Autopsier mon burn-out dans un livre a été salutaire. Aude Selly, auteure

Podcast
Saison 2
Ep 24
46 min
Marina Bourgeois
Publié le
April 1, 2023
Écoutez cet épisode SUR

À quoi s'attendre ?

Autopsie d'un burn-out

Aude Selly est une guerrière... et une survivante. Le mot n'est pas trop fort.

Selfmadewoman, travailleuse, endurante, Aude s'est construite seule et se tourne - par conviction et avec coeur - vers les ressources humaines au début de sa carrière. Elle s'investit corps et âme. Trop. Jusqu'à l'épuisement. Puis la tentative de suicide. Aude est allée trop loin pour une entreprise en laquelle elle croyait. Pour bien faire. Parce que la valeur travail était fondamentale pour elle.

Suite à ce tsunami, Aude décide de faire des risques psychosociaux et du burn-out son cheval de bataille. Elle est désormais l'auteure de plusieurs ouvrages sur le sujet, dont son petit dernier Autopsie d'un burn-out. Elle est également à l'origine d'une pièce de théâtre sur le sujet.

Dans cet épisode passionnant et surtout très juste, nous décortiquons le processus de glissement qu'est le burn-out, et abordons de nombreux sujets : la lune de miel professionnelle, le surinvestissement, les signaux d'alerte, le déni, l'effondrement, la gestion de l'arrêt, la culpabilité, la place de la valeur travail dans la construction identitaire, le stress chronique, la dévotion au travail, la désillusion, la perte de sens et de confiance en soi, la reconstruction, la reconnaissance au travail, la démission mentale et la survalorisation du "faire". Et nous parlons même d'addiction au sucre, de torticolis, de sociologie et de médication ;-).

Notre mission, via cet épisode et plus largement notre travail ? Casser le tabou de l'épuisement au travail qui - rappelons le - n'est pas l'affaire des faibles ou des fainéants... bien au contraire !

Bonne écoute !

Marina

Transcription

00:00 Introduction : Autopsie d'un burnout sévère

[Marina] Bonjour à tous, ici Marina Bourgeois, fondatrice de Oser Rêver sa Carrière. Je suis ravie de vous accueillir pour ce nouvel épisode. Comme vous le savez, le podcast Oser Rêver sa Carrière, ce sont notamment des interviews d'hommes et de femmes au parcours de vie inspirant et qui, je l'espère, vous plairont et vous aideront dans vos questionnements de vie et de carrière. Très bonne écoute.

[Marina] Il est 8h du matin et j'entends le bruit du chariot qui entre dans ma chambre. Ainsi débute le récit d'Aude, mon invitée du jour. Aude était gestionnaire des ressources humaines dans une grande société. Sérieuse, motivée, travailleuse, investie, ambitieuse, dévouée. Aude s'est totalement consacrée à son activité professionnelle au début de sa carrière. Elle était toute jeune. À l'aube de ses 30 ans, elle y laissera sa santé brisée par un burnout sévère qui l'amène à une tentative de suicide puis à une hospitalisation.

[Marina] Son témoignage bouleversant a été adapté au théâtre dans la pièce Bien-être N.A.I.R.E. au travail. Depuis, Aude a fait de cette épreuve une force. Elle est devenue spécialiste de la prévention des risques psychosociaux, coach pour femmes et praticienne en neuroscience. Il faut dire que c'est une question de santé publique. Les derniers baromètres et les derniers indicateurs sont quand même très inquiétants. On a 2 millions d'actifs en France qui sont actuellement en burnout sévère. C'est une véritable urgence de santé publique. Autrice conférencière, elle vient de sortir son dernier ouvrage sur le sujet, Autopsie d'un burnout, préfacé par Marie Pezé et publié aux éditions Dunod. Merci 1000 fois Aude d'avoir accepté mon invitation, je suis très contente de te recevoir.

[Aude] Ben écoute, merci beaucoup pour ton invitation surtout, ça me fait très plaisir.

[Marina] Aude, on travaille toutes les deux sur le burnout. Est-ce que tu peux dire à nos invités pour démarrer à quand remonte ton épuisement professionnel ?

[Aude] En fait mon épuisant professionnel, disons que la phase terminale au moment où il y a la rupture sur le corps et l'esprit et qui fait qu'on ne retourne pas au travail le lendemain, en fait, c'est arrivé le 24 mai 2012. Mais c'est important de savoir que le burnout, ça n'arrive pas du jour au lendemain, c'est progressif et que c'est le résultat pour moi en tout cas de je pense avoir eu tous les facteurs possibles et imaginables qui m'ont fait basculer, mais voilà, ça n'arrive pas du jour au lendemain et ça a été progressif avant de malheureusement craquer.

05:00 Les racines du mal : la personnalité et le culte de l'effort

[Marina] Ouais. On dit souvent nous au cabinet, tu sais, que c'est une petite bête qui monte, qui monte le burnout et puis qui est super insidieuse et super sournoise parce que bien souvent il y a ce phénomène de "on n'entend pas les mots du corps" et cetera. Est-ce que tu peux nous expliquer le contexte et puis nous raconter finalement un peu toute cette période qui t'a conduit bah au craquage, à la chute ?

[Aude] En fait, j'aime bien dire que avant de parler du burnout, la personne est importante parce que pour moi vraiment le burnout c'est au croisement de trois choses : la personnalité, le modèle de société dans lequel on vit et l'environnement de stress qui effectivement pour moi c'était l'environnement de mon activité professionnelle. Donc à l'époque, j'avais obtenu le poste que j'attendais depuis longtemps. Et moi, en fait, dans ma vision des choses, dans mes croyances justement que j'ai acquises depuis que j'étais toute petite, c'était que le travail paye. Et pour moi, le travail paye aussi bien au niveau pécuniaire que au niveau reconnaissance : plus on travaille, plus on est reconnu et plus on évolue.

[Marina] Bien sûr. Et ça, ça a été accentué par quoi ?

[Aude] Par l'école au final parce que dès la maternelle, on a des bons points et on nous dit "voilà, bah bravo tu as une étoile, tu as deux étoiles", c'est le système de la récompense. Et après il y a le lycée, et au lycée il y a quoi ? Les encouragements, les félicitations. Et en fait moi, j'ai vraiment été une bonne élève en fait, vraiment j'ai tout fait bien. J'étais toujours dans le trio de tête. Donc ça en plus ça a créé aussi beaucoup de... je voyais le résultat que ça avait d'avoir des bonnes notes dans les yeux des gens.

[Aude] Et en fait pour moi la valeur que j'apporte au travail et à l'effort c'est probablement un des éléments clés. Pour toutes les victimes c'est exactement pareil, ce qui fait que je suis rentrée dans le processus sans même le vouloir en soi. Moi je dis souvent que je suis une self-made woman parce que bon j'ai fait des écoles, j'ai pas non plus fait des grandes écoles. On m'a parlé d'une femme, une manager. Cette femme faisait des ressources humaines et je n'avais jamais entendu parler des ressources humaines avant ça.

10:00 Le métier idéal : 14 000 pointages manuels par mois

[Aude] Je me suis dit naïvement que c'était logique de travailler pour le bien-être des salariés. J'avais l'envie, la motivation, l'ambition de vouloir changer les choses à ce moment-là. Et je dis "OK bah j'ai trouvé ma voie donc je vais choisir les ressources humaines". Je voulais vraiment être responsable RH proche des salariés et proche des managers de terrain. Et à ce moment-là donc j'ai fait mon parcours. J'ai eu la chance de pouvoir obtenir un Fongecif de un an, j'ai passé un master en ressources humaines.

[Aude] Et ce qui est assez drôle en soi, c'est que quand j'ai dû enfin revenir dans la boîte, je ne voulais pas revenir en tant que directrice adjointe, j'avais déjà préparé un dossier sur l'intégration des travailleurs handicapés et on m'a dit "bah c'est pas notre priorité déjà". J'ai tout pris, j'ai fait du recrutement, j'ai fait l'administration du personnel. J'ai découvert un truc : si on veut détruire le climat social d'une entreprise, il suffit de mal payer les gens. À partir du moment où on fait des erreurs sur la paie, là, le climat il explose.

[Aude] Et donc en ayant fait ça, j'ai eu le bonheur qu'on m'appelle un jour alors que j'étais en intérim pour me dire "Oh, j'ai trouvé ton le boulot idéal" pour une très grosse boîte. Avec la responsabilité de 120 personnes avec une quinzaine de managers inclus. Dès que je suis rentrée, j'ai tout de suite compris déjà que l'ambiance était très très difficile, très tendue justement parce que la personne d'avant, on avait mis fin à sa période d'essai. On m'a mis tout de suite la pression en disant "oui cet endroit est très important il faut vraiment que les choses se stabilisent". La personne avait fait plein d'erreurs au niveau de la paie.

[Aude] Je savais que le seul moyen pour apaiser les tensions c'était de réparer. Je me suis retrouvée dès le départ en fait à faire des heures, à être chargée de travail. J'avais un outil pour calculer la paie qui était complètement obsolète. Les gens pointaient manuellement. C'était impossible de faire une paie juste si on ne vérifiait pas les quatre pointages pour chaque personne pour chaque jour.

[Marina] Ah c'est un travail colossal.

[Aude] Bah je te laisse faire : 4 pointages x 30 jours x 120 personnes, ça fait plus de 14 000 entrées à vérifier à la main avec mes yeux pour que la paie soit juste. Au bout d'une semaine je suis allée dans un salon RH avec les outils en disant j'ai fait tout un dossier pour leur dire "écoutez il faut changer d'outil parce que sinon ça va être très compliqué pour moi" et on m'a dit "non on n'a pas de budget".

15:00 L'engrenage : nuits blanches et torticolis

[Marina] OK, donc déjà le manque d'écoute alors que la personne elle est sur le terrain en soi.

[Aude] Bah je te laisse imaginer. Et j'ai vraiment ressenti pour moi, et je pense que tu le sais aussi, c'est que parmi les premiers symptômes, c'est les troubles du sommeil. Tout de suite au bout de 2 ou 3 mois j'ai eu ça. Je me levais je pensais au boulot, je dormais je pensais au boulot, je me réveillais avec des sursauts "mon dieu j'ai oublié ceci, j'ai oublié cela". Comme j'avais un poste généraliste dans les RH, je faisais tout. J'avais toutes les casquettes en fait.

[Aude] Le recrutement c'est quoi ? C'est lire un CV, appeler la personne, proposer un entretien, débriefer. Rien que ça c'est extrêmement chronophage dans un secteur qui était la vente en magasin où le turnover est énorme. Dès le départ, j'ai été surchargée de travail et j'ai été victime de deux choses : mon envie de bien faire et mes compétences. Comme je savais faire, les gens ne s'inquiétaient pas. Pourtant dès le départ, je commençais à envoyer des mails à 2h du matin, 3h du matin sans que derrière on ne fasse attention à ce type de signal.

[Marina] Personne n'a sonné l'alarme en interne ?

[Aude] Non, parce que quand tu fais le boulot, les bonnes volontés ne parlent pas, ne se plaignent pas. Et à 6 mois pile-poil après mon entrée, j'ai un torticolis. J'ai honnêtement pensé que c'était moi qui avais une mauvaise position. Jamais je n'ai pensé que c'était lié au stress.

20:00 La phase de désillusion : le "petit coq" et le népotisme

[Aude] En fait il y a plusieurs phases dans le burnout. La première phase c'est la lune de miel. Ensuite la deuxième phase c'est la phase d'alarme, le stress chronique. À partir du moment où on fait 45 ou 50 heures par semaine de manière régulière, on y est. En mai 2019 l'OMS a dit que le burnout est le résultat du stress chronique au travail qui n'a pas été géré avec succès. C'est exactement ça.

[Aude] À un moment donné le corps commence à avoir une dégradation. Au moment où on commence à dépasser le stress chronique, il va se passer un moment clé où les choses basculent. Ce moment-là, c'est le moment de la désillusion. On travaille énormément, on demande de l'aide mais on ne nous écoute pas. J'appelle ça la phase de la perte d'estime de soi et la perte de sens.

[Aude] Ma boss France a été licenciée du jour au lendemain. Un mois et demi après, la logique c'était que je reprenne son poste. Elle me préparait à ça et c'est ce que je voulais de toute façon. Et en fait au bout d'un mois, silence radio. On me présente un "petit coq" qui a été nommé, qui était jeune, qui avait bossé en magasin avant. Je me suis dit "mais mon dieu comment est-ce qu'on peut imaginer que lui va réussir là où ma boss n'a pas réussi ?".

[Marina] Et ce jour-là ta croyance que "le travail paye" a explosé ?

[Aude] Ça a explosé parce que je me suis dit "ah c'est ça la réalité en fait finalement travailler ça ne sert à rien, c'est quand on a du piston parce que c'est le fils du meilleur ami du DRH". À partir de là, c'est la chute. Ce n'est pas possible de ne pas s'écraser. C'est la phase du deuil professionnel. Le deuil du métier qu'on exerçait avec passion.

25:00 Le corps lâche : addiction au sucre et reflux

[Aude] J'en suis arrivée à commencer à me dire que c'est moi qui avais un problème. J'ai commencé à avoir de plus en plus de symptômes. J'ai pris du poids, une addiction au sucre. Je terminais mes journées avec des paquets de gâteaux pour tenir. Je commençais à avoir des reflux gastro-œsophagiens que je ne comprenais pas. On était en 2012, on ne parlait pas du burnout comme aujourd'hui.

[Marina] C'est ça qui est terrible.

[Aude] Il y a plein de raisons pour lesquelles on reste. On me disait "Comment ça se fait que tu es restée malgré tout ça ?". Mais il y a 10 % de chômage, je fais comment pour payer mes factures ? Pourquoi est-ce que c'est moi qui partirais alors que c'est la société qui ne fait pas ce qu'il faut ? J'avais l'espoir qu'on m'écoute. J'avais une opération importante prévue et je devais être arrêtée 3 mois. Ça a été l'occasion pour moi d'envoyer un message aux dirigeants avec la liste de toutes les tâches que je faisais.

[Marina] Oui.

[Aude] Je me rappelle qu'il y en a une qui a répondu "Tu fais tout ça ?". Mais c'est tout. C'était "mon dieu, comment on va faire quand elle va partir puisqu'il y a tout ça à faire ?". Ce n'était pas "mon dieu, elle fait tout ça, la pauvre". À ce moment-là, je commence à perdre confiance en l'entreprise mais je me dis "vas-y, continue". Il y a cette phrase terrible : "Il m'en faut plus pour m'arrêter".

30:00 Le point de rupture : la gare et la tentative de suicide

[Marina] Elle est terrible cette phrase.

[Aude] C'est les injonctions de l'enfance : il faut travailler dur, ce n'est pas facile. C'est tellement ancré que je me dis que je ne vais pas laisser tomber. Un jour, en revenant d'un weekend avec mes amis, ma sœur m'a dit "Mais tu travailles trop, démissionne". Dans le train, j'ai eu une crise de larmes que je ne maîtrisais pas. Mon cerveau a décidé que c'était fini. Quand je suis descendue du train, j'étais complètement prostrée. Impossible de mettre un pied devant l'autre. J'ai un trou noir, je me retrouve dans le cabinet d'un médecin qui me dit "Écoutez mademoiselle, si vous continuez comme ça vous allez faire un burnout".

[Marina] Ouais, "stop !".

[Aude] À l'époque je ne savais pas ce que c'était. Je croyais que c'était un coup de fatigue. Je suis dans la phase de négociation "Non ça va aller, je vais juste dormir". Il m'a prescrit un anxiolytique, la pilule magique. Et là quand j'ai commencé à avoir cette addiction... c'est là où je comprends quand il m'a dit que j'allais craquer dans 6 mois que j'ai tenu 9 mois parce que la bombe a été retardée par les médicaments.

[Aude] Le "petit coq" a été licencié. C'est à moi qu'on a demandé de récupérer les preuves de ses erreurs. On m'a automatiquement basculé sur les conférences techniques internationales. Pour moi c'était un signe, enfin on me percevait sur le poste. L'équipe devait aller aux États-Unis en juin pour un gros team-building. C'était mon rêve. C'était la carotte. Quand les personnes sont persévérantes et compétentes, elles ont des résultats, donc je me disais "Regarde, tu y arrives".

[Aude] J'avais tellement perdu confiance en moi que je n'ai même pas postulé tout de suite. Finalement j'ai décidé de postuler. Les billets d'avion devaient être envoyés. Le 24 mai 2012, j'avais rendez-vous chez l'anesthésiste pour mon opération. J'ai reçu un message à ce moment-là : "Étant donné que tu n'as pas le titre, tu n'as certainement pas le budget, tu ne feras pas partie de la convention". Ça a été la goutte de trop. Je suis rentrée chez moi et j'ai pris une boîte de cachets parce que je voulais tout simplement mourir. Je voulais juste arrêter de souffrir immédiatement et ne pas retourner au travail.

35:00 Analyse sociologique : l'addiction au travail

[Marina] Ton témoignage est absolument bouleversant. Il est tellement parlant sur les étapes du processus. Ce qui m'intéresse beaucoup, c'est la notion de dévotion à l'entreprise. On retrouve systématiquement des gens fiables, endurants, avec le syndrome du bon élève.

[Aude] Ah mais clairement. L'entreprise a l'image du père. On est dans une société de performance. On attache plus d'importance à celui qui a posé son manteau et qui à 20h est encore là : "Ah mais lui il est super motivé". Si tu pars à 17h, on te dit "Ah, tu as pris un RTT ?".

[Marina] Je vais rebondir là-dessus car ça fait écho en moi. On parle très peu de l'addiction au travail alors que la littérature scientifique existe. Cette addiction est valorisée socialement car il y a le côté "bon petit soldat".

[Aude] C'est super important ce que tu dis. Je ne suis pas particulièrement optimiste car aujourd'hui la situation de non-travail est très mal perçue. On n'a aucune fierté d'être au chômage. On s'identifie énormément par le travail. Quand on se rencontre, la deuxième question après le prénom c'est "Qu'est-ce que tu fais dans la vie ?". Et on répond "Je suis prof", "Je suis RH". C'est le verbe être. L'addiction au travail est suralimentée par l'ère ambiante.

40:00 La reconstruction : la métaphore du portable

[Marina] Aude, comment tu t'es reconstruite après cette chute ?

[Aude] La première chose c'est qu'il faut s'extraire de l'environnement. C'est la seule façon de s'en sortir. J'aime bien comparer le burnout à un portable. Si tu utilises ton portable sans le recharger, il s'arrête d'un coup. Le câble pour le recharger, c'est le repos. Il y a une microseconde avant que la charge ne prenne. C'est le temps nécessaire à chacun pour commencer à récupérer de l'énergie. Ce temps est propre à chacun : 2 mois, 6 mois, 2 ans.

[Aude] La reconstruction est longue. J'ai eu un trio : la psychologue du travail, mon médecin traitant et... il faut gérer la culpabilité. La culpabilité de s'arrêter, l'angoisse du renouvellement de l'arrêt. Et puis la réaction des autres : "Ah tu es en arrêt, bah ça va tu es en vacances". J'ai eu besoin de béquilles médicamenteuses. Ça a même déclenché chez moi un trouble bipolaire, c'est une des séquelles.

[Marina] On voit bien qu'en entreprise, les managers se sentent mal accompagnés. On parle de "surchauffe" pour ne pas dire burnout. Le sujet est encore tabou.

[Aude] On dit que les personnes qui font un burnout sont fragiles. Non, ce sont des personnes qu'on a fragilisées. 2,5 millions de personnes sont en burnout sévère. Ce sont des personnes compétentes, enthousiastes, loyales que l'on pointe du doigt. Inquiétez-vous, car ceux qui tombent, ce sont vos meilleurs éléments.

46:00 Conclusion : Libérer la parole pour prévenir

[Marina] C'est extrêmement important qu'il y ait des livres témoignages comme le tien. Ça fait beaucoup de bien aux personnes épuisées de se lire dans les mots des autres. Je rappelle l'existence du réseau Souffrance et Travail de Marie Pezé. Aude, est-ce qu'il y a un prochain projet ?

[Aude] C'est une surprise, mais j'ai un projet novateur pour travailler sur la qualité de vie au travail. J'ai été ravie de discuter avec toi car les gens ont besoin d'entendre du vrai et de la sincérité.

[Marina] L'épisode est terminé. J'espère que cette interview vous a plu. N'hésitez pas à la partager et à nous soutenir sur Apple Podcast ou les réseaux sociaux. À très bientôt et surtout prenez soin de vous.

Animé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.

À écouter également