« À mon retour de congé maternité, on m’a carrément demandé d’occuper un autre bureau, minuscule et sans fenêtre ! »
« Petit à petit, je me suis retrouvé à ne plus rien avoir à faire de mes journées. »
« La dernière réorganisation a été fatale : on a confié le plus gros de mes missions à une autre équipe. Résultat : l’ennui est arrivé avec un gros sentiment d’inutilité. Ça a été le début de la fin… »
Ces témoignages illustrent une réalité encore trop peu évoquée dans le monde du travail : la placardisation.
Souvent discrète, rarement assumée, elle peut pourtant avoir des conséquences importantes sur la santé psychologique, la motivation et l’estime de soi des salariés qui en sont victimes.
La placardisation est un phénomène qui consiste à écarter progressivement un salarié de ses responsabilités, à le mettre à l’écart ou à vider son poste de sa substance.
Concrètement, la personne reste présente dans l’entreprise, mais son rôle se réduit peu à peu :
Autrement dit, elle se retrouve progressivement privée de ce qui faisait l’intérêt et le sens de son travail.
Une forme d’exclusion discrète, mais souvent profondément déstabilisante.
La placardisation se manifeste rarement de manière brutale.
Elle s’installe généralement par petites touches, ce qui la rend parfois difficile à identifier au départ.
Parmi les signes les plus fréquents :
Pris isolément, ces signaux peuvent sembler anodins. Mais lorsqu’ils se répètent dans le temps, ils méritent d’être pris au sérieux.
Le travail ne se résume pas à une rémunération.
Il contribue aussi à notre sentiment d’utilité, à notre identité professionnelle, à notre place dans un collectif et parfois même à notre estime personnelle.
Lorsque les missions disparaissent ou que l’on cesse progressivement d’être considéré comme un acteur à part entière de l’entreprise, un profond malaise peut s’installer.
Les personnes concernées décrivent souvent :
À cela s’ajoute souvent une forme de culpabilité ou d’incompréhension : « Pourquoi moi ? », « Qu’ai-je fait de mal ? », « Est-ce normal de me sentir aussi mal alors que je suis toujours en poste ? ».
Contrairement aux idées reçues, souffrir au travail n’est pas toujours lié à une surcharge ou à un excès de pression.
Le manque de travail peut lui aussi devenir source de souffrance.
Lorsqu’il s’installe durablement, l’ennui professionnel peut générer :
Certaines personnes développent même ce que l’on appelle un bore-out, c’est-à-dire un épuisement professionnel lié à la sous-charge de travail et à l’ennui chronique.
La souffrance est alors bien réelle, même si elle reste souvent invisible aux yeux de l’entourage.
Si vous vous reconnaissez dans cette situation, il est important de ne pas rester seul(e).
La première étape consiste à objectiver ce que vous vivez :
Il peut également être utile d’échanger avec :
L’objectif n’est pas seulement de comprendre ce qui se passe, mais aussi d’identifier rapidement des solutions ou des alternatives avant que la situation ne s’enkyste.
La placardisation n’est jamais anodine.
Lorsqu’elle s’installe dans la durée, elle peut fragiliser profondément la confiance en soi, l’engagement professionnel et la santé mentale.
Rappelez-vous qu’un salarié a besoin de missions, de reconnaissance et de perspectives pour s’épanouir dans son travail.
Rien ne justifie de laisser une personne en souffrance en la dépossédant durablement de son rôle ou de ses responsabilités.
Si vous avez le sentiment de vivre une telle situation, écoutez ce signal. Plus elle est prise en charge tôt, plus il est possible de retrouver un cadre professionnel stimulant, respectueux et aligné avec vos besoins.
On parle souvent des effets du « trop » de travail.
Mais le « pas assez » peut parfois faire tout autant de dégâts.