et j'ai eu un pot de départ inoubliable et festif. C'était crucial pour moi de fermer la porte proprement. Sans mes collègues, je serais partie dans l'anonymat complet car mon manager était à l'étranger. C'est un retour sur investissement symbolique qui devrait être systématique.
[Caroline] Et le lendemain ? Le badge rendu....
[Catherine] Rendre le badge après 28 ans, ça donne des papillons dans le ventre. Le lendemain, on a l'impression d'être en grandes vacances. C'est au bout de deux ou trois mois qu'on réalise que c'est définitif. On apprend à vivre sans contraintes. Ton planning d'action m'a aidée à ne pas faire face au vide et à avoir des objectifs.
[Caroline] Comment la vis-tu aujourd'hui, après presque un an ?.
[Catherine] Très bien. Cette liberté me va comme un gant. Je dose ma vie sociale, je garde contact avec qui je veux. C'est une harmonie qui évolue chaque semaine. C'est une véritable reconversion qui ne s'improvise pas. Mon conseil : bloquez du temps dès 63 ans pour faire des recherches et des bilans de santé. Partez avec sérénité, c'est le mot clé.
[Caroline] Merci infiniment Catherine pour ce partage authentique. On garde ton mantra : « Moins mais mieux », pour aller vers plus de qualité et de sérénité.
[Catherine] Merci Caroline, c'était un plaisir.
[Caroline] Voilà, c'est fini. J'espère que ce témoignage vous aidera à aborder cette transition avec joie. N'hésitez pas à nous contacter si vous êtes en pleine réflexion. À bientôt pour une nouvelle thématique.