« Je me fais reprendre devant tout le monde pour des détails ; « on me retire progressivement toutes mes missions » ; « j'ai l'impression d'être devenu le bouc émissaire de l'équipe »; « j'ai la boule au ventre tous les matins avant d'y aller »...
Ces phrases, nous les entendons hélas régulièrement dans nos murs. Sans que la notion de harcèlement soit clairement exprimée par celles et ceux qui les prononcent. Beaucoup peinent en effet à mettre un mot sur ce qu'ils (elles) vivent. Certain(e)s se demandent si (ils) elles exagèrent. D'autres s'ils (elles) sont trop sensibles ou susceptibles. Ou s'ils (elles) ne devraient pas simplement « prendre sur eux (elles) » et « serrer les dents ».
Mais lorsqu'un salarié est dévalorisé, humilié, isolé ou soumis à des comportements répétés qui dégradent ses conditions de travail, il ne s'agit plus d'un simple conflit ou d'une mésentente professionnelle. On entre alors potentiellement dans le champ du harcèlement moral, interdit par la loi.
Il se caractérise par des agissements répétés qui ont pour effet, ou pour conséquence, de dégrader les conditions de travail d'un salarié. Ces comportements peuvent :
Il n'est pas nécessaire qu'il y ait une volonté explicite de nuire de la part du (de la) harceleur(se) qui peut être aussi bien un supérieur hiérarchique, un manager, un dirigeant, un collègue, plusieurs collègues agissant collectivement, un client, un prestataire externe, ou toute personne exerçant une influence ou une forme d'autorité dans l'environnement professionnel. Dans certains cas, il s'agit même d'une stratégie plus ou moins assumée visant à pousser un salarié vers la sortie. On parle alors parfois de « quiet firing » ou de harcèlement démissionnaire.
Le harcèlement moral s'installe souvent progressivement, pour ne pas dire sournoisement, et peut s'incarner via les agissements suivants :
C'est leur répétition qui devient destructrice.
Le harcèlement moral laisse rarement des traces visibles. Ses effets sont pourtant dévastateurs chez celles et ceux qui en sont victimes. A termes, ces dernières victimes décrivent souvent :
Certaines finissent par s'effondrer, tandis que d'autres sombrent dans un profond désengagement professionnel.
Sachez que l'employeur a une obligation de protection envers ses salariés. Autrement dit, il ne peut pas fermer les yeux lorsqu'une situation de harcèlement est signalée.
Il doit en effet prévenir les risques psychosociaux (RPS), enquêter lorsqu'une alerte est remontée, protéger la victime, faire cesser les agissements et sanctionner les comportements fautifs lorsqu'ils sont avérés. Même lorsqu'il n'est pas directement à l'origine du harcèlement, sa responsabilité peut être engagée s'il ne prend pas les mesures nécessaires.
C'est souvent la question la plus délicate car le (la) harceleur(se) moral laisse rarement des preuves spectaculaires. Il est donc absolument essentiel de conserver tout élément permettant de démontrer la répétition des faits : courriels, SMS, messages instantanés, comptes-rendus, attestations de collègues, certificats médicaux, notes personnelles datées, etc. Plus les éléments sont précis et concordants, plus ils pourront vous être utiles.
Nous constatons chaque jour que beaucoup n'osent pas parler. Par peur des représailles. Par honte. Par peur de ne pas être cru. Par peur de perdre leur job. Ou par espoir (souvent vain) que la situation finisse par s'améliorer. Il est fondamental de ne pas porter cette situation seul(e) et de parler. De verbaliser. Plusieurs interlocuteurs peuvent être sollicités à cette fin : le médecin du travail, le CSE, les RH, l'inspection du travail, un(e) avocat(e) spécialisé(e), un(e) professionnel(e) de santé (médecin généraliste, psychologue/psychiatre). Une action devant le conseil de prud'hommes ou une plainte pénale peuvent également être envisagées.
Parler vous évitera un des écueils cachés du harcèlement moral : finir par croire que le problème vient de vous. À force d'être critiquée, rabaissée ou mise à l'écart, il n'est pas rare que la victime finisse parfois par croire qu'elle est incompétente ou fragile, qu'elle mérite ce qu'elle vit ou qu'elle remette sa propre valeur en question. Pire encore, certain(e)s harcelé(e)s banalisent ce qu'ils vivent. Par habitude. Parce que cela dure depuis longtemps. Parce qu'il y a une omerta dans l'entreprise. Parce que "ça fonctionne comme ça".
Nous ne répéterons jamais assez : aucun emploi ne mérite qu'on y laisse des plumes, sa dignité, sa santé ou sa confiance en soi. Certes, le travail peut être exigeant. Il peut être source de désaccords, de tensions ou de frustrations. Mais lorsqu'il devient une source de peur, d'humiliation ou de souffrance quotidienne, il est essentiel de prendre la situation au sérieux, d'alerter et de faire en sorte que la peur change de camp...