Introduction
Le 8 juillet dernier, la mission d'information du Sénat consacrée à la souffrance psychique au travail, et plus particulièrement à l'épuisement professionnel, a présenté les conclusions de plusieurs mois de travaux.
Après cinq mois d'enquête, 45 auditions et plusieurs déplacements, cette mission avait pour objectif de mieux comprendre les mécanismes de l'épuisement professionnel et d'identifier des pistes d'action pour renforcer la prévention. Pourtant, lors de la réunion de la commission, les recommandations n'ont pas été adoptées, le rapport d'information n'a pas été validé et, par conséquent, le rapport n'a pas été publié officiellement. Seul le compte rendu de la réunion a été rendu public.
Un rejet qui interpelle, alors même que sur le terrain, les professionnels de l'accompagnement, les médecins, les psychologues, les RH, les managers et les salariés continuent de faire face à une réalité bien concrète : celle de femmes et d'hommes qui s'épuisent jusqu'à ne plus pouvoir travailler.
Pourquoi le rapport a-t-il été rejeté ?
Le rejet est avant tout politique, et non scientifique.
Les groupes Les Républicains et Union centriste, ont estimé que le rapport manquait d'équilibre ou présentait des recommandations trop orientées. À l'inverse, la rapporteure Annick Girardin ainsi que plusieurs groupes de gauche ont dénoncé le rejet d'un travail mené pendant plusieurs mois et y ont vu un « enterrement » des conclusions de la mission.
Cette situation rappelle une réalité préoccupante : alors que les situations d'épuisement professionnel continuent de se multiplier, le burn-out peine encore à faire l'objet d'un véritable consensus politique et d'une stratégie nationale de prévention, le laissant à son éternelle place de parent pauvre .
Que contenait ce rapport ?
Le rapport portait plusieurs propositions visant à mieux prévenir et accompagner l'épuisement professionnel.
Parmi les principales recommandations figuraient notamment :
- l'élaboration d'une définition harmonisée de l'épuisement professionnel ;
- l'amélioration de la prévention du burn-out dans les entreprises, notamment dans les TPE-PME ;
- le renforcement de l'accompagnement des employeurs face aux risques psychosociaux ;
- l'évolution des modalités de reconnaissance du burn-out en lien avec le travail ;
- une écoute, une orientation et un accompagnement renforcés pour les salariés confrontés à une situation de souffrance psychique.
Ces propositions s'inscrivaient dans un constat partagé : la prévention reste aujourd'hui insuffisante face à un phénomène qui touche de nombreux secteurs professionnels et qui entraîne des conséquences humaines, sociales et économiques majeures.
Est-ce que cela signifie que le Sénat nie l'existence du burn-out ?
Non. Le rejet du rapport ne signifie pas que le Sénat remet en cause la réalité de l'épuisement professionnel. Il porte sur l'adoption du rapport et de ses recommandations, et non sur l'existence de la souffrance psychique au travail.
Les travaux de la mission rappellent d'ailleurs que le burn-out constitue un enjeu majeur de santé au travail. Sa réalité clinique est largement reconnue, même si son statut médical et juridique reste encore complexe. Derrière ce débat institutionnel, une réalité demeure : chaque jour, des actifs arrivent à un point de rupture après avoir trop longtemps compensé, tenu, résisté.
Nous poursuivons donc - et plus que jamais - notre travail de prévention sur le sujet, en continuant à vous (in)former au mieux sur le burn-out et ses trop nombreuses conséquences.