Alexia Colson-Duparchy. De l'art d'envoyer valser sa carrière

Podcast
Saison 1
Ep 3
1H1 min
Marina Bourgeois
Publié le
April 27, 2021
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À quoi s'attendre ?

De l'art d'envoyer valser sa carrière...

Pour ce nouvel épisode, j'ai eu le grand plaisir de recevoir Alexia Colson-Duparchy, ex-avocate spécialisée en commerce international qui a envoyé valser sa carrière en 2017 après 14 ans de "confort inconfortable" dans la profession

Depuis, elle a changé de v(o)ie et a notamment écrit un très beau livre publié chez Hachette : De l’art d’envoyer valser sa carrière, sorte de cabinet de curiosités dans lequel vous trouverez 35 parcours de reconvertis aussi différents qu’inspirants, dont le sien.

Aujourd’hui, Alexia fait partie, comme elle le dit avec beaucoup d’humour dans son livre, de "ces nouveaux quadras en quête de sens et d’alignement », de plus en plus nombreux depuis le début de la crise sanitaire.

Slasheuse et reconvertie épanouie, Alexia nous raconte comment elle a fait bouger les lignes de sa vie et comment elle a osé rêver sa carrière !

Encore un grand merci à toi Alexia, pour ton retour d'expérience, tes précieux partages et ton énergie.

Bonne écoute !

Marina

Transcription

00:00 Introduction : L'art d'envoyer valser sa carrière

[Marina] Bonjour à tous, ici Marina Bourgeois, fondatrice de Oser Rêver sa carrière. Je suis ravie de vous accueillir pour ce nouvel épisode. Comme vous le savez, le podcast Oser Rêver sa carrière, ce sont notamment des interviews d'hommes et de femmes au parcours de vie inspirant et qui, je l'espère, vous plairont et vous aideront dans vos questionnements de vie et de carrière. Très bonne écoute. Ex-avocate spécialisée en commerce international, Alexia Colson-Duparchy a envoyé valser sa carrière après 14 ans dans la profession. Elle a aujourd'hui 41 ans. Elle a changé de voie et a notamment écrit un très beau livre publié chez Hachette, De l'art d'envoyer valser sa carrière, sorte de cabinet de curiosité dans lequel vous trouverez 35 parcours de reconvertis aussi différents qu'inspirants, dont le sien. Aujourd'hui reconvertie, Alexia fait partie, comme elle le dit avec beaucoup d'humour dans son livre, de ces nouveaux quadrats en quête de sens et d'alignement, de plus en plus nombreux depuis le début de la crise sanitaire. Elle jongle entre sa vie de famille et son nouveau métier : coach pour futurs entrepreneurs et développeuse d'affaires. Slasheuse, reconvertie, épanouie, elle nous raconte comment elle a fait bouger les lignes de sa vie et comment elle a osé rêver sa carrière. Bonjour Alexia et merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation.

[Alexia] Bonjour Marina, quel plaisir d'être à ton micro et merci pour ton invitation vraiment.

05:00 Les racines du choix : Le droit par défaut et l'envie d'apprendre

[Marina] Et bien écoute, moi je suis vraiment ravie, d'autant que l'on a de nombreux points communs. On a toutes les deux fait de longues études de droit, on a une première carrière dans le juridique, une reconversion à notre actif et une carrière plutôt protéiforme que linéaire, et en plus une deuxième carrière d'accompagnante et de coach. Donc je me régale à l'avance de ce moment passé ensemble. Pourquoi as-tu choisi le droit initialement ? Qu'est-ce qui t'a poussée au moment du bac et des choix ?

[Alexia] Alors, ce qui m'a motivée, allez, à mon âge je peux l'avouer, c'était le manque d'idées. Voilà, je ne savais absolument pas ce que je voulais faire. Après, j'avais bien une idée, c'était de devenir pilote de ligne. Mais à cette époque, l'ENAC, l'aviation civile, ne recrutait plus de pilotes. C'était en 96-97. Donc il m'a fallu venir avec une nouvelle idée assez rapidement. Être pilote, c'était la vie rêvée de voyages, mais je n'avais pas beaucoup creusé le sujet. J'ai donc suivi deux de mes amis en fac de droit et j'ai eu beaucoup de chance, c'est que ça m'a beaucoup plu. J'ai adoré mes études de droit. J'ai suivi mon petit bonhomme de chemin, j'avais appris à parler anglais, ce qui m'a permis de faire une année Erasmus en Irlande et d'élargir mes horizons. Je me suis dit que si je continuais comme ça, j'allais pouvoir encore voyager. J'ai poussé grâce à la générosité de mes parents jusqu'à un LLM au Canada, à McGill. Et puis à un moment, soit c'était le doctorat, soit c'était le travail, et là la paresse a pris le dessus et j'ai choisi la voie du travail.

10:00 Le destin canadien : Devenir avocate par amour

[Marina] Tes parents n'étaient pas du tout dans le secteur juridique. Ton papa était self-made-man et ta maman cartographe.

[Alexia] Absolument. Ma maman est cartographe, mon papa est ethnobotaniste. Rien à voir avec le droit. D'ailleurs quand j'ai annoncé à mes parents que j'allais faire des études de droit, je me souviens de ma mère qui m'a regardée en me disant "mais toi faire des études de droit ?" et puis après elle est partie dans la salle de bain pleurer. Je pense qu'elle savait déjà, connaissant bien sa fille, que je n'étais pas vraiment faite pour cette profession. À la fac, ce que j'aimais c'était étudier, apprendre, rencontrer des gens. Je m'étais spécialisée par le voyage, donc commerce international. Ce qui a vraiment été un grand pivot dans ma vie, c'est que je suis tombée amoureuse quand j'étais au Canada d'un Sud-Africain. Il n'avait pas envie de repartir sans moi, et moi non plus sans lui. Le Canada était notre terrain neutre. Le plus simple pour rester là-bas quelques années était de devenir avocat.

15:00 Le désenchantement : Entre fantasme et réalité du terrain

[Marina] Tu l'imaginais comment ce métier à ce moment-là ? Est-ce que tu avais un fantasme sur l'avocature ?

[Alexia] Ah alors écoute, oui, il y avait totalement un fantasme. Un mix d'Ali McBeal et de Tom Cruise. Quelqu'un qui a une vie très smart, qui se donne à fond mais qui a une vie riche à côté, un statut social. Ça me tentait, il y avait un côté glamour. J'avais entendu parler de voyages et de festivités. Sauf que je n'ai jamais connu ça. Si j'ai connu les voyages, c'était à l'arrière de l'avion avec ton petit ordi sur tes jambes, tu arrives à l'hôtel et tu travailles. Tu vas en salle de réunion et tu travailles. Tu reprends l'avion et tu travailles. Nulle faste. Je me suis pris une vraie baffe quand il a fallu arrêter d'apprendre pour rentrer dans la vie professionnelle. Ça a été une désillusion parce que je n'étais pas bonne. J'arrivais dans un cabinet excellent, mais j'étais là au service du client. Ce n'était plus mes besoins la priorité, mais les siens. Pendant 6 mois, je pleurais tous les soirs alors que tout allait bien. C'était de la frustration de ne plus être la capitaine de mon navire. Je ne maîtrisais plus rien, je devais demander l'autorisation pour tout, notamment pour les vacances.

20:00 La course à Canary Wharf : Layoff et crise financière

[Marina] Il y a eu cette insatisfaction latente. Tu as quand même été débauchée par un cabinet anglais pour partir à Londres.

[Alexia] Ah mais j'étais flattée ! Je quadruplais mon salaire. Je suis partie à Londres et là, manque de peau, la crise financière m'a rattrapée en 2008. Je me suis retrouvée licenciée. C'était une journée horrible dans une tour à Canary Wharf où on attendait tous devant notre téléphone pour voir si le couperet tombait. Pour moi, il est tombé. Ça a été très dur. Mon conjoint m'avait rejointe, et heureusement lui n'a pas perdu son travail. Ce qui m'a sauvée, c'est de pouvoir quitter le pays pour aller chercher un autre travail ailleurs, et donc ne pas trop creuser la question "est-ce que ce métier me convient ?". J'évitais la question parce que j'avais mon ego de "type A" qui en avait pris un coup. Je n'avais personne avec qui avoir une conversation constructive, il n'y avait pas de blogs ou de podcasts à l'époque. C'était la course au prochain poste, et c'est là que je suis partie à Abou Dhabi.

25:00 Abou Dhabi : Le confort de la cage dorée

[Marina] La vie là-bas était ultra confortable. Tu as apprécié ce passage ?

[Alexia] J'y suis restée 3 ans. C'était ultra confort car on n'avait pas encore d'enfants. On gagnait très bien sa vie. Tu habites une grande maison, tu as une femme de ménage 7 jours sur 7. Tu es une espèce de grand enfant, tu as zéro responsabilité. Mais à un moment, tu as envie d'avoir ton mot à dire, d'exprimer ton opinion, d'avoir des responsabilités. Je virais à la gamine gâtée et je n'aimais pas la personne que je devenais. Je me souviens d'une scène ridicule où une assiette IKEA s'était cassée dans le lave-vaisselle et j'avais engueulé ma femme de ménage. Je devenais odieuse, il était temps de se ressaisir.

[Marina] Comment s'est passé le départ d'Abou Dhabi ?

[Alexia] La crise financière nous a rattrapés là-bas aussi. On nous a proposé des licenciements ou des temps partiels. Moi ça m'intéressait car je voulais créer une plantation en Afrique du Sud avec mon père. J'avais réalisé que le métier d'avocate ne me plaisait plus. Mon manager m'a proposé de tester une fonction de développement d'affaires à la place d'avocate. Quand il m'a dit ça, j'ai senti une vague de soulagement. Enfin je n'avais plus besoin d'être avocate et quelqu'un m'apportait la solution sur un plateau d'argent. Ça a tout débloqué. C'était un "confort inconfortable". Le travail doit être une façon de se réaliser, et là j'avais enfin trouvé un pivot. Je n'avais pas besoin de me réinventer complètement pour trouver ce qui était bénéfique. Rien ne se perd, tout se transforme.

35:00 Retour à Paris : Le choc du présentéisme

[Marina] Tu as donc procédé par étapes. Le cœur de métier coinçait, mais tu as d'abord changé d'environnement en voyageant.

[Alexia] Complètement. Puis mon conjoint m'a dit que son cabinet lui proposait un poste à Paris. Retour aux sources pour moi, et là c'est le choc : je me retrouve à vivre dans la même rue que celle où j'ai grandi, avec le même boucher et le même boulanger. Je me suis trouvé un poste de développeur d'affaires dans un cabinet américain à Paris. C'était très formateur, mais j'ai découvert le "présentéisme" à la française. Il fallait être au bureau à 9h et ne pas partir avant 19h, même si ce n'était plus justifié par mon travail. C'était très hiérarchisé. C'est là que j'ai découvert ce que c'était que d'annoncer une grossesse en entreprise.

[Marina] Comment as-tu décidé de partir de cet environnement ?

[Alexia] Je savais que j'allais être à mon compte. J'avais déjà mon projet en Afrique du Sud en "side project". Mes frustrations de salariée pointaient toutes vers l'indépendance. Mais je ne voulais pas le faire sans avoir fait mes classes. J'ai fait 3 ans dans un premier cabinet et 2 ans dans un deuxième. Là, je me suis dit "ok, maintenant tu es équipée". Entre-temps j'avais eu deux enfants. À chaque fois je sortais de ma zone de confort et je questionnais l'utilité d'être au bureau jusqu'à 20h alors que je pouvais être chez moi à profiter de ma vie. J'étais moins docile, ce qui a créé des frictions. J'avais envie de sortir de ma boîte.

45:00 Le grand saut : Rupture conventionnelle et débuts d'indépendante

[Marina] Pour faire quoi concrètement ?

[Alexia] Du développement d'affaires pour cabinets d'avocats. J'ai pu négocier une rupture conventionnelle, ce qui a été un vrai parachute financier. Pôle Emploi est un des premiers financeurs des reconversions, je ne râle plus jamais quand je paye mes impôts ! J'avais un excellent portefeuille de contacts. Je me suis lancée et très rapidement, des avocats m'ont proposé de rencontrer leurs clients entrepreneurs. Ces hommes de 45-50 ans, qui avaient monté des boîtes incroyables, me disaient comme des enfants "j'ai peur de ne pas y arriver". J'ai réalisé l'importance de combiner le développement d'affaires avec le développement personnel. On se sent vite "imposteur" quand on change de voie, même si on a passé sa vie à construire des choses.

50:00 De l'imposteur au coach : La naissance d'une mission

[Marina] Tu as donc fini par accompagner les entrepreneurs dans leur propre développement ?

[Alexia] C'est l'ironie du sort ! J'ai douté de moi pendant 3 ans pour finalement aider les autres à ne plus douter. Ma valeur ajoutée, c'est que je comprends leurs peurs de l'intérieur, je les ai vécues. Au début, c'était 20% de coaching et 80% de business development. Depuis la sortie de mon livre De l'art d'envoyer valser sa carrière, ça a complètement changé. Maintenant c'est 80% de coaching. Je n'ai plus la boule au ventre le dimanche soir. J'ai trouvé ma voix, même si ça m'a pris du temps depuis 2004. Ma cage dorée est désormais immense, avec des portes partout par lesquelles je peux entrer et sortir.

55:00 Conclusion : Parler de ses projets pour les faire éclore

[Marina] Quel conseil donnerais-tu à un candidat à la reconversion ?

[Alexia] Parler, parler, parler de vos projets et de vos idées, même si elles paraissent fantasques. C'est par l'échange que naissent les meilleures idées. Interrogez les gens, restez modeste et osez demander de l'aide. On m'avait dit "tu ne trouveras pas d'éditeur", mais j'en ai trouvé un en parlant. Acceptez la bienveillance des autres et sachez la donner en échange. Rien n'est figé.

[Marina] Merci beaucoup Alexia pour ce récit. J'espère que cela inspirera ceux qui envisagent de se lancer. Merci de nous montrer que l'entrepreneuriat n'est pas un long fleuve tranquille mais que c'est ce qui en fait tout l'intérêt. À bientôt.

[Alexia] Merci à toi Marina. Au revoir tout le monde.

[Marina] L'épisode est terminé. J'espère que cette interview vous a plu. N'hésitez pas à la partager à vos proches. À très bientôt et surtout prenez soin de vous.

Animé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.