Dans les parcours de transition professionnelle, les émotions sont omniprésentes. Peur de l’échec, excitation face à de nouvelles possibilités, sentiment de décalage, perte de repères, doutes, soulagement et fierté une fois que le chemin s’éclaire… Ces différentes émotions accompagnent chaque étape du processus. Pourtant, elles sont encore trop souvent mises de côté au profit d’une approche plus rationnelle centrée sur les compétences, les forces, les enquêtes, le marché du travail ou le projet. Une transition ne se joue pourtant pas uniquement dans la tête : elle se vit aussi dans le corps et dans l’émotionnel. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’on compare souvent le changement de voie à un véritable ascenseur émotionnel...
Pour les professionnels de l’accompagnement, intégrer pleinement cette dimension change profondément la qualité des échanges et l’efficacité des parcours. Une émotion n’est pas un obstacle à contourner. C’est une information, souvent précieuse. Elle signale un besoin, une valeur, une tension interne. Lorsqu’elle est accueillie et explorée, elle permet de clarifier ce qui compte réellement pour la personne, et par ricochet de mieux comprendre ses mécanismes internes.
Voici quelques techniques pratico-pratiques pour leur laisser toute la place qu’elles méritent.
Concrètement, cela suppose d’abord de créer un cadre suffisamment sécurisant pour que les émotions puissent être exprimées sans crainte de jugement. Les séances avec les accompagné(e)s sont un espace temps privilégié. Nous les concevons tels des “cocons”. Douces et enveloppantes. Si vous êtes coach, consultant(e) en transition professionnelle/bilan de compétences, n’hésitez pas, en début de séance et plutôt que d’entrer directement dans le thème du jour, à poser des questions simples comme : “Qu’est-ce qui vous a le plus traversé depuis notre dernière séance ?”, “Quelle émotion domine aujourd’hui ?, Et à quelle intensité sur une échelle de 1 à 10 ?”. Vous pouvez également ouvrir le bal avec une météo de l’humeur basée sur les émotions, exercice introductif très apprécié. Le (la) bénéficiaire peut alors exprimer une anxiété persistante liée à une enquête ou à une candidature, ou une excitation importante à l’idée d’aborder une thématique particulière. Le fait de nommer l’émotion permet de diminuer son intensité et d’ouvrir la discussion. En passant par cette porte d’entrée du ressenti intérieur, l’accompagné(e) se livre davantage et peut verbaliser l’ensemble des ses craintes ou sources d’enthousiasme. De précieux indicateurs à prendre en compte pour l’élaboration de son projet.
Mettre des mots sur un ressenti est souvent un premier pas décisif. Passer de “ça ne va pas” à “je ressens une affreuse peur de me tromper ces derniers jours”, change la qualité du travail qui sera ensuite réalisé durant la séance. Face à une personne qui vous dit “je ne suis pas motivé(e)”, vous pouvez creuser et l’aider à affiner son ressenti : “est-ce plutôt de la fatigue, du doute, ou une perte d’intérêt ?”. Là encore, cette clarification permet d’éviter de travailler sur une fausse problématique et de passer un cap : aller plus en profondeur sur les ressentis actuels de l’accompagné(e) et identifier ainsi les potentiels blocages internes. En procédant ainsi, vous permettez à l’accompagné(e) d’évacuer d’éventuelles émotions polluantes, voire parfois paralysantes pour la suite du process.
Ensuite, il s’agit d’aider l’accompagné(e) à faire un pas de côté : que dit cette émotion ? De quoi est-elle le signal ? Qu’est-ce qu’elle révèle ? Que dit-elle de lui (d’elle) ? Exemples :
Enfin, l’enjeu (comme toujours en matière d’accompagnement) est de trouver le bon positionnement. Ni sur-interpréter l’émotion, ni la minimiser. Accueillir sans la laisser envahir. Guider sans orienter. Face à un(e) bénéficiaire très anxieux(e), évitez de rassurer trop rapidement (“ça va aller”) ou de pousser à l’action (“il faut y aller”). Préférez une posture exploratoire : “qu’est-ce qui vous inquiète le plus concrètement ?”, “de quoi auriez-vous besoin pour vous sentir un peu plus en sécurité ?”, “que pourrait-on envisager pour réduire l’intensité de cette émotion afin qu’elle ne vous paralyse pas et que puissiez continuer à avancer ?”
Vous l’avez compris : travailler avec les émotions, ce n’est pas ralentir le processus de transition. C’est, au contraire, lui donner de la profondeur, de la justesse… et souvent, de la durabilité.
Si vous souhaitez aller plus loin, nous vous proposons d’écouter l'épisode de notre podcast Cheminement dans lequel je reçois Fanny Marais, coach et auteure du livre Je ressens, donc je dis justement consacré… aux émotions.