Accompagner les situations de cage dorée

Article
Accompagner les transitions professionnelles
5 minutes de lecture
Marina Bourgeois
Publié le
June 15, 2026

Introduction

Dans l’imaginaire collectif, la souffrance au travail est souvent associée à des situations visibles de surcharge, de stress constant, d’ennui, de manque de reconnaissance ou de pénibilité. Pourtant, une autre réalité existe : celle des personnes qui semblent avoir réussi, mais qui vivent leur carrière comme un enfermement progressif.

Postes à responsabilités, parcours prestigieux, stabilité financière, reconnaissance sociale… Certaines trajectoires professionnelles cochent toutes les cases objectives de la réussite, mais deviennent parfois des espaces de profond désalignement et, par ricochet, d’insatisfaction douloureuse.

La pratique montre que ces situations professionnelles sont plus difficiles à quitter que les autres. En cause ? Le poids psychologique de tout ce qui a été construit autour de cette réussite : statut, étiquette, identité, sécurité…

Plus une personne investit de temps, d’énergie et d’identité dans une voie professionnelle, plus il devient difficile psychologiquement de remettre cette trajectoire en question. Le métier ne représente alors plus seulement une activité : il devient une marque de valeur, une source de sécurité, parfois même un pilier identitaire. C’est ce qui rend certaines transitions particulièrement complexes. Parce qu’abandonner une carrière “réussie” peut donner l’impression de perdre une partie de soi-même, surtout lorsque les études pour y parvenir ont été fastidieuses et la première partie de carrière très engageante.

Le "plafond de verre du sens"

Certains parcours se construisent moins à partir d’un désir profond que d’une logique de réussite : faire les bonnes études, saisir les opportunités valorisées, être reconnu, rassurer son entourage, prouver sa valeur, perpétuer une lignée professionnelle familiale, etc.

Pour certains, ces trajectoires fonctionnent durablement. Mais ce n’est pas le cas pour tous.

Beaucoup se rendent en effet compte qu’ils atteignent une limite que l’on pourrait comparer à un “plafond de verre du sens” : après avoir tout bien fait et profité d’une belle première partie de carrière, leur investissement dans la voie initiale ne fait plus sens. Soit parce qu’ils sont usés d’avoir énormément travaillé pour réussir, soit parce qu’ils ont atteint leur ambition initiale et ne peuvent plus évoluer. Ou ne rêvent plus d’évoluer en prenant de nouvelles responsabilités accaparantes.

Ils aspirent à un “ailleurs et autrement” et à remettre du sens là où ils n’en trouvent désormais plus.

La perspective d’un changement de carrière, voire même d’un réajustement, les angoisse pourtant souvent. Le risque d’immobilisme est alors important. Certaines personnes restent ainsi des années dans cette situation délétère, parce qu’elles ont construit toute leur sécurité psychique autour de leur carrière.

La peur de tout perdre

Malgré l’apparente réussite, quelque chose finit par craquer et par les amener à reconsidérer leur carrière : fatigue chronique, perte de motivation, hypersensibilité devenant ingérable, angoisses, burn-out. Ou tout simplement l’impression d’avoir fait le tour de leur poste et/ou de leur secteur.

Ces prises de conscience sont très déstabilisantes et génèrent souvent nombre de peurs jusque-là tapies en toile de fond : peur de perdre ce qui a été acquis jusque-là ; peur du regard des autres ; peur de décevoir ; peur d’avoir fait “tout ça pour rien” ; peur de rétropédaler socialement ; peur de perdre en standing de vie ; peur de ne plus savoir qui ils sont sans cette réussite.

Bref, peur de quitter un confort pourtant devenu inconfortable…

Notre rôle en tant qu'accompagnant(e)

Dans ces situations, l’enjeu n’est évidemment pas de pousser les personnes à tout quitter. Il est d’abord de leur permettre de remettre du mouvement là où tout semble figé :

  • En créant un espace sécurisant où elles peuvent penser autrement qu’à travers le prisme de la performance, du devoir ou de l’image sociale ;
  • En les amenant à comprendre à quel point leur travail a pu participer à leur construction identitaire ;
  • En les aidant à s’autoriser à ne plus être les mêmes personnes qu’il y a 10 ou 20 ans et, corrélativement, à traduire leurs nouvelles envies en perspectives professionnelles ;
  • En leur permettant d’identifier ce qui fait sens aujourd’hui, et ce qu’elles souhaitent laisser derrière elles ;
  • En les aidant à déconstruire, et à accepter de changer de paradigme afin de construire leur vie non plus uniquement sur ce qui est valorisé… mais sur ce qui est profondément juste pour elles/eux.
Rédigé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.

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