Lorsque l’on passe ses journées de travail à contre-courant de soi-même, le risque d’épuisement n’est hélas jamais très loin.
Car fonctionner durablement en contradiction avec ses besoins, ses valeurs ou ses aspirations exige une quantité d’énergie considérable.
Une énergie que l’on ne perçoit pas toujours immédiatement.
Jour après jour, semaine après semaine, nous nous adaptons.
Nous faisons avec.
Nous composons.
Nous trouvons des compromis.
Jusqu’au moment où cette adaptation permanente finit par nous coûter beaucoup plus qu’elle ne nous rapporte.
Travailler à contre-courant de soi-même, ce n’est pas simplement vivre une mauvaise journée ou traverser une période difficile.
C’est évoluer durablement dans un environnement professionnel avec lequel nous ne sommes plus alignés.
Cela peut prendre de nombreuses formes :
Ces situations sont loin d’être exceptionnelles.
Et lorsqu’elles s’installent dans la durée, elles peuvent progressivement fragiliser notre équilibre psychologique et physique.
L’un des pièges les plus insidieux de ces situations réside dans notre formidable capacité d’adaptation.
Nous finissons parfois par nous habituer à des contextes qui ne nous conviennent pourtant plus.
Nous rationalisons.
Nous minimisons.
Nous nous disons que cela passera.
Que nous avons connu pire.
Que ce n’est pas si grave.
Peu à peu, une forme de normalisation s’installe.
Le problème n’a pas disparu.
Nous avons simplement appris à vivre avec.
Du moins en apparence.
Lorsqu’une partie de nous est en désaccord avec ce que nous vivons au quotidien, un mécanisme de compensation se met souvent en place.
Nous puisons davantage dans nos ressources pour continuer à avancer.
Nous faisons plus d’efforts.
Nous prenons davantage sur nous.
Nous redoublons d’énergie pour compenser un manque de motivation, de sens ou d’adhésion.
Parfois même sans en avoir pleinement conscience.
De l’extérieur, tout semble fonctionner.
Mais en interne, l’usure progresse.
L’équilibre devient de plus en plus fragile.
Et le coût énergétique de cette sur-adaptation augmente progressivement.
Le corps possède une intelligence que nous sous-estimons parfois.
Lorsqu’une situation devient trop difficile à supporter psychiquement, il arrive qu’il s’exprime à sa manière.
Fatigue persistante.
Troubles du sommeil.
Irritabilité.
Maux de tête.
Douleurs musculaires.
Troubles digestifs.
Difficultés de concentration.
Perte d’enthousiasme.
Autant de signaux qui peuvent traduire un déséquilibre plus profond.
La somatisation n’est pas un caprice du corps.
C’est souvent une tentative d’alerte lorsque quelque chose, à l’intérieur de nous, n’est plus en accord avec ce que nous vivons.
À force de repousser ses limites, il arrive un moment où l’organisme ne parvient plus à compenser.
C’est ce que de nombreuses personnes ayant vécu un burn-out décrivent comme la décompensation.
Ce point de bascule où l’on ne peut plus continuer comme avant.
La chute.
L’effondrement.
Le moment où le corps et l’esprit imposent un arrêt que l’on n’a pas réussi à s’autoriser plus tôt.
À cet instant, il devient impossible de continuer à se raconter que tout va bien.
La réalité finit par s’imposer.
Se sentir constamment en sur-effort n’est jamais anodin.
Avoir la sensation de lutter en permanence contre soi-même non plus.
Ces ressentis méritent d’être entendus avant que l’épuisement ne s’installe durablement.
Prendre du recul, s’interroger sur ce qui nous coûte autant d’énergie, identifier les décalages entre nos besoins et notre réalité professionnelle : tout cela constitue déjà une forme de prévention.
Car plus les signaux sont entendus tôt, plus il est possible d’agir avant le point de rupture.
Nous sommes nombreux à croire que nous pouvons toujours faire un effort supplémentaire.
Tenir un peu plus longtemps.
Patienter encore quelques mois.
Attendre que la situation change.
Mais lorsque chaque journée demande un effort considérable pour rester aligné avec un environnement qui ne nous correspond plus, le risque d’épuisement augmente.
À trop tirer sur la corde, elle finit toujours par céder.
La véritable question n’est donc peut-être pas de savoir si vous êtes capable de tenir.
Mais plutôt de vous demander à quel prix.