Introduction
Depuis une dizaine d’années, l’ikigaï est partout : sur Instagram, dans les livres de développement personnel, sur Pinterest, dans des ateliers express, parfois même dans des articles de presse peu étayés et parfois caricaturaux...
Le célèbre schéma composé de quatre cercles a envahi les réseaux sociaux et s’est imposé comme “le” modèle pour trouver rapidement sa voie.
Esthétique, inspirant, visuel certes… mais terriblement réducteur.
La vérité, c’est que l’ikigaï n’a jamais été un schéma Pinterest. Or, ce malentendu crée des confusions, limite son potentiel et peut même induire des personnes en questionnement et/ou en transition professionnelle en erreur.
Dans cet article, nous allons rétablir le sens originel de l’ikigaï, comprendre les dérives actuelles, expliquer comment l’utiliser correctement, et montrer pourquoi un accompagnement professionnel est indispensable pour révéler un (ou plusieurs) ikigaï(s) pertinent(s), et surtout authentique(s).
L’ikigaï : un concept japonais riche, ancien et avant tout profondément culturel
L’ikigaï est un mot japonais signifiant littéralement « raison d’être » ou « ce qui fait que la vie mérite d’être vécue ». Il prend ses racines sur l’île d’Okinawa, l’une des cinq “zones Bleues” du monde, régions où l’on trouve les populations les plus longévives.
À l’origine, l’ikigaï n’est absolument PAS un outil d’orientation professionnelle. C’est un concept existentiel. Pour les habitants d’Okinawa, il désigne ce qui apporte joie et énergie, ce qui nourrit le sentiment d’utilité, ce qui donne une direction intérieure, ce qui fait vibrer au quotidien, ce qui permet de contribuer à une communauté.
Il ne s’agit donc pas de remplir un tableau, mais de vivre en alignement avec soi-même, dans un rapport subtil à son environnement, à ses proches, à son écosystème, à son rythme et à ses aspirations. Nous sommes donc très loin de la présentation occidentale du concept en faisant tantôt un test psychologique, un exercice d’introspection rapide ou un outil miracle pour se reconvertir…
Le schéma en quatre cercles n’a rien de japonais. En réalité, seule la philosophie de l’ikigaï est nippone.
Comment l’Occident a transformé l’ikigaï en schéma Pinterest
La popularité du schéma en quatre cercles (ce que vous aimez / ce pour quoi vous êtes doué(e) / ce dont le monde a besoin / ce pour quoi vous pouvez être payé(e)) vient d’une adaptation occidentale, créée dans les années 2000 et inspirée du modèle du Sweet Spot du marketing. Ce schéma est efficace, certes. Il est visuel, joli, simple, rapidement compréhensible. Mais il génère trois dérives majeures :
- Dérive 1. La banalisation
Beaucoup pensent que l’ikigaï se trouve comme on coche des cases. Or, un ikigaï authentique demande une exploration intérieure profonde et structurée.
L’idée qu’il faudrait absolument trouver son ikigaï pour être heureux crée une pression supplémentaire pour celle ou celui qui se cherche, est en plein questionnement et ne sait vers quoi se diriger. Ne pas le trouver aboutirait à un sentiment d’échec, et à une confusion bien inutile, voire culpabilisante pour les personnes en quête d’elles-mêmes.
- Dérive 3. La perte de sens
À force d’être simplifié à l’extrême, l’ikigaï devient un exercice de coaching basique. Il est réduit à quatre questions, alors qu’il est en réalité un travail de fond sur la contribution, le sens, les valeurs, l’identité, les compétences et talents, et la viabilité d’un projet professionnel ou personnel (orientation pour les plus jeunes, changement de poste/d’entreprise ou de voie pour les autres, création d’un projet entrepreneurial, préparation du passage à la retraite, etc).
Autrement dit, Pinterest a transformé un art de vivre… en infographie virale, raccourcissant par la même occasion le vrai travail à mener pour explorer les thématiques précitées et, in fine, trouver son ou ses ikigaï(s).
L’ikigaï n’est pas un exercice individuel mais un processus d’accompagnement
La plupart des personnes en quête de sens et d’un changement de v(o)ie tentent de faire leur ikigaï seules via des modèles vierges à télécharger, via des vidéos YouTube, via des ateliers ultra rapides. Et beaucoup terminent plus perdues qu’avant. Pourquoi ? Parce que l’ikigaï n’est pas fait pour être exploré seul. Il demande un miroir professionnel.
Chez Oser Rêver Sa Carrière, nous accompagnons depuis plus de 11 ans les transitions professionnelles, notamment via l’outil ikigaï. C’est une histoire d’amour qui dure et nous formons également les futurs accompagnants à cet outil de développement personnel et professionnel qu’est l’ikigaï. Nous pouvons affirmer que l’ikigaï exige des compétences avancées en questionnement, une posture neutre et bienveillante, une compréhension des dynamiques de sens au travail, une connaissance fine des mécanismes psychologiques des transitions, ainsi qu’une bonne connaissance de tous les autres outils de transition auquels il peut être adjoint.
Notre conviction est qu’on ne remplit pas un ikigaï. On le dévoile. Et ce dévoilement nécessite un(e) accompagnant(e) formé(e) à l’outil et à la posture adéquate pour déceler les incohérences, pour mettre en lumière les angles morts, pour reformuler avec précision, pour révéler les véritables motivations, pour distinguer les envies superficielles des aspirations profondes. Et, plus fondamentalement, pour lire entre les cercles ;-).
L’ikigaï : un outil majeur dans les transitions professionnelles
L’ikigaï est particulièrement puissant dans trois situations :
- Lors d’une bifurcation ou reconversion professionnelle
Parce qu’il éclaire les talents naturels (ce pour quoi l’on est doué), les leviers de motivation (ce que l’on aime), les besoins sociaux (ce dont le monde a besoin), les perspectives professionnelles (ce pour quoi l’on peut être payé). L’ikigaï est en effet un outil directionnel permettant de se tourner vers l’avenir en se demandant ce que l’on a envie de mobiliser (ou d’acquérir) pour la suite de notre carrière. Autrement dit, il ne se base pas que sur le passé et l’existant (le présent), mais permet à celle ou celui qui le vit de se projeter dans un avenir neuf et constructible. Autrement dit, il aide à se (re)positionner correctement tout en restant aligné avec son identité.
C’est l’un des domaines où l’ikigaï est le plus efficace. Nous avons déjà beaucoup écrit sur l’épuisement professionnel et ses conséquences notamment en termes de confiance en soi et en sa capacité à retravailler. L’ikigaï peut jouer un rôle majeur pour justement recouvrir confiance et se réapproprier ses compétences et talents. Il permet par ailleurs et surtout de questionner le sens et la façon dont on envisage sa vie personnelle comme professionnelle à l’avenir. Il apporte clarté et constitue un outil pertinent pour se recentrer, se reconstruire et parer au risque de récidive.
- Pour les professionnel(le)s de l’accompagnement
L’ikigaï constitue en effet un cadre de dialogue idéal pour permettre à nos accompagné(e)s de s’introspecter et d’avancer dans leurs différents questionnements. Abordé tel un jeu de piste, il est un véritable outil d’investigation, un support pour cheminer en accompagnement et une boussole pour identifier des pistes et/ou clarifier un projet. C’est la raison pour laquelle l’ikigaï est largement plébiscité par les consultant(e)s en bilan de compétences, les professionnels de l’orientation et de l’évolution de carrière, les RH, les thérapeutes, etc qui n’hésitent plus à prendre le temps de se former vraiment à l’outil, évitant ainsi bien des écueils aux femmes et aux hommes en quête d’une meilleure vie professionnelle, voire d’une meilleure vie tout court.
Pourquoi un Ikigaï mal utilisé peut être dangereux
Certains publics, notamment en fragilité émotionnelle, peuvent être déstabilisés par un ikigaï mal accompagné. Nous voyons régulièrement des personnes qui arrivent chez Oser Rêver Sa Carrière avec un Ikigaï fait “à la maison”, “à la va-vite” et qui nous disent : “je n’arrive pas à trouver ma voie”, ‘j’ai fait mon ikigaï, mais rien ne ressort vraiment”, “je suis encore plus perdu(e) qu’avant”. Ce n’est surprenant : un ikigaï bâclé, mal expliqué ou mal encadré peut générer des interprétations erronées, des choix impulsifs, des projections irréalistes, des abandons prématurés, de la confusion identitaire et, plus grave encore, un vrai sentiment d’échec.
La mauvaise utilisation de l’ikigaï nuit à l’ikigaï… qui ne doit pas être un exercice de développement personnel rapide promettant de trouver “une mission de vie”, mais un cadre d’exploration profonde. Accompagner avec l’ikigaï demande une véritable expertise, une maîtrise technique de l’outil ainsi que l’apprentissage de la posture adéquate à tous les stades de l’exercice. On ne s’improvise pas “accompagnant(e) ikigaï”. Pour bien accompagner avec cet outil, il faut a minima : connaître l’histoire réelle de l’ikigaï, comprendre les limites du schéma occidental, savoir vulgariser dans un souci de clarté pédagogique, savoir désacraliser l’unicité de l’ikigaï en allant chercher DES ikigaïs et non UN ikigaï, maîtriser la posture d’accompagnement, savoir questionner avec finesse, repérer les mécanismes psychologiques, accompagner sans induire ni projeter, décoder les blocages, silences et contradictions internes, comprendre les cycles de motivation, connaître les transitions professionnelles, savoir sécuriser une personne vulnérable (qui aurait par exemple vécu un burn-out, un harcèlement ou autre tsunamie de vie). C’est pour cette raison qu’Oser Rêver Sa Carrière a construit une formation solide, reconnue et utilisée depuis 11 ans, fondée sur la pratique, la psychologie de la motivation, les mécanismes de la transition professionnelle, l’interrogation et la construction du sens, l’émergence des talents, la compréhension du burn-out, le modèle ikigaï professionnel, etc.
Le schéma ikigaï utile, mais insuffisant
Ne jetons toutefois pas la pierre au fameux schéma des quatre cercles : il a des qualités. Il donne une première vision. Il simplifie un concept complexe. Il rend l’ikigaï accessible, en première intention d’une introspection. Mais il manque la dimension culturelle, les nuances identitaires, la temporalité, l’épaisseur psychologique, le travail sur les valeurs, l’exploration poussée de la contribution, l’histoire personnelle, la dynamique émotionnelle, etc.
Un vrai ikigaï ne tient pas dans une image Pinterest. Il est vivant. Il évolue. Il se nourrit de l’expérience, du temps, de l’écoute, de la profondeur.
Le vrai ikigaï : un chemin intérieur, pas une destination marketing
Ce qui ressort des personnes accompagnées avec l’ikigaï par nos soins, c’est que l’outil est un révélateur d’identité, un potentiel chemin de d’affranchissement et libération, un travail d’alignement, une vérité intime, un ancrage, un moteur. Il ne se “trouve” pas en 30 minutes. Il n’est pas un exercice scolaire. C’est un cheminement au cours duquel on se découvre, on se reconnecte, on s’affirme, on choisit, on clarifie, on évolue.
C’est un processus d’une finesse exceptionnelle qui réclame de nombreuses adaptations de la part de l’accompagnant(e) pour l’explorer en profondeur, ainsi qu’une explicitation préalable en termes de mindset afin de faire rentrer efficacement l’accompagné(e) dans l’exercice.
Il est en effet important de toujours rappeler à l’accompagné(e) :
- Que sans miroir, l’ikigaï reste superficiel.
- Que l’ikigaï demande d’accepter de prendre son temps. Il peut prendre plusieurs heures d’exploration, parfois sur plusieurs semaines (avec un temps de maturation indispensable entre chaque cercle).
- Qu’il s’agit d’un outil souple, idéalement abordé sans les sous-croisements inutiles qui ont pour effet d’embrouiller l’accompagné(e) dans sa progression.
- Que l’exploration va bien au-delà du schéma traditionnel : l’identité, l’histoire de vie, les valeurs, les envies profondes, les peurs, les types d’efforts, les moments-ressources, etc sont travaillés.
- Qu’il est important de se détacher du résultat. L’ikigaï n’est pas une solution. C’est une direction.
- Que l’exploration ne consiste pas à trouver un seul et unique ikigaï, mais à cheminer avec toutes les nuances nécessaires, en faisant émerger les singularités de l’accompagné(e), les répétitions, les paradoxes, les ambivalences, etc. Il peut y avoir plusieurs ikigaïs qui peuvent par ailleurs changer avec le temps, les expériences, les crises de vie, etc. L’ikigaï est impermanent.
Vous l’aurez compris, l’ikigaï est un outil puissant, profond, transformateur. Loin d’un simple schéma, il permet de retrouver du sens, d’identifier sa contribution, de traverser les moments de crise ou de transition, et peut contribuer à la reconstruction après un burn-out.
Il mérite de la précision, de l’exigence, de l’engagement, de l’accompagnement, et surtout, d’être utilisé avec respect et compétence. C’est toute la philosophie d’Oser Rêver Sa Carrière, qui depuis plus de 11 ans forme des professionnels à une pratique exigeante et éthique de l’ikigaï grâce à sa formation Accompagner avec l’ikigaï.
Pour aller plus loin sur l'ikigaï, nous vous recommandons de lire les articles suivants :
Pourquoi utiliser l'ikigaï pour accompagner les transitions professionnelles ?
Utiliser l'ikigaï en entreprise
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