Reconversion : gare au mythe de l'herbe plus verte ailleurs

Article
Transition/Reconversion professionnelle
6 minutes de lecture
Marina Bourgeois
Publié le
July 2, 2026

On les appelle les switchers, les reconvertis, les audacieux… Ils l’ont fait : le grand écart, le grand plongeon, l’ascension du mont Changement !

Oui, ils ont osé ! Oui, ils ont eu du courage ! Oui, beaucoup aimeraient lâcher ce qu’ils font pour du « plus » : plus de temps pour soi, plus de projets intéressants, plus de vacances, plus de responsabilités, plus de sens, plus d’argent, plus de liberté, plus près de chez soi, plus prestigieux, plus de reconnaissance, etc. Ou du « moins » : moins de stress, moins de routine, moins de pression, moins de transports, moins de hiérarchie, etc.

Un point commun chez l’ensemble des reconvertis : ils veulent du « mieux » ! C’est ça, une reconversion réussie : quand la balance penche du côté du « mieux » après. Mais attention au fantasme ! Si la littérature sur le sujet met en avant des reconversions « réussies » (avec ce fameux « mieux » après), il ne faudrait surtout pas croire qu’elles le sont toutes !

Avant d’être vraiment « posé » dans la « vie d’après », vous pouvez avoir à faire face à bon nombre de turbulences intérieures comme extérieures : savoir gérer les doutes, faire fi du scepticisme des autres ou de la jalousie de ceux qui en rêvent discrètement mais n’osent pas, régler les obstacles matériels et financiers, gérer le rythme effréné inhérent à tout projet de cette envergure, accepter les réveils nocturnes avec « l’idée de génie », laisser derrière soi l’ancienne vie professionnelle, fabriquer un nouveau réseau et/ou une nouvelle clientèle, construire de nouveaux repères… un véritable parcours du combattant !

Et même « après », se reconvertir ne garantit pas une « better life » !

Exit le mythe du salarié qui pose sa démission (« Au revoir, au revoir, Président ») et qui, dès le lendemain, se réveille épanoui, le sourire aux lèvres, avec l’idée du siècle ou le job passion lui permettant de subvenir à tous ses besoins en lui laissant, en plus, le temps de boire un verre avec ses amis à l’envi…

Tous les reconvertis ne vivent pas une success story personnelle et/ou financière. À interroger les switchers, la plupart gagnent moins après qu’avant, mais ils disent avoir une meilleure qualité de vie. Mais quid de ceux qui ne gagnent clairement pas suffisamment pour vivre, voire même pour survivre ? Ils sont pourtant nombreux et on en parle (trop) peu !

On a tout à apprendre de leurs expériences. À la place des « je te l’avais bien dit » ou des petites phrases stigmatisant l’échec sans reconnaître l’audace, ne ferait-on pas mieux de les interroger à outrance (« Mais comment as-tu fait pour parvenir jusqu’à cette étape ?! ») et de décortiquer leurs parcours afin de ne pas commettre les mêmes erreurs ou maladresses ?

La plupart des reconvertis ont fait le grand saut parce qu’ils voulaient redonner du sens à leur vie en se reconnectant à leurs valeurs. Tous n’ont cependant pas trouvé dans la reconversion le Graal qu’ils imaginaient (ou fantasmaient !).

C’est le cas de Juliette qui, après dix ans dans les ressources humaines, a changé de direction pour créer une boutique en ligne de vêtements pour enfants. Elle est à fond, s’investit, planifie, organise, mais s’aperçoit rapidement que travailler seule toute la journée et s’auto-motiver n’est pas fait pour elle. Le coworking n’étant pas très développé dans sa région, elle stoppe tout quelques mois plus tard pour retourner dans les RH, malheureusement déçue.

C’est aussi le cas de Patrick qui a ouvert un restaurant après avoir été cuisinier pendant treize ans. Il rêvait d’avoir sa propre affaire. Une fois celle-ci montée, catastrophe ! Son truc, c’est la cuisine et non la comptabilité qu’il exècre. Encore moins le recrutement du personnel. Plein d’idéaux, Patrick est rapidement redescendu sur terre.

Citons enfin Ophélie qui, après dix ans dans l’immobilier, est devenue ostéopathe. Après quelques mois d’exercice, elle décide de retourner vers l’immobilier. Elle avait finalement juste besoin d’un break et non d’un virage à 180 degrés. Non accompagnée dans sa reconversion et avec un entourage familial peu convaincu par son projet, elle n’a pas pris le temps de bien réfléchir en amont afin de pérenniser son projet sur le long terme. Elle a par la suite décidé de travailler davantage en extérieur et a retrouvé le second souffle tant espéré.

Pas forcément besoin, donc, d’un changement radical ou de partir vers de nouveaux horizons pour trouver le fameux « mieux ». Une prise de conscience, un réaiguillage ou encore quelques menus aménagements peuvent parfois suffire à retrouver enthousiasme et envie, sans avoir à vivre les affres d’une reconversion mal pensée (bien que, même avortée, une tentative de reconversion constitue à elle seule une expérience de vie intéressante).

Si la reconversion est souvent affaire de cœur, elle est avant tout affaire de construction. Et construire son projet de vie d’après nécessite du temps. C’est un processus jalonné d’étapes, toutes aussi importantes les unes que les autres. Or, à bâcler l’introduction, le livre risque d’être mal écrit…

Parmi les étapes incontournables :

  • identifier ce qui ne plaît plus dans la situation du moment (perte de sens, ennui, burn-out, dissonance, etc.) ;
  • analyser son besoin et ce à quoi il correspond (envie, nécessité, injonction extérieure, etc.) ;
  • étudier l’ensemble des alternatives possibles (la reconversion n’étant peut-être que l’une d’entre elles) ;
  • se préparer au changement (Quelle est l’ampleur du changement à accomplir ? Suis-je prêt(e) ? Qu’est-ce que cela va modifier dans ma vie ? Est-ce le bon moment ?) ;
  • relire le passé pour y déceler ce qui a plu ou déplu ;
  • cibler les expériences au cours desquelles la congruence et le flow étaient présents… ou pas loin ;
  • pointer ses envies, ses non-envies, ses besoins, ses idées, ses priorités, ses savoir-être, ses savoir-faire et ses valeurs ;
  • imaginer son environnement professionnel idéal ;
  • (re)connaître ses peurs, ses freins, ses verrous, ses zones de confort et d’inconfort ;
  • préparer son entourage (être au clair avec soi-même, voire apprendre à bien s’entourer) ;
  • faire émerger un ou plusieurs projet(s) réalisable(s) ;
  • confirmer son intérêt en confrontant sa représentation du métier à la réalité ;
  • dessiner le parcours permettant d’atteindre l’activité visée (formation, diplôme, VAE, immersion, réseau, etc.), lequel variera selon le type de reconversion envisagé (« radicale » ou simple bifurcation, « entrepreneuriale » ou salariale).

Autrement dit, une reconversion réussie réclame de respecter le processus inhérent à tout grand changement de vie, car c’en est un, assurément, autant pour vous que pour vos proches. Il faut s’y préparer !

Avant tout, la reconversion doit être motivée par de bonnes raisons. Attention aux reconversions décidées à chaud, mal anticipées ou ne faisant que diversion à d’autres frustrations ou problématiques.

… L’herbe sera d’autant plus verte ailleurs si vous avez pris soin, au préalable, de bien « cultiver votre jardin » ;-).

Rédigé par
Marina Bourgeois
Après quinze ans dans le secteur juridique et la chasse de têtes, Marina Bourgeois accompagne depuis maintenant dix ans les femmes et les hommes souhaitant y voir clair dans leur vie professionnelle et/ou traversant une période de surchauffe ou d’épuisement.

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