
Après une première carrière épanouissante de treize ans en tant qu'avocate, Anaïs décide d'écouter son coeur et son intuition. Son déclic ? La maternité. Le contexte ? Le Covid, période de bouillonnement & de questionnement intérieur pour Anaïs.
Charge mentale, conciliation vie pro/vie privée, stress, santé, rééquilibrage alimentaire, grossesse, départ d'une profession socialement prestigieuse et rémunératrice, dialogue avec le conjoint lors d'une reconversion, impact sur les ami(e)s et les anciens collègues... autant de sujets abordés dans ce nouvel épisode !
Bonne écoute !
Marina
[Marina] Avancer, douter, reculer, hésiter, choisir, réussir, chuter, rebondir. Ce sont ces mouvements de la vie que nous traversons toutes et tous que je questionne dans ce podcast. Je suis Marina Bourgeois et reçois à mon micro des invités au parcours de vie singulier, mouvant, parfois fracturés, mais surtout inspirants et qui, je l'espère, vous aideront dans vos questionnements de vie et de carrière. Bienvenue dans le podcast Cheminement. Mon invitée du jour s'appelle Anaïs et elle a 39 ans. Après une première carrière de 13 ans en tant qu'avocate spécialisée en droit social, Anaïs a décidé de faire le grand virage, la grande reconversion, le grand plongeon. Quelles ont été ses raisons ? Quelles ont été ses aspirations ? Ses obstacles ? Quel est son cheminement ? C'est à ces questions qu'Anaïs va nous répondre aujourd'hui. Anaïs, hello et ravie de t'avoir à mon micro aujourd'hui.
[Anaïs] Bonjour Marina, je suis enchantée également.
[Marina] Encore un grand merci d'avoir accepté l'invitation. Ce que je te propose, c'est de démarrer par ta première carrière. Est-ce que tu peux expliquer à nos auditeurs et à nos auditrices ce que tu faisais exactement ?
[Anaïs] Bien sûr. Ma première carrière consistait à être avocate en droit du travail. J'accompagnais les entreprises dans leur politique sociale, que ce soit en collectif ou en individuel. J'ai aussi fait beaucoup de formation. J'ai fait ça pendant 13 ans.
[Marina] Et à la base, pourquoi as-tu choisi le droit ? Était-ce un choix par défaut ou une vraie conviction ?
[Anaïs] Un peu un mix des deux. Il y avait une très forte valeur de justice et d'injustice chez moi assez tôt, donc devenir avocate répondait à cette logique. Mais mon choix de m'orienter vers l'entreprise et le conseil répondait plutôt à un sentiment d'insécurité financière vécu enfant. Mon père a subi un licenciement économique suivi du chômage, ce qui a engendré un déménagement mal vécu de Nice vers la région parisienne quand j'avais 7 ans. J'avais besoin d'acquérir une certaine situation matérielle.
[Marina] Comment as-tu vécu ces 13 ans de carrière ?
[Anaïs] Je me suis vraiment épanouie intellectuellement, c'était très riche. Quand on est jeune, le statut est grisant, c'est valorisé par la société. Ayant fait du théâtre plus jeune, la dimension contentieuse m'a permis de nourrir ce goût pour l'exposition publique, de dépasser mes peurs et de monter au front.
[Marina] Qu'est-ce qui a fait qu'à un moment donné, une bascule s'est opérée ?
[Anaïs] Les raisons ont été diverses, mais ce qui a cristallisé le changement, c'est le fait de devenir maman en 2020, au moment du Covid. Ça m'a donné du temps pour faire face à mon bouillonnement intérieur et entamer une introspection. J'ai constaté que le droit m'avait trop nourrie. J'avais l'impression d'être paradoxalement endormie par ce monde juridique, ce vocabulaire, cette jurisprudence. Dans ma vie privée, je n'arrivais plus du tout à lire ou à me cultiver dans d'autres domaines. Cette surstimulation intellectuelle ne laissait plus d'oxygène.
[Marina] Tu étais dans une forme de sur-sollicitation qui t'éteignait petit à petit.
[Anaïs] Exactement. Et en devenant maman, j'ai été confrontée à la réalité de beaucoup d'avocates : des postes chronophages difficiles à concilier avec les exigences de la maternité et la charge mentale. Même dans un environnement bienveillant, il y avait beaucoup de frictions dans l'agenda. Je voulais être la maman la plus "zen" possible et ne pas répercuter mon stress professionnel sur ma fille.
[Marina] Ça me fait penser au livre de Céline Alix, Merci mais non merci, qui dénonce justement ces complications pour les mères avocates face aux injonctions de présentisme. Comment as-tu identifié ta nouvelle voie ?
[Anaïs] J'ai identifié assez tôt la naturopathie. Avant ma grossesse, j'étais déjà à la recherche d'une meilleure hygiène de vie. Ça s'est amplifié quand je suis tombée enceinte, après une fausse couche et des problèmes d'acné hormonale. J'ai commencé à faire attention à ce que je consommais, des cosmétiques aux produits ménagers. J'ai "sacralisé" mon congé maternité en prenant du temps pour lire, écouter des podcasts et suivre des naturopathes. J'ai pris conscience que c'était ma nouvelle voie.
[Marina] Est-ce que le départ de ton cabinet a été fluide ?
[Anaïs] Pas tout de suite. J'ai éprouvé cette double casquette maman/avocate pendant deux ans après mon retour de congé pour voir mes limites. Une fois le projet assumé, la phase la plus délicate a été l'échange avec mon conjoint. Il ne s'y attendait pas du tout. Il avait ses propres projections sur notre réussite et notre famille. Pour lui, ça a été une déflagration parce que j'avais choyé ce projet dans mon coin sans lui en parler au fur et à mesure.
[Anaïs] Il m'a soutenue car il voulait mon bonheur, mais le timing a été difficile. J'étais aspirée par une énergie qui venait des tripes, presque tourbillonnante, et j'ai cru qu'il serait emporté avec moi. En réalité, j'aurais dû être plus compréhensive vis-à-vis de ses réticences et prendre peut-être six mois de plus pour que cela devienne un vrai projet de famille.
[Marina] Quitter un poste socialement prestigieux et rémunérateur n'est jamais simple pour l'entourage. Comment ont réagi tes proches et clients ?
[Anaïs] Globalement, c'était très favorable. Mes amis proches étaient au diapason. Professionnellement, mes associés ont regretté mon départ mais l'ont compris car ils sentaient que je devais passer à autre chose. Le plus drôle a été la réaction des clients (DRH, directeurs juridiques) qui m'ont dit : « Waouh, quel courage ! ».
[Marina] As-tu fait un "tri naturel" dans tes relations ?
[Anaïs] Pas avec mes amis intimes, que j'ai pu inspirer. Par contre, sortir de la profession après 11 ans dans le même cabinet, c'est sortir de ses codes et de son rythme trépidant. Même en gardant des amitiés, on perd en intensité car on n'est plus en prise avec leur réalité. Il faut accepter que les gens se réadaptent à cette nouvelle version de nous-mêmes.
[Marina] Être maman et faire ce virage, c'était un moteur ou une source de doutes ?
[Anaïs] C'était un moteur. Mais aujourd'hui, deux ans après, je suis rattrapée par les réalités financières. En tant qu'avocate, je me sentais dans une "cage dorée", déconnectée de la réalité de beaucoup de gens. Revenir à plus de modération nous a épanouis. On a redécouvert le plaisir de cuisiner et de consommer plus juste, au lieu de dépenser des fortunes en livraisons de repas. Cependant, faire un trop grand écart est difficile ; mon but n'est pas de vivre chichement, mais de bien vivre de mon activité de bien-être.
[Marina] Tu lances ton activité depuis moins d'un an, ce n'est pas un long fleuve tranquille ?
[Anaïs] Non. La phase de formation était une bulle de bonheur, mais la phase entrepreneuriale est un défi avec ses mois dynamiques et ses mois creux. C'est maintenant que je suis éprouvée dans ma foi en mon projet. Mon conseil est d'anticiper au maximum cette deuxième phase, tant au niveau financier que vis-à-vis de l'entourage.
[Marina] C'est la métaphore de la montagne : on grimpe avec excitation, mais on oublie souvent la descente et la remontée derrière pour ancrer les choses durablement.
[Anaïs] Exactement. Si j'avais su tout cela à l'avance, peut-être que je ne me serais pas lancée, mais il faut parfois vivre les choses pour s'en rendre compte. Si je revenais en arrière, je referais la même chose mais en attendant six mois de plus pour mieux faciliter la transition à deux.
[Marina] À quoi ressemble ton métier aujourd'hui ?
[Anaïs] Je suis naturopathe-réflexologue. J'ai monté mon entreprise "Vibre en santé". Je propose des bilans de terrain d'une heure et demie pour comprendre les forces et faiblesses de chacun. Je fais aussi des interventions et ateliers en entreprise car j'ai gardé le goût de la formation. Pour sécuriser ma situation financière, je n'exclus pas de reprendre un emploi salarié en parallèle, peut-être même dans le droit, car cette pause m'a permis de me réconcilier avec ce monde. À l'aube de mes 40 ans, je me connais mieux et je sais ce qui est cohérent avec ma personnalité.
[Marina] Rien n'est figé, on peut bifurquer et recommencer.
[Anaïs] Tout à fait. Je termine avec cette citation qui m'inspire : « Être adulte, c'est se savoir responsable de la création et de la destruction de son propre bonheur ».
[Marina] Un grand merci Anaïs. Prenez soin de vous.