Bilan de compétences sur-mesure
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Né aux Etats-Unis au début des années 2000, le jobcrafting est une pratique très répandue en Europe. De quoi s’agit-il ?
Job signifie travail. Craft signifie “fait-main”. Le jobcrafting consiste donc à modeler son travail de façon à ce qu’il soit source d’épanouissement. C’est, en quelque sorte, le mettre à son goût, le façonner à son image et selon ses désirs. S’en emparer pour faire en sorte qu’il nous corresponde parfaitement. Autrement dit, se créer un job sur-mesure. Faire de la haute-couture, du “Do It Yourself” avec son activité professionnelle.
L’idée de cette pratique aujourd’hui courante est la suivante : lorsque l’on prend un poste ou que l’on se met à son compte, que l’on emprunte la voie entrepreneuriale ou libérale, la réalité s’avère parfois différente de ce qui était décrit dans la fiche de poste, ou différente de ce que l’on s’était imaginé. Le jobcrafting consiste à rééquilibrer les choses et à rectifier tous les aspects (ou certains) ne nous convenant pas/plus. Objectifs ? Être bien dans son job, dans son poste, dans son activité. Tendre vers l’épanouissement personnel au travail.
La tendance est réelle.
La quête de sens, issue notamment de la prise en compte de plus en plus récurrente de son propre développement personnel, influe sur les comportements et attentes de chaque individu. Il ne s’agit plus de se contenter de faire un job “convenable” ou partiellement satisfaisant. On veut s’épanouir au travail, en faire un lieu de bien-être, d’apprentissage et de réalisation de soi.
Avant de changer complètement de travail et d’opter pour une reconversion radicale, il est en effet parfois possible de réajuster son poste, aussi bien en termes d’environnement de travail que de coeur de métier.
Très concrètement, il convient de démarrer par un vrai bilan de sa situation professionnelle et d’identifier tous les éléments ne convenant plus : s’agit-il de vos missions quotidiennes, de vos relations avec vos collègues, votre hiérarchie ou vos clients, de votre perception de votre travail, de votre degré de liberté, du poids de vos responsabilités, de votre rythme de travail ? Listez tous ces points “noirs”.
La seconde étape consiste à analyser sa marge de manœuvre pour faire bouger les lignes et corriger ce qui doit l’être. Ce fut le cas de Caroline qui est avocate à Nantes depuis six ans. Cela faisait plusieurs années qu’elle ressentait une insatisfaction grandissante. En échangeant avec nous et… elle-même, Caroline s’est rendue compte qu’être une collaboratrice lambda au sein de son cabinet ne lui convenait plus. Elle s’est beaucoup interrogée sur le fait de continuer ou nom dans la profession et a envisagé une reconversion. Via son bilan de compétences, elle a pu identifier tous les éléments insatisfaisants et a finalement décidé de s'installer seule. Autrement dit, elle a adapté son activité à ses besoins et envies du moment. Depuis, elle a retrouvé goût à son travail : “je suis contente de ne pas avoir pris de décision trop rapide et d’avoir pris le temps de réfléchir sérieusement à ma façon de travailler. J’ai pris la bonne décision”.
Selon une étude américaine intitulée What is Job Crafting and Why Does It Matter?, le jobcrafting s’articule autour de trois grands axes principaux :
Vous pouvez commencer par tenter de modifier vos tâches, missions et attributions quotidiennes. Leur nature, leur quantité, leur variété, leur périmètre, etc. Soit par vous-même si vous en avez la latitude, soit en en faisant la demande auprès de vos RH ou de votre hiérarchie. Vous pourrez ainsi gagner du temps, rationaliser davantage les choses ou changer votre quotidien. Stéphane, RH dans une petite entreprise à Courbevoie, avait une double casquette : RH et une dimension comptable (accessoire) non prévue dans sa fiche de poste mais introduite avec le temps. Cette dernière dimension ne lui convenait pas. Il n’avait en plus aucune formation en la matière. Il s’est entretenu longuement avec sa hiérarchie et a obtenu de celle-ci de déléguer la comptabilité à un prestataire extérieur. Autre exemple, Julie, key account manager à Paris, a décidé de fermer la porte de son bureau et de mettre une pancarte “ne pas déranger” deux jours par semaine afin de ne pas être interrompue toutes les cinq minutes. Elle a gagné en concentration et en efficacité, ce qui était indispensable pensable après un arrêt pour burn-out.
Changer son regard sur son travail implique de modifier la perception qu’on en a. Pour cela, vous devez redonner du sens à vos attributions quotidiennes en rectifiant votre façon de considérer vos tâches. Évidemment, chaque métier comprend des tâches pénibles et moins intéressantes que d’autres. Listez toutes ces tâches et, là encore, étudiez votre marge de manœuvre pour améliorer les choses et les rendre plus supportables. Posez-vous la question suivante : pourquoi cette tâche ? Quel sens puis-je lui donner ? Il faut projeter l’utilité de la tâche, la remettre dans un contexte d’utilité globale. Citons ainsi l’exemple de Rebecca. Jeune juriste en entreprise à Paris, elle se sentait acculée par le reporting qu’elle devait faire chaque semaine au directeur juridique de l’organisation, son supérieur hiérarchique direct. Après deux années à ne pas oser s’en plaindre, elle a proposé à ce dernier, lors d’une pause déjeuner, de discuter du sujet. Il lui a expliqué l’importance de la régularité de ces reportings : une partie de son reporting était dédiée aux opérationnels, chose qu’elle ignorait. En échangeant ensuite avec lesdits opérationnels, elle a compris le sens de cette tâche rébarbative pour elle.
Il est possible de modifier ses relations interpersonnelles au sein de son organisation. Solidifier ses liens avec ses collègues, ses clients, sa hiérarchie ou ses prestataires permet de (re)donner du sens à son travail. Nicolas, développeur web au sein d’une agence de communication à Paris se sentait isolé du reste de l’équipe. Il a proposé un apéro un soir toutes les deux semaines à ses collègues. Ils ont ainsi pu apprendre à se connaître. Depuis, ils déjeunent souvent ensemble. Ils ont même créé un groupe Whatsapp afin de pouvoir échanger et organiser des temps communs hors travail.
En identifiant les sources d’insatisfaction au travail, il est donc (parfois) possible d’améliorer son quotidien en :
1/Prenant le temps de le faire ;
2/Faisant preuve de créativité et d’ouverture d’esprit ;
3/Acceptant que le changement puisse prendre du temps.
N’hésitez pas à écouter l'épisode 92 de notre podcast Cheminement : suivre son fil rouge pour se créer une carrière sur-mesure. Il s'agit de l'interview de Fabienne Broucaret, rédactrice en chef de Courrier Cadres, My Happy Job, Rebondir et de L’Officiel de la Franchise qui a elle aussi opté pour une carrière sur-mesure.
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